‹ Campagne et bulletins de la grande armée d'Italie commandéeChapitre 4 sur 27 · INTRODUCTION. XV · texte numérisé non relu

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y passa huit mois, et que ce fut à Pise, la conclusion de la ligue formée contre nce, qu'il rejoignit le roi à son retour pies. Les bulletins et les correspondances îs que je publie aujourd'hui sous une autre auraient donc pu être considérés comme tnplément des récits de Comines , comme Boignages mêmes des personnages qu'il lODSultés avant de transmettre à la postées faits accomplis hors de sa présence, motif grave m'a engagé à adopter un aum.

lines jouit d'une autorité presque absolue e historien de Louis XI et de Charles VIIL ison en est facile à donner. A part les is de son style empreint de la naïveté du , bien que l'écrivain lui-même fût loin de 1er cette qualité, Comines a été par la e ses écrits le premier historien politi- 3 notre pays. Élevé parmi les pages de la 1 de Bourgogne , attaché au dernier et is brillant des ducs souverains de cette le de la maison de France, il avait été, ine heure , heureusement placé pour étue près les grands événements , en recher- 3S causes et développer la finesse et l'es-

XVi llfTBODUCnOH.

prit d'observation dont il était naturell doué. On sait dans quelle occasion il*cl de maître. Louis XI, excellent appréciate hommes , surtout quand ils brillaient pf dresse, Tà-propos et la décision, s'éta jour laissé renfermer dans la cage de P^ par son fougueux rival , Charles de Bour{ n'avait réussi qu'à grand'peine à se déga| piège dans lequel il s'était si imprudei laissé choir. Comines, persuadé que la i naissance d'un roi de France valait < biieux pour un petit gentilhomme flaman la confiance d'un duc de Bourgogne, adroitement travaillé à ouvrir à Louis ! portes de la tour de Péronne. Ce service pas oublié. Philippe de Comines, devenu d'Argenton, comblé de faveurs, rich marié, chargé des missions les plus impoi et les plus délicates ^ brava la colère d premier maître et jouit à la cour de Fi jusqu'à la mort de Louis XI, du plus crédit. Ce fut le seul familier dont C( aussi capricieux que défiant , ne se dégoO mais.

Comines a raconté les événements du de Louis XI, depuis la guerre du bien publi

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avait faite dans les rangs des Bourguignons jusqu'au décès de ce roi. Il s'est bien gardé de tout dire, bien qu'il n'ait pas tout dissimulé. Excellent historien d'un temps où la franchise n'était pas en honneur , ses récits sont ceux d'un fin politique qui avait pratiqué tous les grands personnages du temps , surtout les plus cauteleux. Aussi nous montre-t-il les petits côtés de toutes les grandes choses accomplies sous ses yeux. Cela lui était facile. On voit qu'il avait une connaissance parfaite de tous les ressorts secrets maniés par Louis XI , de toutes les arrière-pensées et de tous les projets ultérieurs d'un roi qui , comme pour montrer son savoir-faire , n'aurait pu accomplir le plus généreux dessein sans y mettre un peu de ruse et de duplicité. Cependant, il faut le dire à l'honneur de Comines , de fréquents retours sur le passé qui ne sont pas sans mélancolie, un penchant à considérer avec tristesse le spectacle qu'il avait eu longtemps sous les yeux, c'est-à-dire le jeu des intérêts rivaux et le conflit des ardentes passions de ce monde ; enfin , la prédilection que l'auteur manifeste , en toute occasion , pour les gouvernements limités et hbres, aspiration prodigieuse d'indépendance et de sagacité pour son temps ,

déooleot eo qiiele médiocre estÛDe le Tîeux politique tenait les goaicfuements et les princes au serrice des^joek il arait psssé b première partie de sa vie, et , sans demie aussi^ le regret qu'il éprouTait d*ètre entré , parfois, trop arant dans rexécution de leurs desseîiis *.

