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CHAPITRE XXIII Premier bombardement de Péronne

Péronne (1) est une petite place forte, dont la fondation remonte à la conquête de la Gaule par les Romains. Sa situation dans une vallée marécageuse, qui en rend les approches difficiles, lui donna

(i) Voir le croquis des environs de Péronne joint à ce travail. Cette place n'a pas encore été déclassée.

une grande importance dans les guerres dont la Picardie fut si souvent le théâtre pendant le moyen âge et au début des temps modernes. Très souvent assiégée par les Anglais, les Espagnols et les Impériaux, elle garda de ces sièges l'orgueilleuse devise : Urbs nescia vinci, que les dernières années de ce siècle devaient tristement démentir. En 1815, elle avait, du reste, été occupée sans difficulté par les Anglais, qui n'y trouvèrent qu'une garnison de cent hommes.

Les fortifications actuelles de Péronne datent en partie des XVe et xvie siècles. Modifiées plus tard, sur les plans de Vauban, elles reçurent au XVIII0 d'importantes additions de l'ingénieur Ville. Ces modifications furent les dernières de quelque valeur apportées à la vieille forteresse.

En 1870, elle formait, sur la rive droite de la Somme, au point de croisement des routes nationales d'Arras à Paris et de Cambrai à Rouen, à 19 kilomètres au sud de Bapaume et à 30 kilomètres de Cambrai, un parallélogramme fortifié dont les grands côtés mesuraient 1,200 mètres environ et les petits côtés 200 mètres seulement: la superficie totale de la ville n'était que de 28 hectares, occupés par une population de 4,800 âmes environ.

La Somme, dans le voisinage de la place, a 8 mètres de largeur moyenne sur 1 m. 50 de profondeur ; son lit est vaseux ; sa vallée très marécageuse, coupée de tourbières et de fossés d'écoulement, constitue un obstacle à peu près infranchissable en dehors des routes.

Le canal latéral suit la rive gauche de la rivière : il a été utilisé pour remplir d'eau les fossés de la ville et permet en outre d'inonder à une assez grande distance tout le terrain en avant des fronts sud et sud-est, ainsi qu'une portion de celui nord-ouest.

La partie de l'enceinte couverte par l'inondation était entourée d'un simple mur crénelé, flanqué par des tours du moyen âge ; le reste était protégé par une muraille à tracé bastionné, soutenue en arrière par un rempart.

Au milieu du front nord-ouest, s'élevait le château, construction du XVIe siècle, transformée en réduit, et qui n'avait plus qu'une très faible valeur défensive.

En dehors de l'enceinte, la place était protégée par des ouvrages de peu d'importance. Deux ouvrages à cornes couvraient les faubourgs de Bretagne et de Paris : le premier, entouré de fossés pleins d'eau, n'était pourtant pas partout à l'abri de l'escalade. Celui du faubourg de Paris se trouvait à peu près dans les mêmes conditions. Les escarpes de ces deux ouvrages, faites plutôt pour la déense rapprochée que pour la lutte d'artillerie, ■ étaient

revêtues et crénelées en partie, mais insuffisamment couvertes par les talus en avant.

Ces dehors avaient pour plus grand avantage de flanquer une partie des fronts de la place ; mais leur organisation intérieure, pas plus du reste que celle de l'enceinte, ne les rendait nullement aptes à résister aux moyens énergiques de la guerre de siège actuelle.

En outre, il existait devant le front nord-ouest deux petites demi-lunes revêtues ; en avant du front sud-ouest, était une redoute sans valeur (i), située dans l'inondation, et appelée le Pâté- Noyé.

Telles qu'elles existaient, les fortifications de Péronne, couvertes en partie par l'inondation, suffisaient amplement à empêcher une attaque de vive force, mais non un siège régulier ou un bombardement : les locaux à l'abri étaient insuffisants, les remparts n'avaient pas été organisés pour la lutte d'artillerie à grande distance; en outre ils se trouvaient complètement dominés par les hauteurs environnantes. Elles dessinent autour de la ville une circonférence très rapprochée des fortifications et, sur certains points, viennent mourir au pied même de l'enceinte. Leur hauteur maxima atteint 60 mètres au-dessus du niveau de l'inondation.

