‹ Campagne et bulletins de la grande armée d'Italie commandéeChapitre 24 sur 27 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Zje roi quitte la Toscane. — Prise de Pontremoli. — Déplorables excès commis par les Suisses. — L'armée franchit avec beaucoup de difficulté la ohaine des Apennins. — Services que les Suisses repentants rendent à l'armée dans ce passage. — Descente en Iiombardie. — Forces et composition de l'armée des confédérés et de la nôtre. — Supériorité numérique de l'ennemi sur l'armée française. — Confiance des Français. — Craintes des confédérés. — Le roi rejoint son avant-garde et occupe Fomoue. — Essais de négociations par l'entremise de Comines. — Leur insuccès. — Bataille de Fomoue. — Victoire des Français.— Nouvelles tentatives de négociations. — - Lettres particulières écrites au duc d'Orléans et en France, où l'on rend compte de la bataille.

ES nouvelles reçues par le roi durant son séjour en Toscane avaient enfin hâté sa marche. De Sarzana,ilse rendit sans obstacle à Pontremoli. La ville et le château eussent été d'une défense facile ,

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mais la garnison qoi ne s'élevait qn'à trois cents hommes se rendit à l'avant-garde, commandée par le maréchal de 6ié et Jean-Jacques Triralce, ce seigneur milanais passé au service de France. Malgré cette capitulation, qui garantissait les personnes et les biens , les Suisses se rappelant que l'année précédente, dans le passage de Tarmée par la Lunigiana , quarante des leurs i^viron avaient été tués par ceux de PontremoU

i lV>ccasion d'une querelle; entrèrent en fipie à ce souvenir, saccagèrent la ville, j mirmi le feu, brûlèrent même une dizaine d'entre eux restés ivres dans les caves et massacrèrent le plus grand nombre des habitants. Il fallut l'intervention et les ordres foripels du roi pour mettre fin à des actes aussi coupables.

Pontremoli est située à l'entrée des Apennins. L'armée, pour passer outre, avait à traverser cette chaîne de montagnes en gravissant péniblement par des sentiers impraticables pour les voitures, et surtout pour la grosse artillerie. Honteux de ce qu'ils avaient fait, les Suisses vinrent d'euxmêmes offrir au roi de passer, à force de bras, le parc d'artillerie, où l'on comptait entre autres quatorze grosses pièces. Ils s'attelaient deux par deux, au nombre de cent ou de deux cents à la fois, sur chaque pièce, et ils réussirent ainsi à les hisser toutes jusqu'au sommet. Hais le

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plus difficile était de les descendre dans la vallée opposée. Il fallut d'incroyables efforts pour y réussir, c A dire la vérité, remarque Comines qui était présent , ils ne passèrent point l'artillerie seulement , mais toute la compagnie ; car autrement, si ce n'eût été ce moyen» âme ne fut passée. » Ce service rendu à l'armée entière atténua leur faute et leur en obtint le pardon de la part du roi.

Pendant que l'artillerie et le bagage traversaient avec tant de difficultés et d'efforts la cbaine des Apennins, i'avant-garde , formée de cavalerie légère et commandée par le maréchal de Gié , avait pris les devants. Lorsque le gros de l'armée descendit dans la plaine, elle était à trente milles en avant. Il fallut trois jours pour rejoindre le maréchal qui pressait vivement le roi de bâter sa marche. Il craignait de la part des ennemis, qu'il croyait fort proches, une attaque à laquelle le terrain se prêtait et qui l'aurait obligé de se rejeter en toute hâte, et non sans danger, sur le corps de l'armée principale.

L'armée confédérée se trouvait alors concentrée sur le territoire de Parme. Suivant Gui- Chardin, elle comptait deux mille cinq cents hommes d'armes, ce qui, à quatre hommes par lance italienne fournie , donnait un total de

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dii mille combaUaiUs, hiiil mille hommi^s d'ïnftnterie et pins de deux mille chevau-léfiers, Atonals ou Grecs, soudoyés par les Vénitiens. On appelait «es derniers en Italie Stradiots on Eitradiots. Vfttus comme les OUomans, sauf le tnrban, ils étaient montés sur des chevaux d'Asie, durs à la fatigue comme leurs maîtres, et combattaient à la faroii des Turcs, c'csl-à-dire sans jamais faire de quartier aux vaiucus. Les Ténitiens s'en servaient contre les Ottomans. Geux-ci , ayant habitué leurs cavaliers à recevoir tt docM partèlc d'ennemi, avaient obligé les tÀtHieiM i adopter, par voie de représailles , cet usage barbare.

D'après le calcul de Gnicbardin, l'armée confédéré n'aurait compté que vingt-an à vingtdeux mille hommes. Mais Comines, qui possédait des renseignements exacts, et qui avait vu avant son départ de Venise débarquer dans l'île Saint-Nicolas et y faire leur montre une partie des troupes albanaises, évaluait l'année des confédérés à trente-cinq mille hommes. Elle était en tout cas beaucoup plus nombreuse que la Ddlre qui, comme nous le verrons tout à l'heure, de l'aveu d'un de nos adversaires parfaitement informé , lecomtedePitigliano, prisonnier sur parole à la suite des Français, ne s'élevait qu'à neuf mille combattants. François de

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Gonzague, marquis de Hantoue *, jeune, mais déjà remarquable par d'éminenies qualités militaires, commandait en chef les troupes vénitiennes qui formaient plus des trois quarts de l'effectif. Il avait autour de lui beaucoup d'officiers distingués. Selon l'usage de la République » on lui avait adjoint deux provéditeurs , véritables commissaires, sans l'avis desquels il ne pouvait prendre aucune résolution importante. C'étaient Luc Pisani et Melohior Trevisani. Le comte de Cajazzo, qui, comme son maître, Ludovic Sforce, avait été de nos amis, commandait les troupes milanaises. Il était fort avant dans l'intimité du duc de Milan, mais, moins habile dans le métier que Robert de San- Severino , son père , il passait pour être plus prudent que brave. François-Bernard Visconti, chef de la faction gibeline à Milan, et conséquemment ennemi de Jean-Jacques Trivulce, l'accompagnait comme porteur des ordres du duc.

Les chefs de l'armée confédérée avaient d'abord résolu d'occuper Fornoue, bourg peu considérable situé au pied de la montagne et sur le bord du Taro , ruisseau ou torrent, selon le

' C'était le chef de la maison de Gonzague. Il était fils de Frédéric, marquis de Mantoue, mort en 1484, et de Marguerite de Bavière, etbeau-frére de Gilbert de Montpensier, yiceroi de Naples.

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leinps et la saison. Ce lieu leur sembla trop resserré, rapportent les uns. D'autres ont dit depuis que, désirant donner à rarmée françaiie la facilité de descendre tout entière dans b plaine afin de l'anéantir d'un seul coup, ils avaient jugé convenable de se retirer à trois milles plus loin, à Tabbaye de la Ghiruola. C'est l'opinion deComines, et il attribue ce calcul i l'avarice des confédérés , qui ne voulaient rien perdre des riches bagages du roi et des seigneurs français.

' Guicbardin avoue francbement qu'il se mani* festa un peu d'hésitation parmi les che& de l'armée confédérée. On avait toujours douté que le jeune roi , & la tète d'une armée aussi inférieure en nombre , osât prendre le grand chemin de l'Apennin. Ses ennemis s'étaient persuadé qu'il laisserait à Pise la plus grande partie de ses troupes et qu'il s'embarquerait avec le reste. Quand* ils apprirent qu'il prenait son chemin par terre, ils crurent que pour les éviter il avait dessein de franchir les Apennins par Val di Tare et le sentier difficile et escarpé de Centocroce pour gagner la Torlonèse et rejoindre le duc d'Orléans aux environs d'Alexandrie. Mais en le voyant se diriger sur Fornoue , en apercevant son avant-garde , peu nombreuse et distancée comme elle l'était , tracer fièrement sa

route droit sur la masse des ennemis, on ne douta plus que le jeune roi avait pris la résolution de se jeter tête baissée au milieu du danger et de faire bravement une trouée à travers Tarmée confédérée. Les soldats italiens, dit Guichardin, se représentaient la furie et l'impétuosité des lances françaises et la fermeté des Suisses , auxquels l'infanterie italienne n'est pas comparable. Leur imagination s'effrayait du prompt effet de notre artillerie ; mais ils étaient surtout frappés de la hardiesse des Français, que leur petit nombre n'empêchait pas de venir droit à des ennemis si supérieurs en nombre *.

