CHAPITRE IV
lalnquiétude se propage en France. — Premier bulletin de l'armée. —Départ du roi de Serezana. — Ludovic le Maure quitte l'armée. — Causes de son mécontentement. — Le roi entre à Pise acclamé par les habitants. — Séjour à Florence. — Difficultés avec les Florentins touchant le traité à intervenir. — Clauses adoptées. — Manifeste latin de Charles VIII avant d'entrer dans les États pontificaux. — Départ de Florence. — Le roi laisse garnison à Sienne. — Incertitudes d'Alexandre VI. -> n envoie au roi une ambassade. — Refus de Charles de traiter avec le roi de Naples. — Le pape ouvre les portes de Rome à l'armée aragonaise.
'expédition d'Italie, si témérairement conçue au dire des gens réputés sages, n'avait été jusque là qu'une suite de succès, une marche triomphale d'Asti aux portes de Florence.
Qu'on se figure , si cela est possible, à quel point la curiosité publique devait être excitée en France , dans ce Paris surtout qui était déjà une
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immense n\ie, remplie; d'une bourgeoisie riche et d'une populatiou de tout temps vive et intelligente. La cour était restée à Moulins. Nulles communications officielles et régulières n'existaient alors entre le pouvoir et les grands corps de rËtat , tels que le Parlement et la Chambre des Comptes demeurés à Paris. Les nouvelles d'Italie, avidement recherchées et activement propagées, n'y circulaient donc qu'à l'état de rumeurs. C'étaient des lettres de la cour, c'étaient aussi des missives particulières venues de l'armée» mais ce n'était rien de précis et d'officiel. Ceux qui avaient prédit que cette expédition, entreprise au commencement de Thiver , serait fatale à l'armée, qu'une formidable coalition l'attendait sur les confins de la Toscane et de la Romagne, que l'Italie enfin serait le cimetière des Français, car c'était là le mot dont on se servait, avaient encore beau jeu. La maladie du roi à Asti que l'opinion publique avait aggravée, des fièvres et des dyssenteries qui, à cette époque, avaient régné dans l'armée, jusqu'aux vins aigres dont on se plaignait comme désagréables et malsains dans les lettres venues d'Italie, tous ces bruits habilement exploités par l'opposilion inquiétaient les esprits à Paris. Grossis et colportés dans les provinces, ils jetaient en de profondes anxiétés , jusqu'aux extrémités delà
France agrandie, jusque, par exemple, dans le pauvre manoir de nos archers bretons, les mères et les épouses qui le plus souvent, pour une excellente raison, n'avaient à espérer aucune lettre rassurante du fils, du frère, du mari» en danger, si loin d'elles , et pour si longtemps.
C'est alors, heureuse idée! que la cour songea à faire un extrait des lettres reçues d'Italie, à confier à 1 imprimerie , à cet art récemment inventé la publication de ce premier bulletin officiel de la grande armée bulletin destiné à être avidement dévoré par la curiosité publique. Il le fut à uu tel point que, si l'unique exemplaire existant que nous allons religieusement reproduire, ne s'était pas égaré dans quelque cloître affranchi des préoccupations de ce bas monde, c'est ainsi du moins que nous nous en expliquons la conservation, il aurait eu le sort des autres, c'est-à-dire que, passant de main en main, froissé par la curiosité et l'impatience, mouillé parfois de larmes de joie, épelé par des vieillards ou des enfants , il aurait circulé jusqu'à ce que le beau et fort papier sur lequel il est imprimé eût été dispersé en lambeaux et anéanti.
Cette pièce unique et que nous pouvons appeler le premier numéro du Moniteur officiel français est intitulée : « Aucuns articles extraicts des
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lettra envoyéM de Tott^la guerre de Napta.» Il ne porte ni date ni nom d'imprimeur, llaii il dot paraître dans les demien jours de nofendm 1194, puisque les nouTelles les plus réceates qu'il donne de Tannée sont des premiers Jean de ce mois» entre le l«r et le 9. On y passe npi* dément en rerue ce qui était adrenu depuis M jusqu'au moment du départ du roi de Pontiemoli, ou de Senana, ce qui prouTe qu'aucun autre bulletin n'avait d^ être publié depuis l'es* trée en campagne» laqMDe avait réellement eom* mencé au sortir d'AstL Le Yoid textnéllementr vainqueur de près de quatre siècles» et désormais aussi des chances de destruction qui le mena*' çaient dans l'avenir :
Le roy a esté receu partoateladuché deMillanaïusy honnourablemenl que ron sauroit faire par fort et fiable, et par tout ou il passa en villes et rhasteauïx sans oublier celle de Patie.
