CHAPITRE XVI
Bataille de Pont-Noyelles (1).
Premier moment.
La journée du 23 décembre 1870 commença par une claire gelée ; la température, qui s'était adoucie vers le milieu de décembre, s'était abaissée de nouveau quelques jours auparavant. Elle était tout en faveur des Allemands, dont les mouvements devenaient faciles sur un sol durci par le froid, et dont les troupes bien pourvues étaient beaucoup plus à même de supporter les rigueurs du climat que les jeunes troupes françaises.
Le VIIIe corps commença son mouvement à 8 heures du matin; la 15e division et la brigade de Donna passèrent la Somme aux ponts de la Neuville et de Camon ; la 16° division la franchit à Amiens ; trois batteries à cheval de l'artillerie de corps marchaient avec le général de Kûmmer, les quatre autres batteries suivaient le général de Barnekow. Le général de Kùmmer avait l'ordre de rejeter les Français derrière l'Hallue, tout en évitant de s'engager au delà de la rivière, avant que le mouvement tournant de la 16° division n'eût produit son effet sur la droite française. Nous verrons que ce programme ne fut pas exécuté.
(1) Dite aussi bataille de l'Hallue. par les Allemands.
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Le mouvement de la 150 division fut ralenti par un accident : le pont construit par les pionniers à La Neuville s'enfonça et le passage fut retarde d'une heure environ. Les avant-postes français ayant été repliés sur l'Hallue dans la matinée, le mouvement du général de Kiimmer ne fut pas arrêté ; la 29" brigade, avec deux escadrons du 7e hussards et deux batteries, s'avança par la route d'Albert jusqu'à l'est du bois de Querrieux. Les Français occupaient le village avec le 18e bataillon de chasseurs ; les trois batteries de la division du Bessol garnissaient la hauteur qui le domine à l'est.
Vers n h. 1/2, les deux batteries allemandes ouvraient le feu au sud de la route d'Albert; deux autres venaient s'installer, un instant après, au nord de la route ; ces 24 pièces canonnaient vigoureusement Querrieux et Pont-Noyelles, tout en répondant au feu bien dirigé de l'artillerie française.
Pendant cette lutte d'artillerie, la 290 brigade prenait sa formation de combat, à cheval, sur la route d'Albert. Après une heure de préparation environ, le colonel de Bock lançait ses deux bataillons de première ligne (1) à l'attaque de Querrieux; le village fut à peine défendu et les Français, menacés d'être tournés et coupés de la rivière, se replièrent en désordre sur Pont-Noyelles. Les Allemands les y suivirent et rencontrèrent une résistance un peu plus vive : le lieutenant-colonel de Gislain avait renforcé le 18e chasseurs de deux bataillons du 70e de marche Mais les deux villages n'étaient séparés que par la Somme, et il était difficile de conserver l'un sans l'autre : une grande partie de Pont-Noyelles fut donc occupée, deux cents prisonniers restèrent aux mains des Allemands.
Depuis qu'ils avaient passé la rivière, ceux-ci étaient en butte à un feu violent parti des hauteurs de l'est ; un bataillon de mobiles de Somme et Marne et un bataillon du 70e de marche les occupaient ; deux bataillons de mobiles étaient en seconde ligne (2 heures).
Le combat continua quelque temps dans ces conditions ; deux bataillons (2) étaient venus renforcer les Allemands dans Querrieux et Pont-Noyelles ; ils ne pouvaient pourtant pas gagner de terrain vers l'est.
Pendant que les Allemands s'emparaient de Querrieux et de
(1) i bataillon du 33e et i bataillon du 65° (Grand c'iat-major prussien).
(2) Du 33° et du 65e.
Campagne du Nord. g
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Pont-Noyelles, un bataillon (i) de la 29e brigade se portait sur Bussy, de la ferme des Alençons.
Un second bataillon (2), qui marchait avec un escadron par la Croix-de-Landy, sur Vecquemont, dirigea vers le sud de Bussy deux de ses compagnies, tandis que les deux autres observaient Vecquemont. Un peu avant une heure, la double attaque poussée sur Bussy réussissait et le village était évacué par le 20e chasseurs.