Une courte missive, écrite au duc d'Orléans par Gilbert de Nevers , commandant des Allemands à l'avant-garde , témoigne hautement de la confiance qui animait l'armée française. Datée de l'avanl-veille de la bataille et du jour qui précéda la jonction du roi à son avantgarde, elle nous semble tout à fait propre à justifier l'opinion de Guichardin. La voici :

Double des lettres escriptes par Mons^ de Nevers à

Mons^ d'Orléans «.

Monseigneur , je vous advertis que Mons' le mareschal de Gyé et ma bande d'Allemands sommes à cinq

* Guiehardia , liv. ii , chap. m.

^ Biblioth. de Nantes. Copie manuscrite. Archives de la maison de Rohan.

âmes de Fonioiie»att«idiat aujounThiiy le tejét toute nottre artiDerie. Nous aTOU iatendim mcoatiMiit fne nooB serons assemUès d'aller Teoir les Lombars qariqpie pari qa'Ds soient» et tous promeets 910 jaasii je noTis gens plus ddibérea* le roi prenùArement et tonte la bande tant de gens de cheral que de pyé» et je vous asseure, Monseigneur, que la bande est bdk et grosse. Le marquis de Mantone et le comte de GalKas G^BBo) sont à troismilles delàyàFomoue,et n'aTOBS peur qu'ils ne nous attendent^. M onseignear , leroy a aiyourd'huy eu nouYelles comme Monsr d'AobignyS a gagné bataille contre le roy Femnd; je roas enfOfs les lectres que le roy a escriptes, ensemble le double des lectres que mondit sieur d'Aubigny a eser^tes à Mdfoff de M ontpensier. Monsr, Messire JebanJacqnes de Triyulce et moi ayons parlé ensemble comme seres advertis par le sieur de Thenray plus amplement Mons^ gneur, je prie Dieu qu'il vous doint ce que tous desirez.

Escript à Test le quatriesme jour de Juillet.

Et au-dessoubz, vostre très-humble serviteur et cousin, Engillebert.

Le maréchal de Gié, qui avait avec lui moins de deux mille Français et au plus un millier de

*■ (7esl-à-dire: N'avons peur que d'une chose, c'est qu'ils ne nous allendent pas. Notre vieux langage, moins clair peut-être, était plus concis que celui dont nous nous servons.

* Nous donnerons ces lettres plus tard, lorsque nous nous occuperons des événements qui suivirent le départ de Naples da oi et de son armée.

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Suisses, avait pris position sur la montagne, en face de Fornoue , en attendant Tarrivée du gros de Tarmée. Le dimanche , 5 juillet , le roi descendit des Apennins vers midi et porta son quartier général à Fornoue même. Là commence la plaine de Lombardie , qui était dès lors « un des beaux et bons pays du monde et des plus abondants. Fossoyé comme en Flandres ou encore plus et mal aisé à chevaucher , mais bien meilleur et plus fertile tant en bons froments qu'en bons vins et fruits et ne séjournent jamais leurs terres », suivant les remarques de Comines, qui se souvenait de son pays natal.

L'aspect de ces plaines réjouit l'armée : les habitants de Fornoue offraient aux Français des petits pains noirs et du vin coupé d'eau aux trois quarts et quelques fruits, le tout à des prix très-élevés. Toutefois, la crainte que ces vivres ne fussent empoisonnés arrêta les chefs et les moins affamés, mais comme, en général, on avait souffert dans la montagne du manque de vivres , les soldats se précipitèrent sur ces rafraîchissements , si bien que deux Suisses moururent dans une cave à force de boire.

Les deux armées se trouvaient ainsi disposées. Elles étaient campées toutes deux sur la rive droite du Taro, les Français dans Fornovo ou Fornoue, bourg de peu d'importance, et les troupes

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confédérées à quelques milles au-dessom. Lei Français occupaient un vallon resserré entre deox collines au fond duquel coule le Taro, misaean i lit de torrent ordinairement très^èable et presqu'à sec, au moment de Tarrivée de rarmée. Le camp des confédérés couronnait un coteau étendu vers la droite des Français. Le vallon que suit le Taro au sortir de Fornoue est une grève aride, d'une demi-lieue de large, semée de cailloux et de grosses pierres roulés par le ruisseau débordé, mais peu propre aux évolutions de la cavalerie. De cette disposition du terrain et des deux armées résultait pour les Français l'obligation, s'ils se portaient en avant , de traverser la rivière en face de l'armée ennemie.

A peine les Français eurent-ils dressé leurs tentes qu'ils se virent assaillis par des nuées de stradiotsqui, couverts par des bois situés entre les deux camps , arrivaient sans être aperçus jusqu'aux sentinelles françaises. Il en résulta d'abord une telle alerte, que toute l'armée, croyant à une attaque générale , se mit en bataille, disposée en trois corps et prête à recevoir l'ennemi. On finit par s'habituer à ces escarmouches, plus importunes que dangereuses.

Deux jours auparavant, le roi avait entretenu, pour la première fois, Comines d'un projet de négociation. Il avait manifesté le désir de l'en-

voyer au camp des Vénitiens , en le faisant accompagner d'un officier capable d'apprécier, à première vue , les forces confédérées. Comines avait répondu qu'il était prêt à demander aux provéditeurs vénitiens, suivant la convention qu'ils avaient arrêtée à Padoue, un sauf-conduit et une entrevue , mais qu'il regardait comme peu convenable et comme fort dangereux d'aller au-devant de l'ennemi jusque dans son camp. Le cardinal de Saint-Halo le pria , le dimanche soir , veille du combat, d'essayer de se mettre en rapport avec les provéditeurs. Comines leur écrivit aussitôt pour leur ofiTrir un sauf-conduit, suivant les arrangements pris à Padoue , et leur en demander un pour lui-même. Ils s'empressèrent de répondre que, le duc d'Orléans ayant commencé les hostilités contre le duc de Milan , les pouvoirs qu'ils avaient reçus pour traiter n'étaient plus entiers, mais que, nonobstant, l'un d'eux se rendrait à une entrevue dont l'heure et le lieu seraient fixés ultérieurement.

Cette réponse, reçue le dimanche soir, dit l'historien négociateur, € nul ne l'estima de ceux qui avaient le crédit. Je craignais à trop entreprendre et qu'on le tint à couardise si j'en pressais trop.... Mes affaires avaient été telles au commencement du règne de ce roi, que je n'osais fort m'entremettre , afin de ne me faire point

ennemi de ceox ft qoi 11 donnttt râiittwit& » twh joon da dépit et de la soicqitibilité.

Yen minuit » le cardinal de Saint-Halo qoi venait de quitter le roi et dont le paTillon était Tirisin de celui de Gomines » Tint eomnuuiqwr i ce dernier Tordre du jour dn lendmiaiii» Il arait été déddé que le roi partirait dès le matin, et que Tannée, appuyée par Tartillerie, paasendt la riTiëre eu face de TennonL Le plan parut A extraordinaire à Gomines, qu'il le crut d'dxird de la foçon de Son Excellence.

La nuit ne s'écoula pas sans alertes , toiqonn causées par les stradiols. Un violent orage, ae^ compagne de tonnerre et de ploie , faisait retentir les échos des montagnes voisines et menaçait de grossir, pour le lendemain , le cours d'eau que Tannée avait à traverser.

Le lendemain matin , 6 juillet , vers les sept heures, le roi, jugeant qu'il n'y avait pas de temps à perdre pour franchir le Taro , avant la crue, monta à cheval et fit appeler Gomines. L'ambassadeur trouva son maître armé de toutes pièces, monté sur le plus beau cheval noir qu'il eûtjamais vu. Le prince portait , par dessus son armure du plus riche travail, une tunique sans manches,blanr.heet violette , semée de croisettes de Jérusalem, de la plus fine broderie. Le cheval, complètement bardé, était caparaçonné des mêmes couleurs.

