‹ Campagne du Nord en 1870-1871Chapitre 34 sur 48 · CHAPITRE XXXI Marche sur Saint-Quentin · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI Marche sur Saint-Quentin

Péronne venait de capituler; l'armée du général Faidherbe était établie à hauteur et à l'ouest de Bapaume depuis le 12 janvier.

Quant aux troupes du général de Gœben, elles terminaient les mouvements qui avaient été prescrits le 9 janvier pour leur répartition provisoire sur le théâtre des opérations.

Devant les conditions nouvelles où le plaçait la chute de onne, le général Faidherbe hésitait sur la résolution à prendre. Il n'avait pas tout d'abord renoncé entièrement à sauver la place des mains de l'ennemi ; des avis qui en étaient venus lui permettaient de croire qu'une surprise de la garnison allemande serait chose relativement aisée; les fossés de l'enceinte, qui faisaient sa principale sécurité, étaient glacés et un coup de main pouvait être tenté avec quelques chances de succès, grâce aux intelligences que l'armée avait à Péronne.

Des préparatifs avaient déjà été faits dans ce but et des troupes choisies parmi les plus solides désignées pour cette tentative; une poterne du front nord devait donner accès à un petit détachement qui aurait surpris la garnison et ouvert les portes, tandis que le reste des assaillants se tiendrait prêt à s'élancer dans la ville (1).

Il fallut bientôt renoncer à ce projet plus séduisant que praticable. De nouveaux avis venus de Péronne montraient la garnison (2) très en éveil ; elle poussait la remise en état des fortifications nuit et jour, d'après les ordres du général de Gœben. En outre, le dégel survint : tout espoir de reconquérir Péronne était donc perdu.

L'armée du Nord passa dans ses cantonnements à l'ouest de

Rappe.

-2 bataillons iiu 69e, 1 compagnie «le pionniers, i compagnies d'artillerie de place.

Bapaume la journée du 13 janvier; les troupes allemandes conservaient devant elle une attitude expectante, en attendant la fin des mouvements entrepris sur les ordres du général de Gceben. Le soir du 13 janvier, ils étaient à peu près terminés et l'armée allemande de la Somme se trouvait répartie de la façon suivante.

La 30 division de cavalerie, à l'extrême gauche, était à Hédauville et Warloy, vers les sources de l'Hallue; plus à droite,' un détachement du Ier corps d'armée (1) avait réoccupé Albert évacué la nuit précédente par la cavalerie allemande, à la suite d'une fausse alerte.

La 15e division d'infanterie était derrière la Somme à hauteur de Brav, qu'elle occupait fortement, et se reliait à l'est avec la 30 division de réserve, qui se trouvait entre Bray et Péronne. A l'est de cette dernière place, la 16" division et la 30 brigade de cavalerie de réserve s'étendaient de Péronne jusque vers Roisel, se reliant par leurs reconnaissances à la division de cavalerie saxonne qui occupait Saint-Quentin, et se couvrait par des détachements poussés au nord vers Le Catelet et Bohain.

La o-arnison d'Amiens était relativement considérable (2), et constituait un premier appoint de forces à la disposition du général de Gceben. 11 ne le trouva pas suffisant et donna, dans la soirée du 13, des ordres pour l'envoi de Rouen de 3 bataillons, de 2 batteries et de l'état-major de la iie division d'infanterie : ces renforts, expédiés par voie ferrée, atteignaient Amiens du 16 au 17 janvier.

Cependant le général Faidherbe, contraint de renoncer à l'entreprise qu'il avait projetée sur Péronne, donnait le 13 janvier des ordres pour la continuation de la marche dans la direction d'Amiens. L'armée devait se porter le lendemain entre Albert et Bapaume: la division Derroja occuperait Albert; celle de du Bessol cantonnerait autour de Pozières; la division Payen irait à Martinpuich et aux environs; quant à celle de Robin, elle devait s'avancer à hauteur de Bapaume. La cavalerie s'établirait à Ligny et à Albert.

Les mouvements prescrits s'accomplissaient le 14 janvier sans

(i) 3 bataillons, i escadron 1/2, 1 batterie, venus de Querrieux et de Corbie.

