CHAPITRE XXIX Seconde marche sur Péronne
Pendant que commençait le dernier acte du siège de Péronne, les deux armées exécutaient, le 4 janvier, les ordres donnés pour leur retraite, le soir de la bataille de Bapaume.
Une partie de la cavalerie allemande couvrit le mouvement
(i) Travail de la commission départementale d'évaluation. (Ramon.)
exécuté par les troupes de Gœben. Le 7e hussards fut laissé en avant-postes sur la ligne de Bancourt, Bapaume, Tilloy ; au contraire, le 8e cuirassiers était lancé en reconnaissance et suivait à distance le mouvement de la division du Bessol. Au moment où le 20e bataillon de chasseurs, qui formait l'arrière-garde, traversait un chemin creux entre Biefvillers et Bihucourt, deux escadrons prirent le galop pour le charger en tête et en queue. Le commandant Hecquet fit sortir son bataillon du chemin et forma des carrés en se couvrant de cet obstacle. Le premier escadron le franchit à 150 mètres de là et chargea ; mais il fut atteint par un feu à courte distance, qui produisit un effet terrifiant. Quelques cuirassiers seulement arrivèrent aux carrés pour y être pris ou tués. Le second escadron, arrivé devant le chemin creux, ne put le franchir et tourna bride sous le feu. Les cavaliers allemands avaient perdu deux officiers, vingt-deux hommes et soixantetreize chevaux tués, blessés ou disparus (1). Cette sévère leçon suffit à la cavalerie prussienne. La contenance des troupes françaises ne lui permettant même pas de tenter une poursuite, le 8° cuirassiers revint s'établir autour de Bapaume -
A l'extrême droite de la première armée, la division de cavalerie saxonne avait eu quelques escarmouches avec les troupes du colonel Isnard ; cette brigade de nouvelle formation (2) opérait depuis quelque temps entre l'Oise, l'Escaut et la frontière belge. Elle avait été envoyée à la fin de décembre dans la direction de la Meuse, pour tenter de faire lever le siège de Mézières ; mais la chute de cette place la força de revenir vers l'ouest ; elle se heurta à la cavalerie saxonne.
Le général de Lippe était parti, le 2 janvier, du Catelet pour Bohain, comme le prescrivaient les instructions du grand quartier général. Un détachement envoyé sur son flanc gauche vers Busigny, trouva les Français à Maretz et les en chassa ; pourtant, comme des groupes plus nombreux apparaissaient au nord, le détachement saxon prit une position d'observation au delà de Maretz.
Les Français parurent ensuite s'avancer de Busigny, dans le terrain boisé qui s'étend au nord de Bohain, entre Prémont et
(1) Grand état-major prussien ; le général de Wartensleben se contente de dire : « Le régiment de cuirassiers n° 8 attaqua les derniers bataillons et leur lit des prisonniers
(2) Le colonel Isnard avait remplacé le colonel Martin depuis la déroute de Vervins.
Becquigny ; le général de Lippe concentra ses forces à Bohain, et comme le canon avait retenti toute la journée vers Bapaume et Péronne, au lieu de continuer vers l'est, il crut plus prudent de se porter sur Busigny, de manière à reconnaître ce qu'il avait devant lui, dans cette direction. Pendant ce mouvement, qui s'exécuta le 3 janvier, il appelait à Bohain le général Sentît, arrivé à Origny-Sainte-Benoîte le 2, Ses éclaireurs ne trouvèrent aucune trace des Français ; ils paraissaient s'être retirés sur Cambrai la nuit précédente, ce qui permit aux Saxons de détruire complètement la voie ferrée à l'embranchement de Busigny. Le 4. de Lippe continuait son mouvement sur Guise ; le châteaufort qui domine cette petite ville avait été évacué dès le 10 septembre, à la suite de la capitulation de Laon. Depuis lors, les troupes françaises n'y avaient fait que des apparitions. Deux compagnies de gardes mobiles du Nord, qui s'y trouvaient au moment de l'arrivée du général de Lippe, accueillirent son avantgarde par une violente fusillade. Quelques coups de canon leur rirent évacuer la ville.
Le 179 uhlans les poursuivit vers le nord, mais il se heurta sur l'Iron à un millier de gardes mobiles qui le forcèrent à la retraite ; le général de Lippe dut envoyer pour le soutenir son artillerie et son bataillon de chasseurs. D'ailleurs, le mouvement offensif des Français s'arrêta à la nuit.