Le duc de Millau est mort» le roy lui a £Bdt foire uog service solemnel. Le seigneur Ludovic a esté a Ullan reçu comme duc et publyé. Le roy avoit euToyé Gimel devers les Florentins les prier quilz Toulsissent entretenir les amitiés anciennes et de n'entretenir plus ses ennemis en leur pays, ne les aider, ne souffirir,et en cas de refus protester contre eulx que ledit seigneur seroit contraint de pourchasser ses ennemis et eulx en les favorisant , comme la raison le veult A quoy firent res-
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ponse qu'ils envoiraient une ambassade qui encores n'est venue.
Pierre de Medicis, avant la venue dudîct Gimel, envola devers le roy Laurens Pinelle, son facteur de Lyon, lequel venoit de devers le roy Alphonse , et a fait offre de bailler cent cinquante mil ducaz et autant payer de six mois en six mois, en quoy il (le roi) n'a voulu entendre pour ce qu'il lui sembla chose n'estre raisonnable.
Nostre saint père le pape a envoyé devers le roy frère Jehan de Mauléon, et lui a apporté ung brief faisant mencion des Turcs qu'il dit estre vers Honguerie et que le roy y deùst envoyer son armée.
Le roy lui a fait response de mesmes, présent le seigneur Ludovic, et la dépêcha incontinent, et en la depêschant ledit de Mauléon demanda en secret , de par nostredit saint père, si le pape vènoit au devant de luy, sy le roy lui feroit bonne chière pour occasion des termes du temps passé. A quoy fut respondu que oui, et ce qu'il disoit estoit pour venir bien avant, voire jusques à Sienne ou Florence. Cellui a qui il le dist ne se veult nommer et est créable ; et cela avoit esté demandé audit personnage en secret et féablement.
Avec ledit Mauléon vint une ambassade de la vefve royne de Naples , Yolant , disant qu'elle seroit voulontiers bon moien de faire bon appoinctement ; le roy lui fist response qu'il ne demandoit que le sien et ne vouloit rien de l'autrui : et quant il auroit recouvré ce qui lui appartient , il seroit tousjours gracieulx aux dames , et pour les traicter ainsi qu'il appartient.
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L*année d'Ostîe est partie (Q y a) huit jours a, et doit estre arrivée, et a la charge monseigneur Graciens des Guerres pour soy joindre avec les eoulonnois (les partisans des Colonna) qui ont vm cent lances ytaliennés soudoyées du roy. Ledit messire Gracien a cinquante lances; domp Julien, xxx lances; messire Robert de la Marche, xx\ lances , v cens Suisses et v cens arbalestriers , et est lieutenant général pour le roy des François, et messire Fabrice Colonna des Ytaliens. Messire Aenault * a trois cens arbalestriers pour soy mettre dedens la rille et chasteau d'Ostie.
Dedens deux jours doit partir une autre armée de gens que le roy enyoye par mer descendre au royaulme de Naples où sont les princes de Saleme , marquis de Gleremont Fagimont de Saint Sevrin seigneur au royaulme de Naples, et le seigneur de Seremont et Renault, et en tout sont trois mil combatans qui yront par img costé et lesdits colonniers et messire Graeien par l'autre. Hier au lever du roy vindrent nouvelles de monseigneur de Montpensier comment il estoit en la terre des Florentins et avoil prins cinq places moyennes, et alloit au devant de l'artillerie et gens de pié qui estoient à dix heures de là descendus en terre et venus par mer pour aler devant Serezana, place forte desdits Florentins. En disnant le roy eut autres nouvelles de son autre armée estant en la Marque à rencontre du duc de Calabre que après que les gens de guerre furent arrivez avec monseigneur
* IVul-^lrc Menou.
d'Aubigny alèrent mectre le siège en une place nommée Meredan qui est à la dame de Forlî , et l'artillerie ne tira que trois heures et l'assault n'en dura que une , et y avoit dedens xv cens hommes de guerre , c'est assavoir mil dudit duc de Galabre , et cinq cens de la dicte dame dont n'en eschappa pas cinq^, et le demeurant abandonné aux gens de Julien Daulphinois, qui avoit cinq cens arbalestriers à cheval , trois cens Milannois , deux cens Ecossois , trois cenz Suisses et cinq cens arbalestriers François , pour ce qu'ilz firent l'assault , et n'est ladite ville que à deux petites lieues d'Imola, grosse ville, et du camp dudit duc de Galabre qui est hors avec xii cens lances ytaliennes et quatre mil gens à pié.
Au camp de monseigneur d'Aubigny sont xii cens lances ytaliennes et deux mil enfans de pié. Jehan de la Grange est avec eulx avec trois canons serpentins, trois coulevrines et xii faucons à la suite seulement , et sont délibérez de suivre leur fortune.
