‹ Campagne premièreChapitre 28 sur 54 · LE DIRE DU BERGER NOIR · texte numérisé non relu

LE DIRE DU BERGER NOIR

Voici : le berger noir a fini sa journée, Ses boucs ensorcelés frissonnent, ses brebis Pleurent les pampres morts et les roses fanées Au seuil mystérieux d'une nouvelle anyiée Car Décembre morose embrume les pâtis.

L'horizon funéraire hésite et se recule, Le ciel ou le soir triste égare ses rayons Disperse l'or mourant des derniers crépuscules Et les clochers ont tu leur suprême oraison Vers la forêt muette oîi leur âme s'annule.

Le berger veille et chante en se chauffant les mains Des rameaux de hasard, le lierre des chemins, Le buis maigre qui croît près des stèles verdies S'embrasent au foyer de sa mélancolie — Et le berger s'éperd en des songes lointains :

O fleurs dont le miel pur rayonna sur mes lèvres, Désormais vous parez de sinistres tombeaux ! L'hiver brutal me presse et ses mauvaises fièvres Déchaînent sur mon cœur un vol sourd de corbeaux. O fleurs dont l'âme étrange a parfumé ma fièvre !

J'ai laissé se flétrir la mauve et l'asphodèle, Les dahlias capricieux m'ont méconnu, L'érable et le troène, on les avait vendus Et les glaïeuls m'ont refusé leurs rubacelles....

J'ai retourné la terre : l'herbe rèche Ensanglanta mes doigts impatients,

J'ai dispersé mon âme par les champs — Le vent du Nord chasse les feuilles sèches.

Labeur stérile et stériles semailles, Sillons bourrus où la pioche s'ébrèche : Du grain maudit les bêtes font ripaille — Le vent du Nord chasse les feuilles sèches.

Les bétes ! quel désir farouche les étreint ? C'est l'heure : le foyer tombe en braise et s'éteint, Chacals, renards subtils, loups sordides, putois. Des troupeaux affamés se lèvent à ma voix.

LA FORKT BRUISSANTE

Troupeaux épars, Troupeaux hagards, Fauves flagellés par la haine :

L'hiver les mouille, Le sa'g les souille, L'ennui su- eux a mis sa rouille Ils font le rêve qui te mène O race humaine.

Ils vont ardents : qui donc les hue

Dans les nuées ?...

— Offrez le thym et la sauge et la rue Pour le repos des âmes trépassées — L'herbe pâle luit sur la plaine,

Les loups me hantent

Et se lamentent — Ce sont tes plaintes que js traîne

O race humaine.

Hommes au front malicieux, Femmes qui portez dans vos yeux Le superbe péché de l'antique serpent, Eveillez-vous fauves rampants ;

Debout aussi, brebis et boucs tremblants : Esclaves tapis dans les villes, Pauvres des venelles serviles,

Il chante sur vus toits le coq des reniements.

LA FORKT BRUISSANTE

Vous, fantômes dont nrî'irt la sombra humanité, Dieu stupidc et toi Christ avec ta face blême, Effacez-vous parmi vos autels écroulés : Le coq rouge a chanté pour un nouveau baptême.

Dissipez-vous aux clameurs de la bise ; Quand viendront l'allégresse et la Pâque promises,

Joyeux d'être ressuscites, Nous irons célébrant la terre et sa beauté.

Mais l'hiver geint ?. , . qu'importe : mon feu brille,

L'ombre scintille, La brume au loin s'est envolée....

Noël ! Noël ! à moi sarments

Et houx piquants :

Monte fumée !

Je sens renaître dans mon âme

Des fleurs de flamme :

Des roses fières, des glycines, Des lilas chargés d'abeilles, Des violettes purpurines

Et des soleils !

Le herger dort et songe à l' aurore prochaine : La faim Iiufnaine, La plainte humaine S'unissent pour son rêve. .. .

Et voici par?ni la brume qui se lève

Au murmure hésitant d'un rythme d'harmonie,

La nuit d'avril, la lune pâle et les étoiles En Arcadie.

LA fori:t bruissante 13

La nuit palpite à la rumeur des jeunes pousses, Paisible, caressant les frondaisons nouvelles, X.a lune frôle Veau roucouleuse des sources. Et les étoiles s'émerveillent.

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