‹ Campagne premièreChapitre 50 sur 54 · LA FORET · texte numérisé non relu

LA FORET

Je suis la fille orgueilleuse des dieux terribles Que crée et que subit la folla humanité, Les rois m'ont dédiée aux mages impassibles Rt l'horreur est sur moi de leur iniquité.

Parfois les plus souffrants de la foule servilc S'arment pour renverser ces mages et ces rois Mais ma voix gronde alors à l'horizon des villes Et les Pauvres leurrés se courbent sous des lois Qui de nouveaux liens chargent leurs bras débiles.

Je suis l'illusion, la crainte, la chimère,

Je suis la région où régnent les fantômes,

Dans l'ombre que j'érige sur leurs fronts, les hommes

Se prennent comme des insectes éphémères

Et, pour n'avoir rompu la toile de mes songes,

Us vont malingres et peureux sous le mensonge

Dont les ont garrottés leurs mages et leurs rois

Et les Riches huches sur de pesants pavois.

Toi Simple, armé de l'arc des révoltes heureuses, Soutenu par les Forts qui m'avaient pénétrée. Tu veux donc que je sois la ruine hantée Par les ombres douloureuses Du noir Passé qui ne renaîtra plus ?...

Pourtant, si tu daignais sauver les dieux vaincus Si tu voulais, demain, dans la nouvelle terre

Que vont fouler tes pieds vainqueurs

Susciter de nouveaux mystères

Et de nouvelles terreurs, Tu te rappellerais que l'antique Forêt T'a livré son secret —

Et tu me rendrais ma splendeur.

JACQUES SIMPLE

Assez : les morts sont morts et leurs cercles rompus, Demain les appelés seront tous des élus, Demain c'est la clarté libre et pure, c'est l'aube

Radieuse sur tous les hommes, C'est la beauté de vivre que nul ne déroba Pour asservir ses frères aux fantômes ; Demain les Pauvres seront les Riches, demain, Un à tous et tous à un, Ils iront la main dans la main Cueillir en chantant les fruits de la terre

Et ses fleurs aux frais parfums.

Mais toi que ferais-tu parmi cette lumière ? Que vaudrait au regard de cette adolescence

Ta vieillesse dépouillée ?

Tes feuilles tombent pour jamais, tu es vouée

A l'oubli de la race humaine et ta puissance Doit s'envoler au vent comme une vaine cendre Même si je voulais, je ne puis te sauver.

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