‹ Campagnes d'Italie de 1848 et 1849Chapitre 4 sur 11 · hommes · texte numérisé non relu

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Quoique son plan fût depuis longtemps concerté, le Piémont n’était pas complètement préparé à la guerre, ses troupes n’étaient pas concentrées ; au premier moment, Charles-Albert n’avait sur le Tessin que de 40 à 45,000 hommes ; puis les troupes se rassemblant de jour en jour, il put, vers le milieu d'avril, disposer d’au moins 60,000 hommes.

L’artillerie comptait cent pièces de canons, réparties en batteries de huit pièces. L’instruction de cette arme est excellente, les officiers sont instruits, le matériel en trèsbon état; le calibre est supérieur à celui de l’artillerie autrichienne : ses pièces sont de 8 et de 16, tandis que les nôtres ne sont que de 6 et do 12. L’artillerie piémontaise tire vite et juste.

La cavalerie est bien montée ; les hommes du premier rang sont armés de lances. L’usage de celte arme exige une grande habileté; nous ne savons pas si l’armée pié—

montaise a beaucoup à se louer de cette disposition ; la lance est l’arme la plus ancienne, et sa supériorité est encore discutée ; terrible pour l’attaque, elle ne vaut rien pour la mêlée.

L’armée piémontaise, quoique bien organisée en général, avait cependant ses côtés défectueux. Le service des vivres s’y faisait mal , au moins au dire du général Bava ; quoique ce général n’ait pas craint de sacrifier à sa vanité personnelle l’honneur des siens, et même celui de son roi, nous pouvons garantir la justesse de son assertion à ce sujet. Au milieu du plus riche pays du monde on souffrait de la faim , et souvent les manoeuvres éprouvaient des retards préjudiciables, parce que le soldat n’avait pas reçu sa nourriture. Le roi, qui voulait se concilier l’amour des Italiens, épargnait le pays au détriment de ses soldats; mauvais principe, car le soldat mal nourri devient pillard, et c’est ce qui arriva. Le roi n’avait rien à attendre du gouvernement provisoire, qui se contentait de lui envoyer des députations, et qui, au lieu de lui fournir des subsides, dissipait au hasard les impôts, dont il écrasait le pays. Ce ne fut qu’en juin qu’on parvint à former une division lombarde, sous le lieutenant-général Perron; cette division ne se battit pas pendant la campagne de 1848. Nous avons eu à nous battre avec toutes les variétés de la race Italienne, excepté avec les Lombards. Cela prouve que nos déserteurs n’allaient pas grossir les rangs de l’ennemi, et qu’ils se dispersaient pour rentrer dans leurs foyers. Charles-Albert forma bien également une division lombarde, mais elle ne se composait guère que de conscrits nouvellement appelés au service.

L'armée entière était divisée en deux corps, qui se partageaient en deux divisions. A la tête du premier

corps était le lieutenant général Bava, à la tête du second le lieutenant-général Sonnaz. Une division de réserve était sous les ordres du duc de Savoie, prince royal. Le roi s’était réservé le commandement supérieur. Le lieutenant-général Salasco était à la tête de l’état major général, le lieutenant-général Franzini, ministre de la guerre, remplissait auprès du roi les fonctions de quartier-maître général.

C’était un prince militaire que Cbarles-Albert, c’est-àdire qu’il aimait les batailles, et qu’il possédait ce courage personnel héréditaire dans sa maison. Mais de là au génie d’une général d’armée, il y a loin. On peut parfaitement appliquer à Charles-Albert ce que disait Voltaire de Charles XII: «Il n’était point Alexandre, mais il eût été son premier soldat. » Charles-Albert était très-religieux, il avait misses étendards sous la protection spéciale de la Vierge. Ce n’est pas nous qui plaisanterons ces pratiques dévotes ; mais le temps n’est plus où des archanges descendent du ciel en brandissant leurs glaives flamboyants, où les saints viennent se mettre à la tête des armées. Le roi était d’une taille au-dessus de la moyenne; l’impression qu’il laissait n’était pas favorable. Sa physionomie était froide et immobile, son attitude fière et sévère. Il était mieux à cheval qu’à pied, car c’était un solide et hardi cavalier. Il aurait été beau, cuirassé d’acier, monté sur un haut coursier, à la tête d’une compagnie de vaillants chevaliers; mais les qualités nécessaires à un général moderne, il ne les possédait pas : il n’avait ni le coup-d’œil, ni la résolution, ni la fermeté, ni la confiance en soi-même.

Charles-Albert et son armée étaient le noyau autour duquel se groupaient les contingents du reste de l’Italie.

Naples envoya 15,000 auxiliaires bien organisés, commandés par Pepe ; le roi avait eu la prudence de conserver l’élite de son armée : la garde et les régiments suissos ; il leur dut le salut de sa couronne dans la journée du 15 mai. Aux Napolitains s’étaient joints 17,000 Romains; ce contingent comprenait 5,000 Suisses avec huit canons, troupe excellente, qui se battit parfaitement : ses chefs lui firent jouer plus tard un rôle indigne d’elle ; les troupes du pape se composaient en outre de deux bataillons de grenadiers, deux de chasseurs, et cinq de fusiliers avec leurs batteries, et 700 do ces dragons du Pape, renommés pour leur admirable tenue ; ces troupes so renforçaient partout des légions des Crociati. On dirait qu’il reste encore quelques gouttes du sang latin dans la race Romaine actuelle, car nous la considérons comme la plus guerrière de l’Italie ; il aurait suffi d’une main ferme pour faire d’excellents soldats de ces hommes gAtés malheureusement par une longue indiscipline et une barbario morale.

Comptons en outre les Toscans, au nombre de 6 à 7,000. La plupart des gouvernements qui s’étaient succédé en Toscane, obéissent à la loi de Machiavel. — Principi, principini, soldati, canonni, principi, principini, palus si, giardini — avaient de plus en plus négligé l'armée, de sorte que le Toscan passait pour un détestable soldat. Les volontaires de Livourne, et les bataillons des étudiants de Piso se joignirent à eux.

Le nombre des auxiliaires de Parme et de Modène pouvait s’élever à 4,000 hommes. Les premiers avaient été formés par des officiers et des sous-officiers autrichiens; ils ne laissaient donc rien à désirer comme instruction ; mais leur esprit s’était gâté , depuis qu’à la

mort de l’archiduchesse Marie-Louise, les officiers autrichiens avaient quitté Parme ; ces troupes abandonnèrent leur duc, fils do Marie-Louise, qui fut retenu longtemps prisonnier par les Milanais. Les Modénais forcés, par suite du départ de leur souverain, de suivre l’entraînement général et de se joindre à l’armée piémontaiso, restèrent toujours séparés de la révolution, et saisirent la première occasion pour rentror dans le devoir.

En estimant à 40 ou 50,000 hommes la masse de ces alliés , celle do l’armée lombardo-piémontaise à 50,000 hommes, on peut compter que le feld- maréchal allait, au commencement de mai , se trouver en présence d’un effectif de près de 100,000 hommes. Nous avons dit plus haut que les troupes du feld-maréchal s’élevaient à

75.000 hommes, mais il faut en défalquer les corps qui ne viennent pas sur le champ de bataille ; de sorte qu’en mettant do côté la gendarmerie, la police, une brigade , qui fut, comme nous le verrons tout à l’heure, envoyée dans le Tyrol dès le commencement do la campagne, et près de 20,000 hommes enlevés par la capitulation ou la désertion , le feld-maréchal , après sa jonction avec le deuxième corps d’armée, ne comptait guère que 45 ou

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