‹ Campagnes de KabylieChapitre 6 sur 12 · DIVISIONS · texte numérisé non relu

DIVISIONS

Yusuf.

Renault.

4° id.

Yusuf.

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Renault.

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Octobre.

9° 1er

Les deux

divisions.

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Renault.

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Yusuf.

En joignant à ces chiffres 86 blessés des affaires antérieures au 20 septembre, et 84 hommes touchés les 6, 7 et 8 octobre aux Beni-Douela, on voit que les coups de feu reçus de notre côté, pendant l'expédition, ne s'élèvent guères qu'à

337 (18 officiers atteints). Nos pertes immédiates sur le champ de bataille ont été de 65 hommes tués ou disparus.

Parmi les accidents graves qu'il a notés au passage des convois à Dra-el-Mizan, M. Lelorrain mentionne : une paralysie du rectum et de la vessie consécutive à un coup de feu de la région lombaire, puis trois autres blessés mortellement atteints, qu'il a cru devoir conserver comme ne pouvant pas continuer leur route, à savoir : une plaie de tête et deux plaies de poitrine.

Les transports de malades, momentanément écoulés des camps sur Dra-el-Mizan, ont donné lieu à 7 évacuations de ce poste, dont 5 sur Alger et 2 sur Dellys. Les blessés des Reni-Douela, avec les malingres entrés à l'ambulance et à l'hôpital de Tizi-Ouzou du 6 au 11 octobre, représentent le mouvement de l'hôpital de Dellys et l'évacuation, opérée le 12, de 268 malades snr Alger.

M. Lelorrain a observé à Dra-el-Mizan, les mêmes pyrexies rémittentes et les dysenteries notées dans les rapports des Ambulances actives. « Généralement ces affections * dues à la fatigue et aux privations, disparaissaient» dit-il, « par le repos et une alimentation meilleure. J'ai cependant î eu à traiter, dans les derniers jours, une série d'accès per- « nicieux et de fièvres rémittentes graves; une de ces der- « nières a occasionné un décès le 5 octobre. »

A ma rentrée à l'hôpilal du Dey, le 13 octobre au matin, je devais retrouver douloureusement empreinte sur la physionomie de nos blessés et révélée en caractères alarmants par l'aspect de leurs plaies, l'influence délétère qui avait poursuivi l'armée depuis le commencement de ses opérations.

Pour surcroît d'aggravation, dans des circonstances déjà si défavorables par elles-mêmes, l'ambulance de Dra-el- Mizan n'avait pas versé moins de i32 fiévreux dans les bàra quement du Dey, Dellys à peu pre* autant sans compter !r>'

entrées courantes de la garnison d'Alger et de ses annexes, plus enfin les 268 hommes que le Cacique venait d'y apporter encore. Par dessus tout cela, une constitution atmosphérique, lourde, énervante, rendue plus nuisible encore par de fréquentes interventions du sirocco et l'apparition prématurée des pluies d'automne.

Des plaies blafardes, atoniques, phagédéniques, sanieuses, à odeur infecte, des moignons coniques, amaigris, rétractés, entretiennent chez les blessés une fièvre continue qui les épuise et les prédispose aux diarrhées colliquatives, aux abcès métastatiques, à la résorption purulente.

Quelques chiffres feront mieux apprécier les résultats néfastes d'une pratique chirurgicale dominée et presque fatalement toujours vaincue par de telles difficultés. On en appréciera mieux la valeur, si on les compare à ceux que nous avons produits dans notre relation de la campagne de 1854.

123 blessés, provenant de l'expédition desGuechtoula, ont donné lieu à 40 décès, savoir :

8 Fractures de la cuisse, dont 4 amputés.

6 Fractures de la jambe et du pied, dont 5 amputés.

9 Fractures des membres supérieurs.

2 Plaies de poitrine.

2 Plaies de tète et de la face.

1 Hémorrhagie.

1 Hydropisie ascite.

13 Plaies diverses sans ] 2 Fièvres typhoïdes.

lésions osseuses. ] 5 Résorptions purulentes: 3 Diarrhées colliquatives.

\ 1 Marasme et fièvre hectique.

En 1856, comme en 1854, les opérations primitives, au nombre de 7, présentent les plus beaux résultats, i amputé du poignet droit, 1 désarticulé du doigt, I amputé de la cuisse, 1 désarticulé de l'épaule, 1 ampute de la jambe. 1 désarticulé du médius et de son uiét-acarpieu, 1 amputé de

lavant-bras droit, (par MM. Panier, Marit et Lemarchand), ont bien et promptement guéri.

Sur 15 amputations consécutives (pratiquées par mon habile confrère de l'hôpital du Dey, M. le médecin-major Prud'homme, et 4 par moi), nous n'avons pu sauver que 3 opérés, 1 désarticule du coude et 2 amputés de l'avant-bras. Ces 15 opérations se subdivisaient ainsi :

! Cuisse 4 Jambe 4 Bras 2 , Avant-bras 3

. . , \ Articulation scapulo-humérale. .. . 1 Contiguïté î '.",'■ . , ,

1 Articulation du coude 1

En même temps que nos blessés par armes à feu succombaient en aussi grande proportion à des accidents, à des complications qu'on pouvait, jusqu'à un certain point, faire remonter aux circonstances particulières de la campagne, d'autres blessés et malades témoignaient, à côté d'eux dans l'hôpital militaire du Dey, par leur participation anx mêmes phénoménisations pathologiques, qu'une cause plus générale régissait la constitution médicale de l'établissement.