Un détachement saxon, lancé du côté de Vervins et de la haute vallée de l'Oise n'avait rencontré que des traînards.
Le 5 janvier, de Lippe fit renouveler les reconnaissances de la veille vers le nord et vers l'est, de manière à savoir où était le gros de son adversaire. Les patrouilles ne rencontrèrent plus aucune trace des Français : ils semblaient s'être retirés vers le nord-ouest pour rallier l'armée du Nord. La tâche de la cavalerie saxonne était donc accomplie ; le général de Lippe revint le 6 janvier à Saint-Quentin, pendant que la brigade Isnard s'établissait à Cambrai et aux environs.
Cependant, le général de Manteuffel avait été informé des dispositions prises par de Gceben pour la retraite de l'armée ; il apprenait bientôt après que les Français s'étaient retirés de leur côté et qu'il n'y avait plus d'adversaires devant le VIII0 corps. Il donna immédiatement l'ordre à la 30 division de cavalerie, renforcée de deux bataillons venus du corps de siège, de se porter en avant d'Albert à hauteur de Bapaume et de maintenir le contact avec l'armée du Nord. Le général en chef, trompé par la retraite des Français, les croyait plus affaiblis qu'ils ne l'étaient et près-
crivait de « se mettre énergiquement à la poursuite de l'ennemi *. Il fut bien vite détrompé. La cavalerie allemande (i) fit connaître que Faidherbe avait pris position en avant d'Arras, et que ses troupes n'avaient nullement l'attitude d'une armée battue qui cherche un abri. Au contraire, tout faisait prévoir un prochain mouvement offensif de leur part.
Le général de Gceben ne pouvait, en prévision de cette attaque, reprendre ses positions du Ier janvier; la bataille de Bapaume en avait trop bien montré le danger ; d'après les instructions du général de Manteuffel, il décida de reporter ses troupes au nord de la Somme, après un jour de repos, et de les établir à cheval sur la route d'Arras à Péronne, de façon à pouvoir attaquer Faidherbe de flanc, s'il renouvelait son mouvement offensif.
Le 6 janvier, la 15e division s'établissait sur la ligne Bray- Albert; le détachement du lieutenant-colonel de Pestel, envoyé précédemment vers Abbeville, on s'en souvient, se portait sur Acheux, à mi-chemin entre Doullens et Albert, et à hauteur de la 15e division. Il laissait un escadron à Picquigny, en observation devant Abbeville.
Par mesure de précaution, l'artillerie de corps restait de l'autre côté de la Somme, à Fay et Framerville.
Le corps de siège de Péronne, composé désormais de fractions de la i6B division et de la 3 ' division de réserve (2), devait se garder lui-même vers le nord. Ces dispositions étaient d'ailleurs loin d'en garantir la sécurité : du propre aveu des Allemands, l'armée de Gœben eût été dans l'impossibilité d'arrêter Faidherbe, s'il s'était décidé à marcher au secours de la place (3).
Le 7 janvier, un petit mouvement de l'armée du Nord suffisait pour faire modifier toutes ces dispositions. Après deux jours de repos consacrés à refaire son armée, à la pourvoir, dans la mesure du possible, de tout ce qui lui manquait, le général Faidherbe s'était décidé à reprendre son mouvement vers la Somme. Le 6 janvier, il donnait les ordres nécessaires : l'armée devait opérer un changement de front et se trouver établie, le 7 au soir, sur une ligne allant de Morchies à Manancourt, le front vers Bapaume (4). Le général Faidherbe croyait cette ville toujours occupée par des forces importantes, alors qu'il ne s'y trouvait que de la cavalerie ; il
(l) Ordre du généra] de Manteuffel, \ janvier soir. (Schell.) (1) Ainsi que de la brigade de cavalerie de la garde. (.2) Scnell.
(3) L'étendue de son front devait tMre de 12 kilomètres. 1 Rappe.)
avait l'intention de s'établir entre les deux fractions des troupes de Gœben, placées, croyait-il, à Bapaume et à Roisel. Mais la position qu'il allait prendre l'exposait à être attaqué sur ses derrières par les troupes allemandes de Roisel, Marquaix et Nurlu.