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égalemenl semées de croiseites. Le panache miparti du casque royal reproduisait les mêmes nuances. L'aspect, le maintien et la parole du roi parurent à Comines si audacieux et si sages à la fois , que la prophétie de Jérôme Savonarola lui revint à la mémoire. Il vit bien que Dieu le conduirait par la main et que l'honneur lui resterait, suivant les prédictions du moine inspiré. Aussi, lorsque Charles dit à Comines qu'il lui adjoignait le cardinal de Saint-Malo et qu'il les autorisait tous les deux à ouvrir une conférence avec les ennemis, l'ambassadeur qui , ce jour-là, portait une cuirasse et qui sentait dessous battre son cœur de soldat , répondit : « Sire , je le ferai volontiers, mais je ne vis jamais deux si grosses compagnies si près l'une de l'autre , qui se départissent sans combattre. »

Tandisqué les divers corps de l'armée prenaient leurs rangs , le cardinal et Comines , se retirant à part, dictèrent à Roberlet, secrétaire du roi, une lettre adressée aux provéditeurs vénitiens. On leur mandait que le roi ne voulait que passer son chemin sans causer de dommage à personne et que si l'entrevue sollicitée la veille avait lieu , elle aboutirait sans doute à une convention pacifique. Le porteur de cette lettre était un trompette qui réussit à gagner la tente des provéditeurs. Au moment où ceux-ci venaient

SSB GAWAGm R fULumn

de lire cette dépêche» rartillerie firançaiBe mença à tirer» ce qui provoqua une ripoitè, mais plus bible, de rartillerie italienne. Lai proTèditeurs et le marquis de Hantoue , général en chef , répondirent aussitôt par un de lean trompettes , accompagnant le nôtre» qu'ils coasentaient à parlementer » à condition que Tarlit lerie se tairait de part et d'autre. Le roi, auanUkt informé de ce message» renvoya les deux trompettes» chargés de dire aux Vénitiens qu'il a€« quiesçait à leur demande et qu'il donnait Tordre de cesser le feu. Le silence se fit pendant quelque temps. Puis rartillerie italienne ayant tiré de nouveau » la nfttre mit en batterie trois nouvelles pièces et reprit son feu avec plus de vivacité que jamais. Dans ce moment , les trompettes arrivaient à la tente du marquis de Mantoue où se trouvaient les deux provéditeurs , Rodolphe de Mantoue, oncle du marquis et le comte de Cajazzo. La question y fut débattue rapidement. Rodolphe et un des provéditeurs étaient d'avis de parlementer, et le premier surtout , bien disposé pour nous , s'efforçait de faire prévaloir ses opinions conciliantes. Hais le second provéditeur, le général en chef, et surtout le comte de Cajazzo, qui connaissait parfaitement l'infériorité numérique de l'armée française dont il avait fait partie» furent d'avis de livrer bataille» et

cette opinion prévalut. Il était plus de midi lorsque la négociation fut définitivement rompue.

Au reste le combat était déjà engagé. A peine avions-nous commencé à traverser le Taro, que d'innombrables stradiots, dispersés sur les flancs de l'armée , entraient dans Fornoue , à mesure que nos soldats évacuaient ce village et menaçaient Tarrière-garde, chargée de protéger les bagages.

Voici comment les forces avaient été disposées du côté des Français et de celui des confédérés : Tavant-garde française, composée de troupes choisies, était placée sous le commandement du maréchal de Gié et de Jean-Jacques Trivulce. On y comptait trois cents hommes d'armes et trois mille Suisses. On leur avait adjoint trois cents archers de la garde, auxquels le roi avait ordonné de combattre à pied , quelques arbalétriers à cheval de la garde y avaient été réunis. Leurs chefs particuliers étaient Gilbert de Nevers , de Lornay , grand écuyer de la reine, et Antoine de Bessey, bailli de Dijon et commandant des Suisses. Enfin toute rarlillerie accompagnait l'avant-garde. Le roi suivait avec le reste de Tarmée, sous les ordres de M. de la Triraouille et du comte de Foix. Les lances du duc d'Orléans, placées sous le commandement de

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Robinet de FrameMl» lef arehera éconais, ki gentilsbommes des vingt écns et ceux qu'on appelait les pensionnaires , accompagnaient le roL

Lorsque Tarant-garde française » après avoir passé le Tare , flit arrivée à bantear da camp dei Italiens, le marquis de Mantoue passa la rivière au dos de Tarrière-garde française, avec m corps de six cents bommes d'annes, élite de Tannée, soutenu par cinq mille hommes de pied , un fort escadron de cbevan*légers et un corps nombreux de stradiots. Il laissa sur Tautre bord Antoine de Hontefeltro, de la maison d'Urbin , avec un corps de troupes considérable destiné à lui servir de réserve, mais qui ne devait passer la rivière que sur Tordre de son oncle Rodolphe. Une autre partie de sa cavalerie légère, avec le reste des stradiots, devaient passer le Tare à Fornoue, tomber sur le flanc des Français et s'emparer du bagage. Il était près de trois heures, lorsque le marquis franchit le Tare.

Le comte de Cajazzo avait ordre de passer la rivière au-dessous de Fornoue et d'attaquer vivement Tavant-garde française. Le général en chef lui avait confié quatre cents hommes d*armes et deux mille hommes d'infanterie. Il avait pour réserve deux cents hommes d'armes sous les ordres d'Annibal Bentivoglio, qui ne devait

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franchir le Taro qu'en cas de besoin. Enfin la garde du camp qui, suivant l'usage italien, était d'une grande étendue, avait été laissée à deux compagnies de gens d'armes et à mille hommes d'infanterie. C'étaient les provéditeurs vénitiens restés dans le camp qui avaient exigé cette forte réserve.

On voit que le plan adopté par le marquis de Hantoue consistait à envelopper entièrement l'armée française, qui, attaquée en tête, en queue et par le flanc au fond d'une vallée bordée d'un côté par la rivière grossissante et de l'autre par des coteaux élevés, aurait été, en cas de défaite, complètement anéantie.

Le plus grand embarras de l'armée française consistait dans l'immense quantité de chariots, de bêtes de somme de toute espèce et de conducteurs ou sommiers qui la suivaient. Les historiens évaluent à six mille environ le nombre de ces derniers. Cette masse confuse avait passé de bonne heure le Taro et filait le long de la grève, au pied de la montagne, sous la protection de l'arrière-garde; mais cette protection était insuffisante, surtout contre les attaques des stradiots, disposés à se porter de préférence sur un point où il y avait beaucoup de profits à faire et peu de dangers à courir. On a prétendu que Jean-Jacques Trivulce, qui connaissait l'avidité

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de ces troupes meroenaim, avait conseillé n roi de sacrifier ane partie da bagage, afin d'aïtirer sur ce point une bonne partie des forces de l'ennemi.

Toujours e8t*il que ce ftal à rettrème arrièrtgarde que l'attaque commença ; mais an mène moment le marquis de Mantoue, son onde Bèdolpbe, le comte Bernardin de Valmontone, accompagnés de la fleur de Tannée italienne, après avoir passé la rivière, remontèrent la grève, afin de prendre en flanc les troupes di corps de bataille où se trouvait le roi. On te voyait s'avancer au petit pas, les cavalieis bardés, empanacbés et* armés de ces laneei élégantes et richement peintes» qu'on appe* lait bourdonnasses» à cause de leur ressem* blance avec les bourdons de pèlerins , flanqués d'arbalétriers à cheval , de slradiots et de gens de pied.

Le roi, voyant ce corps d'armée s'avancer en si bon ordre, prit à l'instant même la résolution de faire volte-face , et, en s'adossant à son avantgarde déjà un peu éloignée, de présenter le visage à l'ennemi. Il se jeta bravement un peu à gauche de son arrière-garde à la tête des lances d'Orléans, des archers écossais et des gentilshommes de sa maison.

Presque aussitôt les Italiens , sous les ordres

du marquis, divisés en deux compagnies, mirent les lances en arrêt et chargèrent au galop. Les Français , partagés en deux forts escadrons , en firent autant avec une extrême vigueur, le roi au premier rang et à la tête de la compagnie de droite. La compagnie française, du côté gauche, débordait un peu l'ennemi, ce qui fut d'un grand avantage, suivant Comines, qui en faisait partie, car voyant TafiTaire engagée, le diplomate avait laissé parmi les bagages le cardinal de Saint-Malo et repris son ancien métier. Le résultat de ce premier choc fut décisif. Les gens d'armes du marquis de Mantoue, culbutés, prirent tous la fuite. Les gens de pied qui les accompagnaient en firent autant. Les stradiots , chargés de les soutenir, voyant les chariots, les mulets et les conducteurs de Tarrière-garde française s'enfuir devant leurs compagnons pour gagner l'avant-garde, avaient déjà abandonné, avant la charge, les hommes d'armes du marquis, afin d'aller partager avec les leurs le riche butin qu'on leur avait promis. Cette diversion fut des plus heureuses. On ne sait pas ce qui serait arrivé, si ces quinze cents chevau-légers (tel était leur nombre) , eussent attaqué en flanc les compagnies françaises avec leurs terribles épées qu'on appelait cimeterres.