Sur ces entrefaites, trois des batteries allemandes engagées à l'est du bois de Querrieux étaient venues prendre position à l'ouest de Bussy; le général de Gceben y joignait bientôt (1 heure et demie), les trois batteries à cheval de l'artillerie de corps. Les trois batteries de la division Moulac, placées à l'est de Bussy, ne résistaient qu'avec peine, et grâce à l'avantage de leurs positions, à l'artillerie allemande. Une batterie de 12 de la réserve vint les renforcer ; l'artillerie française n'en eut pas moins beaucoup à souffrir et plusieurs de ses pièces furent mises hors de service.
De leur côté, les troupes de l'amiral Moulac restées à Corbie n'arrivaient sur le champ de bataille qu'avec une extrême lenteur. (3) Vers 1 heure seulement, elles prenaient position à l'est de Bussy et de Daours ; leur présence dégageait un peu la division du Bessol, qui avait dû jusque-là s'étendre outre mesure pour garnir plus de 5 kilomètres de terrain, de Fréchencourt à Bussy.
Mais les Allemands menaçaient déjà Daours et Vecquemont ; ces deux villages, qui sont séparés uniquement par l'Hallue, avaient une importance particulière. Le pont de la Somme y avait été laissé intact : en outre, les hauteurs de la rive gauche de l'Hallue y sont dominées par celles de la rive droite, et leur possession aurait permis de déboucher facilement en arrière de la gauche française.
Le général de Kùmmer avait donné l'ordre à quatre des compagnies de la 29e brigade entrées dans Bussy de se diriger sur Vecquemont, en longeant l'Hallue ; en même temps, les deux compagnies restées à l'ouest du village l'abordaient par le chemin de la Croix-de-Landy, et le 8e bataillon de chasseurs, qui arrivait à ce moment de Villers-Bretonneux par Lamotte- Brebière, l'attaquait du sud. Malgré ces attaques couvergentes,
(1) Du 60e.
(2) Du 33e.
(3) Les premiers coups de feu avaient été tirés entre 0 et 10 heures et il n'y avait guère plus de i kilomètres de Corbie à Daours.
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les progrès des Allemands furent très lents. Vers 2 heures seulement, leurs tirailleurs pénétraient dans les premières maisons de Vecquemont ; le 190 chasseurs et une partie du régiment de fusiliers marins leur opposaient la défense la plus énergique.
A ce moment, la situation était la suivante à la gauche de l'armée du Nord : la brigade Foerster occupait le plateau entre Bus y et Pont-Noyelles ; le 200 chasseurs et le 6c/ de marche étaient en première ligne ; le régiment de mobiles du Gard en deuxième ligne, sur les pentes ouest du ravin d'Escardonneuse.
Une partie de la première brigade du contre-amiral Moulac défendait Daours ; le reste des fusiliers marins et le 480 mobiles (du Nord) étaient déployés sur la hauteur à l'est de Bussy ; quatre batteries françaises soutenaient une lutte difficile contre les batteries allemandes. Sur toute cette partie du champ de bataille, les progrès des assaillants étaient sinon arrêtés, du moins beaucoup ralentis.
La brigade de Lagrange était restée à Corbie.
A la droite de l'armée, le général Derroja avait déployé, de Contayà Fréchencourt, le 670 de marche, le 2° chasseurs, leôS" de marche et le 17e chasseurs. Ses six bataillons de mobiles étaient dans les intervalles. Une batterie reliait la division Derroja à l'extrême droite de la division du Bessol, représentée par deux compagnies du 18e chasseurs.
Pendant que la 20/ brigade débouchait sur Querrieux et Bussy, la 30e s'était portée dans la direction de Fréchencourt pour relier la 15e division à la 160, dans le mouvement de conversion que tentait cette dernière sur la droite française. Le feu des Français établis dans Fréchencourt attira de ce côté l'attaque de la brigade ; le 68e et une compagnie de pionniers pénétrèrent dans le village en longeant l'Hallue, pendant que le 28e l'abordait par sa face ouest. Fréchencourt fut aisément occupé (1 h. 1/2), et aussitôt mis en état de défense par les pionniers.
Pendant ce petit combat, la 16° division continuait à marcher vers le Nord et son action allait se faire sentir en face de la droite française. En attendant, les Allemands, sur cette partie du champ de bataille comme sur les autres, étaient réduits à l'expectative.