Ces ordres ne furent d'ailleurs pas exécutés : le général Faidherbe reçut encore une fois des nouvelles rassurantes de Péronne et, sur ces rapports trop aisément admis (i), modifia complètement ses instructions pour le lendemain ; une partie de l'armée s'avança jusqu'à Moyenneville et Hamelincourt, à trois ou quatre kilomètres au sud de ses positions du 4 janvier. Elle demeura plusieurs jours dans ses nouveaux emplacements, sans faire aucun mouvement notable.
Le général de Gœben avait appris le mouvement du général Faidherbe ; de fausses nouve'les, rapportées par ses espions, ou par les journaux anglais, lui annonçaient l'arrivée dans le nord de la France de forts détachements venus de Bretagne et de Normandie par mer. Le 190 corps (2) avait, disait-on, rejoint le général Faidherbe, qui se trouvait autour d'Hamelincourt avec trois corps d'armée. On signalait en outre l'arrivée de 20,000 hommes à Abbeville (3) : la garnison de cette place, aussi fortement renforcée, pourrait aisément couper le chemin de fer d'Amiens à Rouen et séparer la première armée en deux tronçons. Ces renseignements, à travers beaucoup d'exagérations, comportaient une part de vraisemblance. L'interruption du chemin de fer d'Amiens à Rouen aurait été en effet chose relativement facile" et eût causé un grand désarroi dans la première armée. Il est surprenant qu'elle n'ait pas été tentée.
Le général de Gœben prenait les dispositions nouvelles voulues par cet ensemble de renseignements et préparait tout pour la retraite de ses troupes derrière la Somme. Provisoirement, la 15e division restait à Bray et à Albert; la 3e division de réserve quittait le corps de siège, en y laissant sa brigade de cavalerie et s'établissait au sud de la Somme, à Feuillères, à mi-chemin entre Péronne et Bray. La brigade de cavalerie de la garde continuait à couvrir le siège au nord de Péronne, à Combles et à Sailly-Saillisel : la 3e division de cavalerie demeurait à Bapaume.
Pour garder la voie ferrée d'Amiens à Rouen, le commandant
(1) Rappe : 1111 rapport d'espion, parait-il. i Alors à la 2e armée de la Loire.
(3) 11 avait été envoyé dans cette place un bataillon et une batterie, au début de janvier; mais ils en étaient repartis presque aussitôt.
de place d'Amiens détachait à Molliens-Vidame un bataillon, deux escadrons et une section d'artillerie. Ce petit détachement se reliait à d'autres, d'effectif moindre, laissés à Poix et à Formerie.
La Somme, dans les conditions où la prétendue arrivée de renforts considérables mettait Faidherbe, allait avoir un rôle des plus importants. Par un étrange retour des choses, la rivière que Louis XIV choisissait, aux heures les plus désastreuses de son règne (i), comme la dernière défense de sa monarchie et de sa capitale, allait servira couvrir plus efficacement le siège de cette même capitale, et contribuerait à assurer la ruine de la France.
En janvier 1871, malgré le froid, la Somme constituait encore une bonne ligne de défense; les bas-fonds marécageux de sa vallée, le canal qui la longe sur une grande partie de son cours, étaient gelés et pouvaient donner passage à de petites troupes, mais la rivière n'était pas prise. Le général de Gœben donna donc l'ordre de préparer la destruction de tous les ponts qui seraient inutiles à la première armée, tandis que les autres seraient organisés défensivement.
D'après ces instructions, on détruisit les ponts entre Péronne et Amiens à l'exception de ceux de Cappy, Bray, Corbie, Camons, Vecquemont et Lamotte-Brebière, qui furent conservés ou réparés, et protégés par des têtes de pont de campagne. Certains ponts étaient de même rétablis entre Péronne et Ham, qui acquérait une grande importance comme point de passage de la Somme et station de la voie ferrée de Reims à Amiens : un bataillon d'infanterie y avait été envoyé dès le 5 janvier et un détachement de pionniers avait mis le château et la ville en état de défense.
Enfin, plusieurs ponts étaient rétablis entre La Fère et Ham.