(2) 4 bataillons, 2 détacbements d'éclopés. 1 escadron, 2 batteries, 1 compagnie d'artillerie de place, 1 compagnie de pionniers.

En outre, llam était gardé par 2 compagnies d'infanterie et La Fère par un bataillon et une compagnie d'artillerie de place. Nous avons vu quelle était la garnison de Péronne.

difficultés; la garnison allemand'' d'Albert avait évacué la ville à l'approche du général Dcrroja et s'était retirée jusqu'à l'Hallue, à Querrieux; la 3e division de cavalerie était à l'ouest, vers Beaucourt et Fréchencourt.

La direction prise par l'armée du Nord pouvait faire croire à une tentative prochaine sur Amiens; le général de Gœben s'occupa donc de renforcer le détachement qui gardait l'Hallue. Deux bataillons et deux batteries se portèrent sur Querrieux, dans les journées des 14 et 15 janvier. Le général de Memerty, qui venait d'arriver de Rouen et avait pris aussitôt le commandement des troupes du Ier corps sur l'Hallue, se trouvait avoir huit bataillons, trois escadrons et quatre batteries à opposer au mouvement offensif de Faidherbe : la garnison d'Amiens était encore une fois réduite à un effectif insignifiant (1).

Telle était la situation au nord de la Somme, quand le général Faidherbe reçut à Pozières, où il avait son quartier général, des nouvelles graves, qui précipitèrent ses résolutions. Al. de Freycinet lui télégraphiait que Paris se préparait à un suprême effort contre les lignes allemandes et laissait entrevoir que les vivres allaient bientôt manquer dans la grande ville assiégée. Un vigoureux mouvement offensif des armées de province devenait donc nécessaire. L'armée du général Chanzy était hors de cause depuis la bataille du Mans; celle de l'Est se trouvait engagée dans une marche sur laquelle le gouvernement et la France fondaient encore de grands espoirs; mais son intervention pouvait tarder à se faire sentir. Restait la seule armée du Nord; M. de Freycinet prescrivait à son général en chef de tenter tout ce qu'il serait possible de faire pour attirer contre lui une partie des troupes qui bloquaient Paris.

Le généra! Faidherbe était donc contraint de renoncer à la guerre de manœuvres qu'il avait réussi à prolonger jusque-là, pour tenter de frapper un grand coup; mais quelle direction allait-il prendre?

Il eût été dangereux pour lui de poursuivre sur Amiens le mouvement offensif qu'il avait commencé; il se fût jeté au-delà de l'Hallue au côté de la ville couvert par la citadelle; en outre, les troupes allemandes de Bray et des environs auraient pu prendre

ii 1 bataillon d'infanterie, i bataillon de laudwehr, 1 escadron de uhlans, i compagnie de pionniers et 1 d'artillerie de place.

La 3° division de cavalerie, 12 escadrons, t batailloo et l batterie, se trouvait également à portée de défendre l'Hallue.

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l'armée de flanc et de dos, pendant que celles du général de Memerty lui résisteraient de front. C'eût été s'exposer à un désastre.

Chercher à franchir la Somme entre Amiens et la mer eût en outre fait courir à l'armée le danger d'y être acculée; enfin, il était bien difficile de tenter un passage de la rivière, entre Péronne et Amiens, en présence des mesures de défense qu'avaient prises les troupes prussiennes.

Restait une direction que l'armée du Nord avait déjà suivie, mais qu'il semblait possible de reprendre, sous la condition de pousser le mouvement aussi rapidement que possible. C'était celle de l'est. Le général Faidherbe allait essayer (i) « de se dérober à l'ennemi par quelques marches forcées vers l'est et vers le sud-est, de manière à arriver rapidement au sud de Saint- Quentin, menaçant ainsi la ligne de La Fère, Chauny, Noyon, Compiègne », et la voie ferrée de Tergnier à Reims, qui était la principale ligne de ravitaillement de la première armée. Sans doute, les Allemands réuniraient rapidement contre lui des forces nombreuses, mais son but principal, celui de dégager Paris, serait atteint et il pourrait, en une ou deux marches rapides, se trouver de nouveau à l'abri des places du Nord.

