ALLEGORIE
Dans l'avenue en or où s'effeuillent les ormes, L'Automne au front paré de pampres rougissants Enveloppe de soir bleuâtre les passants Qui errent inquiets sur la colline morne.
Sans courber les gazons elle glisse, sa traîne Soulève des parfums de fêtes oubliées : Celui-ci se souvient de gerbes déliées, Celui-là d'un avril qui semait des poèmes — Et tous deux en pleurant accusent leur fortune.
Mais douce, caressant leurs yeux selon la lune Fluide balancée au rythme des feuillures, L'automne d'un baiser les apaise et murmure : « Je guérirai ce soir vos âmes d'amertume.
So CAMPAGNE PREMIÈRE
Toi qui portes l'été dans tes regards, peut-être Tu redoutes Décembre oblique et ses frimas ? Voici la mandragore éclose en des climats Où règne le soleil fixe que tu souhaites.
Toi qu'un frais renouveau tient soupirant, regarde Je te donne à jamais l'hyacinthe immortelle Qu'un homicide Eros effleura de son aile Pour celle qui mourut au rocher de Leucade. »
Elle dit, et deux fleurs que le soir vêt de feu Jaillissent de ses doigts vers ceux qu'elle protège L'une, on dirait du sang fumant sur de la neige Et l'autre, où se reflète un astre radieux. Une goutte de lait pour la bouche d'un dieu.
Et les passants, levant ces corolles royales Dont la candeur calme la fièvre de leurs mains, Contemplent, souriante en l'ombre du chemin, L'Automne qui s'enfuit sous les froides étoiles.