‹ Campagne premièreChapitre 14 sur 54 · L'EAU NOCTURNE · texte numérisé non relu

L'EAU NOCTURNE

Les heures de la nuit planent sur la rivière

■Qui fume vaguement vers le ciel étoile,

Les vagues où sommeille une sourde lumière

Auréolent d'argent les roseaux inclinés

Dont le faible murmure émeut l'ombre attentive

Et se mêle aux soupirs des arbres de la rive.

Des couples enlacés qu'emportent des nacelles

Voudraient éterniser, sur cette onde où ruissellent

Des rayons assoupis et l'odeur des jasmins,

Le désir nuptial qui chante dans leur cœur —

La nuit vêt de velours les belles de douceur

Et les amants, tremblants d'amour, joignent les mains.

Mais l'onde frémissante enfle ses voix confuses : Voici l'île aux bouleaux, la cascade et l'écluse Où les flots blanchissants d'écume se lamentent ; Face pâle qui flotte au fond de l'ombre ardente, La pleine lune énorme envahit l'horizon, Elle monte, et ses yeux, aux trous des frondaisons,

Troublent les belles qui rougissent — Et, tout intimidés, les amants la maudissent.

Puis le courant capricieux prend les nacelles Et les fait aborder au bois des tourterelles.... Le tumulte des flots amoureux de la lune S'apaise, leurs clameurs s'éteignent une à une, L'ondine aux cheveux d'or ondule sous les saules Et palpite aux clartés qui baisent ses épaules

Et les amants à leurs belles unis Ecoutent les conseils qui descendent des nids.

Eperdus, cœurs fougueux, parmi les fleurs sauvages^ Ils s'aiment — le printemps rêve sur le rivage, Les jasmins embaumés recueillent leurs sanglots

Et le vent de la nuit chante dans les roseaux.

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