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CHAPITRE XXII Les deux armées avant le 2 janvier

Cependant, le général Faidherbe réorganisait peu à peu son armée ; cette œuvre de reconstitution avançait même assez vite pour permettre la reprise des opérations dans un bref délai. D'ailleurs, la nouvelle du bombardement de Péronne était arrivée à l'armée du Nord. Il était de toute nécessité pour elle de changer d'attitude de façon à retarder, sinon d'empêcher, la perte de cette petite place, dont les circonstances avaient singulièrement accru l'importance.

Le 30 décembre, une forte reconnaissance était dirigée par le général Lecointe à l'est et au sud d'Arras. Le lendemain, toute l'armée du Nord se mettait en mouvement et venait occuper les villages au sud et à l'est de la place, entre la route de Doullens çt la Scarpe : la i''° division du 22" corps cantonnait à Beaumetz-les-

Loges, Rivière-Grosville, Wailly ; la 2e division à Dainville, Achicourt, Agny ; la ire division du 230 corps à Beaurains, Tilloyles-Mofflaines et Feuchy ; la 2e division à Ronville, Saint-Sauveur et Blanzy. Le quartier général de l'armée s'établissait à Ronville (1).

Un conseil de guerre, auquel assistaient tous les officiers généraux de l'armée, se réunit le même jour à Beaurains ; le général Faidherbe y apprit à ses lieutenants le bombardement de Péronne et annonça l'intention de se porter en avant pour délivrer la place. On lui objecta (2) l'état de l'armée, qui commençait à peine à se remettre de ses fatigues ; les troupes, capables de résister vigoureusement dans des positions choisies, ne l'étaient pas, disaiton, d'attaquer en rase campagne un ennemi aussi solide que la première armée allemande.

Ces raisons, malgré tout leur poids, n'arrêtèrent pas le général en chef. Il ne voulut pas laisser succomber Péronne, sans rien faire pour la sauver, et il donna des ordres pour la marche en avant. Elle devait commencer dans la matinée du 2 janvier.

Les troupes auxquelles allait se heurter l'armée du Nord étaient réparties de la façon suivante :

A l'extrême gauche, entre Bapaume et Doullens, était établie la 3e division de cavalerie ; elle surveillait les routes allant d'Arras sur Amiens et formait deux groupes. A Bienvillers-au-Bois étaient trois compagnies d'infanterie et deux escadrons et demi sous les ordres du général de Mirus.

A Bucquoy, se trouvait la 70 brigade de cavalerie, avec le général de Dohna : deux régiments de uhlans et une batterie à cheval.

A Achiet-le-Grand, étaient la 32e brigade d'infanterie, quatre bataillons, quatre escadrons, deux batteries et une compagnie de pionniers.

En avant de Péronne, se trouvait la 150 division d'infanterie; elle était répartie en deux fractions : l'une à Bapaume, formée de la 30e brigade, (cinq bataillons, trois escadrons, deux batteries, une compagnie de pionniers) ; l'autre à Bertincourt, constituée par la 200 brigade (cinq bataillons, un escadron, deux batteries).

A Fins, à l'aile droite de la 150 division, et à cheval sur la route de Cambrai à Péronne, était la brigade de cavalerie de la garde (huit escadrons, un bataillon, une batterie à cheval).

(1) L'ordre de mouvement du 31 décembre a été publié dans les ouvrages île Happe et de Ramon.

-.' Dattssy, La ligne de lu Somme.

A l'extrême droite des Allemands, la 12° division de cavalerie, détachée de l'armée de la Meuse, occupait — nous l'avons vu — les environs de Saint-Quentin et se reliait à la brigade du prince Albert : elle avait au Catelet la 23e brigade de cavalerie, deux compagnies d'infanterie et une batterie.

Saint Quentin était gardé par un régiment de cavalerie, une compagnie d'infanterie et deux sections d'artillerie à cheval (i), sous les ordres du général Sentît de Pilsach.

Derrière cette longue ligne de troupes, le général de Gceben s'était constitué, à Combles, une petite réserve, le 8e bataillon de chasseurs et deux batteries à cheval.

Devant Péronne, sous les ordres du général de Barnekow, qui avait remplacé, dans le commandement du corps de siège, le général de Senden, appelé à la tête de la 14e division le icl' janvier, étaient la 310 brigade (cinq bataillons et six batteries) et la 3e division de réserve qui se composait de cinq bataillons et huit escadrons de réserve.

En arrière de ces troupes, étaient restés plusieurs détachements, chargés d'assurer la sécurité des communications allemandes avec Rouen ou avec Gonesse.

A Picquigny, se trouvaient les quatre escadrons et le bataillon du colonel Pestel, face à Abbeville.

La garnison d'Amiens était constituée par quatre bataillons (2), trois escadrons (3), deux batteries (4), un détachement d'artillerie de place, une compagnie de pionniers et deux détachements d'éclopés.

Sur les lignes ferrées de Rouen et de Creil à Amiens, on avait réparti six compagnies d'infanterie, un régiment de cavalerie et une section d'artillerie ; un bataillon gardait La Fère.