Telles étaient les raisons qui, aux yeux du général en chef, semblaient militer pour une marche vers l'est. Malheureusement, l'objectif qu'il voulait atteindre, celui d'attirer à lui une partie des troupes d'investissement de Paris, ne devait être obtenu que très approximativement. Comme nous le verrons, les forces des Allemands et des Français étaient à peu près égales sur cette partie du théâtre de la guerre, et il devait sembler peu probable que le grand état-major allemand tirât des renforts importants de l'armée de la Meuse pour les envoyer au général de Gceben, si les derrières de l'armée d'investissement n'étaient directement menacés.

Cette dernière supposition était à peine admissible ; les Allemands devaient être, selon toute apparence, très vite renseignés par leur nombreuse cavalerie sur la marche de l'armée du Nord ; ils se jetteraient à sa poursuite et l'atteindraient trop vite, pour qu'elle puisse s'établir sur leurs lignes d'étapes. Il faudrait alors livrer bataille avec des troupes fatiguées, dans des conditions plus mauvaises que si l'armée se fût bornée à se porter directement sur l'Hallue.

D'ailleurs, la position des différents corps français et allemands

(1) Campagne de l'année du Nord (Général Faidherbe).

sur l'échiquier n'était pas faite pour permettre au général Faidherbe de gagner de vitesse la première armée.

Les troupes française . pour se rendre de leurs cantonnements du 15 à Saint-Quentin, par les itinéraires suivis, avaient de 50 à 60 kilomètres à faire (1); afin d'éviter Péronne, elles devaient prendre des chemins vicinaux que l'hiver et le défaut d'entretien avaient complètement défoi

Au contraire, la plupart des troupes allemandes avaient à parcourir de 28 à 48 kilomètres en moyenne (2) ; la division de Memerty et la 3e division de cavalerie devaient seules faire des marches à peu près équivalentes à celles des Français (65 à 70 kilomètres). En outre, la première armée avait à sa disposition une route en ligne droite, l'ancienne chaussée romaine de Vermand à Amiens, devenue route départementale sur sa plus grande (tendue. Les corps allemands, échelonnés à portée de cette voie, pouvaient s'en servir simultanément. 11 est presque superflu d'ajouter que les troupes du général de Gœben étaient bien autrement aptes à la marche que les jeunes soldats de l'armée du Nord. Comme toutes nos troupes d'alors, celles de Faidherbe étaient peu faites pour les marches rapides ; l'organisation de leurs trains laissait fort à désirer ; les rouages compliqués nécessaires au moindre mouvement des armées d'aujourd'hui n'existaient chez elles qu'à l'état rudimentaire ; il y avait donc quelque apparence de présomption à vouloir gagner de vitesse, avec une armée aussi peu mobile, un ennemi qui l'était infiniment plus. Enfin, dans la dernière partie de sa marche à l'est de Péronne, l'armée du Nord allait se trouver dans le voisinage immédiat de l'ennemi ; elle courait donc risque d'y être surprise en pleine exécution d'un mouvement de flanc, c'est-à dire dans les conditions les plus défavorables cà une armée. Peut-être eût-il été préférable, si l'idée du mouvement sur Saint-Quentin devait malgré tout prévaloir, de choisir des directions de marche situées plus au nord de la ligne Péronne-Ham. Les routes y auraient été d'accès plus facile, et le voisinage des Allemands moins immédiat. Dans les conditions où elle allait s'exécuter, le général Faidherbe ne pouvait

(1) La division Robin avait 84 kilomètres à faire de Bapaume à Saint- Quentin par RoiseL Vermand; la division Derroja en avait 00 d'Albert à Etesigny-le-Grand par Sailly-Saillisel, Narra, Pœuilly.

(2) La 10e division avait 28 kilomètres à taire de Péronne a Saint-Quentin La 15e division avait 48 kilomètn arir entre Morcourt, son eau-, tonnement le plus éloigné, et Saint-Quentin.

espérer de réussir qu'à !a condition de surprendre les Allemands, en les trompant quelque temps sur la direction qu'il prendrait.

Malheureusement, cette clause essentielle ne put être remplie, ainsi que nous le verrons.