Les deux gros escadrons français, auxquels se

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Joignit toole la canlerie diqNNiibte.

Tirent , Tépée dani lei rànt • tat débriê dM( pagnies du marquis, qui reprenaient à tonla Mft la route de Fomone on qui, s'écarlant i pmi» essayaient de njoindre leur camp par le fin court ebemin. Mais, dans cette faite» on gnÉi nombre resta sur la place. Rodolphe de oncle du marquis, celui-là m Ame qui, le dans le conseil , avait opiné ponr la pais» M m des premiers tués. Ce ftit la cause» dit- on» psar laquelle Antoine d'Urbin ne passa pas la ririki aToc sa réserve, attendu que Tordre de la firan> diir derait lui être transmis par oe aeignear. Bon nombre des chcTaliers italiens, pesanimpl armés » Joncbaieot le sol. Les longues épées des archers français cherchaient le défont des cuirasses , tandis que les haches à couper le bois» dont étaient munis les valets , brisaient les visières des armets. « Car bien mal aisés étaient à tuer, tant étaient fort armés, » remarque Comines. Quant aux hommes de pied, abandonnés par la cavalerie , fuyant dans toutes les directions, il en fut fait un grand carnage.

A moins de vingt pas de Charles VIII, le bfttard de Bourbon avait été fait prisonnier par les Italiens. Quant au roi , il n'avait reçu aucune blessure. Il était resté sur le lieu du combat, accompagné de quelques gentilshommes, ne

DB LA GRANDE ARMEE D'iTALIE. 335

^ pouvant pas , sans perdre de vue Tensemble de I la bataille, se mettre à poursuivre Tennemi, et H ne voulant pas encore se rapprocher de l'avant- H garde. C'est là, comme nous allons le voir, qu'il ^ courut le plus grand danger.

I Tandis que le marquis de Hantoue attaquait l'armée en queue et en flanc, le comte de Cajazzo, suivant les ordres qu'il avait reçus, dirigeait une attaque simultanée conlre l'avant-garde française , mais avec moins de succès encore ; car au moment de coucher les lances , sa cavalerie fut frappée de terreur et se rompit d'elle-même. Les Suisses tuèrent une vingtaine d'hommes et le reste échappa sans être poursuivi. Le maréchal de Gié, apercevant à peu de distance , de l'autre côté de la rivière , des compagnies ennemies qui n'avaient pas donné, fit les plus grands efforts pour maintenir ses troupes en ordre de bataille et les empêcher de se lancer à la poursuite des fuyards.

Or, une petite bande de ces fuyards , parmi lesquels se trouvaient quelques hommes d'armes, ayant suivi la grève, arriva jusqu'au roL Le prince se trouvait en ce moment à l'écart ^ accompagné seulement d'un valet de chambre, appelé Antoine des Ambus, petit homme et mal armé. Chargé par cette bande, Char-

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les mania son exeellent cheral et Ht onp de ses armes avec tant d'adresse, qa'il pin tons les coups qui lai forent portés. Un da boutons de la visière de son casqae ftat eoopé par le tranchant d*ane épée. Les gentilsbomma de sa suite accoururent en toute hftte pour le délivrer et disperser cette bande. Cest abm seulement que le roi se mit en marcbe pour rejoindre Tavant-garde qui , comme nool ravoM dit, avait fermement conservé sa position, prudence considérée comme excessive par quelques nns et louée sans réserve par d'autres.

Les deux grandes attaques des Italiens , à ^a^ rière et à Tavant-garde , avaient donc complètement échoué. Le seul succès dont ils pouvaient se vanter consistait dans l'enlèvement d'une partie des bagages. Les stradiots y firent un butin considérable. Une centaine de sommiers et de valets, une cinquantaine des serviteurs du roi ou de ses chambellans furent emmenés prisonniers, parce qu'on les prit pour des personnages importants. De ce nombre se trouvait Gabriel, valet de chambre de Charles VIII. Ses fonctions consistaient à veiller sur les reliques dont les rois de France se faisaient toujours accompagner en campagne. Au resle , le désordre fut si grand sur ce point, que beaucoup d'objets précieux furent jetés à terre, perdus et même déro-

DB LA GRANDE ABMÉB D'ITALIB. 337

bés par les propres sommiers de l'armée, loiirbe indisciplinée où l'on comptait beaucoup de vivandières, et dont les rapines avaient trop souvent mécontenté les populations italiennes.

Les compagnies françaises lancées à la poursuite du marquis de Mantoue ne s'arrêtèrent qu'à la hauteur de Fornoue. Aucun retour offensif n'eut lieu de la part de l'ennemi. Un seul chevalier français, encore mal armé, Julien de Bourgneuf, avait été tué durant cette poursuite. Arrivé près de Fornoue, on cria : Allons au roi. A ce signal, tout le monde fit halte. Les chevaux, fatigués d'une si longue carrière, fournie sur un sol semé de pierres el de cailloux, reprirent haleine, et puis Ton se dirigea au grand trot vers le point où l'on croyait rencontrer le roi. On l'aperçut bientôt, et alors les deux escadrons, ralentissant leur marche, ordonnèrent aux valets et suivants de descendre de cheval pour ramasser de ces belles lances qui jonchaient le sol. Bien que creuses et légères comme une javeline , elles servirent à remplacer celles que l'on avait rompues contre les cuirasses italiennes.

Pendant ce retour vers l'avant-garde, on avait rencontré sur la grève divers détachements ennemis débandés , mais on ne s'attacha pas à les poursuivre. Plusieurs fois pendant le combat

3S8 câuPAGici KT Buixmm

8*étail élevé le cri : SoaTenei-Toas de Goinegile, Cétait un averUssement de ne pas s'arrêter I piller le bagage, comme on ravait fail aatrefail sous le roi Louis XI , dont l'année perdit m bataille à moitié gagnée ponr s'être amusée I recueillir le butin ^

Le marquis de Hantoue , après avoir repaai la rivière qui grossissait à chaque instant» tromi ses corps de réserve -si effkayés qu'ils ne songeaient plus qu'à s'enfuir avec le bagage. U grand chemin de Plaisance à Parme était même d^à plein d'hommes • de chevaux et de dia^ rettes qui se retiraient vers cette dernière villa La présence et l'autorité du marquis arrêtèrent en partie ce' mouvement. Mais l'arrivée du comte de Peligliano contribua davantage à rassurer les soldats italiens. Ce capitaine, accompagné de Virginio Orsini, son frère , suivait l'armée française depuis Naples, prisonnier sur parole. Telle était la position de ces deux officiers depuis la prise de Nola dont la capitulation, prétendaientils , leur avait garanti la liberté. Ils avaient profité tous deux du désordre causé par la bataille pour s'échapper et passer dans le camp italien. Le conQte, se lançant à la suite des fuyards, s'efforçait de ranimer le courage de ses compatriotes

L'*av«rtissemeiit n'était pas très-opportun, car le gros da *>agage de l'armée italienne était de l'autre côté du Tare.

DE LA GRANDE ARMÉE d'ITALIE. 339

et de les ramener au combat. 11 affirmait que l'armée française comptait à peine neuf mille hommes , qu'il en connaissait tous les corps, et que rimmense supériorité numérique de l'armée italienne était un sûr garant de la victoire, si elle renouvelait vivement son attaque contre des ennemis déjà, disait-il, fortement ébranlés. Ces efforts, de la part d'un capitaine bien connu de l'armée italienne , n'aboutirent qu'à mettre un terme à la fuite et à faire rentrer les troupes dans leur camp retranché.

Ce qui paraîtra moins extraordinaire, c'est que au même moment, dans le camp français, on songeait à reprendre sérieusement Toffensive et à mettre la victoire à profit. La question se débattait entre le roi et les officiers généraux, réunis à cheval autour de lui. On apercevait de ce point les têtes et les lances de divers corps de l'armée ennemie, massés aux environs de leur camp. Mais aussi l'on distinguait sur la route de Parme une longue file de fuyards , et Francisque Secco, ainsi que Camille Vitelli S tous deux ita-

* Le roi, après la bataille, détacha de son col une chaîne d'or qu'il donna à Camille Vitelli , pour le récompenser de la part qu'il avait prise à la victoire. Il y avait dans l'armée française quatre frères de cette famille, originaire de Citta-di-Castello , dont elle portait le titre. Ils commandaient un corps formé d'Italiens, et qu'on appelait les Vitelliens.

