‹ Campagne et bulletins de la grande armée d'Italie commandéeChapitre 21 sur 27 · CHAPITRE Xn · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xn

X«e roi gagne Pise. — État démocratique de Florence. — Savonarola y était devenu tout à la fois le chef politique et le réformateur des mœux^. — Le moine dominicain est envoyé à Poggibonzi, où il est admis près du roL — n lui parle en prophète et lui annonce ce qui doit lui arriver. — Entrevue de Gomines avec Savonarola au coTLvent de Saint- Marc. — Supplications des Pisans. — Ils sont appuyés près du roi par l'armée entière. — lae roi proroge sa décision et refuse les propositions des Florentins. — Lettre du roi à M. de Bourbon; noble langage du jeune prince. — Il détache un corps de troupes pour se rendre maître de Gênes. — Échec de ce corps à Rapallo. — Le duc d'Orléans

sort d'Asti. ,11 s'empare sans difficultés

de Novare. — Terreur de Ludovic qui craint une défection de ses sujets. — Son armée renforcée assiège Novare. — Lettre d'un gentilhomme français sur l'expédition du duc d'Orléans.

B roi , qui avait perdu sept jours à traiter ces affaires au lieu de tirer à son chemin y gagna Pise , où l'attendaient des difficultés d'une nature plus sérieuse encore. Il fallait , en effet» y régler

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tout ce qui concernait Pise et Florence. Le roi n'avait pas l'intention de visiter de nouYeaa cette dernière cité où, durant son séjour à Napies, il avait envoyé le cardinal de Saint-Malo, lequel n'avait pu » malgré ses talents diplomatiques , venir à bout de concilier les intérêts des deux villes rivales, dont Tune, Florence , yoalait recouvrer tous ses droits sur l'autre et les exercer aussi durement que par le passé.

Depuis que Charles VIII avait, Tannée précé» dente, assisté à la chute de Pierre de Mèdids, une autre révolution, ascétique et politique tout à la fois, s'était accomplie à Florence. Cette cité, au départ du roi, s'était trouvée dans une situation assez critique. Mieux disposée pour les Français que les autres Etats d'Italie, elle avait, par suite de la mauvaise politique de Pierre de Hédicis, peu profité de son inclination pour le vainqueur. Ses places fortes étaient occupées par Tarmée française ; Pise , sa rivale détestée, relevait la tête. Le lourd tribut qu'il fallait payer à Charles VIIl , restaurateur et protecteur de la liberté florentine, comme disait le traité, ruinait cette ville de négociants et de banquiers , dont toutes les spéculations avaient été bouleversées.

Jérôme Savonarola , moine dominicain et prieur du couvent de Saint-Marc , continuait d&

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jouir à Florence du plus grand crédit. Il avait fait partie, on se le rappelle, de l'ambassade expédiée à Charles VIII Vannée précédente, et cette ambassade , couronnée de succès, le faisait regarder par un grand nombre de ses concitoyens comme le sauveur de Florence. Savonarola, touché de la misère publique, proposa une suite de mesures bien propres à porter au comble sa popularité. C'était des quêtes en faveur des pauvres , la fonte et la conversion en monnaie des vases d'or et d'argent des églises et des monastères , l'allégement des impôts, des jeûnes, des processions et des prières publiques.

Enhardi par la faveur qui accueillit ces pro* positions , il poussa la démocratie florentine & réformer ses lois et à constituer le gouvernement sur de nouvelles bases. Son grand moyen d'action était la chaire. Doué d'une éloquence abondante, pleine de citations bibliques, et dont il nous reste de nombreux témoignages, il employait, de bonne foi sans doute, la forme inspirée et se posait en prophète envoyé de Dieu : le gouvernement démocratique lui semblait supérieur à tous les autres, pourvu qu'il ne comportât pas de délibérations publiques ou d'assemblée à parlement, car ce mot seul le met*

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lait hors de lui \ Par le Eait cependant , la noi* Telle constitution, telle qu'elle s'établit sons l'influence de Savonarola» avait quelque ressonblance avec le gouvernement de Venise» sauf le couronnement , car il n'y avait point de Anfib ni de chef suprême. Jésus-Christ fut proclamé roi de Florence. « Vive Jésus-Christ notre roi, • devint le mot de ralliement dn gouYeroemeiit populaire. On chercherait en vain , an . premier abord , la part que Savonorala s'était résenrée dans cette constitution, en grande partie son ou* vrage. Elle était cependant considérable. Il en* tendait que Florence se gouvernerait comme le peuple d'Israël, d'après les inspirations d'an prophète. Or, le prophète de Florence, c'était lui-même et lui seul, car il n'admettait pas même le coneours des autres moines de Saint- Marc.

