LES VOIX
Gloire à celui qui s'est sauvé lui-même : O Racheté, pose tes armes.
Jacques Simple s'incline, des larmes D'allégresse emplissent ses yeux Et de blancs rayons nimbent son front radieux.
Cependant la Forêt se débat éperdue
Et tord les bras noirs de ses arbres ; Du fond de l'horizon des foudres accourues
La frappent de leurs éclairs Et ses chênes rompus se courbent jusqu'à terre.
JACQUES SIMPLE
C'en est fait, la Forêt va s'effondrer, j'entends
L'oracle mugir parmi les tonnerres Et déjà les arbres s'allument et le vent Attise l'incendie.
Ecartant les buissons embrasés, il descend Par le chemin qui mène en Arcadie Car Pierre et Madeleine anxieux
L' attendent au seuil bleu de la Terre promise.
Et tous trois enlacés s^ éloignent à pas lents Sans regarder derrière eux.
La Forêt tout en feu siffle et geint sous la bise Fatidique qui la fouaille^ Elle crépite et les troncs enflammés Disparaissent en tourbillons d'étincelles
Oii se débattent et saignent des salamandres,..
I40 LA FORKT BRUISSANTE
Puis la Forêt s'écroule et s'éteint, des fumées Se déroulent que chassent les souffles Et des voix crient dans les nuées :
« Regardez maintenant, vous qui l'avez vaincue ! »
Ils se retournent : Madeleine demi-nue Et Pierre aux yeux sanglants Et Jacques Simple rayonnant
Sous U7i bandeau d'étoiles scintillantes.