Le roy a mis son affaire en délibération en ceste ville, présens les seigneurs et capitaines qui y sont , où estoit le seigneur duc de Bac ^ et a esté conseillé par tous devoir suivre son entreprise par les voyes et chemins dessudis en grand vouloir le servir, requerans qu'il y fust en personne, et que son affaire s'en porteroit mieulx, ce qui estoit ce que le roy demandait. A ceste cause il
* 11 y a dans celte partie de la dépêche erreur ou exag<''ration.
^ Nom mal imprimé; c'est peut-être de Basche, mais Perron de Basche n'était pas duc.
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partit hyer après disner armé tout à blanc, bien acompaigné, et s'en alla coucher à trois petites lieues pour aller où est monseigneur de Montpensier joindre ensemble et aura, comprise sa maison, environ xv cens lances, sept mil hommes de pied , ou il y a quatre mil Suisses, iii mil arbalestriers, et une bonne bende d'artillerye où il y a n canons serpentins , quatre couleninnes et quarante faucons à la suite; on a aussi pounreuaux vivres au moins mal que on a peu , tant par mer qae par terre et envoyé gens en la duchié de Ferrare, à Lucques , à Gennes , Provence et Languedoc. Le seigneor Galléas va avec le roy pour lui tenir compaignie et a deux cens lances y taliennes bien en ordre , et deux cens chevaulx légers.
La seigneurie de Lucques a envoie ambassade devers le roy présenter leurs citez, chasteaulx, forteresses et ports de mer, ce que le roy a accepté. Ils sont ennemis des Florentins et sont au milieu d'eux. Le roy a délibéré, le plus droit qu'il pourra , aller à Flourem^e. On dit qu'il n'y trouvera pas grand résistance, pour ce que les villes sont faibles de murailles, non percées et sans boulevards ni fossés. Et d'avantaige, les trois parts et deniy sont bons François.
Il n'y a que Pierre de Médicis, et la bande qu'il gouverne , qui avec peu de gens d'armes , les tiennent en subjection. On présume que ils ne se feront guaire battre, et que ledit de Médicis renvoyera en brief son homme Laurens Pinelle, ainsi que ledit Laurens dist au roy à son parlement, alant devers sondit maistre sur chevaulx de postes.
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Laurens et Jehan de Medicis , qui sont cousins dudit Pierre et ses ennemis mortelz, vinrent hyer au devant du roy, et avoient estes bannis et confinez hors de ladite ville , et sont eschapez pour faire au roy quelque bon service. Ils ont sept ou huit mil ducas de revenu et en meubles plus que ledit Pierre.
François, monseigneur de Luxembourg, a la charge des navires de mer, et se doit venir rendre, après qu'il aura descendu l'armée à Ostie, devant Livourne, près des Florentins ouest Pierre de Haute Dure (d'Alta- Dura), frère dudit roy Alphonse avec navires et l'armée du roy ira par terre.
Les Siennois qui sont de là les Florentins, et leurs ennemis, ont envoyé devers le roy lui o£Enr les passages, vivres, forteresses et ports de mer.
Le roy eut hyer nouvelle de monseigneur le cardinal de Guerre * que la septmaine passée , nostre saint père fit consistoire, et fît assembler les principaux romains les exhorter et commander à ester leurs biens et bestiaux des champs pour les François, où fut respondu par lesdits Romains qu'ils ne vouloient rien ester , et que lesdits François payeraient bien , et que ilz fussent les trèsbien venus.
Monseigneur d'Argenton qui est ambassadeur à Venise pour le roy lui fit hyer assavoir qu'il estoit venu une autre ambassade du roy Alphonse , devers la seigneurie requérant icelle , en grant humilité , comme le roy
* Il était Français et s'appelait Raymond Perrault. Il était évêque de Gurk. Alexandre Tavait créé cardinal en 1493.
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les tenoit comme ses pères, et que, à ce besoing,k Yoiitsist secourir, et qu*il ne pourroit plus supporter ks frais. On n*a point respondu; mais ils deyoîent continuer en leurs propos qu'ils ont esté tousiours alliés de la maison de France, et qu'ils ne se Teullent point se mesler de leurs différents.
Et de rechef le roy notre sire par importunes reqnèstes a octroie à ceulx de Florence faire leur paix de ce qu'ils aToient voulu destoumer le passage à ses gens d*armes. Lesdits de Florence ont tant fait qu'ils ont obtenu la bonne grâce du roy , lui ont obey , baillé passaiges, ports, confort et ayde à ses gens d'armes aiec aultres grandes promesses singulières qui ne sont i déclarer pour le présent Le roy leur a promis fiure son entrée en Florence le huitiesme jour de ce présent mois de novembre. Et de fait toutes les armées de toutes parts renforcées , garnies de vivres par mer et par terre, marchent tousjours en tirant à l'intencion du roy, et de pais et seigneuries sont grandement reçcus.