Les fortifications avaient pu être considérées comme parfaitement défilées de ces points dominants au temps du tir direct et des pièces lisses ; mais en 1870, contre des canons rayés et sous un tir indirect, elles n'étaient plus suffisamment abritées. Pas plus à Péronne que dans les autres places françaises, elles ne se trouvaient à hauteur des progrès accomplis (2). Nous n'en avons eu que trop de preuves dans cette funeste campagne.

Indépendamment des dangers que présente pour la ville son extrême proximité des hauteurs, elle est avoisinée à très courte distance par des couverts qui peuvent rendre de grands services à l'assaillant. Les villages de Sainte-Radegonde, de Flamicourt et de Biaches, qui ne sont couverts par aucune défense, sont à moins d'un kilomètre des remparts; la promenade des Quinconces et le hameau de la Maisonnette sont dans le même cas.

Pour opposer aux Allemands une défense extérieure de quel-

(1) Elle était à ce point inutile que les Allemands la firent sauter, dès qu'ils curent pris la ville.

(2) « Ce qui est inconcevable, c'est l'état d'abandon où les Français avaient laissé leurs petites places ; elles n'étaient nullement a hauteur des exigences de la guerre moderne, et cette infériorité a entrainé, au détriment de nos adversaires, d'incalculables conséquenoes. » (Gcetze.)

que activité, il eût été indispensable d'occuper les hauteurs et les couverts avoisinants. Le bombardement de la place ainsi rendu impossible, Péronne, au lieu d'être une cause de faiblesse pour l'armée française, qui allait y perdre inutilement des hommes et du matériel, eût été un point d'appui solide et une tête de pont imprenable pour la suite des opérations (i).

Il eût fallu malheureusement pour cela que le général Faidherbe empruntât quelques-uns de ses éléments à la petite armée dont la formation avait coûté tant d'efforts. Elle était tout au plus suffisante pour sa tâche, comment aurait-il pu l'affaiblir encore pour une opération aussi aléatoire que la défense d'une place ?

Péronne se trouva donc abandonnée à elle-même, avec sa garnison du commencement de décembre. Cette garnison, fort hétérogène, était composée d'un petit noyau de troupes régulières : une compagnie de dépôt du 43e de ligne, une compagnie de fusiliers marins, et de gardes mobiles ou mobilisés : trois dépôts de gardes mobiles de Péronne, d'Abbeville et d'Amiens ; le 2e bataillon de mobiles du Pas-de-Calais, le 30 bataillon de la 30 légion des mobilisés de la Somme : une batterie de garde mobile de la Somme : enfin quatre compagnies de garde nationale ou de pompiers de Péronne. Le tout comptait environ 3,500 hommes (2).

L'armement de sûreté aurait dû être de 90 pièces, d'après les instructions ministérielles les plus récentes ; mais ces 90 pièces étaient loin d'exister ; il y en avait seulement 49, dont 14 rayées. Deux pièces de 30 de marine avaient été envoyées à Péronne par le général Faidherbe au début de décembre.

(i) Schmidt.

(2) Ramon ; au début du siège, l'effectif était le suivant : Garde nationale, trois compagnies, 385 hommes. Compagnie de pompiers, 40 hommes.

Dépôt du 6e bataillon de mobiles de la Somme, 280 hommes. Dépôt du 1er bataillon de mobiles de la Somme, 260 hommes. Dépôt du 3e bataillon de mobiles de la Somme, 125 hommes. 2e bataillon des mobiles du Pas-de-Calais (7 compagnies), 1,107 hommes. 3e bataillon de la 3e légion de mobilisés de la Somme (8 compagnies), 900 hommes.

2e batterie des mobiles de la Somme. 150 hommes. 2e compagnie du 4e bataillon du 43e ligne, 139 hommes. 5e compagnie du 1er bataillon de fusiliers marins de Brest, 128 hommes. Total : 3,514 hommes.

- H5 — Le matériel de la place était loin d'être complet ; quelquesunes de ces pièces n'avaient même pas d'affût ; on dut en improviser sur place.

