‹ Campagne et bulletins de la grande armée d'Italie commandéeChapitre 5 sur 27 · INTRODUCTION. XXV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XXV

des sources , des détails ; mais comment a-t-il apprécié les faits ? Passionné pour un système d'unité dont on ne trouve point les germes dans ce passé lointain , lequel ne nous offre que des éléments contraires , il n'a voulu voir dans Texpédition de 1494 qu'une attaque contre la nationalité italienne , sans tenir aucun compte des droits de Charles VIII à la couronne de Naples , droits que nous verrons reconnus , au moins implicitement, par tous les Etats de l'Italie au xv« siècle. Aveuglé par ces préjugés, c'est à peine si le descendant des vieux Simonde, le rejeton de cette vieille souche pisane, épouve quelque sympathie pour nous, lorsque le roi et l'armée française, attendris par les larmes des habitants de Pise, déchue de sa gloire et durement asservie depuis près d'un siècle par Florence, son impitoyable rivale, essaient de rendre à cette vieille république son autonomie et son indépendance.

A quoi servirait d'opposer à ces écrivains éminents André de la Vigne, secrétaire de la reine et chargé de tenir pour elle le plus ennuyeux et même le plus inexact journal des faits et gestes du roi; Ferronius et Belcarius, arides annalistes, qui ont écrit longtemps

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après en latin sur des faits dont ils n'avaient point été témoins; ou Guillaume de Jaligny, qui n'a pas su défendre son maître? Comment leurs récits, pauvres, guindés, privés de vie, sans profondeur et même sans naïveté, pourraient-ils atténuer soit l'attrait de ces pages charmantes d'un historien » de bon heu et eslevé aux grandes affaires, » comme l'avait écrit sur son Philippe de Gomines Montaigne lui-môme, un peu dupe du rusé Flamand, soit l'autorité du grave et correct historien italien, de Guichardin , mêlé à toutes les grandes négociations de son temps, et personnellement initié aux conseils des hommes qui avaient survécu à l'expédition de 1494?

On comprend maintenant pour quelle raison J ai tenu à séparer ces nouveaux témoignages de ceux de Gomines , qu'ils rectifient en beaucoup de points. Ils nous montrent, il me semble, Charles VIII sous un aspect plus vrai. Ils détruisent complètement quelques calomhtt ^"^P'^^^^^^s aux historiens itahens. Ces ad/^^ ^^ ^^*' ^^^ bulletins, ces manifestes ces^ï' ^ ^^ F^a^ce et à l'Europe du temps, ces coT^^^ ^" premier ministre à la reine, ^^^spondances particulières prouveront

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qu'il y avait quelque suite dans les projets du prince et dans les conseils de ses ministres. Ces pièces précieuses nous donneront de curieux détails sur le séjour des Français à Rome, et sur la prudente politique adoptée par Charles VIII vis-à-vis du Saint-Siège. Quant aux mesures prises à la suite de la conquête du royaume de Naples, nous verrons qu'elles furent moins impolitiques qu'on l'a dit, et que, de l'aveu même des historiens italiens, l'inconstance avec laquelle les Napolitains abandonnèrent , pour un pouvoir qu'ils avaient fait profession de détester pendant de longues années , le prince français qu'ils avaient si longtemps appelé de leurs vœux les plus ardents , ne peut guère être attribuée qu'à la légèreté naturelle de cette nation.

Je n'ai rien à dire du récit dans lequel j'ai serti les pièces que je tenais à mettre en lumière; il n'a droit, sans doute, qu'à un mérite, celui de l'exactitude, puisqu'il s'appuie, à chaque pas et pour tous les faits principaux, sur des documents qu'on peut appeler officiels.