^Bibliothèque de liantes, pièce détachée, imprimée en caractères gothiques, sam date ni lieu, et sans nom d'imprimeur. Reliée à h suite des Poésies de Jchau Meschinot.)
Ce bulletin nous fait connaître deux essais de négociations dont Comines * et Guichardin luimôme ne nous ont rien dit. Nous y voyons que
* Çomines ne parle de Spinclli que comme ayant été chargé (l«?s affaires de Pierre de Médicis seulement. Ch. vu, liv. ni.
Pierre de Hédicis , par Tentreinise d'un de ses facteurs Laurent Spinelli, bien connu du roi parce qu'il avait résidé longtemps à Lyon, avait ftit offrir à Charles, de la part du roi Alphonse, cent cinquante mille ducats renouvelables tous les six mois , c'est-à-dire un tribut de trois cent mille ducats par an. Le roi avait répondu que ce n'était pas chose raisonnable.
Alexandre VI , de son côté, avait expédié au roi frère Jean de Mauléon S afin de rengager à aller combattre les Turcs en Hongrie. Mais au fond le moine ambassadeur avait pour mission secrète de sonder les intentions du roi et de savoir si Alexandre, en venant au-devant de Charles jusqu'à Sienne ou Florence, avait chance d'être bien accueilli, et si l'on oublierait les termes du temps passé. A quai fui répondu que oui.
Enfin , la reine mère lolande, de Naples, avait aussi tenté de nouer, en faveur de son fils, une négociation, ouverture à laquelle le roi de France répondit que quand il aurait recouvré ce qui lui appartenait, il serait toujours gracieux aux dames et disposé à les traiter ainsi qu'il convient.
On voit que l'ensemble de ce bulletin présentait la situation du roi et de l'armée comme
* C'était un cordelier d'origine française et fort employé dans les négociations du temps.
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excellente. De ses trois adversaires déclarés : ron. Florence, avait traité; Tautre» Alexandre TI» essayait de le faire, et le troisième, la maiam d'Aragon, n'aurait pas mieux demandé que dachetcr la paix. Les alliés étaient restés fidèles, et les Vénitiens , malgré les sollicitations de Naples, persistaient dans la neutralité*
De nombreux et triomphants bulletins des grandes armées françaises ont été publiés depuis celui-là. On verra avec plaisir que le premier fut tout à la fois glorieux et à peu près sincère. Le bulletin se termine par l'analyse d'âne dépêche de notre ambassadeur à Venise, lecomte d'Argenton. Philippe de Comines avait reça ee nom et cette dignité de Louis XI avec de grands biens et c'est sous ce titre que notre historien étnit toujoui*s désigné dans le langage officiel du temps. Aussitôt que le roi avait été décidé à passer les monts , il était , dit-il lui-même, monté i cheval des premiers. L'ancien ambassadeur de Louis XI , à Florence , était jeune encore. Élevé dans les armes , il aurait pu servir activement dans Tarniée française , et nous le verrons plus tard fournir carrière à la bataille de Fornoue, après son retour de Venise. Mais l'intention du roi et de ses conseillers était de tirer, avant tout, parti de la grande expérience du diplomate flamand. Aussi Comines avait-il quitté Charles à
France agrandie, jusque, par exemple, dans le pauvre manoir de nos archers bretons, les mères et les épouses qui le plus souvent, pour une excellente raison, n'avaient à espérer aucune lettre rassurante du fils, du frère, du mari, en danger, si loin d'elles , et pour si longtemps.
C'est alors, heureuse idée! que la cour songea à faire un extrait des lettres reçues d'Italie, à confierai imprimerie, à cet art récemment inventé la publication de ce premier bulletin officiel de la grande armée bulletin destiné à être avidement dévoré par la curiosité publique. Il le fut à un tel point que, si l'unique exemplaire existant que nous allons religieusement reproduire , ne s'était pas égaré dans quelque cloître affranchi des préoccupations de ce bas monde, c'est ainsi du moins que nous nous en expliquons la conservation, il aurait eu le sort des autres, c'est-à-dire que, passant de main en main, froissé par la curiosité et l'impatience, mouillé parfois de larmes de j oie, épelé par des vieillards ou des enfants , il aurait circulé jusqu'à ce que le beau et fort papier sur lequel il est imprimé eût été dispersé en lambeaux et anéanti.