.Malgré toutes ces dispositions, la situation de Gœben, en face d'un adversaire dont il croyait les forces si supérieures aux siennes, devenait des plus délicates. Des renforts lui étaient indispensables; d'ailleurs, à ce moment, les craintes causées aux Allemands par les mouvements des Français sur la Seine inférieure, devenaient moins vives et le général de Manteuftèl pouvait donner ordre d'envoyer sur Amiens six bataillons et deux batteries du Ior corps (2). Le détachement de ce corps d'armée, sur la Somme, était ainsi porté à neuf bataillons et quatre batteries. La division de cava-
(1) Eu 1712. avant Denaiu.
(8) Grand état-major prussien : Ces trouves arrivaient à Amiens du s
au 1 1 janvier.
lerie saxonne, à Saint-Quentin depuis le 6 janvier, était enfin rattachée à la première armée et le commandant de l'armée de la Meuse recevait l'ordre de tenir, pour le 9 janvier, une brigade d'infanterie prête à s'embarquer à Gonesse.
L'envoi de ces renforts était d'ailleurs provisoirement inutile : le général Faidherbe demeurait, comme nous l'avons vu, dans ses cantonnements au sud d'Arras. La cavalerie de Gœben l'observait de près et des escarmouches avaient lieu chaque jour. Le 8 janvier, un détachement de trente-quatre tirailleurs volontaires du Nord surprenait, dans une auberge de Monchy-au-Bois, deux pelotons du 7e uhlans placés en grand'<rarde. Les Prussiens perdaient deux officiers, trente-trois hommes et trente-cinq chevaux (1). Ils s'en vengèrent à leur manière le lendemain, en incendiant l'auberge où leurs cavaliers s'étaient si bien gardés.
Des rencontres sans importance se produisaient également entre la brigade Isnard, qui s'était retirée sur Cambrai, et la cavalerie prussienne. Un escadron du 90 hussards rencontrait à Marquion, entre Cambrai et Arras, un de nos bataillons qui le forçait à la retraite. Des détachement français partis de Ribécourt et de Marcoing, au sud-ouest de Cambrai, apparaissaient à Gouzeaucourt, à mi-chemin entre Cambrai et Péronne, et forçaient les troupes prussiennes de Fins à se retirer sur Nurlu.
Cet ensemble de faits semblait annoncer que l'armée du Nord allait p endre une attitude plus active.
Sur ces entrefaites, le général de Manteuffel était appelé à commander l'armée de nouvelle formation, qui devait s'opposer a la marche de Bourbaki dans l'est. Le général de Gœben lui succédait au commandement de la première armée.
Le nouveau général en chef, que ses succès pendant la campagne de 1866 et sa part brillante à la bataille de Saint-Privat avaient déjà mis en évidence, allait attacher son nom à la dernière partie de la campagne dans le Nord. Peut-être y fut-il plus servi par les circonstances que par son coup d'œil militaire ; s'il sut toujours prendre rapidement ses résolutions et les exécuter avec énergie, sur le champ de bataille il parut abandonner à plusieurs reprises la direction supérieure des troupes, pour la laisser à ses généraux.
Dès le 9 janvier, le général de Gœben donnait ses ordres pour la retraite des troupes allemandes derrière la Somme. De forts détachements portés au nord de la rivière devaient l'avertir de
(i) Grand état-major prussien.
tout mouvement des Français et lui opposer une première résistance, tout en se retirant sur l'autre rive.
Dans ce but, il envoyait d'Amiens à Querrieux, sur les bords de l'IIallue, là même où avait eu lieu la bataille du 23 décembre, les neuf bataillons et les quatre batteries du Ier corps, sous le commandement du général de Memerty : deux escadrons du 7U uhlans venaient les renforcer.
La 15° division cantonnait au sud de la Somme, tout en occupant Bray ; la 3" division de réserve restait à l'ouest de Péronne. La i6° division et la brigade de cavalerie Strantz étaient à l'est, jusqu'à Roisel. Enfin, à l'extrême droite de la ligne allemande, le général de Lippe gardait Saint-Quentin avec la 12e division de cavalerie. Le front de l'armée restait couvert comme précédemment par la 3' division de cavalerie, à Bapaume.