Quant à la méthode que j'ai suivie pour la reproduction matérielle de ces documents , voici celle que j'ai cru devoir adopter. Rien n'est plus

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irrégulier et plus incorrect que les pièces volantes, les placards, ou canards, comme on dit aujourd'hui, imprimés dans le xv® siècle. Il n'existait alors , comme on sait , aucune orthographe, aucune ponctuation arrêtée pour la langue vulgaire. Le même mot est souvent imprimé dans la même phrase de plusieurs façons différentes. Mais ce qu'il y a de plus regrettable, c'est que ces feuilles volantes étaient presque toujours imprimées sur des copies fort inexactes elles-mêmes. Ce n'était pas à cause de leur intelligence, mais parce qu'ils possédaient l'art , fort rare alors , d'écrire en beaux caractères , que les copistes de c^ temps étaient chargés de reproduire des pièces de ce genre. 11 est évident que le plus souvent ces calligraphes ne comprenaient pas ce qu'on leur donnait à copier. De là des phrases qui n'ont aucun sens, ou bien dans lesquelles on retrouve à grand'peine les fragments altérés du texte primitif. Or, ces inexactitudes ou ces altérations passaient toutes dans la pièce imprimée. S'il y avait alors des correcteurs dans les imprimeries , ce n'était pas à revoir les publications de cette espèce qu'on les occupait; leurs fonctions consistaient à corriger des textes latins

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OU à surveiller Timpression des romans que Ton publiait à cette époque en grand nombre.

J'ai donc été contraint de ne pas ra'attacher i reproduire exactement une orthographe aussi bizarre que variée, d'omettre certains fragments de phrases qui n'avaient aucun sens , et parfois , quand j'ai pu y réussir , de restituer avec des débris incohérents ce que j'ai cru être le texte primitif.

Quant aux pièces manuscrites provenant des archives du château de Blain, comme elles sont toutes , excepté une seule , des copies , et même des copies de copies , j'y ai trouvé aussi un grand nombre d'irrégularités et d'altérations; j'ai suivi pour elles la même méthode que pour les bulletins imprimés. Je fais ces aveux sans espérance de me concilier ceux qui tiennent à toutes les variations d'orthographe, à toutes les irrégularités et à toutes les bizarreries des pièces anciennes, manuscrites ou imprimées. Tout ce que je puis dire , c'est que je les ai reproduites aussi exactement que j'ai pu le faire comme documents historiques, mais non pour l'usage des hommes livrés exclusivement à des études philologiques.

Quant aux personnes tout à fait étrangères à

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la langue du xv« siècle, à celles , par exemple , qui ne lisent pas couramment Philippe de domines , je n'ai aucune excuse à leur présenter. Je me suis imposé pour principal devoir de reproduire in extenso des documents historiques afin de les mettre à Tabri de toute chance de destruction, mais je ne les offre, bien entendu , qu'à ceux qui les comprennent et les apprécient.

Parmi ces derniers, plusieurs remarqueront , je Tespère, dans quelques-uns de nos bulletins, et surtout dans les correspondances , un style et des tournures qui leur rappelleront la manière si estimée et si curieuse de Gomines. Aussi, j'aime à croire que ces pièces intercalées, trop nombreuses peut-être, et dont quelques-unes auraient pu être reléguées à la fin du volume, ne seront pas tout à fait dépourvues d'attrait pour les lecteurs disposés à étudier avec intérêt une des évolutions les plus curieuses du langage français, celle qui s'accomplit au moment où cette langue, mise tout à coup en contact avec un autre idiome d'origine latine, mais beaucoup plus perfectionné , s'essayait à briser les dernières entraves du moyen âge , s'efforçant d'élargir ses formes pour s'adapter,

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en la reproduisant plus fidèlement , à la pensée devenue elle-même plus ample, plus variée, plus indépendante et plus passionnée.