Cette pièce unique et que nous pouvons appeler le premier numéro du Moniteur ofQciel français est intitulée : « Aucuns articles extraicts des
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dont il brûlait de s'emparer et qui avait appartenu aussi à Jean Galéas^ Eu aidant le roi à conquérir Naples , il avait eu deux buts : se faire proclamer duc de Milan d'abord, puis agrandir son duché de toutes les places qu'il aurait conquises avec son allié dans la haute Italie. Il tenait principalement & s'assurer d'une longue ligne de côtes et de bons ports sur la Méditerranée. Celait le seul moyen de constituer une puissance maritime et de lutter contre Venise, dont les agrandissements excitaient vivement sa jalousie. Mais Ludovic s'aperçut bientôt que Charles , à la veille de devenir prince italien lui-même , craignait de rompre l'équilibre établi dans la péninsule et que cette prudence (lu jeune roi allait devenir un obstacle à son ambition personnelle.
Il revint à Milan , dissimulant ses véritables sentiments, mais, au fond, très-mécontent de sou puissant allié et très-disposéà prêter l'oreille aux ouvertures secrètes de ses ennemis.
Le roi , après avoir traversé Lucques , entra à
A Ludovic espérait < que ladite cité de Pise tomberait sons la main du duc de Milan (c'est-à-dire la sienne), où autrefois elle avait clé du temps du duc Jehan Galéas, le premier de ce nom en la maison de Milan , grand et mauvais tyran , mais honorable, » Cominesjiv. vii.ch. vu.
DE LA GRANDE ARMÉE D'iTALIE. 95
Pise le dimanche 9 novembre. Il avait de nouveau sous les yeux une des plus grandes « pitiez d'Italie. • Les Pisans étaient tombés^ depuis quatre-vingt-sept ans, sous le pouvoir de Florence, leur impitoyable rivale. L'histoire des républiques italiennes était pleine des souvenirs de leur puissance et de leur gloire. Mais après avoir humilié Gênes, Venise et les Florentins eux-mêmes, ils étaient devenus non les sujets , mais les esclaves de ces derniers. Pise, systématiquement ruinée, dépeuplée, était soumise depuis ce temps à cette politique d'assimilation , alors déjà connue, et qui consiste à vider les veines du vieux sang national pour y infuser un sang nouveau et étranger.
Quelques jours avant l'arrivée du roi, les Pisans avaient député secrètement vers lui. Sforze , par l'entremise de Galéas-San-Severino , qu'il avait laissé près du roi, leur conseillait de profiter de l'occasion pour se soulever et secouer le joug de Florence. Il comptait qu'après la retraite des Français, Pise, trop faible, se jetterait dans ses bras. Mais le cardinal de Saint-Pierre-ès-Liens , auquel ils s'adressèrent, et qui peut-être , remarque Guichardin , n'avait jamais de sa vie donné de conseil de paix, les exhorta vivement à abandonner ce projet. A la vue du roi entrant à Pise et se rendant à la
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cathédrale pour y entendre la messe, la populo tiou entière, hommes, femmes et enfants, se précipita au-devant de Charles. A genoux, suppliants, tendant les mains vers le roi , les larmes aux yeux, ils criaient : Liberté! liberté! Un maître des requêtes, qui marchait en avant, traduisit au roi ces cris et ces acclamations. Charles, qui n'avait encore signé aucun traité avec les Florentins , car les conditions générales, arrêtées avec Médicis et les envoyés de la cité» ne furent précisées et rédigées que plus tard à Florence , et croyant que les Pisans se félicitaient seulement d'avoir recouvré la liberté sous son empire , chargea le maître des requêtes , Rabot, conseiller au parlement de Dauphiné, de répondre en son nom : « Qu'il les retenait à soi et les assurait de les conserver dans leurs franchises. » S'il violait ainsi, jusqu'à un certain point, les préliminaires de la convention conclue avec Pierre de Médicis , il se créait, à lui-même aussi, pour la suite, de grands embarras. A ces paroles, la joie éclata sur tous les visages. La foule se porta avec de grands cris vers le beau pont de l'Arno. Les Florentins y avaient dressé y comme marque de leur seigneurie, un lion placé sur un haut pilier de marbre. Cet insigne d'une puissance abhorrée et que le peuple appelait par dérision Mazorco, fut précipité dans le fleuve.
C'est sur ce pilier même que les sculpteurs pisans placèrent une statue du roi, Tépée au poing et foulant au pied de son cheval le lion de Florence. Ajoutons tout de suite que le roi des Romains étant entré depuis à Pise, la statue de Charles alla rejoindre au fond de TArno le lion florentin.