S4D GAMPAGHI IT MJUBTIllg

liens, assuraient que rannée ennonie était dM une complète déroute. Ils opinaient finrleaMÉl pour qu'on repassftt la rivière et qu'on la psvsuivit répée dans les reins. Les offiders thmfk ne partagèrent pas cet avis. Ils alléguèrent laih tigue des troupes qui avaient comlwttn oi étaient restées tout le jour en bataille , d'abord sous un soleil ardent » puis sous un orage fs avait éclaté terrible eonune celui de la nuit (si cédente , et ils déclarèrent qu'à leur avis tout le monde avait besoin de repos.

Le jour baissait, les lances ennemies, scintillant au soleil couchant, disparaissaient à Tiiorizon dans la direction du camp , près Fomooe. Le Tare, grossi par deux orages et menaçant de franchir ses rives, allait imposer un armistice aux deux nations. Le roi, adoptant l'opinion de la majorité des capitaines, porta son quartier général au petit village de Medesano, situé sur une hauteur, à un mille environ du champ de bataille. L'armée y passa la nuit. Comme la récolte était déjà rentrée , on y trouva beaucoup de blé en gerbes, dont les soldats s'accommodèrent, à défaut des vivres détruits ou perdus eu chemin avec le bagage. Quant aux officiers, « qui eut de quoi fit collation, » dit Géminés. Pour lui il soupa d'un morceau de pain noir et coucha dans une vigne, étendu à terre.

DE LA GRANDE ARMEE D'iTALIE. 341

parce qu'il avait prèle, dès le matin, son manteau au roi.

Telle fut la célèbre rencontre entre les Français et les Italiens sur les bords du Taro. Elle a conservé parmi nous le nom de journée de Fornoue. Il n'y avait poinl eu depuis longtemps de bataille aussi sanglante en Italie, car le nombre des morts n'y était jamais considérable dans les combats. De l'aveu des historiens italiens, de Guichardin lui-même, Tannée confédérée perdit plus de trois mille hommes, parmi lesquels on comptait trois cents hommes d'armes. Cinq capitaines du nom de Gonzague, en y comprenant Rodolphe, oncle du marquis, Rinuccio Farnese, Bernardin del Montone, Jean Piccinino , Galeas de Coreggio et une quinzaine d'autres appartenant aux grandes familles mili- -taires d'Italie restèrent sur la place.

L'armée française n'eut à regretter que deux cents hommes, parmi lesquels on ne comptait, pour ainsi dire , aucun personnage marquant.

Cette perte, si considérable du côté des Italiens , et si disproportionnée quand on la compare à celle des Français, fit d'autant plus d'impression sur les esprits des confédérés que l'action avait été très-courte et que Tartillerie , qu'ils redoutaient par-dessus tout, n'y avait

34S GAMPAOTI R BOLunn

eu presque aucune part , altenda que la lalh avait été engagée dès le commeneement ia deux attaques de flanc et d'avant-garde. Les bliens avaient fait peu de priaonnierB et les n»

rais n'en avaient aucun.

On ne s'explique guère comment les conftdM osèrent revendiquer l'honneur de la jomét Ils se fondaient sur ce que leur camp et knr bagage étaient restés en. leur possesaion, laadis que le bagage des Français, j compris cèM du roi , avait été pillé. Les Vénitiens ne eraignireiil même pas d'ordonner d'allomer da feux de joie à Venise et dans leurs possessioiiB de terre ferme , et on lit encore sur le tombeau de Trevisani , l'un des provéditeurs , qu'il avait heureusement combattu contre Charles, roi de France, sur la rivière du Taro. Le public et la postérité plus justes ont attribué la victoire aux Français, soit à cause de le grande inégalité des pertes subies, soit parce qu'ils avaient rejeté les ennemis de l'autre côté de la rivière, soit enfin parce qu'ils avaient réussi à s'ouvrir le passage qui fut la cause du combat. D'ailleurs, s'ils ne couchèrent pas sur le champ de bataille, ce qui est le privilège du vainqueur, ils campèrent tout auprès, et ce n'était pas l'ennemi qui les en avait chassés. Quant à la perte du bagage, quelques historiens, comme

DE LA GRANDE ARMEE D'iTAUE. 343

nous l'avons déjà remarqué *, ont été jusqu'à croire que c'était un sacrifice calculé pour amener l'heureuse diversion qui, en efifel,eut lieu en faveur de l'armée française.

Il se répandit aussi dans le temps, en Italie , un bruit , que le marquis de Manloue et quelques-uns de ses lieutenants concoururent à propager. On assurait que Ludovic Sforze, jaloux de voir les Vénitiens à la tête d'une armée si nombreuse dans son duché, craignant aussi bien leur succès que la victoire des Français , avait secrètement donné ordre à ses troupes de ne pas combattre. On ajoutait que cette manœuvre avait eu le résultat que le duc en attendait, et que c'était là la cause pour laquelle les Italiens n'avaient pas remporté une pleine victoire. Ces atténuations d'une Véritable défaite n'ont pas trouvé accès près des historiens. Le duc de Milan était alors occupé, comme nous le dirons, au siège de Novare avec sept mille hommes environ. Le comte de Cajazzo, qui commandait les Milanais à Fornoue, non-seulement fut d'avis au conseil de prendre l'offensive, mais il dirigea, comme nous le savons , à la tête des siens , l'attaque de Tavant-garde. Cette attaque fut-elle

*■ Gnichardin, Hv. n, chap. ly.

844 GAMPAGIIB R BULUTIIfS

moUement conduite? Cest probable. Cajano n'a pas laissé la réputation d*un général aodadeaz et propre aux coups de main. Mais ce qu'il j t de plus certain , c'est que les Saisscs et la goh darmerie française accueillirent ses troupes de telle façon qu'elles lâchèrent pied, avant, pour ainsi dire , d'avoir mis la lance en arrêt. D'ailleurs , quel général s'est jamais fait battre pour obéir à un ordre sectet de son prince ?

Le lendemain, au matin, domines , qui semblerait , d'après son récit, avoir agi de Ini-méme, ce qu'il est difficile d'admettre, expédia au camp des confédérés un trompette porteur d'un sault conduit du roi, et chargé de leur faire savoir qu'il était disposé à reprendre les conférences interrompues par la bataille. Le messager rapporta la sauvegarde demandée par Comines, avec rinvitalion de parlementer à mi-chemin^ des deux camps. Le roi, informé de celte réponse, désigna, pour assister à cette entrevue, le cardinal de Saint-Malo , le maréchal de Gié, son chambellan de Piennes et Comines. Le marquis de Mantoue, le comte de Cajazzo et les deux provéditeurs vénitiens devaient y représenter les diverses puissances confédérées. On se rendit , de part et d'autre, sur la grève. Mais alors s'éleva la question de savoir qui passerait la rivière , devenue un véritable torrent. Cette dif-

fîculté se trouvait aggravée par une considération d'éliquelle : chaque groupe, prétendant être allé assez loin , se refusait à faire un pas de plus. Les représentants du roi prièrent Comines de traverser le Taro, sans toutefois le charger, d'abord , de leurs propres pouvoirs. Il n'y consentit qu'à la condition d'être acccompagné de Floriraon Roberlel , secrétaire fort accrédité du roi , d'un héraut et d'un de ses serviteurs. Comines aborda les généraux italiens , qui l'engagèrent à faire quelque ouverture. Il aurait pu s'y croire autorisé , car au même moment les trois autres ambassadeurs français , restés de l'autre côté de la rivière , voyant que la conférence devenait presque impossible , expédiaient , en se retirant, un messager chargé de dire à Comines qu'il pouvait faire telle ouverture qu'il croirait convenable. « Ce que je ne voulus point faire, » dit-il, car ils savaient du vouloir du roi plus » que moi , tant pour en être plus prochains que » pour avoir parlé à luy en l'oreille à notre par- » tement : mais de son affaire présente j'en » savais autant qu'eux pour lors. » Cette défiance , probablement excessive , mais assez naturelle chez un diplomate qui, connaissant toute la valeur des formes , craignait d'être désavoué, ou tout au moins blâmé par des hommes plus puissants que lui près du roi et parmi lesquels

346 GAHPAG5B BT BCLLSTINS

il comptait peut-être quelque ancien ennemi, ferma la bouche de Ck>mines. Alors le marquis de Mantoue parla de la bataille. Il demanda si le roi l'aurait fait tuer, dans le cas où il serait tombé entre les mains des Français. Comines l'assura qu'au contraire il aurait reçu da roi de France le plus généreux accueil. Le marquis, ignorant la mort de son oncle et le croyant prisonnier, le recommanda aux bons soins des Français. Comines se garda bien de lui apprendre que ni son oncle , ni aucun autre Italien n'était resté prisonnier ; seulement il profita dé l'occasion pour prier le marquis de bien traiter le b&tard de Bourbon, prisonnier dans le camp italien.

