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MERVEILLE DE L'AUTOMNE

Par l'automne, or et sang comme un rêve royal, Je saA oure l'odeur qui monte des pressoirs : Des raisins éclatants écroulés dans le soir Empourprent les parvis du ciel occidental.

Tigrés d'or, ocellés de sang frais, les feuillages Agitent dans l'air vif de claquants étendards. De grands oiseaux, qu'emporte un souffle de voyages^ Saluent l'astre mourant qui leur lance ses dards Puis passent et s'en vont vers d'étranges rivages.

Les feuillages en feu s'éteindront tout à l'heure Et joncheront la couche où mourra la saison : Les givres de Novembre imprègnent les gazons. Déjà le vin nouveau jailfit des chantepleures.

Naguère, au chuchotis de brises amoureuses, J'errais, j'étais pareil au printemps nouveau-né, Ruisselant de rosée et de sèves fougueuses, Mon rêve fleurissait comme un jardin de Mai.

86 CAMPAGNE PKEMIÈKE

Puis Tété me saisit et me versa ses flammes, Son arôme embrasa mes lèvres et mes joues Le rythme des moissons résonna dans mon âme Et des paons bleus, pour me fêter, firent la roue.

Puis l'automne m'a pris et la bonne vendange,

— Or et sang de la terre où dorment des soleils —

C'est en vain que le vent qui rôde autour des treilles

Prophétise l'hiver et sa neige et ses fanges :

Le printemps reviendra pour réveiller les germes

La nuit monte, une étoile, au-dessus de la ferme, Brille et baigne d'argent les lointains assombris, Les nuées au couchant semblent des cathédrales. Le vent hagard chante le chant des funérailles... Mais je ris car j'emporte en mes yeux éblouis Tout l'automne, or et sang comme un rêve royal.

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