. Charles laissa une garnison à Pise et partit sans tarder pour se rendre à Florence. Il s'arrêta à Signa , à sept mille de la ville , pour y attendre d'Aubigny, auquel il avait donné l'ordre de venir Ty rejoindre. Il avait auparavant congédié cinq cents hommes d'armes italiens , et les gendarmes du duc de Milan , à l'exception toutefois de trois cents chevau-légers commandés par le comte de Cajazzo.
Les députés florentins , parmi lesquels se trouvait Savonarola, vinrent plusieurs fois trouver le roi à Signa , soit pour arrêter les bases d'une convention définitive , soit pour régler les détails de l'entrée des Français à Florence. Les dispositions de Charles variaient suivant les conseils divers de ceux qui l'entouraient. Au fond , il avait conçu un ressentiment assez profond contre une ville qui s'était décidée si tard à l'accueillir pacifiquement. Il ne manquait pas , d'ailleurs, de gens dans l'armée qui disaient hautement qu'une cité si opulente, et c'était un
de ses principaux crimes à leurs yeux » devait être» pour l'exemple, sévèrement punie de s'être opposée la première à la puissance des Français.
Plusieurs membres du conseil du roi, à la tète desquels se trouvait Philippe de Bresse, frère du feu duc Amédée de Savoie , et intime ami de Pierre, opinaient, au contraire, pour que le roi rétablit les Médicis. Charles penchait , au fond , vers cet avis. 11 écrivit même à Pierre une lettre qui ne le trouva plus i Bologne, d'où il s'était enfui, déguisé en dominicain, afin de gagner Venise où il fut honorablement accueilli par le doge et la seigneurie.
Hors d'état de résister au roi , les Florentins avaient néanmoins rempli les palais et les maisons d'hommes armés tirés des terres du domaine. On avait aussi , sous divers prétextes , fait entrer dans la ville les capitaines à la solde de la république et le plus grand nombre possible de leurs soldats. Chacun , dans la cité et dans la banlieue , devait se tenir prêt à prendre les armes au son de la grosse cloche du palais.
Le roi entra dans Florence le 17 novembre , suivi de son armée , avec tout l'appareil de la puissance. Il voulut y paraître en vainqueur, armé de toutes pièces et monté sur un cheval
cuirassé. Dès le lendemain , la négociation Tut reprise» mais avec de nouvelles difficultés. Sans vouloir prendre d'engagement sur le gouvernement futur de la république» Charles exigeait ouvertement la reconnaissance de sa suzerai* neté, constatée , suivant lui et les lois militaires de la France, par son entrée le casque en tête et l'épée à la main. Les Florentins voulaient conserver leur indépendance dans son entier à quelque prix que ce fût. Les choses restèrent en cet état pendant plusieurs jours, durant lesquels les esprits s'aigrissaient de plus en plus. Ces difficultés, qui semblaient ne pouvoir être terminées que par les armes, le furent heureusement par la fermeté de Pierre Capponi, l'un des députés florentins. Capponi , d'une famille qui avait eu autrefois beaucoup de part aux affaires publiques» n'avait point dégénéré de ses aïeux. Homme d'esprit et de courage, il jouissait d'une grande autorité parmi ses concitoyens. Se trouvant avec ses collègues à une dernière conférence chez le roi, au moment où Florimond Robertet achevait de lire l'ultimatum français, il arracha brusquement le papier des mains de ce secrétaire , le froissa aux yeux du roi , et élevant la voix : « Eh bien ! dit-il, faites battre le tambour, et nous, nous sonnerons le tocsin. > Il sortait précipitamment du palais, lorsque le roi, lerap
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pelant , consentit enfin & lai accorder des conditions plus modérées.
En vertu du traité signé et solennellement juré de part et d'autre sur Tautel Saint-Jean delà cathédrale, le roi conservait, durant son expédition, les cinq places qu'il occupait déjà , Florence non comprise , à charge de les rendre aussitôt après la conquête de Naples et la pad* llcation du pays. Charles devait laisser deux ministres à Florence sans l'intervention desquels rien n'y serait décidé concernant les Français. Le choix du capitaine général commandant les troupes devait même être soumis à leur -agrément. Cent vingt mille ducats seraient payés au roi en trois termes. Enfin le décret d'exil et la confiscation des biens des Médicis étaient révoqués , mais à la condition que ces princes ne pourraient s'approcher de plus de cent mille des confins de la république.