Si la réforme politique poursuivie par Savonarola et dont nous ne saurions reproduire ici les détails , reposait sur des bases peu solides , les

1 c Votre parlement n'est qu'an instrument de mine : il faut le supprimer. Ne permettez pas qu'on l'assemble. Le parlement, c'est pour le peuple la perte de tous ses droits. Lt conseil n'a-t-il pas tout pouvoir ? Quelle loi proposez-vous? le conseil ne la fera-t-il pas aussi bien? > Sermons de Savona' rola. On voit que les démocrates anti-parlementaires datent de loin.

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efforts qu'il faisait en même temps pour réformer les mceurs des Florentins méritaient des éloges sans restrictions. On a fait grand bruit de sa rigueur et de son intolérance. Toutefois , il se tenait en général dans de justes bornes. Il conseillait la décence dans les ajustements à une société qui Tavait complètement oubliée ; il proscrivait le luxe en général, mais sans interdire une certaine pompe aux personnes riches; il combattait la passion du jeu» alors généralement répandue en Italie; il prêchait enfin la concorde et le pardon universel des injures dans une ville profondément divisée.

La faveur dont jouissait le moine dominicain était au comble , lorsque la nouvelle du retour de Charles VIII se répandit dans la ville. En voyant le roi prendre le chemin de la Toscane, on devait croire qu'il repasserait par Florence. Les partisans des Médicis qui savaient le roi bien disposé pour cette famille s'en félicitaient. Ils assuraient même que Pierre l'accompagnerait à son retour. Le parti rival qui était le plus nombreux prit la résolution de s'opposer par la force à cette restauration. La ville fut abondamment pourvue d'armes et de vivres. Tous les citoyens entrèrent dans les cadres de la mi* lice. On enrôla jusqu'aux enfants. Florence fut placée sous la protection de la sainte Vierge^

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d'Alexandre croissant de plas en plus» deui joun avant l'arriTée du roi à Rome» il s'enferma dav Orviette, suivi d'un certain nombre de cardinaux et accompagné d'une nombreuse escorte. Il avait laissé garnison dans le cbflteau Saint-Ange, après avoir chargé Antoine Trivulce » cardinal de Sainte-Anastasie , de recevoir le roi en qualité de légat. Charles entra dans Rome» et» passant par le quartier de Transtevere . il alla loger dans le Borgo» pour éviter le château Saint- Ange. Il refusa même de coucher au Vatican» qui» par Tordre du pape» avait ôié préparé pour le recevoir.

Le roi, n'ayant fait que traverser Rome» se remit en route. Il comptait encore sur une rencontre avec Alexandre VI , qui lui avait donné Tespérance d*une«entrevue , à moitié chemin de Viterbe et d'Orviette. Mais» cédant à un nouvel accès de frayeur, à l'approche du roi , le pape s'enfuit à Pérouse, avec l'intention, si Charles prenait cette direction» de gagner Ancône» pour se retirer par mer à Venise, ou dans les possessions vénitiennes. Le roi, blessé de ce procédé, n'en exécuta pas moins toutes les clauses delà convention signée à Rome. Il rendit les citadelles de Civitta-Vecchia et de Terracine. Il donna des ordres pour que son armée traversât l'État ecclésiastique comme un pays ami. Malheureusement,

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la petite ville de Toscanella ayant refusé d*ouvrir ses portes à Tavant-garde, ce détachement, obligé d*y entrer de vive force , fit payer cher aux habitants leur résistance inopportune. L'armée française, ayant gagné Sienne » évacua entièrement les États de l'Église, hormis Ostie, que le roi ordonna de remettre , après sa sortie d'Italie, au cardinal de Saint-Pierre-ès-Liens , évèque, comme on le sait , de cette ville importante par sa position.

Les principales relations entre Alexandre Vi et le roi, touchant l'expédition de Naples, devaient en rester là. On voit que Charles VIII , malgré tous les ménagements dont il avait usé, soit durant son séjour à Rome, soit dans le cours des négociations, n'avait, pour ainsi dire, rien obtenu du Saint-Siège. Le principal objet de son ambition , la consécration religieuse de ses droits sur le royaume de Naples , lui avait été plus ou moins nettement, mais, en dernier lieu, péremptoirement refusée.'