Le commandement de Péronne avait été confié, vers le milieu d'août, au chef de bataillon du génie Garnier. Il donna une impulsion peu active à l'organisation de la défense (i) avant les derniers jours de 1870, à tel point que, le 4 décembre, s'il faut en croire certaines relations du siège, les pièces mises en batterie n'étaient pas munies de leurs projectiles, et qu'il fut impossible de s'en servir contre les éclaireurs de la 30 division de cavalerie, qui vinrent insulter la place. A la suite de ce fait, l'activité augmenta un peu : des abris furent organisés en assez grand nombre ; quelques pièces .furent disposées sur des blindages; la plupart étaient mises en batterie en arrière des remparts.

Pendant que la garnison terminait ses préparatifs de résistance, les Allemands venaient observer Péronne à plusieurs reprises. Dès la fin de novembre, en se portant sur Amiens, le général de Grceben trouvait les environs de la place complètement dégarnis de troupes et en faisait reconnaître les ouvrages sans la moindre difficulté.

Pendant le mois de décembre, la place continuait à être observée par des détachements de la 3e division ; des reconnaissances faites le 5 et 6 décembre, il résultait que les villages des environs étaient occupés depuis peu de temps et qu'une attaque de vive force n'avait aucune chance d'aboutir, en raison de l'attitude de la garnison.

Le coup de main opéré sur Ham par les Français, le 9 décembre, attira de nouveau l'attention des Allemands vers Péronne. Sans cette place, les mouvements de Faidherbe au commencement de décembre auraient été beaucoup plus difficiles. Le général de Manteuffel comprenait toute son importance ; aussi, pendant la bataille de Pont-Noyelles, continua-t-il à la faire observer par un détachement de la 30 division de cavalerie; dès que la bataille se fut terminée par la retraite des Français, il donna des ordres pour l'investissement et le bombardement de la place.

Nous avons vu que la 30 division de réserve, avait quitté, le 19 décembre, le corps de siège de Mézières, pour rejoindre la première

(1) Péronne était restée sans un homme de garnison du 10 juillet au 14 août; des citoyens de bonne volonté montaient la garde aux poudrières.

armée. Elle prenait, en passant, Rocroy et traversait la partie nord du département de l'Aisne, sans trouver aucune résistance. Son passage de Montcornet à Origny-Sainte-Benoîte suffisait pour faire partir précipitamment de Vervins la petite colonne française qui s'y trouvait depuis le début de décembre. Le colonel Martin (1) gagnait Avesnes sans rien faire pour s'opposer à l'ennemi.

La 3e division atteignait Saint-Quentin le 24 décembre, et y recevait l'ordre de se porter sur Péronne, pour faire partie du corps de siège, en même temps que l'ancienne réserve de l'armée, commandée, comme nous l'avons vu, par le général de Mirus ; pendant que la 30 division de réserve se dirigerait vers Péronne par Ham, et cernerait la place au nord, le détachement de Mirus marcherait à sa rencontre par Corbie et la rive gauche de la Somme, pour investir la place au sud. Ce double mouvement s'effectua sans difficulté. Le 25 décembre, le général de Mirus entrait dans Corbie (2), avec 9 bataillons, 4 escadrons, 2 batteries ; de là, il lançait des patrouilles de cavalerie sur Bray. La présence de troupes françaises nombreuses lui avait été signalée à Bray et Cerisy-Gailly ; ses reconnaissances lui rapportèrent qu'elles s'étaient retirées sur le nord. Il en profita pour faire rétablir le pont de Bray.

Le 26 décembre, il continua sa marche par la rive gauche de la Somme, et atteignit Estrées et Foucaucourt. Il se mit en relation avec le détachement Strantz, que la 3e division de cavalerie avait laissé devant Péronne, et qui s'était retiré sur Vauvillers, après une escarmouche à Méharicourt avec la garnison.

La marche s'était faite sans autre incident que quelques coups de feu tirés sur l'avant-garde, près de Vermandovillers et d'Estrées (3).

De son côté, le général de Senden, venu de Saint-Quentin à Ham, y restait la journée du 26 et se reliait par l'intermédiaire du détachement Senfrt de la 12e division de cavalerie, alors à Roye ^4), aux autres troupes allemandes. Le général de Manteuffel, venu le

(1) Qui avait succédé au colonel de la Saussaye.