Avant de quitter Florence et à la veille d'entrer, peut-être de vive force, dans les États pontificaux occupés par les troupes aragonaises, et dont les frontières, malgré les ouvertures à demi-pacifiques d'Alexandre VI , lui étaient fermées, le roi crut nécessaire d'adresser à l'Europe politique du temps un manifeste exposant ses intentions réelles, et de nature, surtout, à rassurer la chrétienté sur ce que ses adversaires
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ïie manqueraient pas d'appeler une violation du c3omaine de TEglise. Cette pièce, inconnue juscju'ici aux historiens, fut rédigée en la lin, et après avoir été revêtue du sceau royal , publiée à Florence , sous la forme d'un bref, le 27 novembre 1494. Nous la trouvons imprimée, mais remplie de fautes qui rendent souvent le texte incompréhensible, dans le recueil de la Bibliothèque impériale provenant de la collection Hébert. Elle est unique, puisqu'elle manque au volume de la Bibliothèque de Nantes. En voici le début, les principaux passages et la conclusion :
Charles, par la grâce de Dieu, roi des Français, à tous les enfants fidèles du Christ , salut éternel , en Notre-Seigneur, et continuation de leur zèle pour la foi catholique.
Considérant attentivement et énumérant maintes fois au fond de notre cœur les dommages et préjudices sans fin, les meurtres et les massacres, le sac des nobles cités , la ruine des peuples fidèles , la dévastation des contrées habitées par eux, crimes odieux et sans nombre commis par les ignobles * Turcs qui depuis cinquante ans versent à plaisir le sang chrétien, suivant que nous Tont appris nos ancêtres si dignes de foi : Désirant , suivant la coutume de nos pères , les rois de France très-chrétiens, réprimer, selon nos forces, les attaques
* Spurcissimi.
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que des Turcs perfides s'apprêtent sans cesse avec une rage toujours croissante, à diriger contre la religion chrétienne, nous avons résolu, quittant avec regret notre très-chère épouse et notre fils unique, implorant en outre le secours de Dieu, dont nous embrassons la cause , d'entreprendre de grand cœur et avec un entier
dévouement cette œuvre très-sainte Que personne
ne suppose que nous nous engagions dans cette sainte entreprise avec la pensée de conquérir et d'occuper les domaines des princes, les territoires des autres peuples ou des cités quelconques. Mais , prenant à témoin le Dieu vrai et ineffable , nous déclarons solennellement que notre seule intention est de travailler à sa gloire et à sa louange , ainsi qu'à la propagation de la foi chrétienne, ne plaçant d'ailleurs notre espérance qu'en Dieu seul , de qui toute œuvre parfaite tire sa
perfection
Mais comme le royaume de Sicile qu'on appelle le royaume de Naples , arraché plusieurs fois des mains des infidèles par nos ancêtres et remis par eux à l'Église, a été par elle confié à nos mêmes ancêtres, lesquels en furent investis vingt-quatre fois, à savoir, vingt-deux fois par divers pontifes romains et deux fois par deux sacrés conciles généraux, ce qui constitue en notre faveur un droit héréditaire sur ce royaume... nonobstant que le pape Pie II, désireux d'élever jusqu'au trône ses parents nés dans l'obscurité, ait usurpé contre toute justice et au préjudice des nôtres cette couronne et l'ait concédée à un certain Ferdinand d'Aragon..., nous avons entrepris de la recouvrer.
Cependant nous ne nous dirigeons point yers la grande cité de Rome à la façon d'un moderne Alphonse d'Aragon ou de ses prédécesseurs tels qu'un Ferdinand et un autre Alphonse, c'est à dire avec l'intention rebelle et téméraire de l'assiéger ou de porter un préjudice quelconcpie aux terres formant le domaine de l'Église, mais bien au contraire nous nous avançons avec la résolution de protéger de toutes nos forces contre toute atteinte et tout dommage les sujets de la sainte Église et de travailler suivant les déclarations et la coutume des rois nos ancêtres à augmenter, avec l'aide de Dieu, la puissance, Fhonneur et la dignité de la sainte Église ellemême...
Ce manifeste se terminait par la demande adressée à Alexandre, au sacré collège et à tons les gouverneurs de villes et de cités, afin d'obte* nir pour le roi et son armée un libre passage et des vivres moyennant paiement*.
On voit que ce manifeste ne manquait pas d'adresse. Il était évidemment de nature à rassurer Alexandre VI si le pontife n'avait été mù que par la crainte de voir son autorité religieuse ou son pouvoir temporel méconnus par le roi. Il portait coup en mettant en regard de la politique
* Cette pièce est contresignée : Antonius de Ture. Est-ce une de ces fautes si communes dans nos documents? Aucun secrétaire du roi, que nous sachions, ne portait c". nom.
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des rois de France la conduite moins respectaense de la maison d'Aragon dont tant de papes avaient eu à se plaindre. Il contenait enfin une alinsion assez directe aux motifs que l'on supposait avoir dicté la politique d'Alexandre VI lorsqu'il rappelait à quelles suggestions d'intérêt privé Pie H avait autrefois obéi en transférant la couronne napolitaine de la maison de France à celle d'Aragon.