J'avertis le lecteur qu'il ne faudrait pas chercher dans ces pages, consacrées au récit d'une expédition française en Italie et à l'exposé des relations de notre pays avec la péninsule à la fin du XV® siècle, des allusions aux affaires du temps présent. Si l'on peut y saisir quelques analogies, on n'y rencontrera point de ressemblances réelles. On ne trouvait alors en Italie que des divisions profondes et traditionnelles entre des Etats de forme et de gouvernements variés , occupant des territoires enchevêtrés à l'infini. Il est vrai que ce qui resle aujourd'hui de ces divisions suffit pour faire croire à beaucoup de bons esprits que le fédéralisme est le seul moyen de constituer l'unité poUtique de l'Italie , unité parfaitement compatible avec le respect des traditions. Quant au double pouvoir de la papauté, temporel et spirituel, je n'ai pas besoin de dire que, malgré les aspirations réformistes , à d'autres points de vue , de Savonarola et de ses adhérents de Florence , malgré les dissidences qui existaient parmi les cardinaux , dont plusieurs ,

XXXlî llfTBODUCTIOlf.

et des plus influents , faisaient partie des conseils de Charles VIII et no cachaient pas leur hostilité contre Alexandre VI, je n'ai pas besoin de rappeler, dis-je, qu'il n'y fut jamais question d'attaquer l'indépendance de la papauté en supprimant ou en amoindrissant sa souveraineté temporelle. L'étude des rivalités italiennes d'alors, rivalités si puissamment avivées par la présence des Français, paraîtra même éminemment propre à faire ressortir la nécessité d'un pouvoir temporel comme base de l'indépendance du pouvoir religieux du Saint-Siège. Que serait devenu ce dernier pouvoir, isolé et livré à ses propres forces, au milieu du conflit de tant d'intérêts et de tant de passions dans l'Italie du moyen âge, dans celle de la fin du xv« siècle ? N'aurait-on pas vu, par exemple, dans le court espace de temps dont nous allons parler, tantôt la maison d'Aragon occupée h défendre ses prétentions à la couronne de Naples et sa possession de fait des Deux-Siciles; tantôt la branche cadette des Sforze usurpant la souveraineté du Milanais soit sur les Visconti , soit sur la branche aînée , et travaillant à s'y affermir ; tantôt les Médicis de Florence préoccupés du soin d'à-

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saurait écrire l'histoire! » C'est, à mon avis, le contraire qui est vrai. Heureux, fier et respecté est le peuple dont l'histoire remonte le plus haut et dont les annales se mêlent le plus intimement à celles des autres nations !

Oublier ou renier ses ancêtres est devenu pour tout le monde de fort mauvais goût. Ce dédain n'est certainement pas à la mode aujourd'hui en Europe où les nationalités sont d'autant plus fortes et plus respectables qu'elles plongent plus avant leurs racines dans le passé. On peut dire que les peuples qui possèdent une histoire ont comme un rempart autour d'eux. Les faits contemporains le prouvent suffisamment.

Durant la seconde période décennale de ce siècle, plusieurs nations, coalisées contre la France , envahirent deux fois sa capitale et se répandirent dans ses provinces les plus éloignées. Qui sauva notre indépendance? Les souvenirs de notre longue et glorieuse histoire, qui est , pour ainsi dire , celle de l'Europe entière. Des rois de race ancienne ne cachèrent pas leur étonnement lorsqu'ils se virent installés en vainqueurs dans une capitale dont leurs ancêtres étaient si flattés d'être les simples hôtes.

XXXPi MtâMWICTMWL

Quant à quelques parrenus datant d'un on di deux siècles, Us n'osaient croire à leur fbrtonei^ et , comme pour s'eicnser, ce ne furent pi^ ceux-là qui , à une exception près , protesté^: rcnt avec le mmns de sincérité de leur pour la nationalité française.

Nous avons vu de nos jours un peuple, à la France, perdre momentanément, il Tespérer du moins, son autonomie pv odioux abus de la force brutale. Cette reuattra-t-elle à la vie et à Find^dance Oui, sans doute. Ne vqjons-nous pas V qui a veillé sur son beroeau , assis près de tombe, tenant à la nmn les annales interrompneil d^ Tantique IVilogne? Ce vieux titre ineffiiçdili |vir 1\^V^ eonserrera piès de la postérité son autorité indélAàle, et le jour viendra , soyonstm $àr$« où Tannaliste divin rqprennt son styW iNH^tinomi des pagies glorieuses, commencées ï