Comines, accompagné de Robertet, se hâta de revenir près du roi. Le prince réunit à la hâte un conseil dans une misérable chaumière du village de Medcsnno. Rien n'y fut conclu. Mais Charles, après avoir de nouveau parlé à Toreille du cardinal de Saint-Malo, préliminaire peu propre, comme nous le savons, à donner confiance à Comines, chargea ce dernier de retourner à la conférence et d'y voir ce que l'on proposerait. L'ambassadeur, averti par le cardinal de ne rien conclure el, à la vue de tant d'incertitude, plus décidé que jamais à ne rien prendre sur lui , crul cependant devoir accepter la mission, sans

pouvoir bien défini, que le roi lui confiait. « Il » espérait bien ne gâter rien et pour le moins » voir quelque chose de la contenance de nos » ennemis qui sans doute étaient plus épouvantés » que nous et par aventure eussent pu ouvrir » quelques paroles qui eussent pu porter sûreté » aux deux partis. » Mais la nuit approchait et quand Comines arriva sur le bord de la rivière, il y trouva un trompette vénitien, chargé de lui dire de ne pas s'aventurer le soir au-delà du Taro, parce que le guet avait été confié aux stradiots, qui ne connaissaient personne et qui ne respectaient pas toujours les usages des nations civilisées en temps de guerre. Comines renvoya la conférence au lendemain à huit heures et revint près du roi.

Mais cette nuit-là même la résolution de se mettre de nouveau en marche fut prise et exécutée le lendemain de grand matin.

Une vive inquiétude régnait en France. La situation difficile du roi et de l'armée y était connue. Privés du secours du duc d'Orléans et de son corps d'armée bloqués dans Novare, réussiraient-ils à se frayer un passage ? C'est ce que chacun se demandait avec anxiété. On avait su par les relations entre la côte de la Provence et Gènes l'insuccès de la tentative sur cette dernière ville, mais on ne recevait plus aucune

SA r.AHFAC.IK ET BULLETINS

S pr^isc du roi el de l'armée. Le duc de MBanel ses lieutenants, battant Testrade, înleroptaieDt tous les courriers.

Le bruit d'une victoire fait toujours son chemin. Il pénétra cnFi-ancc, mais d'abord confus, el aceompagnè de toutes les rumeurs envieuses el taeofougères propagées par l'ennemi. EuOn la facilité des eoDHnunicatious devenant plus grande, puisque l'armée confédérée se trouvait derière nous, larérité se lit jour et le gouvernement s'empressa de publier des renseignements dignes de foi. La rdfttioD ofBcielle de la bataille de Fornoue ne BOUS est pas parvenue. Il est probable que ce bulletin rutcomplëtcmentanéanlipar la curiosité publique. Mais, comme il arrive dans ces circonstances el comme nous le voyons de nos jouiï, après ce bullelin ofliciel, on s'empressa de livrer à l'avidité du public ou de faire circuler des lettres particulières contenant des détails pleins d'intérêt, mais qui n'avaient pu trouver place dans la relation ofTicielte. Deux de ces lettres nous soQl heureusement parvenues, une manuscrite et l'autre imprimée.

La première est un billet fort court, adressé par M. de Thciirayau duc d'Orléans dont il était conseiller et cliarabellan. Ecrit , pour ainsi dire , du champ de bataille même, c'est-à-dire du boui% de Medesano où l'armée coucha le soir du

combat, on n'y évalue qu'à treize cents hommes la perte des confédérés. Mais on comprend combien il était difficile, le jour ou le lendemain de la rencontre, d'obtenir une appréciation exacte des suites de la défaite. L'aveu même des Italiens a rectifié ce recensement fait à première vue.

Double des lettres escriptes à Mons^ d'Orléans par Mons^ de Thenray, conseiller et chambellan audit seigneur *.

Monseigneur, hier à trois heures après midy, en nous voullant loger IJm par deçà Fornoue , les Veniciens et les Lombars nous donnèrent la bataille par trois endroits et diverses armées, et ne donna desdictes trois armées que celle ou estoit le marquis de Mantoue , accompaigné de cinq ou six cens hommes d'armes et de trois mil hommes de pyé, des meilleurs de leurs dictes trois armées, qui tous donnèrent sur la bataille où le roy estoit assez petitement accompaigné. Et pour si peu de gens que le roy avoit les ennemis furent si bien recueillys qu'ils furent deffaictz et chassez jusques à leur camp. Il en fut tué de deux à trois cens hommes d'armes et environ de mil hommes de pyé, et la pluspart de touz les gens de bien dudit marquis morts, et de la part du roy en a esté tué de trente à quarante, tant hommes d'armes que archiers de sa garde et d'ordonnance. Et

* Bibliothèque de Nantes. Copie manuscrite provenant des archives de la maison de Rohan.

850 CAMPA69I ET BULLITOfS

a esté prins le bastard Mathieu et bien trente autres et non plus.

Eseript à Medesant, près le bourg Saint -Denis» le Vlh jour de juillet Et desioubi :

Vostre trés^iumble et très-obéissant sernteor,

Jacques de Thenbat.

Depuis ces lectres escriptes j*ay sçeu que ledit marquis de Mantoue et le comte de Galéas doivent ce joord'hui Tenir parler au roy pour trouver moyen de finre quelque traictié de paix, et ont envoyé quérir leur sauf conduit pour y yenir. Et sont ordonnez, pour les ouyr, Ifesseigneurs de Saint-Malo, mareschal de Gyé, Pyennes et d*Argenton.

Nous trouvons dans une *seconde missive, beaucoup plus développée, un récit assez curieux de la balaille, écrit par un employé civil de l'armée. C'est le combat vu du milieu des bagages, tandis que Comines l'a décrit vu du fort de la mêlée ; combat raconté dans une lettre intime adressée à sa famille par un jeune homme que nous supposons avoir été un commissaire ou trésorier des guerres, placé sous les ordres du cardinal , général des finances. Signée Gilbert Pointel, elle anticipe un peu sur notre récit, puisqu'elle fut rédigée à Asti le 15 de juillet ou la veille par provision, c'est-à-dire huit ou neuf

DE LA GRANDE ARMEE D'ITALIE. 35i

jours après la bataille. Celle lettre parut si intéressante à M* Jehan Parent, frère ou beaufrèrede Poinlel, qu'elle obtint, à Paris sans doute, 'leshonneurs de l'impression, honneursdont nous la croyons digne de nouveau; elle contient, en effet, si l'on excepte le passage des mémoires de Comines où nous avons principalement puisé les éléments de notre narration, le seul récit qui nous ait été transmis par un témoin oculaire d'une des plus glorieuses journées où nos pères aient combattu pour la France. La voici * :

Mon très-honnoré seign** et frère, si humblement que faire je puis à votre bonne grâce je me recommande. Depuis que le seign^ Ludovic eust clos et empeschié le passage de la poste, je vous ay escript par deux fois, c'est assavoir de Sienne et de Pize par des courriers qui, par mer, allaient à Marseille et Lyon ; je ne scay si vous avez receu les lettres. Au paravant je vous avais escript de Cypriano (Ceprano), et Aiguependant (Aquapendente). Mais le seigni* Ludovic a retenu toutes les postes; et pour ce que maintenant la poste peut aller seurement en France par ceste course de poste je vous ay bien voulu escripre ces présentes pour vous faire savoir de noz nouvelles vous advisant que je désire bien savoir comment vous vous portez.

De noz nouvelles le roy fit la saint Jehan à Lucques,

* Bibliotli. de Nantes, pièce imprimée en caractères gothiques, sans nom, ni lieu, ni date, reliée à la suite des Poésies de Jehan Meschinot.