Deux jours après la signature du traité avec les Florentins, le roi se remit en marche. Nous avons vu que Florence ayant été assignée, comme point de ralliement, les divers corps provenant de la Romagne et du littoral , où les avait jetés la flotte, se trouvaient sous la main et le commandement immédiat du roi.
Cette concentration , annoncée par le premier bulletin, avait évidemment pour but d'attaquer avec toutes les forces réunies l'armée aragonaise que l'on devait s'attendre à rencontrer enfin soit en avant de Rome, soit sur les confins du royaume de Naples. L'artillerie du corps de d'Aubigny, qui d'après les ordres du roi avait été laissée à Castro- Cano avait aussi rejoint l'armée.
Le roi ne s'arrêta que quelques instants à Sienne. Celle ville, la seconde de la Toscane, avait fait alliance avec le roi deNapleset les Florentins. Mais aussitôt qu'elle fut instruite de la démarche
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de Médicis et de sa présence au camp français» elle songea à sa sûreté et s'empressa de traiter avec le roi de France. Quoiqu'elle se gouvernât elle-même, elle ne connaissait néanmoins la liberté que de nom. L'extension du droit de suffrage conféré à des masses ignorantes et passionnées y avait» comme à Florence, amené le triomphe successif de factions, appelées ordr^i, pour lesquels le respect de la liberté aurait été un amoindrissement de pouvoir. C'était le Monte dei nove qui dominait alors.
Charles VIII laissa garnison à Sienne qui avait toujours été pour l'Empire, c'est à dire Gibeline, et dont les dispositions lui restaient suspectes. Malgré la saison avancée, le temps continuait d'être fort beau. Les belles automnes d'Italie (il en fut ainsi cette année) se prolongent quelquefois fort tard. Aucune époque , lorsqu'il en est ainsi , n'est plus favorable à une armée étrangère et surtout française qui s'accommode trèsbien d'une température sèche et moyenne et qui n'a pas à redouter les premiers froids, très-faciles à supporter, d'ailleurs, dans un pays où l'on trouve des villes à chaque étape. Charles poussait donc en avant afin de poursuivre ses avantages sans relâche.
Il savait déjà que la politique qu'il avait adoptée en Toscane avait suscité quelque défiance
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contre lui. Comines changeant tont à coup de langage lui avait fait savoir à Sienne que les Vénitiens et le duc de Milan, eCTrayés par la rapidité de ses progrès, commençaient à craindre que ses desseins ne se bornassent pas à recouvrer le royaume de Naples, surtout depuis qu'il avait mis garnison dans les places fortes des Florentins et annoncé l'intention d'occuper Sienne. Des succès décisifs tels que l'entrée de son année à Rome, un traité avec le pape et surtout une victoire remportée sur les Aragonais devenaient nécessaires pour anéantir en germe une coalition qui évidemment commençait à poindre à Venise et à Milan.
On supposait que le duc de Calabre, qui avait concentré ses forces auprès de Viterbe, projetait d'y attendre l'armée française et de s'opposer de vive force à son passage. Mais la diversion opérée par les Colonna, leurs excursions audelà du Tibre, la rareté des vivres qui ne venaient plus par mer depuis la perte d'Ostie , et enfin un commencement de défiance de la part de Ferdinand, à l'égard du pape , firent abandonner ce projet au prince aragonais.
Il faut le dire, les soupçons de la cour de Napies n'étaient pas fondés. Si le parti adopté par Médicis, les négoeintions de Serezana et la publication du manifeste du roi, avaient fait quelque
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impression sur Alexandre VI, sa partialité pour les princes aragonais n*en restait pas moins réelle. A la veille du départ du roi de Sienne, le pape lui expédia, à la vérité, les évèques de Concordia et de Terni accompagnés de sou confesseur, Balthazar Gracian, mais toujours avec mission de proposer un accommodement tout à la fois au nom du roi de Naples et au sien propre. Charles répondit aussitôt par deux envoyés, Louis de la Trémoille et le président de Ganay , qu'il ne traiterait qu'avec le pape seul. Alors, obéissant à ses préférences bien marquées, Alexandre ouvrit les portes de Rome à Tarmée aragonaise qui y vint prendre ses quartiers.
La résolution de défendre Rome était cependant loin d'être arrêtée dans la pensée d'Alexandre. C'était, il faut le dire, pour bien des raisons une entreprise difficile. Aussi songeait-il parfois à abandonner cette ville et c'est dans cette idée, ou du moins, pour la propager, qu'il avait obligé les cardinaux, par un écrit signé de leur main, à le suivre partout.