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CHAPITRE XVIII

Troisième moment {après 4 heures).

A ce moment, la brigade Aynès débouchait de Contay sur la gauche des Allemands et cette intervention arrêtait tout mouvement offensif de leur part. Le général Faidherbe avait donné l'ordre à trois des régiments de la division Robin de se porter de Contay à Bavelincourt, entre les deux brigades du général Derroja; ce dernier, ne voyant personne devant sa brigade de droite, l'avait dirigée sur Beaucourt.

Les six batteries allemandes placées au nord du village arrêtèrent un moment (vers 4 heures), les Français; mais ceux-ci s'emparèrent bientôt du petit bois au nord de Beaucourt, et il fallut six compagnies pour le leur reprendre.

En même temps, le lieutenant-colonel Aynès portait une partie du 910 mobiles sur Bavelincourt, et le reprenait aux Allemands en leur enlevant une cinquantaine de prisonniers; Béhencourt était de même attaqué un instant après ; une partie du 460 mobiles et du 30 mobilisés du Nord y entrait un instant ; mais un feu rapide des deux compagnies prussiennes qui gardaient le village arrêtait les Français; ils l'évacuaient en désordre et les mobilisés y laissaient deux cents prisonniers. Ce fut toute la part que la division Robin prit à la bataille.

Malgré ce succès, les Allemands ne réussirent pas à déboucher de Béhencourt sur Franvillers ; deux compagnie du 29e, qui essayaient de marcher dans cette direction étaient vivement ramenées (1).

En somme, à ce moment, toute la 160 division était réduite à garder une attitude défensive devant le général Derroja. Il en était à peu près de même sur le front de la division Kûmmer.

La nuit commençait à tomber, le général Faidherbe crut le moment venu de reprendre les villages de l'Hallue. L'artillerie française les avait canonnés depuis quelque temps et leurs maisons couvertes de chaume s'étaient enflammées sous les obus. Les

(i) Grand état-major prussien.

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colonnes de flammes qui s'élevaient le long de la vallée indiquaient les emplacements des villages et servaient de repères à l'artillerie. Malgré le nombre supérieur des pièces allemandes, celles du général Faidherbe maintenaient vivement leur avantage.

Pendant que le général en chef marchait avec l'amiral Moulac pour reprendre Daours, le général Lecointe tentait de reconquérir Pont-Noyelles avec tout ce qui restait disponible dans la division du Bessol : c'était le régiment de mobiles de Somme et Marne. Les Allemands avaient consommé presque toutes leurs munitions et leur feu était très ralenti ; malgré cette circonstance, les mobiles ne s'avancèrent que lentement sur Pont-Noyelles et un feu rapide ouvert brusquement à cinquante pas de la lisière du village les fit battre précipitamment en retraite. En atteignant le plateau, ils furent pris pour des Allemands et reçurent le feu d'un bataillon du 700. Malgré le désordre jeté dans leurs rangs par cette méprise, le général Lecointe tenta une seconde attaque avec tout ce qu'il put rassembler du 18e chasseurs, du 70e de marche et des mobiles de Somme et Marne : il se jeta une seconde fois dans Pont-Noyelles. Cette fois, les Français y rentrèrent, les Allemands n'avaient plus de munitions et se défendaient à coups de crosses et de baïonnettes. Un combat sanglant s'engagea encore une fois dans l'intérieur du village.

Mais la nuit était tombée et le désordre était devenu extrême ; les Français entrés dans Pont-Noyelles ne furent pas soutenus et se laissèrent cerner par les Allemands ; un assez grand nombre furent faits prisonniers.

Au moment où l'affaire se terminait en ce point, le général de Manteuffel envoyait sur Pont-Noyelles deux bataillons de la réserve ; ils arrivèrent trop tard pour prendre part au combat.

Entre Querrieux et Bussy, une partie de la brigade Foerster essayait en même temps de passer l'Hallue pour tourner Querrieux et Pont-Noyelles; le général en chef détacha à leur rencontre un bataillon de la réserve (1) et cette attaque fut également arrêtée.

Daours avait été presque entièrement occupé par les Allemands avant la tombée de la nuit; le général Faidherbe, au moment de l'attaque générale des villages, s'y porta avec la brigade Payen, de la division Moulac : le 199 chasseurs et les fusiliers marins reçurent ordre d'aborder de front le village, et un bataillon du 480 mobiles dut le tourner par sa gauche. Cette attaque, brillamment menée par les chasseurs et par les fusiliers marins, réussit,

(1) Du 4e.

quoique les mobiles n'aient pas paru. Daours fut réoccupé; des chasseurs du 19e bataillon et des fusiliers marins pénétrèrent même dans Vecquemont (vers 5 heures). Le général en chef, qui avait conduit personnellement l'attaque et avait dépouillé un instant son rôle pour celui de général de brigade ou de colonel (1), partit à la nuit pour rentrer à Corbie où l'attendait M. Testelin. Il emportait la conviction que ses troupes avait remporté un succès à Daours.

Après son départ, les choses changèrent promptement de tournure : le 8e chasseurs prussien et une compagnie du 650 avaient repris de nouveau Vecquemont; des groupes ennemis cachés dans les caves de Daours en sortirent dans le désordre du combat. En quelques instants, Daours était repris (6 heures) : les Allemands tentaient même de se porter à l'attaque des hauteurs, mais ils étaient aisément repoussés.

Vers 7 heures du soir, le feu avait cessé sur toute l'étendue du champ de bataille ; les Allemands s'établissaient en cantonnements d'alarme dans les villages de l'Hallue. La réserve passait la nuit à Allonville et Cardonnette, la 3e division de cavalerie à l'extrême gauche, dans Pierregot et Molliens-au-Bois.

Du côté des Français, la division Derroja occupait une partie de ses cantonnements de la veille sur l'Hallue, la brigade de Lagrange cantonnait à Corbie et le reste des troupes françaises bivouaquait sur les hauteurs. La nuit fut des plus pénibles pour les jeunes troupes de l'armée du Nord, car la température descendit à 8° au dessous de zéro : ces soldats improvisés, réduits à se passer de feu par cette nuit glaciale, mal équipés par surcroît, reçurent pour toute nourriture du pain gelé. Il y avait là de quoi abattre le moral de troupes mieux trempées; néanmoins, l'attitude générale resta bonne : la confiance qu'avait su inspirer le général Faidherbe y était pour beaucoup ; les soldats qui l'avaient vu sur le champ de bataille ne ménager ni sa vie, ni ses fatigues, en dépit de son état de santé, avaient toute confiance dans son énergie et son patriotisme. Les résultats acquis dans la défense des hauteurs de l'Hallue étaient d'ailleurs suffisants pour leur inspirer une satisfaction légitime.

Au moment où il rejoignait son quartier général, Faidherbe ignorait la véritable situation de l'armée. Il croyait Daours et Pont-Noyelles reconquis; en revenant de Corbie, il fut accueilli par des coups de fusil aux abords de Pont-Noyelles et faillit être

(1) X. Tanera, 1873.

enlève par l'ennemi (i). Il passa le reste de la nuit à La Houssoye.

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