De son côte, le général de Gœben attendait dans ses positions l'effet des résolutions de son adversaire. La possibilité d'un mouvement de l'armée du Nord vers Saint-Quentin ne lui avait pas échappé (i) ; dans le cas où elle se réaliserait, il comptait rejoindre à temps l'armée de Faidherbe, l'attaquer de flanc pendant sa marche « et la mettre dans une situation stratégique fort m vaise ».

Nous verrons par quel concours de circonstances ce plan ne put être mis à exécution qu'en partie.

Pour tromper son adversaire sur ses véritables projets, le général Faidherbe avait donné l'ordre d'envoyer, le 15 janvier, de fortes reconnaissinces sur tout le front de l'armée.

La division du Bessol devait se diriger vers Hédauville et le cours supérieur de l'Hallue ; elle rentrerait ensuite à Albert, en faisant une démonstration vers Querrieux.

Le général Derroja se dirigerait sur Bray et reconnaîtrait les positions allemandes au sud de la Somme. Quant aux deux divisions du 23e corps, qui étaient échelonnées un peu en arrière du reste de l'armée, elles devraient se borner à diriger de fortes reconnaissances vers le sud. La cavalerie de l'armée se porterait d'Albert jusque vers Corbie, et de Ligny sur Péronne.

Le but principal de tous ces mouvements était de montrer les troupes à l'adversaire, mais tout engagement devait être évité (2).

Le général Faidherbe s'était préoccupé également de renforcer son armée pour l'entreprise qu'il allait tenter. Dès le 13 janvier, il avait donné ordre au colonel Pauly, qui commandait aux environs d'Arras une brigade de gardes mobilisés du Pas-de-Calais nouvellement formée, de se porter le 15 janvier autour d' Authuille, un peu au nord d'Albert. La brigade Isnard, alors au sud de Cambrai comme nous l'avons vu, était destinée à former un nouvel appoint de forces pour l'armée du Nord. Des ordres lui étaient donnés pour qu'elle se dirigeât sur Saint-Quentin, de manière à y rallier l'armée à son passage.

(1) Lettre de Gœben à de Moltke. 15 janvier 1871.

(2) Voir Rappc : Ordre de mouvement pour le IS janvier. La cavalerie

de l'armée venait d'être portée de 4 à G escadrons, en y comprenant 2 escadrons de gendarmerie.

Pendant que les reconnaissances du 15 janvier s'effectuaient

sans incident, le général Faidherbe donnait ses ordres pour la marche de l'armée sur Saint-Quentin; elle devait commencer le lendemain à 7 heures et demie du matin; la division Derroja se porterait par Fricourt, Montauban, Guillemont, Sailly et Manancourt sur Nurlu et ses environs, où elle cantonnerait, (elle de du Bessol irait par Contalmaison, Longueval, Morval, Sailly-sur- Etrieourt et les environs.

Quant à la division l'aven, elle se dirigerait sur Fins, en p par Fiers, Le Transloy et Rocquigny. Pour celle de Robin, elle garderait ses cantonnements du 15 janvier, tout en surveillant attentivement les routes venant du sud. Enfin, la brigade Pauly se porterait sur Miraumont, à dix kilomètres au sud de Bapaume, de manière à se tenir prête à suivre les mobilisés du Nord.

Les trains et la réserve d'artillerie devaient se porter sur Equancourt, en suivant la route tenue par la division Payen. La cavalerie, soutenue d'un bataillon du 220 corps, couvrirait l'arrièregarde, après avoir poussé dans la matinée deux reconnaissances sur Bouzincourt et Dernancourt; elle suivrait ensuite la division du Bessol (1). L'ensemble de l'armée allait faire une étape d'environ 25 kilomètres.

Cette marche débuta dans de fâcheuses conditions; le désordre était si grand dans ces troupes improvisées que, presque partout, elles quittèrent leurs cantonnements notablement après l'heure fixée. En outre, le pluie avait commencé à tomber et une épaisse couche de verglas couvrait les routes durcies par la gelée des jours précédents. La marche des convois en fut fort retardée ; sur plusieurs points, les soldats durent s'atteler aux voitures de l'artillerie ou des convois.