852 GAMFAGVB ET BOLLBTlIfS

dillec 86 partit mrr le mareschal de Gyé pour meier TaTanl-garde; pour ce que Ton disoit que les ennemis nous attendoient au bas des Alpes de Pontresme (Poatremoli), Tartillerye et les Suysses allèrent ateelm. Delà ledit seigr yint à Pietresanta et Serezana; et audit lieu furent mandez Msn le cardinaul de Gènes , H' de Bresse et Mr de Beaumont qui estoient à Lespesse (la Spezzia) et en là venuz fut eondud que pour s'ea aller à Gènes où ilz s'en alloient, ilz meneroient les compaignies dudit seig^ de Beaumont, du grant escoier et du seigr d'Aubqoux et deux mille arbalestriers que nous avons. Et par ainsi ne nous demoura de gens de pié à la solde que les Suysses, dont plusieurs en furent mal contons, et en murmurèrent disans que c*estoit mal fait, et que l'on en pourroit bien avoir affaire, attendu la pubsance que Ton disoit estre audevant de nous dont aucuns ne le vouloient croire, et les autres ne les estimoient point. Touteffois il n'y eust personne qui sçeust desmouYQir que lesdits gens d'armes n'y fussent envoyez. Audit lieu de Serzane vinrent nouvelles comme les Suysses pour quelque haine que de l'autre passée en allant ilz avoient conceue contre ceulx dudit Pontresme avoient bruslé ladicte ville dont nous fusmes desplaisans ; car on y vouloit faire ung estape de vivres pour fournir l'armée. A ceste cause nous ne logeasmes point audit Pontresme , mais à ung demy-mil par deçà sur une rivière au pié desdites Halpes et en camp où nous fusmes assez mal traictez , et y fusmes pour trois ou quatre jours attendans que l'artillerie passast , ce qu'elle fit et ce qui est chose quasi incréable qui auroit

DE LA GRANDE ARMÉE D'iTALIE. 353

pi

f-veu lesdites Halpes. Je croy que jamais prince, empeoreur ni roy ne passa par tel lieu artiUerie, et chacune feharette n'avoit qu'un cheval , et puis des Suysses la ; tirèrent tellement qu'elle passa. Ce que noz ennemys n'eussent jamais cuidé. Cependant nouseusmes des lettres de Naples , faisant mention que le seigr d*Aubigny, conestable et le seigr de Précy grant seneschal avec cinq ou six vingt lances et sept cens Suysses prinrent journée qui fut prinse et acceptée contre domp Ferrand qui avoit quatre mille hommes de pié et de huit cens à mil chevaulx : et gaigna ledit seigr d'Aubigny la journée. Il y fut tué environ deux mille hommes et le reste s'en fouyt. Ledit domp Ferrand à quatre chevaulx à peine se peut sauver. Domp Frédéric, son oncle, y fut tué ainsi que Ton dit. Aussi y fut tué ung bastard d'Aragon et le capitaine général de Espagnolz.^ Nous eusmes aussi nouvelles que le grant chambellan avoit recouvré la ville de Gayete où Ton avoit mys rai c. Espagnolz qui furent tous tuez, ainsi que les hommes d'icelle qui se trouvèrent devant nosditz gens d'armes. Nous eusmes bientôt nouvelles de Mons' le mareschal qui estoit campé avec son avant garde au lieu qui s'appelle Terrace, que l'ost des Veniciens et du duc de Millan qui estoit en grant nombre s'estoit campée par delà Fourvonne ( Fornoue ) , qui est ung village au pié desdites Halpeç, au moins à mi mil, près d'ung grant ruisseau et s'estoient bien logiez. Il fallait que nous passissions par devant eulx à quelque ung mil et demy. Lesdites nouvelles venues aucuns de nous regrettoient

*■ Ces bruits étaient faux.

354 CAMPAGNE ET BULLETIIfS

bien Farmée qui estoit allée à Gennes. Après que le roy eust sçeu que ladite artillerie estoit quasi passée, il

partit dudit camp et vint à , et le lendemain jour

de samedi arriva près de Monsr le mareschaL Le dimanche matin chascun s'arma et au point du jour nous partismes en bataille pour aller audit Fomoue pour y logier. Et aucuns cuidoient que audit logis prendre ainsi que à Saint-Aubin, seroit la bataille ^. Je vous prometz que chascun se délibérait bien de combattre et ne les craignait-on point ou guères. Audit Fomoue nous ne trouvasmes personne, et le long d'un gravier qui est grant et large marchèrent nosdits gens d'armes jusques à quasi ung mil par delà Fomoue pour veoir si lesdits ennemys ne vouldroient point combattre, car on les vouloit tirer de leur camp. Ledit jour ils ne bougèrent Dz firent quelques escarmouches et alarmes. Le roy se logea audit lieu et du costé desdits ennemys. Aucuns disoient que lesdits ennemys ne combattroient point , et qu'ilz tachoyent de nous affamer et de nous rompre par alarmes ou de nous enclore entre deux armées. On les estimoit de xxxvi à nl mille hommes en armes. Le lundi V de ce moys après disner partit ledit seig' roy et disoit-on que nous allions logier à ung mil de là à l'opposite de l'autre logis et ung mil vis à vis de nosditz ennemys. Et se misrent touz noz gens d'armes en ba-

* r/esl-à-dirc : « que Tattaquc de Fornoue par les Français serait, comme à Saint- Aubin, le commencement du combat. * Nous ignorons de quelle bataille de Saint-Aubin veut parler G. Pointet. La bataille de Saint-Aubin-du-Cormier ne se donna pas à l'occasion de la prise ou de Tattaquc du bourg de ce nom.

DE LA GRANDE ARMÉE d'ITALIE. 355

taille ainsi que s'ilz vouloient combattre marchans le long du gravier. Et présenta la bataille à Fennemi mondit seigi* le mareschal qui menoit Tavant garde avec l'artillerie qui estoît bien forte. Il avoit les trois cens archiers de la garde francoyse à pié, les Suysses, beaucoup des ordonnances et les gens d'armes de monsi* le Vidame. Le roy menait la bataille. Je vous asseure et certifie que c'estoit une moult belle chose à veoir. Bientôt lesditz ennemys vont dresser une grosse bataille à ladite avant garde, ce qui ne fut que mines, et vont choisir toute Teslite de leurs gens de cheval et de pié et de tous leurs capitaines pour venir donner la bataille au roy el ils cuidoient bien nous rompre et prendre ledit seigneur. De plus, ils vont dresser une autre grosse bande d'hommes d'armes qui dévoient venir donner de costé et par derrière sur les Suysses cuidans que lesdits Suysses et ladite avant garde quant on donneroit sur le roy iroient le secourir, et par ainsi cuidoient enclore nostre armée. Quant à leurs estradiots , ils Içs lancèrent entré Fomoiie et nosdits gens d'armes pour venir donner sur les coffres et le carnage qui estoit sur ung coteau deiTière nosdits gens d'armes chargés de les escorter. Il y avoit parmy ledit carriage ung tas d'aventuriers, vivandiers, sans compter nous autres qui n'estions point armez. Ledit carriage estoit en trop grant nombre ainsi que lesdits aventuriers et suyte, tellement qu'ilz nous cuiderent faire perdre. Je vys l'heure qu'il me sembla que lesdits ennemys donnassent par quatre costez. C'est ascavoir par devant à ladite avant garde , à ladite bataille et par derrière, et aux deux bouts sur le bagage.

SS6 GAMPAGMB BT BULLBTIlfS

Je fys s'enfouyr les gens, les sommatiers et les aventnriera qui se montrèrent lasches.