On ne saurait méconnaître que, de tous les États de l'Italie, le Saint-Siège fut, à tout prendre, celui qui opposa le plus de résistance et de fermeté anx projets de Charles VIII depuis l'entrée des Français dans la péninsule. Il ne faudrait pas cependant en conclure que le pape obéit en cette circonstance au désir de sauve-

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garder rindépendance italienne et de repousser rinvasion étrangère. Ce serait oublier que ce pontife avait été , avec Ludovic Sforze, le premier à inviter le roi de France à traverser les Alpes, et que» peu de temps avant la mort de Charles VIII, brouillé avec ses alliés, il adopta de nouveau la même politique.

Le roi et l'armée gagnèrent Sienne sans difficultés. C'est là que Comines rejoignit son maître, suivant l'ordre qu'il en avait reçu. L'ambassadeur, à son départ de Venise, avait obtenu une audience de congé du doge et de la Seigneurie. Auguste Barbarigo lui avait déclaré que le duc de Milan et les Vénitiens formaient un camp de quarante mille hommes , non pour attaquer les Français, mais dans des intentions purement défensives. Enfin, un provéditeur vénitien , qui accompagna Comines jusqu'à Padoue,lui afQrma que si les Français n'attaquaient pas les Milanais, l'armée confédérée ne passerait pasl'Oglio. Ce commissaire près des armées paraissait être dans des dispositions si conciliantes, que Comines et lui prirent enseigne ensemble ^c'esUk-dire convinrent des moyens propres à s'entendre au besoin , s'il y avait lieu plus tard d'établir quelques conventions pacifiques entre les deux camps. Au reste, l'ambassadeur trouva le roi dans les meilleures dispositions. Du plus loin

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qu'il aperçut Comines, Charles lui demanda en riant si les Vénitiens envoyaient au-devant de lui. L'entourage du roi, jeune comme lui , « ne » croyant point qu'il fut autres gens qui portassent les armes. > Et lorsque le diplomate remit par écrit le rôle des gens de cheval , de pied et des slradiots déjà réunis , renseignement qu'il avait adroitement réussi à se procurer, peu de personnes « éPautour du roi croyaient ce qu'il disait *. »

Bien qu'il fût prudent de ne s'arrêter en route que le temps nécessaire pour faire reposer les troupes, le roi resta plusieurs jours à Sienne. Le gouvernement de cette cité indépendante, « de tout temps en partialité et qui se gouverne plus follement que ville d'Italie ^, » était livré à une faction appelée Del Monte de Nove, alors en butfe à la haine de plusieurs ordres populaires. Ceuxci , sacrifiant leur indépendance à la satisfaction de leurs ressentiments, demandaient qu'on substituât à la garde, formée par la faction triomphante, un détachement français, placé sous les ordres du comte de Ligny. Ce jeune seigneur de la maison de Luxembourg , cousin germain du roi par sa mère, princesse de la

^ Comines.

^ Comines.

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lui déplaisait par dessus tout dans cette expédiliou, heureuse jusque-là, c'est qu'elle avaitété projetée et conduite contre ses avis et par des bemmesauxquels il i^tait. on ne peut lenier.de beaDCOUp supérieur.

En prédisant à Comines ce qui devait arriver an roi, Savonarola avait oublié de lui annoncer que, moins de trois ans après celle eu t revue , Charles mourrait frappé d'apoplexie dans une ^lerie basse du châlcau d'Aiiiboise, et que luimême, à «quelques Jours d'intervalle, condamné par une sentence approuvée d'Alexandre VI , il fBonterail, avec deux de ses Trères du couveut de Saint-Marc, sur un bûcher, dressé au milieu de la grande place de Florence *.

Revenons aux alTaires que le roi avait à traiter durant sen séjour à Pise.

La querelle des Florentins et des Pisans n'avait fait que s'aggraver depuis la conclusion du traité signé à Florence. Pendant son séjour à Naples, Charles, comprenant que Pise, au point de vue stratégique, était pour lui de la plus haute imporlance, en avait augmenté la garnison de six cents hommes de pied venus de France par mer. Ces soldais avaient témoigné

* Charles VIII mouml le 7 atcil 1498 et Savansrala tut brûlé

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