Cependant, l'armée du Nord était encore une fois réorganisée; les cadres de la garde mobile recevaient un complément d'officiers tirés de l'armée active. Les bataillons de gardes mobilisés malgré leur effectif considérable, avaient rendu jusque-là peu de services; le général Faidherbe préleva un dixième de leurs soldats pour les verser dans les régiments de l'armée active. Ceux-ci fournirent par contre des officiers, des sous-officiers et des caporaux à la garde nationale. Ces mesures étaient excellentes, quoiqu'elles ne fussent pas conformes à la stricte légalité. Une fusion plus intime, entre les gardes nationales et l'armée, analogue à {'amalgame des guerres de la République, aurait été encore préférable, mais le temps manquait pour la formation de nos jeunes troupes.
L'équipement et l'armement de l'armée du Nord attiraient également l'attention du général en chef et il cherchait à pourvoir les soldats de vêtements chauds ou de chaussures ; mais il y avait beaucoup à faire djns ce sens avant d'arriver à un résultat à peu près satisfaisant. Enfin, le général Faidherbe tentait d'atténuer les inconvénients de la multiplicité des modèles d'armes, en réservant chacun d'eux, autant que possible, à des troupes de même nature.
Ces différentes mesures avaient absorbé tous les instants du général en chef depuis le 4 janvier; mais du moins, après ces quelques jours de repos, et grâce aux encouragements qu'elle avait puisés dans son succès de Bapaume, l'armée du Nord avait pris confiance. Les témoins oculaires sont unanimes à signaler la différence d'aspect de ses bataillons avant PontNovelles et après Bapaume.
Le général Faidherbe crut pouvoir enfin donner suite au projet de marche sur Péronne qu'il avait plusieurs fois différé. Le 9, il lançait ses ordres de mouvement, au moment même où était signée la capitulation de la place qu'il espérait encore sauver. Le lendemain, l'armée du Nord quittait ses cantonnements :1a division Derroja, occupait Saint-Léger, Ervillers, Mory: celle de Payen s'établissait à sa droite dans Hamelincourt, Moyenneville et Courcelles-le-Comte. La division du Bessol, à la droite de l'armée, était dans Adinfer, Douchy et Ayette ; celle de Robin venait en deuxième ligne dans Hendecourt, Boiry- Saint-Martin, Boiry-Sainte-Rictrude, Boisleux-Saint-Marc et Blaireville; la cavalerie de l'armée occupait également ce dernier village.
Le front de l'armée du Nord, qui n'était qu'à 5 ou 6 kilomètres de Bapaume, était couvert par deux corps de francstireurs établis dans Ablainzevelle et Gomiécourt (1).
Dans la nuit du 10 au H janvier, le général Derroja envoyait une reconnaissance sur Béhagnies et Sapignies et enlevait les grand' gardes du 5e uhlans placées dans ces deux villages. Le soir du 11, une autre reconnaissance française entrait dans Bapaume sans coup férir. Le lendemain, les trois premières divisions de l'armée du Nord s'établissaient sur une ligne allant de Bucquoy à Bapaume, les troupes de Robin en deuxième ligne. Le quartier général de Faidherbe se rendait à Bapaume.
La 3e division de cavalerie s'était retirée sans combat, derrière l'Hallue, autour de Cardonnette.
A ce moment, la marche de l'armée du Nord fut brusquement arrêtée par l'avis de la prise de Péronne : ce triste événement était tout à fait imprévu pour le général Faidherbe, resté sans nouvelles de la garnison de Péronne, chose à peine croyable en raison de la petite distance qui l'en séparait. Les recommandations qu'il avait faites au commandant de place étaient telles qu'il ne s'attendait pas à une aussi prompte reddition. Peut-être l'exemple de la plupart de nos forteresses, rendues les unes après les autres sur un simulacre de bombardement, aurait-il dû lui donner moins de confiance.
Les conditions dans lesquelles il pouvait continuer son mouvement étaient tout autres maintenant. Il he fallait pas songer à pousser plus loin la marche commencée vers Péronne : les projets
(1) Il est à rernarqer que la cavalerie était en dernière ligne, et que les volontaires de Jourdan et de Polisseur la remplaçaient dans son service de sécurité. (Rappe).
du général en chef devaient donc être brusquement modifiés et quels que dussent être ceux qu'il allait former pour l'avenir, il pouvait être assuré que la possession de Péronne par les Allemands serait pour son armée la cause de grands embarras, sinon de véritables dangers. C'est ce que la marche du 16 janvier sur Saint-Quentin allait bientôt prouver.