(-2) Il perdait à ce moment quatre de ses bataillons qui appartenaient à la 2e brigade et avaient été détachés de Normandie pour concourir à la défense de l'Hallue; ces quatre bataillons étaient renvoyés à Amiens et delà à Rouen.

(3) Les villages des environs avaient formé une petite compagnie de francs-tireurs qui inquiéta plusieurs fois les détachements allemands.

(4) 4 escadrons, 2 sections à cheval.

26 à Bray avec son quartier général, y donna ses derniers ordres pour l'investissement de Péronne, qui s'opéra, le 27, sans aucune difficulté. Une partie du détachement de Mirus, commandée par le colonel Tietzen, s'avança jusqu'à la ligne Herbécourt-Villers- Carbonnel, et reconnut les ponts de Saint-Christ et de Brie; par une négligence inconcevable, la garnison les avait laissés intacts. Le reste du détachement de Mirus passa la Somme à Bray, et s'avança jusqu'auprès de Combles sans rencontrer de résistance. Les reconnaissances envoyées sur Péronne trouvèrent les villages du nord de la ville occupés par des troupes françaises, qui se replièrent rapidement devant la cavalerie allemande : l'avantgarde occupa la ligne de la Tortille, depuis Moislain jusqu'à la Somme; le gros resta à Cléry.

De son côté, le général de Senden avait envoyé la brigade de cavalerie de Strantz à Iricourt-Boucly, sur la route de Péronne à Roisel, avec mission de se relier à la brigade du prince Albert, qui occupait Sailly-Saillisel. Le reste de sa division suivit la route de Ham à Péronne ; son avant-garde trouva les Français au Mesnil-Bruntel, puis à Doingt, les délogea de ces deux points, et les poursuivit jusque sous le canon de la place, qui couvrit leur retraite.

Le général de Senden établit, à la suite de cette escarmouche, sa ligne d'avant-postes de Doingt à la Somme et cantonna dans les villages en arrière, entre cette rivière et la Cologne.

Dans la même journée, le général Senfït se portait de Chaulnes à Villers-Carbonnel et Brie, où il se reliait à la 30 division de réserve et au détachement de Tietzen.

Un pont jeté par les pionniers entre Hem-Monacu et Feuillères assurait les relations des deux rives de la Somme, à l'ouest de Péronne, en même temps que ceux de Saint-Christ et de Brie les établissaient à l'est.

A la fin de la journée du 27, l'investissement de Péronne était complet ; sur certains points, les avant-postes allemands étaient à moins de 600 mètres du corps de place ; les Français avaient presque complètement évacué ses alentours. Le lendemain, les troupes d'investissement prenaient des emplacements provisoires pour l'investissement de la place (1).

(1) 1er secteur, entre la Somme eu aval de Péronne et la route de Roisel, 4 bataillons, 3 1/2 escadrons, 5 batteries, 1 compagnie de pionniers;

2° secteur, autre la route de Roisel et celle de Roupy, 3 bataillons, 4 escadrons, 2 batteries ;

La masse principale des troupes allemandes était placée sur la rive droite de la Somme, par où la garnison pouvait espérer un secours ; la rive gauche était gardée par un bataillon, un régiment de cavalerie et deux batteries, c'est-à-dire par un effectif presque insignifiant quant à celui des assiégés et au terrain à garder.

Le général de Senden prit, dès le 27 décembre, le commandement du corps de siège et donna des ordres pour la reconnaissance immédiate de la place par les commandants de l'artillerie et du génie ; cette opération ne put se faire que le 28, dans la matinée : elle décida le général de Senden à tenter un bombardement au moyen de pièces de campagne. Il ne se faisait pas d'illusion quant à l'effet matériel d'une pareille opération sur Péronne.; mais les circonstances exigeaient qu'il tentât de brusquer le dénouement.

Dans la matinée du 28, il fit sommer la place de se rendre ; le commandant Garnier lui répondit qu'il défendrait Péronne jusqu'à la dernière extrémité et fit retomber sur lui la responsabilité de tous les maux, qui allaient atteindre, de son fait, une population inoffensive.

