‹ Campagne du Nord en 1870-1871Chapitre 9 sur 48 · CHAPITRE VII Bataille d'Amiens (Rive gauche de l'Avre · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII Bataille d'Amiens (Rive gauche de l'Avre

La 30" brigade s'était rassemblée auprès de Hailles avec deux escadrons du 9e hussards et deux batteries; elle dirigea sur Fouencamps une reconnaissance de deux bataillons du 28e avec un escadron, tandis que le reste de la brigade s'établissait entre Hailles et Dommartin. Le hameau de Paraclet et les bois à l'ouest étaient occupés par le icr bataillon de chasseurs. Sa présence fut signalée aux Allemands qui dirigèrent vers le hameau le feu d'une section d'artillerie.

Paraclet, évacué sous les obus, fut aussitôt occupé par deux compagnies du 68e, pendant qu'une autre compagnie gagnait le pont de Cottenchy, sur la Noyé, et surveillait le flanc gauche de la brigade.

Les Allemands poussaient ensuite sur Boves où ils étaient arrêtés par la fusillade.

Vers 1 heure, le général de Strûbberg, qui connaissait la situation et savait qu'une diversion tentée par le VIIIe corps entrait dans les intentions du général en chef, se décidait à marcher sur Boves et Saint-Nicolas. Les deux bataillons du 28e traversaient

l' Avre et s'avançaient le long de sa rive droite ; un bataillon du 68e les prolongeait au delà de la route de Moreuil ; six compagnies du 68° se dirigeaient sur Boves par la rive gauche de l' Avre.

Mais les progrès du 28e et du 68e vers Saint-Nicolas furent brusquement arrêtés par une fusillade partie du bois de Gentelles; une partie de la ligne prussienne dut faire face au bois. La diversion qui retardait ainsi la marche des Allemands venait des deux bataillons du 46° mobiles qui prolongeaient la droite du général Lecointe. Devant l'offensive des Prussiens à l'est de l'Avre, ils avaient opéré un changement de front partiel; quelques compagnies avaient pris position le long de la route d'Amiens; le reste faisait face à la Luce.

La droite de la 30e brigade arrêtait donc un instant son mouvement offensif; le bataillon du 68e se déployait le dos à l'Avre et face au 46e mobiles, tandis que l'escadron d'escorte du général de Manteuffel, soutenu plus tard par trois escadrons du 109 dragons et par le bataillon du 28e, dont nous avons déjà parlé, se tenait à cheval sur la route d'Amiens, le dos à la Luce.

Cependant, la 290 brigade renforcée de deux batteries et un escadron, s'était rassemblée près de Sains, en se couvrant vers Saint- Fuscien d'un bataillon du 65" et d'un escadron. Le bruit du canon et les nouvelles reçues du Ier corps décidèrent le général de Kummer, qui marchait avec la brigade, à porter sur Fouencamps six compagnies du 65e et du 33e pour se relier au général de Striibberg. Un peu après, des troupes françaises apparaissaient entre Boves et Saint-Fuscien : le ior bataillon de chasseurs, deux bataillons du 33e et du 470 mobiles avaient été envoyés vers Dury par le colonel Derroja pour le relier aux troupes du général Paulze d'Ivoy; le colonel de Bock portait dans cette direction, sur la ferme de Cambos, un bataillon du 33' et une batterie : sous lea obus allemands, les Français se retiraient vers Boves.

Comme la 30e brigade gagnait du terrain au nord de Paraclet, le général de Kiïmmer prescrivit à la 29e de se diriger sur le château de Boves ; les troupes de première ligne de cette brigade étaient renforcées d'un bataillon du 330 et d'une batterie venus de Sains.

Vers 3 heures, ce bataillon abordait Boves à l'ouest, pendant que six compagnies du 65e et du 33e y pénétraient par la vallée; les deux bataillons du 28e prolongeaient la ligne vers Saint-Nicolas.

Cette attaque concentrique amena l'évacuation du village et les Français se retirèrent vers Cagny. La poursuite des Allemands fut arrêtée par une charge à la baïonnette exécutée par le bataillon du 24e et une compagnie de mobiles sous les ordres du chef de

bataillon Zédé. Plusieurs retours offensifs étaient même tentés par les Français; d'ailleurs la présence des mobiles du général Lecointe, au bois de Gentelles, sur le flanc droit des Allemands, ne leur permettait guère de continuer leur marche en avant. Ils se retirèrent aux environs de Boves et de Saint-Nicolas.

La nuit était venue; la plus grande partie de la brigade Derroja se rassembla à Longueau, pendant que la 30e brigade cantonnait dans Fouencamps et Boves, et la 290 dans Sains.