Aussi, une partie des troupes ne put-elle atteindre les cantonnements fixés ; d'autres y arrivèrent très avant dans la some : au lieu de se trouver aux environs de la ligne Guyencourt-Heudicourt, le 22e corps n'avait pu dépasser Combles et Sailly, à dix ou quinze kilomètres en arrière : c'était un contre-temps de la plus haute gravité.

Le général Faidherbe donna dans la soirée, de Manancourt, ses ordres pour le lendemain ; la division Derroja devait se diriger par Templeux, Marquaix et Bernes, pour aller cantonner autour de

(i) La division Derroja devait cantonner à Nurlu, Liéramont, Guyencourt, la division du lU'ssoi à Manancourt, Etricourt, Eqnancourt; la divi- Bion Payen, à Fins. Sorel, Heudicourt. 1 Rappe. 1

Vermani ; la division du Bessol suivrait. le même itinéraire et s'établirait autour de Pœuilly, en seconde ligne.

Celle de Payen marcherait par Nurlu, Viilers, Roisel et passerait la nuit aux environs de Jeancourt. Quant à la division Robin, elle cantonnerait autour d'Etricourt, après avoir suivi l'itinéraire Bapaume, Le Transloy, Rocquigny. La brigade Pauly devait se porter de Miraumont sur Ytres, à hauteur de la division Robin. Le train et la réserve d'artillerie se rendraient à Vermand, en suivant la division Derroja.

C'était une marche d'à peu près 18 kilomètres que l'armée avait à faire ; mais elle allait se trouver dans le voisinage immédiat de l'ennemi, et les conditions de son mouvement tendraient à devenir de plus en plus difficiles.

Le général de Gceben n'avait pas été longtemps à ignorer la direction prise par son adversaire. En effet, par suite d'ordres prématurés ou mal compris, la brigade du colonel Isnard avait commencé dès le 15 janvier son mouvement sur Saint-Quentin, et sa présence aux environs de Ribécourt, entre Le Cateltt et Cambrai, était signalée à cette date par la cavalerie du général de Barnekow. La présence d'un détachement de 10 à 12,000 hommes, avec du canon (1), entre Cambrai et Saint-Quentin, avait déjà donné l'éveil au général de Gceben. Par contre, la 3e division de cavalerie lui faisait connaître, dans la matinée du 16, que des forces françaises importantes s'étaient montrées au nord de l'Hallue : restait à savoir quelle était la véritable de ces deux démonstrations. Afin de s'en assurer, le général de Gceben prescrivit de diriger sur Albert une attaque concentrique partie de l'Hallue et de la Somme, dans la journée du 17 janvier.

Les nouvelles qui suivirent ne lui en laissèrent pas le temps ; Le Catelet et Bellicourt étaient occupés dans la journée du 15 par des détachements français : un de leurs bataillons venait plus à l'est à Fresnoy-le-Grand, sur la route de Bohain à Saint- Quentin. Les avant-postes de la 120 division de cavalerie étaient repoussés sur ces trois points et le général de Gceben en recevait avis le 16 au matin.

Il prescrivait aussitôt au général de Lippe de se retirer sur Ham au cas où il serait pressé par les Français. De son côté, le général de Barnekow reçut l'ordre de les aborder de flanc, s'ils continuaient leur marche sur Saint-Quentin ; mais ce dernier

(1) Chiffres fort exagérés : la brigade Isnard comptait 9 petits bataillons et 10 pièces, c'est-à-dire 3,000 hommes au plus.

ordre parvint trop tard à son adresse et le généra! de Barnekovv se borna à renforcer les troupes qu'il avait placées à Vermand, sur son flanc droit.

La brigade Isnard continuait, entre temps, sa marche vers le sud : dès le matin du 16 janvier, elle s'emparait du passage du canal, à Bellenglise, sur la route de Cambrai à Saint-Quentin, et entrait dans cette dernière ville, après un petit engagement p du faubourg Saint-Jean. La cavalerie saxonne se retirait sur Ham, en abandonnant plusieurs voitures de vivres ou d'effets.