Madame de Beaajea, régente do royaume, durant la longue minorité de son frère, Charles VIII , n'écarta pas complétaient Comines des affaires. On le Toit nommé ambassadeur, en 1483, près le duc de Bret^ne et confirmé le IG septembre 1484, dans la charge de sénéchal du Poitou. Nais, blessé de n'être plus au premier rang , il se jeta dans les intrigues des princes et se compromit gravement dans la conspiration du duc d'Orléans contre la régente, sa b(;llc-sœur. Banni de la cour, il se retira à Moulins. Le 24 mars 1488 , un arrêt du parle-

* M. U' V" 0. de Kcrsabiec, dans son intéressante étude» |i .'lO'J, Mir la Vie de la Bienheureuse Françoise d'Amboise, DuthrMsf ilt' Itrelayne, nous a révélé, dernièrement, à propos des "tu{r>x[niun\n do Louis XI avec la maison de Tbonars, ane 'Mlii'imr «uHisirorlion de titres dont le roi avait conGé Texécu- • •••II II CniniurH inêiiic, qui accepta la mission et s'en acquitta à Im «••Mii>.fii(iioM (\r. son maître. Aussi eut-il pour sa part dans les 'l'IMi.nllr-, ,1,. rriiu ruiniUclos terres de Talmonl, Olonne, Cur- '"11, rii.iliMiii^uiiiicr ei D(?rrie.

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ment de Paris le condamna à la détention, en prononçant la confiscation du quart de ses biens. Benfernié à Loches, a il y tâta, comme il le dit lui-même , d'une de ces cages de fer que plusieurs ont maudites , » et qu'on appelait les fillettes de Louis XI. Mais il ne tarda pas à être transféré au Ghâlelet , et sa détention ne dura en tout que deux ans environ.

Gomines, qui avait si chaleureusement servi la politique de Louis XI, était sans excuse lorsque, trempant par ambition dans les intrigues des princes, il essayait d'ébranler le pouvoir de la régente , pouvoir confirmé par les États de 1484 , si légitimes à ses yeux , et d'ébranler l'œuvre d'unité et de consolidation vers laquelle le roi , son maître , avait fait converger tous les actes de son règne. L'autorité de Comines eu souffrit beaucoup près de ses contemporains, et la postérité elle-même doit lui tenir un compte sévère d'une aberration aussi grave et qui a brisé l'unité de sa propre vie.

Privé de ses emplois et du quart des biens qu'il devait à la générosité de Louis XI , l'historien passa plusieurs années hors des affaires du temps. Ce ne fut qu'en 1494 que Charles VIII,

XX WTIODCCTIOÎI.

à la veille de partir pour Tltalie, songea à employer Comines. Il crut, avec raison, qu'un homme d'une capacité si éprouvée, si connu d'ailleurs dans la péninsule où il avait été, sous l'autre règne, employé dans d'importantes négociations, lui serait d'un grand secours près des cours italiennes , renommées de tout temps pour la finesse de leur diplomatie. Comines partit donc de Lyon avec le roi. Le récit de cette expédition, la recherche des causes qui la provoquèrent et l'exposé des négociations auxquelles elle donna lieu, forment le sujet des vii« et viii« livres de ses mémoires.

Comines a dit quelque part , en parlant de Charles VIII : « Je crois que j'ai été l'homme du monde à qui il a fait le plus de rudesse; mais , connaissant que c'était en sa jeunesse et qu'il ne venait pas de lui , ne lui en sçus jamais «mauvais gré. i» En écrivant ces lignes, il était sans doute sincère. Gomment aurait-il pu en vouloir à un enfant, si peu ambitieux de

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'"'"orité'*/"'*^^'^ ^^ *^™^ '^S^' assigné à la ^^■■«lonn^it """'^ ' ^^^'^ ^^ *ï"e Comines ne *^'*^'^'' (l\.^^^ ^"^^' facilement au jeune roi, "" néglige ses conseils, c'était

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de De lui avoir pas rendu près du fils la place qu'il avait tenue près du père ; c'était surtout de voir celte place occupée par d'autres. Quoi qu'il en ait dit , ses deux derniers livres sont pleins des ressenlimenls de l'ambitieux, et l'expression de son mécontentement remonte trop souvent jusqu'au prince qui , selon lui , méconnaissait la supériorité de son intelligence. Cette attitude envieuse et inquiète , Gomines la conserva durant tout le règne de Charles VIII. Un document, que nous publions aux Pièces justificatives , nous montrera même l'ambitieux compère de Louis XI essayant de reconquérir, en vain à la vérité , par son obséquiosité et ses menées d'antichambre, la confiance de Louis XII, de cet ancien complice d'insurrection qui, devenu roi à son tour, n'avait pas tardé à pratiquer cette politique royale dont parle Tacite, suivant laquelle les princes, en vengeant leurs prédécesseurs sur le trône , se flattent de trouver dans celte solidarité rétroactive des gages de sécurité pour leur propre règne. Regni munimentum.

