‹ Campagne du Nord en 1870-1871Chapitre 27 sur 48 · CHAPITRE XXV Bataille de Bapaume (1er moment · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV Bataille de Bapaume (1er moment

La journée du 3 janvier fut froide et brumeuse ; la terre était couverte de neige.

A l'extrême gauche allemande, le détachement sous les ordres du général de Donna partit de Courcelette, se dirigea par Miraumont, Puisieux, Hébuterne, sur Hannescamps, et revint par Bucquoy vers Ablainzevelle et Achiet-le-Grand. 11 canonna inutilement quelques détachements du 22e corps et attaqua même le convoi de la division Derroja, au moment où il traversait le bois de Logeât. Il fut aisément repoussé par le bataillon d'escorte (1). Des troupes françaises revenaient à ce moment de Bapaume sur Achiet-le- Grand ; Donna dut se retirer sur Hébuterne et Sailly-au-Bois, sans que sa démonstration eût eu la moindre influence sur l'issue de la journée.

A l'aile droite allemande, la cavalerie allemande rendait des services un peu plus efficaces au général de Gceben. Deux escadrons des hussards de la garde avaient été détachés de Fins dans la direction de Cambrai, sous le commandement du colonel de Hymmen et avec la mission d'observer les troupes qui pourraient sortir de la place. Après avoir dépassé Havrincourt, ces deux escadrons atteignirent la route de Cambrai et aperçurent une colonne française en marche vers Bapaume. Les deux escadrons se dissimulèrent dans un pli de terrain et le colonel de Hymmen envoya

(i) Rappe raconte même que les sept dragons qui accompagnaient le convoi mirent pied à terre à l'entrée nord du bois cl que leur l'eu suffit à laire retirer les cavaliers allemands.

des hussards à pied, en tirailleurs, à la rencontre des Français (i). Ceux-ci se laissèrent trop facilement tromper par cette démonstration et rétrogradèrent sur Cambrai. Les hussards restèrent en position sur la route jusqu'au soir sans autre incident.

La bataille s'engagea au centre des positions allemandes. Le capitaine de vaisseau Payen établit deux batteries sur la hauteur à l'est de Sapignies et une troisième à l'ouest. La brigade de Lagrange essaya de déboucher sous la protection de cette artillerie, tandis que la brigade Michelet, si éprouvée la veille, restait en réserve au nord du village.

Les patrouilles du 7e hussards avertirent le général de Strùbberg du mouvement de la division Payen ; il envoya aussitôt deux batteries et deux bataillons du 280 et du 68e, à hauteur de Favreuil, entre la route et le village.

Les munitions brûlées la veille n'avaient pas été remplacées ; l'artillerie allemande attendit donc pour ouvrir le feu que les batteries françaises prissent position à droite et à gauche de Sapignies. Elle acquit immédiatement une grande supériorité sur l'artillerie adverse ; les deux batteries placées à l'est de Sapignies durent se reporter en arrière, dans une position plus favorable. En outre, le feu des pièces prussiennes empêchait la brigade de Lagrange de déboucher du village.

Le général du Bessol avait commencé son mouvement sur Béhagnies et Sapignies qu'il croyait encore aux Allemands ; il ne tarda pas à apprendre l'évacuation par l'ennemi de ces deux points (2) et reçut en même temps l'ordre de se rabattre vers Bapaume. Il porta aussitôt la brigade Fcerster sur Biefvillers, petit village situé au sommet d'une croupe qui domine Grévillers, Avesnes et les faubourgs ouest de Bapaume. Fœrster le fit attaquer par un bataillon du 69" de marche et par un bataillon de mobiles du Gard.

La compagnie prussienne du 330, qui occupait Biefvillers, se défendit vigoureusement, mais une partie du bataillon du 690 se servit d'un chemin creux pour arriver sur la hauteur et pénétrer dans la grande rue ; la petite garnison se retira sur Avesnes, où elle trouva un bataillon du 33e, que le colonel de Bock y avait

(i) Trois bataillons et deux pièces, d'après le grand état-major prussien. Le livre du général Faidherbe, pas plus que ceux des autres auteurs français, ne font mention de cet épisode.

(2) Deux de ses bataillons allaient ouvrir le feu sur la division Payen, quand ils furent détrompés à temps (Rappe).

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dirigé dans l'intervalle ; ces cinq compagnies, soutenues par une batterie placée aux moulins du faubourg d'Arras, font un retour offensif, repoussent les tirailleurs français et pénètrent dans Biefvillers. Un combat acharné commence alors; chaque maison est l'objet d'un siège. Les bataillons de la brigade Fœrster luttent énergiquement pour conserver le village ; les compagnies prussiennes perdent presque tous leurs officiers, mais elles reprennent la plus grande partie de Biefvillers.

De son côté, le général Derroja avait également commencé son mouvement sur Ervillers : à la hauteur d'Achiet-le-Grand, il reçut l'avis que les Allemands avaient abandonné le village et l'ordre de se porter sur Grévillers, en passant par Bihucourt. Il fit prendre cette direction à la brigade Pittié pendant qu'il portait la brigade Aynés sur Biefvillers, pour intervenir dans le combat violent qui y était engagé.

Le colonel Aynés porta sur Biefvillers le 2° bataillon de chasseurs ; trois de ses compagnies prirent part à la reprise du village en y pénétrant par l'ouest. Devant ce renfort, les Allemands abandonnèrent Biefvillers et regagnèrent Avesnes, où se trouvaient alors deux bataillons du 28e.

Cependant, la brigade Pittié s'emparait de Grévillers sans difficulté et rejettait sur Avesnes la compagnie qui en avait la garde. Les batteries de la division Derroja venaient prendre position sur la croupe à l'ouest de Biefvillers ; deux des batteries du général du Bessol avaient déjà pris position au nord-est du même village. Sous cette protection, les tirailleurs français continuèrent leur marche sur Avesnes, tout en s'étendant vers leur droite avec laquelle ils atteignaient presque la route d'Albert. L'une des deux lignes de retraite de la 15e division se trouvait donc menacée.

Malgré ce mouvement si compromettant pour ses derrières, la brigade de Strubberg se maintenait toujours entre Favreuil et la route d'Arras, mais sa position devenait dangereuse. Sa gauche était tournée par la division du Bessol ; si la division Robin eût fait à sa droite le mouvement tournant dont le général en chef l'avait chargée, sa position eût été intenable ; malheureusement, il n'en fut rien.

Le général de Kûmmer averti, vers huit heures, de la marche de la division Robin, avait renforcé par un second bataillon du 650 celui qui gardait Beugnâtre : les deux batteries à cheval de la réserve venaient de lui être envoyées par le général de Gœben ; il les porta au sud de Beugnâtre et leur fit ouvrir le feu sur les mobilisés, qui s'avançaient alors au sud de Mory ; aux premiers

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