Dans ce moment , je vis ub|[ estradiot de nos dits eiinemys, ayant la croix blanche deyant et derrière la croix rouge, Irayerser le grayier entre les batailles. Il vint dioisir M. de Saint-Malo qui estoit entre les coffins et le prit par la robe. Il ne le youloit pas tuer, «ar fl Teust bien fait s'il eust youlu. Il le yoùloit seulement emmener ; mais ledit estradiot fut sur l'heure tué ptr les laquays dudit Saint-Malo. Lesditi ennemys qui donnèrent sur le roy vindrent en aussi bon ordre qu'il estoit possible; c'estoient de beaux hommes d*armes et bien délibérez et qui donnèrent bien hardiment Di ayoient à leur suite une grande tourbe de gens de pié et d'estradiotz. Je yous prometz , mon frère , que que je me yys bien esbahy et ainsi firent plusieurs autres qui ne scayent ce que c'est que la guerre et je croy que nostre seigneur y estendit sa grâce. Aussi fièrement que vindrent lesdits ennemis, aussi fièrement furent-ils recueilliz, tellement que quasi tous furent tuez et ne fut pas prins ung seul à rançon. Le roy estoit resté luy quatriesme ce pendant que no» gens donnoient la chasse. Il avoit son espée traicte, combatant contre les ennemys. Ce voyant Mfi^r le bastard Mathieu se mist devant luy et reçeut le choc qu'on lui donnoit et choqua à merveilles et donna la chasse si avant, lui et deux autres gentilzhommes , l'un nommé d'Arbonnelle et l'autre Pauquedenare, qu'ilz sont restés prisonniers , ainsi que le capitaine Julien Bourgneuf ^. Ilz

*■ Bourgneuf fit tué. Pointet, qui appartenait à l'adminis-

DE LA GRANDE ARMÉE D'iTALIE. 357

étoient si fort armez qu'on ne les pouToit tuer. Pour ce choq qui fut donné sur le roy oncques Mons?*' le mareschal ne bransla, mais tint ferme et se monstra sage et en sera perpétuellement loué. Une bande Tint jnsques au costé des Suysses dont j'estoye bien prés. Ceux-ci leur présentèrent la raison et incontinent ladite bande s'enfouyt et retourna à grant haste à leur camp. Ceux que je cuidoye qu'ilz donnassent par derrière sur le bagage à l'endroit des coffres ^du roy , estoient une douzaine d'estradiotz qui emmenèrent les coffres qu'ils peurent destourner. Là fut prins le bailly de Mortaing avec ses coffires et autres et tuèrent plusieurs sommatiers et autres quilz trouvèrent parmy lesditz coffires, et derrière le mien Jacques de Lailly, par fortune, fut par eulx rencontré et si ignominieusement blecé que c'estoit pitié à le veoir et en est trespassé deux jours après dont j'ay esté moult desplaisant et a esté moult plaint. Le senechal de Lyon en s'en allant faire le logis à une petite maison fut par lesditz estradiotz navré. Il guérira. Le page Tallaau eut ung coup au visage. Lesditz ennemis ne donnèrent que du costé du roy et pour savoir où il estoit ilz lui envoièrent ung des trompettes. Quasi tout le jour demourasmes en bataille devant eulx ; et quand nous veismes qu'ilz ne donnoient plus , nous nous tirasmes au logis où nous voulions aller. Le lendemain, nous allasmes ung mil plus avant en gaignant pays. Le mardy ils voulurent

tratiun et qui voyait le combat de loin , confond la grande attaque, où le roi donna avec le corps de bataille, et la rencontre où il courut personnellement le danger d'être pris ou tué.

358 CAMPAGNE n BULLimiS

pariementer , mais 0 n*ea sortîst point d'eflact , car ir ne voulurent point pasier la rivière pour venir parler à Monsr le mareschal, et ils touloient q[u'il allast pariera eubu Ilz furent moult dolents quant ils sçeurent qm nous n'avions nuls prisonniers! Car ils demandmnl xxvn grans personnages qu'ils ont perdin, dont il y avoit, ainsi que l'on dit, vn tant marquis que comtas dont Voncle du marquis de Mantoue est l'un, ainsi que les deux princ^>aulx capitaines des Venisaiens. Os de-> mandent xx chiefis d'estradiots. J*ay ouy dire à de bieu grans personnages qu'ils perdirent deux cens hommes d'armes de leur eslite et ils ont deu dire que tant de coups de mains que d'artillerye ils ont perdu fdm de quatre mille hommes. Le roy n'a point perdu plus de cinquante ou soixante hommes. Je ne compte point les bleciéz. Le capitaine de la Porte y a esté tué, et Marteau de la bande de M^ de Myolans, huyt archiers escos* sais dont la grosse perrucque qui chantoit et portoit renseigne furent tués. Hanse le sommellier d'armes y fut tué. Je Tay failly belle que n'en eusse autant que Lailly. Thierry Adam, commis du controUeur de Tartillerye, fut tué d'un coup de leurs artilleries qui lui couppa la cuisse. De ceste rencontre de Fornoue nous en sommes bien tenus à nostre seigneur. Je vouldroye bien que le puissions congnoistre et remercier. Il me semble que si nosdits ennemys eussent estrade toute leur armée aussi bien que nous feismes la nostre ils y fussent tous demeurez moyennant Tayde de nostre seigneur.

Le mercredy ensuyyant viii de ce moys partismes

une heure deTant jour et Tinsmes couchier à Florensolles toujiours che?auchant en bataille, et depuis aux plus loDgues journées que nous avons peu faire nous avons chevauchié, ce qui nous a esté à tous une grant peine , misère et ennuy , et je plaings fort les povres gens d'armes qui ont très bien servi le roy. Vous auriez pitié à les veoir tant sont leurs harnais roulliez, et leurs chevaux fouliez tellement que nous sommes ai'rivéz en ceste ville d'Asti, et y avons mis depuis Napples cinquante et six journées.

Une chose nous a fort esbahys : Gest que durant ce temps nous n'avons eu aucunes lettres ou nouvel* les de M?r d'Orléans et nous n'en avons eu jusqu'à Boyac en la terre de la marquise. On dit que le seigneur Ludovic avoit donné dix mille ducatz à ung cappitaine de Bansenaire des. gens de M*' d'Orléans qui luy avoit promis de le tuer. Mais il n'a peu exécuter son entreprinse et il est prisonnier. C'est une grande lascheté commise par le s^f Ludovic. J'ay oublié de vous escripre que ung Uèvre saillyt en la prairye ainsi que les batailles marchoyent qu'il fut prins par nos genz. Si vous aviez veu l'armée marcher en belle ordre vous la trouveriez une grant chose : et il faisoit moult beau la veoir.

Mais il y a deux choses par trop. C'est assavoir, il y a par trop de carriage comme de coffres et bahuz. Je croy qu'il y avoit de quinze à vingt mille somiers qui cuidèrent tout gaster. Il y a d'avanturiers et vivandiers et de larronniers une autre grande infinité qui ne servent qu'à manger nos vivres, et à embler et robber

par leamaisous, et ne vallent riens à combatre, eu ' J* Ta; vAH el aperceu. Ha nous donnent le bruTt el. h renonmiée d'eslre pillars et si tous voyiez les nuuh ^'ib oui faits el font tous en auriez borreur. Je cm; qulb MWI de vin à x mille. Toiis les cbemins sool fMnà de gens quand nous chevauchons, les ungs dbent que- ledit seigneur ne partira pas encore i'ity- Autres diïeni que s'y fera, vous serez loujiours adcerl) delouL

Je Mis d'advb que s'il veiilt faire long séjour deei de m'en aller ung tour en ma m&isou où je n'ai pas Hé dirais XVI] mois. Je tous adTertis que les Venis- MUS se BonlnioastréK d'une mauvaise nature, car ili aous ont fait h guerre ainsi que si nous estions Turcqi et corne Oz foui faire amcTurcqs. Car en leur osl,î)i ont fiùl Tenir des eslradioti grecz , olbanois et esda- Tons qui sont genz laids, mal barbiiz et semblent curéi de village '. Hz u'oni point de chausses et n'oni nul! haniab que uue (ai^lte e( des cheraulx oiurisqutis qui vont comme hirondelles. Hz ont des demies lances et chascuD son cimeterre el ung estendart au bout llz en donnent de grans coups et soudains sur gens nudz. Quant ilz ont tué ung homme des nostres ik lui couppent la teste et la porteot aux Venissiens qui leur en donnent ung ducat oultre leur solde. Ainsi le font aux Turcz, et ainsi l'ont fait à aucuns de noi gens et k ceste cause on n'a prias nulz des leurs i

' Saas doute parce qu'ils poruieni des soataDelles noires el boutonnées eut le devant et point d'armures.

DE LÀ 6BANDE ÀBMÉE D'iTAUE. 361

rançon, bien qu'il y en eut qui presentoient cent mille , cinquante mille , et vingt mille ducatz de rançon.

C'est assez pour le présent et ne vous ennuyeront point, j'espère, ces présentes fort longues et escriptes de hyer par provision , ou au moins commencées. Je ne scay si vous estes à Moulins ou à Paris. Si vous estes à Moulins envoyez le pacquet à Paris à mon frère maistre Jehan Parent, car il est hatif et en deussiez vous faire courir la poste expressément. Cette poste court pour lettres aux trésoriers des guerres.

Et adieu que je prie qu'il vous doint bonne vie et longue.

Escript en Âsti, à la baste, le mardy xv« jour de juillet par vostre très humble frère et serviteur,

Gilbert Pointet.

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