Kiilin^ dams b preimèfe aaoilié de ce siède* ql«l^^w^ $nm|iKi$ dTtiMiipii^ dmrses se soiil li\mxKV$ ;ii$$iK!iifei pir ile$ ô(!»l!iiiusons potiti- H^w^ ^Nik I\mi ii';ji p5ii$ K>M|Mr$ consulté le goû ^ W A<I^H)^^^< nfes: rJKv^ qai Ws composent ^ A^^ M vv ^,1^ :5vèa jjilMit dœuu de ce

nmoDUcnoif. xxxffU

déments conserve ou défend ses franchises, s^ usages , sa langue et les formes particulières de son administration. Un pouvoir intelligent ne saurait mieux faire, en ce cas, que d'appuyer son aatorité sur le respect de ces traditions mêmes.

On peut donc le dire, travailler à compléter lliistoire d'un peuple, à en accumuler ou à en rectifier les témoignages n'est jamais une œuvre vaine. C'est travailler à établir la généalogie de ix)n indépendance. C'est s'occuper, quelque modeste que soit la tâche que l'on s'impose , ne consistât-elle que dans l'apport d'une pierre ^ de quelques grains de sable , — et c'est là la mienne, — à entretenir, à réparer, à exhausser ^ rempart derrière lequel s'abritent les lois, les libertés, les richesses et jusqu'à l'orgueil d'une nation.

Je ne saurais terminer ces réflexions préliminaires sans adresser ici mes remerciements -à M. Péhant, Conservateur de la Bibliothèque de Nantes, pour l'obligeance parfaite avec laquelle il a mis à ma disposition les documents précieux confiés à sa garde.

Je n'eBfvme ie rediler me «nar bikllapaièi^ii Sur les cinquanteHleiix pièces enviroa intercalées dans le texte de ce Tolune, on insérées parmi les Pièces jastiQcatives qie j*ai annoncées ceonne rare» on inédites , il y en a doute qtti ont été reprodnites par M"* Dnpont, et qn'on trouTe parmi lae preuTcs des mémoires de Comines édités par elle, tome IIL Paris, J. Renonari, 1857. Cinq concernent le séjoor dn roi à Rome, et sepi» la prise de Naples. Ces pièces ne sont point extraites da reenei! Héber que M"* Dupont ne connaissait pas^ on qui n'était pas, à Tépoque de ses recherches, la propriété de la Bibliothèque impériale. Elles ont été prises par elle sar des exemplaires imprimés en caractères gothiques, de la même édition que ceux de Nantes , appartenant sans doute à la Bibliothèque impériale arant l'achat du recueil Héber, et collationnées sur des manuscrits proTcnant soit du portefeuille de Fontanieu , soit des papiers de Fontette , soit enfin sur des originaux existant aux archives dn royaume.

Ainsi donc ces donxe pièces ne penvent être considérées' comme rarissimes, an même degré que les antres.

D*un autre c6té, les deux fragments de lettres de Comines de 1505, que nous donnons aux Pièces justificatives et que nous supposions, d'après un renseignement inexact, avoir été publiées par M"* Dupont , ne figurent pas parmi les preuves de son édition. Bien que les originaux n'appartiennent pas, comme nous l'avons dit, à la Bibliothèque de Nantes, qui n'a reçu en don que des copies, il est probable qu'elles sont inédites.

Nous proliions aussi de celte occasion pour rectifier ce que nous avons avancé, comme douteux, à la vérité , concernant les origines de la Bibliothèque de Nantes. Il est certain, malgré les assenions de plusieurs auteurs, que la communauté n'a jamais acheté la bibliothèque de l'archidiacre Legalle ou Legalle, moft en 1583, ni par conséquent celle du cardinal de Venddme. C'est en 1753 seulement que la ville de Nantes fut dotée d'une bibliothèque publique, moyennant des arrangements pris avec la congrégation de l'Oratoire à laquelle appartenait le fonds primitif, enrichi par plusieurs dons successifs.

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