‹ Campagne premièreChapitre 26 sur 54 · LA NATURE · texte numérisé non relu

LA NATURE

Si je te révélais l'énigme que je suis,

Tu tomberais en poudre avant d'avoir compris ;

Qui cherche mon secret périt désespéré,

Les dieux sont mes pensers et quant à vous, les hommes,

Vous êtes, parmi mes atomes, Le monde obscur épris des mondes étoiles...

Mais je suis bonne et je t'apprends à te connaître La terre chante un hymne lent — tu le pénètres Et, tous les jours plus attentif à mes leçons, Tu déchiffres déjà la strophe des saisons.... La terre ! ce fragment de l'infini, tu l'aimes : Ses douceurs, ses colères t'imprègnent, tu sais

Les transfigurer en toi-même

Et tu portes en diadème

L'auréole de sa beauté — Ce sont là les bienfaits que je t'ai prodigués.

Souviens-toi : je t'ai pris parmi tous ces aveugles, Tes frères éperdus d'ignorance et de haine,

Je t'aî tiré des cloaques où beuglent Et rugissent l'ordure et la bêtise humaine ; J'ai fait de toi le Pauvre heureux de son destin Et j'ai mis dans tes yeux la clarté du matin.

Io4 CAMPAGNE PREMIÈRE

Comprends donc, fol enfant, la mère que je suis : Celles que je châtie et ceux que je maudis T'égarèrent parmi des parterres malsains Où tu cueillais la honte et ses mauvaises fleurs —

Je t'arrachai d'entre leurs mains Pour te tremper aux flots amers de la douleur.

Tu souffris, tu crias — ton sang coulait, tes larmes Etoilaient l'ombre froide où tu te débattais.... Mais moi je te domptais Et je brisais toutes les armes Que tu dressais contre ma volonté.

Tu te soumis — alors, te voyant racheté, Je te choisis, parmi celles que je préfère,

La femme d'indulgence et de bonté Et parce qu'elle avait un grand cœur où réside L'amour du Pauvre frémissant vers ma lumière,

Je la fis tienne tout-entière — Et puis je te montrai la campagne splendide.

J'ai dit à l'Avril : « Sois l'ami Du poète inquiet qui panse ses blessures, Apprends lui l'odeur des jeunes verdures

Et pare, pour lui, les pâtis

De fraises et de violettes.

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