La marche d'un fort détachement français, de Cambrai sur Saint-Quentin, pouvait n'être encore qu'une feinte de Faidherbe et le général de (jœben n'avait rien changé à ses premières dispositions ; mais, dans la nuit du 16 au 17, il reçut des informations qui ne lui laissaient aucun doute sur les projets de son adversaire : un officier d'artillerie de la garde mobile , fait prisonnier près de Fins dans la soirée du 16, avait déclaré que trois bataillons et deux batteries devaient cantonner à Sorel, le jour même.

Un peu plus tard, un officier de la 30 division de cavalerie venait annoncer qu'Albert avait été trouvé évacué dans la journée du 16. Enfin, d'autres renseignements venus de Barnekovv et de Kùmmer confirmaient également la marche des Français dans la direction du sud-est. Un mouvement de Faidherbe sur Saint- Quentin avait seul pu motiver ce concours de circonstances.

Pour y parer, le général de Gœben pouvait choisir entre deux lignes d'opérations : concentrer tout ce qu'il avait de troupes sur la Somme, d'Amiens à Ham, et se porter, en deux marches, entre Cambrai et Saint-Quentin, de manière à couper son adversaire des places fortes qui lui servaient de base. Il pouvait également se lancer à sa poursuite, réunir en marchant les détachements qu'il avait éparpillés à peu près parallèlement à la ligne suivie par l'armée française. Il l'attaquerait alors de flanc et à revers pendant sa marche, de manière à la mettre dans une situation fort critique.

Le premier plan d'opérations pouvait donner de plus grands résultats ; coupée de sa base, l'armée du Nord eût dû renoncer à son mouvement vers l'est et chercher à se replier par un grand détour au nord, en courant risque d'être assaillie de flanc pendant sa marche ; ou elle aurait attaqué elle-même l'armée de Gœben, et la composition de cette dernière eût assuré la victoire aux Allemands. L'armée du Nord, battue et coupée des places, aurait été anéantie d'un seul coup.

Ce plan séduisant était naturellement le moins sûr, car, outre les chances d'insuccès qu'il faut toujours prévoir à la guerre, il

comportait l'obligation d'abandonner quelque temps les communications allemandes sur Laon, Soissons et Reims à la merci des Français. Le général de Gœben crut devoir y renoncer.

Il donna ordre à la division de Lippe de se porter le 17 de Ham sur Flavy-le-Martel, à mi-chemin de La Fère, de manière à garder le débouché de la vallée de l'Oise et la route de Saint- Quentin à Laon.

Le prince Albert devait appuyer également vers l'est et occuper Nesle ; la division de Kiimmer se porterait sur la ligne Licourt, Yillers-Carbonnel, au nord de Nesle. Enfin, le général de Grœben, avec une partie des troupes du Ier corps (1) et une brigade combinée de cavalerie (2), s'établirait à Cléry-sur-Somme, à quelques kilomètres à l'ouest de Péronne.

Les dernières troupes du Ier corps arrivées à Amiens (3) devaient former la réserve et iraient à Harbonnières, à mi-chemin entre Amiens et Nesle.

Pour les marches à exécuter le 17 janvier, toutes les mesures devaient être prises afin d'alléger les troupes ; les havresacs seraient transportés à leur suite sur des voitures de réquisition.

D'après les projets du général de Gœben, la plus grande partie de l'armée allait se trouver, le soir du 17 janvier, en voie de concentration dans le quadrilatère Péronne, Vermand, Flavy-le- Martel et Xesle. Le reste des troupes serait à portée d'intervenir rapidement dans la lutte qui s'annonçait imminente.

Le grand quartier général, dès la nouvelle de l'entrée des Français dans Saint- Quentin, avait prescrit au XIIIe corps de se diriger d'Alençon sur Rouen ; le général de Gœben pouvait donc tirer d'autres renforts de ce dernier point et il donnait l'ordre de diriger sur Amiens 3 bataillons et une batterie du Ier corps, qui y arrivèrent les 18 et 19 janvier. En même temps le général de Moltke lui faisait savoir que, pour les mêmes dates, une brigade de l'armée de la Meuse, transportée far voie ferrée, débarquerait à Tergnier.

(i) 8 bataillons. 3 escadrons, 4 batteries sous le commandement du général de Memerty.

(2) 12 escadrons, 1 batterie à cheval, sous les ordres du général de

Dulma.

(3) 3 bataillons et i batteries.

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