‹ Campagne et bulletins de la grande armée d'Italie commandéeChapitre 13 sur 27 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Convention du 15 janvier entre le roi et le pape. — Dépêche du roi à M. de Bourbon. — Entrevue de Charles Vin et d'Alexandre VI. — Lettre du oomte de Ligny. — Forme de robéissance filiale rendue par le roi au pontife. — La messe pontificale. — Clauses de la convention du 15 Janvier. — Le prince ottoman Zizim livré au roi. — Sa mort dans le camp français.

N se figure facilement combien la situation respective du roi , maître de Rome, et d'Alexandre VI, renfermé dans le môle d'Adrien, présentait de difficultés et de dangers, surtout pour ce dernier. La dépêche de Guillaume Briçonnet à la reine nous a fait pressentir la fin de cette épineuse négociation. Ce ne fut que le 15 janvier au soir, c'est-à-dire deux semaines entières après l'entrée du roi à Rome, que le traité définitif reçut la sanction des deux parties. Le roi expédia aussitôt un courrier en France pour en donner, comme il l'avait prorais, connaissance à la reine et à M. de Bourbon. Cette dépêche imprimée fut livrée à

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une publicité si destrueti?e,que la postérité b'« a recaeilli qu'un seul exCTipIaire. En iM It reproduclion * :

Mon firère, hyer au soir qui fut le X¥« jour de ee fresent moys, furent condui et accordei entre Mitre Saint Père et moy les articles dont je tous enTejB le double cy endos. Et par iceuk poorrei TOoir bûaai long comme je suis demeuré envers Sa Saincteté et ce qu'A a fait pour moy et aussi ce que je dois fidre ponr lui, et comme tous dîfférens sont entre nous pacifiai. B pour ce que encores je n'avoye yeu ni parlé i nostredit Saint Père , je suis ce jourduy matin perty du palais Saint Marc ou j'estoye logié et m'en suis Tenu ooyr la messe en r^jlise Saint Pierre et disner et logîer an palais de nostre dit Saint Père , lequel il m'avoit &it préparer : c'est ung très beau logis et aussi bien acoustré de toutes choses que palais ne chasteau que je tîs jamais. Et après disner nostre dit Saint Père qui esUnt en son chastel Saint Ange est venu au dit palais et nous sommes entrerencontrez et veuz en ung jardin qui est allentour de la gallerie par laquelle l'on Ta audit chaste! Saint Ange. Il m'a fait grant recueil et de l'honneur largement, et monstre avoir très bonne affection euTcrs

*■ Le double des leclres du roy nostre sire envoiées à Monsieur de Bourbon depuis son entrée à Romme faisans mencion de Vapoinc' tentent fait entre nostre Sainct Père le Pape et luy selon la forme et manière des articles qui s^ensuivent. Imp. en caractères gothiques, sans date et sans nom d'imprimenr. Biblioth. de Nantes. Relié & la suite des Poésies de Jehan Meschinot.

moy dont je tous ay bien youIu advertir, et pareillement de la promotion à la dignité cardinale de Monsieur de Saint Malo laquelle ce jourduy par nostre dit Saint Père en ma présence et d'une grant partie des cardinaulx a été faicte à ma prière et requeste.

Mon frère , incontinent que j*auray mis fin à mon affaire d'icy et que j'auray advisé et conclud le chemin que je tiendray au partir de ceste ville de Romme, je le TOUS feray saToir, et pareillement toutes autres choses qui seront survenues. Faictes moy savoir de Tostre part de toz nouTelles, et ce que sera surTonu par delà. Et adieu mon frère qui tous ait en sa garde. Escript à Romme le xvii« jour de janTier.

Ainsi signé : Charles. Robertet.

A la suite de la lettre du roi , le bulletin nous donne le récit suivant , intitulé : La forme de la vue du pape et du roi faite à Romme le xvi« jot^r de janvier :

Le roy alla à la messe à Feglise de Saint Pierre à Romme et disna au palais de nostre Saint Père, qu'il trouTa fort bien acoustré, et où il fut très bien recueilly par les gens de nostre Saint Père. Âpres disner vint le Pape qui estoitlogié au chasteau Saint Ange, accompaigné de tous les cardinaulz. Quant le roy sçeut que le Pape venoit, il marcha au deTant de luy dedens ung jardin qui est entre le chasteau Saint Ange et le palais. Et s'approucha le roy pour le touIoû* baiser aux piez, et lui fist grant révérence. Mais le Pape marcha en

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avant et ne doana loynr au roj et ne Touliiit mmArt ^'il le baisa aux piei ne aux maiaSp nuûi le priatet le leva et le baisa en la bonche et en la jone, enU lûsant merreîlleusement bonne chiAre. Et ce ftitille print par la main et voubit que le roj le menast pir ung eosté, et ung cardinal de l'autrCt et se retira m u cbambre en laquelle il s'assist en une chaiie parée m p<mtiflcat» et fist seoir les cardinauh aloitour de Inj, comme s'il eust voulu tenir consistoire » et fist asseoir le roy au dessus des cardinaulx. Le roy fist reqoestei nostre dit Saint Père qu'A donnast la dignité cairfinaUe à révesque de Saint-Halo. Ce que nostredit Ssîat Père fist très vobntiers» et de llieure en la yéisnw du roy lui bailla le ch^^eau et la cbafqjie. Et ordonna qu'il fost logé au palais où est logé nostre dit Saint P&re et le roy. Il n'y a entre les deux logis qu'une petite gailerie par où le roy va voir nostre dit Saint Père bien souvent Nostre dit Saint Père est venu pareillement veoir le roy privément avec un cardinal et deux de ses cabiculaires. 11 y a très grande amour et conférence entre eulz deux. Le troisième jour ensuyvant le roy devait faire l'obéissance filiale à nostre dit Saint Père en consistoire.

Avant de relater les articles du traité» ou plutôt d'en donner l'analyse, terminons ce qui a trait aux relations personnelles du pontife et du roi , en insérant ici une lettre de Louis de Luxembourg» comte de Ligny, adressée à son frère aîné. Imprimée à la suite des documents officiels que

nous venons de reproduire , elle achève de mettre hors de toute discussion ce qui a été souvent débattu, à savoir la date et la forme exacte de ce qu'on y appelle Tobéissance filiale du roi à Tégard du poutife. Nous avons vu que le pape avait tenu à ce que Charles YIII n'accomplît cette démonstration que comme catholique, et non comme roi. Le témoignagne du comte de Ligny concorde parfaitement, sur ce point, avec le bulletin précédent , et ne peut dé* sonnais laisser planer aucun doute sur les circonstances qui accompagnèrent un acte de soumission qu'aucun prince de ce temps n'aurait refusé au chef spirituel de l'Église :

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