LA FORÊT
Hélas ! la nuit va descendre Et déjà je la sens ma glacer de son ombre, El mon âme frémit sous ses dards étoiles..,.
O destin sornbre, O prestige défunt des siècles écoulés.
Ainsi la Forêt crie et pleure à toutes voix. Mais le Simple foulant les rois N'écoute plus sa plainte défaillante Car voici venir des lointains que hantent Des nuages effarés, Sauf du fiel, du haillon d'or et des lourds colliers Celui qui fut crucifié.
LE CHRIST
La croix est tombée en poussière Et le vieillard qui gardait le calvaire
Expire sur ses ruines...
Vois, je n'ai plus ma couronne d'épines
O Simple, tout est accompli.
JACQUES SIMPLE
Non : d'aujourd'hui tout recommence !
Ceux qui furent les maudits Rachetés du mal et de sa science S'unissent dans la lumière...
Viens avec nous : n'es-tu pas notre frère
LE CHRIST
Laisse : je ne suis plus ds ceux de cette terre Car à l'aube du jour qui ne doit pas finir Le dernier des dieux peut mourir Pour se sacrifier au salut d'autres mondes.
JACQUES SIMPLE
Adieu donc, ô toi qui subis notre souffrance : Je tresserai des fîeurs nouvelles pour ta tombe.
// dît — mais nul ne lui répond... une colombe
Aux ailes de feu vers le ciel s'élance Et oii fut le Crucifié naissent des roses Dont le cœur porte une croix.
JACQUES SIMPLE
Prodige suprême ! je vois Par delà la Forêt aux ramures moroses
Un astre accueillir la colombe Et voici que j'entends des voix éoliennes