Le parlementaire français, qui avait apporté aux Allemands la lettre du commandant de place, était à peine rentré dans la ville que le tir des assiégeants commençait. Cinquante-huit pièces de campagne, placées -sur les hauteurs qui dominent la ville, ouvraient le feu malgré une brume épaisse : il devait durer cinquante-deux heures. Pas plus qu'à Soissons et à La Fère, ce bombardement n'était dirigé sur les remparts, mais bien contre les habitations et les édifices publics. Nous en avons dit ailleurs les raisons.

L'un des premiers édifices atteints fut l'hospice, malgré les drapeaux à croix rouge qui le surmontaient : il fallut enlever les malades et les blessés sous les obus qui affluaient. Ce long et pénible transport de cent cinquante malades ou blessés, au milieu des flammes, et sous une pluie de projectiles, lut opéré presqu'unique-

3e secteur, entre la route de Roupy et la Somme en amont de Péronne, 2 bataillons, 4 escadrons, 2 batteries ;

4e secteur, entre la Somme en amont de Péronne et la route de Paris, 2 compagnies, 4 escadrons, 2 sectioDS à cheval ;

5e secteur, entre la Somme en aval de Péronne et la route de Paris, 2 compagnies, 1/2 escadron, 1 batterie.

En outre, 1 bataillon était détacbé à Combles, à la garde du quartier général de Gœben.

ment par les filles de Saint-Vineent-de-Paul, qui montrèrent le plus admirable dévouement (i). La gelée rendait la manœuvre des pompes très difficile et on dut bientôt y renoncer. La compagnie de sapeurs-pompiers était médiocrement organisée et d'effectif trop faible pour les circonstances : elle rendit peu de services ; une poignée d'hommes dévoués continua seule à lutter contre l'incendie. La garde nationale ne se montra pas plus active (2).

Les flammes se propagèrent avec une grande rapidité ; au premier coup de canon, la population affolée s'était précipitée dans les caves et surtout dans les casemates. Les habitants des faubourgs, dont les maisons étaient épargnées par les obus, redoutaient, pour chaque nuit un assaut, pendant lequel amis et ennemis les auraient couverts de projectiles. Le froid qui supprimait l'obstacle des fossés leur faisait d'ailleurs craindre davantage une attaque de vive force. Eux aussi vinrent se réfugier dans les casemates et en augmentèrent l'encombrement.

Elles étaient insuffisantes pour la foule qui s'y entassait. La crainte des obus et le froid très vif faisaient clore toutes les ouvertures : ces abris où l'air n'était plus renouvelé, où femmes, enfants, vieillards, malades et blessés étaient confondus, sans linge, sans paille même pour s'étendre, furent bientôt dans un état révoltant de malpropreté, qui influa rapidement sur l'état hygiénique de la population.

Les batteries allemandes continuaient leur œuvre ; le bombardement avait été réglé à raison de 600 obus par heure ; il continua ainsi pendant l'après-midi du 28 et durant la nuit et la journée suivantes; mais, dès la nuit du 29 au 30, les Allemands prévirent que les munitions leur manqueraient bientôt et ils ralentirent leur feu à raison de deux ou trois obus par minute. Il ne s'arrêta que le 31, vers midi: il avait été tiré environ 10,000 projectiles sur l'étroit espace où s'étend Péronne (3).

(i) Un varioleux restait encore étendu sur son lit alors que les bâtiments en flammes allaient s'effondrer; une sœur se précipite dans l'escalier embrasé et dépose le malade sain et sauf dans la cour, au moment où le dernier pan de mur s'écroule derrière elle, dans la salle qu'elle vient de quitter. (Ramon.)

I n "propriétaire il" la ville ayanl été réclamer des secours contre on incendie qui commençait sur la grand'place et dévorait treize maisons, le chef du poste de secours de la place d'armes répondit que « ces messieurs (ses subordonnés) n'étaient pas d'avis de quitter le poste. » (Ramon.)

(3) Un obus par 28 mètres carrés, ce qui est énorme.

Les effets de ce premier bombardement sur les fortifications furent nuls. Les remparts restèrent intacts : quelques hommes seulement y avaient été tués ou blessés ; la ville au contraire avait souffert à tel point que dès, le 29 décembre, une supplique était adressée par plusieurs habitants au commandant de la place pour obtenir une capitulation. La commission municipale renouvela cette tentative le lendemain ; mais les recommandations du général Faidherbe étaient si formelles que le chef de bataillon Garnier refusa d'entrer en pourparlers avec l'ennemi.