L'ensemble de ces forces montait à trente-six bataillons, cinquant-neuf escadrons, vingt-trois batteries, quatre compagnies de pionniers. Contrairement à ce qui avait lieu pour l'armée du Nord, la proportion d'artillerie et de cavalerie était très forte dans les troupes allemandes.

La répartition des forces du général de Gceben, le Ier janvier au soir, ne tardait pas à subir d'assez importantes modifications. D'après les renseignements assez contradictoires qu'il avait reçus

(i) Grand état-major prussien.

(2) De ligne ou de lanchvehr.

(3) De ligne ou de réserve.

(4) Du I01' corps.

de sa cavalerie ou de ses espions (i), il continuait à croire le gros des forces françaises à Cambrai : son aile droite devait être, dans ce cas, fort aventurée ; aussi jugea-t-il prudent de la renforcer sans tarder.

Il prescrivit, pour le 2 janvier, le passage à l'aile droite d'une partie de la 32e brigade, rattachée jusque-là à la 30 division de cavalerie ; un détachement composé de deux bataillons, un escadron et deux batteries, dut aller s'établir, sous les ordres du colonel de Hertzberg, à Nurlu, à quatre kilomètres au sud de Fins, sur la route de Péronne à Cambrai.

Un second détachement, commandé par le colonel de Wittich, et formé d'un bataillon et de trois escadrons, dut s'établir à Epehy, à mi-chemin entre le Catelet et Fins. Un bataillon de la même brigade dut en outre aller remplacer, à Amiens, les troupes de landwehr qui en partaient pour Chantilly ; enfin une compagnie de pionniers se rendit au siège de Péronne.

Ces mouvements, qui allaient coïncider avec la marche en avant des Français, dégarnissaient l'aile gauche allemande sur laquelle devait justement porter l'effort principal de l'armée du Nord. Ils ne remédiaient en rien à l'éparpillement excessif des troupes du général de Gceben ; vingt-deux bataillons, quarante-et-un escadrons, vingt-et-une batteries, n'en étaient pas moins répartis sur une étendue de 40 à 50 kilomètres, entre Bucquoy et le Catelet. Ce mince cordon de troupes, qui rappelait singulièrement la répartition des divisions françaises sur la frontière de l'est, au début de la campagne, devait être aisément rompu par des efforts énergiques concentrés sur un point.

De toutes les dispositions que Gceben eût pu prendre pour couvrir le siège de Péronne, celle-ci était assurément l'une des plus vicieuses. L'ignorance où se trouvait l'état-major de la première armée sur l'emplacement exact des troupes françaises était la raison principale de cet éparpillement. Malgré les nombreuses reconnaissances que nous avons citées, malgré sa supériorité écrasante sur les six escadrons de l'armée du Nord, la cavalerie allemande n'avait pu parvenir à connaître la répartition

(i) Le rôle des espions allemands, pendant la guerre, a été singulièrement exagéré. Pendant presque toute la durée de la campagne du Nord, 1rs Allemands furent, comme il était naturel, beaucoup plus mal informés de ce qui se passait chez leurs adversaires, que ceux-ci ne l'étaient de leur côté. C'est une légende de plus à détruire.

— Hi —

de nos troupes ; pas plus qu'elle n'était arrivée à interrompre le service de nos voies ferrées d'une manière un peu efficace.

Les quelques rails enlevés étaient bien vite replacés ; il eût fallu la destruction d'un ouvrage d'art de que'que importance pour arrêter le mouvement des trains pendant un temps appréciable, et cette interruption ne se produisit pas. Les travaux d'art de ce genre sont, du reste, peu nombreux dans les plaines du nord de la France.

Cependant , divers indices avaient annoncé au général de Gœben un mouvement prochain de l'armée du Nord. L'activité qu'avait montrée le général Faidherbe depuis son arrivée à la tête des troupes françaises de la région, ne permettait pas de croire à une longue inaction de sa part. Le péril que courait Péronne suffisait d'ailleurs à faire prévoir une marche en avant de son armée ; mais le général de Gœben pensait, nous l'avons vu, que ce mouvement s'opérerait du côté de Cambrai.

Au contraire, le général Faidherbe, mal informé, on le conçoit, par le rudiment de cavalerie dont il disposait, croyait le gros des troupes allemandes vers Bucquoy ; c'est là qu'il se décida à diriger ses meilleures troupes, celles du 22e corps, tandis que le 23e devait se heurter à Bapaume.

En résumé, l'attaque des Français allait trouver les Allemands répartis sur une étendue beaucoup trop grande, et en pleine exécution d'un mouvement latéral de la gauche à la droite. Ces conditions fâcheuses étaient en partie compensées par ce fait que les éléments les plus solides de l'armée du Nord allaient opérer à peu près dans le vide, contre des troupes composées surtout de cavalerie, tandis que le 23e corps devait se heurter à des forces plus nombreuses et à portée d'être rapidement renforcées.

Dans ces conditions, les résultats de la journée du 2 janvier ne pouvaient avoir qu'une importance médiocre.

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