La présence de l'ennemi ayant été signalée vers Essertaux, le général Paulze d'Ivoy avait envoyé dès le matin en reconnaissance quelques compagnies du 19e chasseurs, deux compagnies du 43" et un bataillon de mobiles de la Somme. Le gros de ce détachement était à Hébécourt et l'avant-garde atteignait Saint-Sauflieu, quand elle se trouva en face des Allemands.

Le général de Barnekovv avait dirigé la 16" division en deux colonnes sur Rumigny et Hébécourt : en même temps, il avait porté à Contay, dans la vallée de la Celle, un détachement d'un bataillon et d'un escadron chargé de garder son flanc gauche et de couper la voie ferrée d'Amiens à Rouen. Pendant que la colonne de gauche dirigeait un bataillon du 70° sur Saint-Sauflieu et en délogeait l'avant-garde française, la colonne de droite, précédée d'un bataillon du 400, marchait sur Hébécourt.

Le 190 chasseurs avait pris position dans le village : les deux compagnies du 43e étaient en réserve au nord; le bataillon de mobiles occupait le bois en troisième ligne.

Hébécourt attaqué, vers 10 h. 1/2, par les deux bataillons du 70e et du 40e, fut défendu avec acharnement; les habitants euxmêmes prirent part à la lutte : mais après un combat très vif dans l'intérieur du village, il fut complètement occupé et les Français se retirèrent dans le bois. Deux escadrons cju 9e hussards, qui avaient tourné le village à l'ouest, chargèrent deux compagnies en retraite et les sabrèrent.

Vers 1 1 heures, les deux bataillons prussiens se portèrent d'Hébécourt à l'attaque du bois, avec l'appui d'une batterie postée près de Rumigny; les Français rirent une résistance acharnée à l'intérieur du bois, et il fallut faire déborder leur flanc droit par deux compagnies, qui s'avancèrent le long de la lisière ouest; ils se retirèrent vers Dury, où ils prirent place derrière les retranchements. A ce moment, les troupes du général Paulze d'Ivoy étaient disposées de la façon suivante : les trois bataillons de mobiles du Gard occupaient la droite de la ligne à Pont-de-Metz; puis venaient, entre ce village et la route de Paris, un bataillon du 43e,

le ig° chasseurs et deux compagnies de fusiliers marins : entre la route de Paris et celle de Saint-Fuscien, étaient les quatre bataillons de mobiles de la Somme, de la Marne et du Nord. La garde nationale était en seconde ligne entre Amiens et Saint-Fuscien.

Les troupes du général Paulze d'Ivoy recevaient peu après un renfort inespéré; une batterie mixte de 12 arrivait d'Arras par voie ferrée; elle prit immédiatement position au nord de Dury. En outre, une batterie de 4 de la garde nationale était restée dans Amiens, faute de servants exercés; une compagnie de fusiliers marins l'amena aux retranchements vers la route de Saint- Fuscien avec des attelages improvisés : l'artillerie française put ainsi résister aux Allemands avec une infériorité numérique moins grande.

Cependant la 32e brigade s'était reformée au nord du bois d'Hébécourt ; le 400, 2 escadrons et 1 compagnie de pionniers, se mettaient en marche à l'est de la route; le reste de la 16e division suivait. Les premières troupes allemandes furent accueillies par un feu violent parti du cimetière de Dury et des tranchées ; les quatre batteries de la division, renforcées bientôt après de deux batteries à cheval, prirent position à l'est et à l'ouest du village pour soutenir l'infanterie. Malgré le feu écrasant de ces 36 pièces, les Français tinrent vigoureusement tians le cimetière et dans les tranchées ; la batterie de 12 soutenait avec énergie le feu bien supérieur des Allemands. Son commandant, le lieutenant devaisseau Meunier, donnait le plus bel exemple; trois fois blessé, il avait refusé de quitter son poste de combat : il fut coupé en deux par un obus.

Le cimetière fut occupé un peu avant la nuit, par les Allemands ; mais ils ne purent aborder les tranchées et l'attitude de la garnison d'Amiens était telle que le général de Barnekow replia la 32e brigade (vers 4 heures.), et l'établit au bivouac au sud de Dury ; la 31e brigade, qui avait suivi en réserve, cantonnait autour d'Hébécourt ; à l'extrême gauche des Allemands, deux bataillons, jetés vers la vallée de la Celle, s'étaient avancés après quelques escarmouches jusqu'auprès de Salouel.

Les Allemands n'avaient donc remporté aucun succès décisif sur cette partie du champ de bataille. Les troupes du général Paulze d'Ivoy, malgré leur extrême inexpérience, avaient fait une contenance inespérée derrière leurs retranchements.

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