Le feu de la place, d'abord très vif sur tous ses fronts, avait continué avec des intermittences plus prolongées. Elle concentrait ensuite l'action de ses pièces sur les batteries situées auprès de Halle, qui éprouvaient des pertes. Le feu des Français avait fait peu de mal aux autres pièces allemandes, protégées par les formes du terrain et réparties sur un grand espace.

En somme, le premier bombardement de Péronne aboutissait à un échec ; le manque de munitions forçait les Allemands à arrêter leur feu avant qu'il eût produit tout son effet ; la population obtenait de la sorte un répit qui aurait dû lui rendre confiance et eût pu prolonger la résistance.

Le général de Manteuffel avait prévu l 'inefficacité de ses pièces de campagne et, dès le 13 décembre, il avait fait commencer à Amiens la formation d'un parc de siège avec le matériel français trouvé dans la citadelle.

Les pièces prussiennes qui avaient servi au siège de La Fère avaient été expédiées sous Paris, et il n'en existait pas d'autres disponibles dans le théâtre d'opérations de la première armée (1). On improvisa donc à Amiens un petit parc de 6 pièces rayées de 12 cent., 2 mortiers de 22 cent, et 4 obusiers de 22 cent. En outre, deux mortiers venant de La Fère devaient compléter le parc à 14 pièces. 11 devait être transporté sous Péronne, le 26 décembre ; mais, par suite d'instructions mal données ou mal comprises, il ne put partir que le 29. Le 30, il arrivait à Villers- Carbonnel, où étaient requis mille outils de terrassier.

Cependant, une reconnaissance complète des fronts de la place avait décidé le général de Senden à diriger son attaque sur le front sud-ouest. Aux yeux des Allemands, il avait pour avantage de laisser sur la rive gauche de la Somme, hors de la portée des Français, le petit parc de siège. Les communications en arrière étaient faciles et sûres ; les positions devant Ja

(1) Mézières ne devait être prise que le ier janvier.

place étaient très dominantes ; de plus, en raison de la configuration de Péronne, la plus grande partie des fortifications pouvaient être enfilées par les batteries.

Leurs emplacements furent aussitôt désignés dans cette hypothèse et les dispositions prises pour leur construction.

Sur ces entrefaites, les positions du corps d'investissement avaient subi plusieurs modifications de détail. Le 30 décembre, le détachement de Mirus était relevé par la 31e brigade, pour être dirigé sur Amiens et, de là, sur Rouen, où sa présence était jugée nécessaire.

Le Ier janvier, un bataillon et un escadron passaient de la rive droite sur la rive gauche de la Somme, pour y remplacer les troupes de la 12e division de cavalerie : celles-ci rejoignaient le général de Lippe à Saint-Quentin, au moment où il allait marcher sur Guise et Vervins.

Par suite, le corps de siège restait composé de dix bataillons, huit escadrons, neuf batteries et une compagnie de pionniers.

La cessation du feu par les Allemands avait donné à croire aux assiégés que l'armée du Nord s'approchait de Péronne et que son action se faisait sentir sur le corps de siège. Aussi, le 31 décembre, le commandant de place fit-il tenter une sortie avec cinq compagnies sur le front nord-ouest. Ces troupes firent mine de gagner la ligne Halle-Mont-Saint-Quentin ; elles ne purent dépasser le petit bois du Quinconce. Les avant-postes allemands, composés sur ce point d'un bataillon, suffirent à les repousser dans la place.

Malgré cet échec, le commandant Garnier fit une seconde tentative sur le même point; dans la soirée du 31 décembre, 150 hommes se portèrent sur le Quinconce pour le fouiller ; ils se retirèrent sans avoir obtenu aucun résultat.

L'insuccès de ces deux tentatives ne montrait que trop combien la garnison contenait peu d'éléments vigoureux ; le commandant de place renonça provisoirement à tout essai de défense extérieure.

Cependant, la nouvelle du bombardement de Péronne avait décidé le général Faidherbe à se porter en avant. Nous allons voir quels efforts l'armée du Nord allait faire pour tenter de sauver la place.

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