Faire de Charles VIII un prince éminent , serait une tâche difficile. Je n'ai pas l'intention de l'entreprendre. Mais revoir les jugements de

crxii IHTBODUCnOR.

Gomines , que trop d'historiens ont areuglément adoptés ; mais montrer ce prince « pourvu do plus de sens » que ne le dit notre chroniqueur, « môme au saillir du nid , » prouver que ses conseillers iutimes, « hommes de petit état , » suivant cet acerbe critique , « et qui de nulle chose n'avaient expérience, » valaient mieux que la réputation qu'il a tant contribué k leur faire , est une mission acceptable pour un écrivain , quand il peut appuyer sa thèse sur des documents contemporains et d'une authenticité incontestable. C'est la seule que je me sois donnée, surtout, je l'avoue, parce qu'elle ressemble à un devoir.

C'est un grand malheur pour un prince de compter les principaux historiens de son temps au nombre de ses ennemis, ou de ses amis douteux; car c'est dans leurs écrits que se trouve en germe Topinion de la postérité. Mieux vaudrait pour eux la longue et silencieuse nuit où dorment sans larmes et sans poète pour chanter leur gloire inconnue les héros nombreux qui précédèrent Agamemnon * . Charles VIII , qui

* Vixere fortes ante Agamemnona Mulii : scd omncs ilïacrimabiles Urgeniur, ignotique longâ Nocte, carent quiàvatesacro.

Q. HoRATius. Ode ix, lib. n-.

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« avait la plus humaine et la plus douce parole qui fut jamais, » et qui « jamais à homi6e ne dist chose qui lui dut déplaire, » rare éloge, a eu ce malheur. Gomiues, qui en a dit certainement du bien, et auquel, par exemple, nous empruntons les deux citations précé- .dentés , est peut-être aussi Thistorien qui en a dit le plus de mal , parce que , dans chaque acte et dans chaque résolution du roi , il voyait Teffet des conseils d'hommes auxquels il ne pardonnait point leur élévation et qui lui paraissaient avoir usurpé sa place.

 côté de Gomines, l'historien le plus digne d'autorité et le plus consulté , surtout en ce qui concerne le grand acte du règne de Charles VIII, l'expédition d'Italie, est François Gui- Chardin. Chercher dans un annaliste italien , même aussi impartial, en général , et aussi bien informé que l'historien florentin dont nous parlons, un juste appréciateur du roi qui, le premier, franchit les Alpes et alluma dans la péninsule une guerre continuée par ses deux successeurs durant un demi-siècle, ce serait faire une trop complète abstraction des passions humaines, de celle surtout qui prend sa source dans un des plus nobles

XXiv IlfTBODUCTIOIf.

sentiments du cœur humain , Tamour de la patrie , et de la patrie indépendante. Ajoutez à ces deux historiens Paul Jove, Ammirato, Senarega, Nardi, Sanuto, Bembo, et la foule des chroniqueurs, ou plutôt des pamphlétaires italiens , et vous vous expliquerez pourquoi beaucoup d'historiens français, puisant à ces sources empoisonnées par la haine étrangère, nous représentent Charles VIIl comme une espèce de monstre au physique , qui , entouré de son valet de chambre , Etienne de Vesc , et de Guillaume Briçonnet, évèque puis cardinal de Saint- Malo , sorte de prélature in partibus , pour un petit bourgeois de Paris, veuf, et devenu général des finances, réussit à traverser Tltalie, à y conquérir un royaume , à y prendre beaucoup de villes , à gagner une bataille célèbre ; tout cela , on ne sait trop comment , par une sorte de miracle, comme le répète h chaque ligne notre envieux annaliste.

Un historien, presque notre contemporain, M. de Sismondi, a-t-il montré, dans son Histoire des Français j et principalement dans son grand travail sur les républiques italiennes au moyen âge, plus d'impartialité et de bonne foi? Nous ne lui contesterons pas la connaissance

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