Ainsi, un adjudant d'administration, M. L***, amputé de la jambe, au lieu d'élection, le 29 septembre, par M. Prud'homme, pour une fracture (chute de cheval), mourait le 23 octobre, par suite de résorption purulente. Dans mon service, un soldat du 41% C", entré pour une plaie contuse légère de la face, périssait, emporté par un sphacèle inopiné des lèvres et du menton. MM. Cazalas, Goze, Frey, Lebrun, dans leurs baraques de fiévreux, perdaient plusieurs malades des suites de scorbut et d'affections gangreneuses de la bouche. En même temps, les pyrexies rémittentes et intermittentes, gastriques, bilieuses, ou à forme adynamique, la diarrhée, la dysenterie, la cholérine régnaient presque sans partage dans les salles de médecine de l'hôpital et le nécrologe de l'administration inscrivait sous ces rubriques exclusives, pour

le 4« irimestre 1857, II!» décès en octobre, 149 en novembre et 83 en décembre.

L'autorité militaire s'émut, avec raison, de cette mortalité inattendue. En présence des opinions dissidentes qui l'attribuaient, les unes, à la saison, à la composition de l'armée : les autres, à l'installation locale, à Y encombrement ou au peuplement insolite de l'hôpital, elle provoqua une enquête dans laquelle chaque chef de service eut à formuler son sentiment sur la cause du mal, sur le moyen d'y remédier.

Les jugements restèrent partagés. Et quand ils parvinrent tardivement, sous les yeux de qui de droit, le dommage, fatal ou conjurable, était consommé : l'épidémie s'était amendée et le mouvement des malades comme le chiffre de la mortalité allaient chaque jour en s'amoindrissant. Le débat ne fut pas stérile pourtant et l'on verra, dans le récit que nous accomplirons de la Campagne suivante, les sages et fécondes précautions (pie suggérèrent les douloureuses épreuves de 18.')C>. Je reproduis ici, sans autre commentaire, mon avis motivé, tel qu'il est inscrit au procès-verbal de M. le sousintendant militaire, baron Delaunay, président de la conférence :

« Je partage entièrement l'opinion qui place la cause première de la situation actuelle dans les influences fâcheuses qui ont pesé sur nos blessés. Mais je crois qu'en dehors de la faiblesse relative de nos jeunes recrues et des fatigues, des privations de la campagne, V agglomération soudaine de 1,500 malades dans les locaux provisoires de l'hôpital du Dey a eu un effet très désastreux. Ce qui le prouve, c'est qu'il s'est étendu à la généralité des malades de l'hôpital d'où qu'ils provinssent, et qu'il a pesé également sur une catégorie d'hommes plus aguerris et plus robustes que nos jeunes soldats, les officiers et les sous-officiei s.

« Aujourd'hui que le mal a presque tout à fait cessé, par suite de la sortie d'un grand nombre de sujets, sans doute il n'y a plus lieu de se préoccuper d'évacuer les locaux. Mais

pour mon compte personnel, je crois devoir, dans l'intérêt de l'avenir, insister sur la part que l'installation défectueuse du Dey revendique, dans des circonstances mauvaises, je le reconnais, mais, par cela même aussi, plus prépondérantes. »

J'ai parlé, tout-à-l'heure d'encombrement. Qu'il me soit permis, à ce propos, de finir, par une citation empruntée à un homme dont personne ne contestera l'autorité en la matière, citation dans laquelle j'ai retrouvé avec bonheur les idées et jusqu'aux expressions mêmes que j'avais eu l'honneur d'exposer, en 1856, à M. l'inspecteur Baudens, alors en mission à Alger. « Les médecins et les administrant teurs s'entendent difficilement sur le mot encombrement. « Ceux-ci ne voient que l'application des règlements en vi- « gueur. Tant qu'un hôpital, fixé à 1,500 malades par exem- « pie, ne dépasse pas ce chiffre, et surtout si chaque « malade a vingt mètres cubes d'air à respirer, il n'y a pas i encombrement. Pour le médecin, l'encombrement existe « dès qu'il se révèle par l'aggravation des maladies dans le « milieu contaminé d'un hôpital et par une mortalité plus « considérable. A partir de ce moment, il a le devoir de « conseiller la réduction du nombre des malades et la dés- « infection des salles. En campagne, dès qu'un soldat est « convalescent, il est évacué pour faire place à un autre plus « malade. Les lits ne sont jamais vides, ni le jour ni la nuit. « Chaque malade est un foyer d'émanations méphitiques ; < on conçoit que l'encombrement se produise rapidement. « En temps de paix, un hôpital de 1,500 malades n'a guère « que 1,000 lits toujours occupés en même temps, et il y a « un tiers de convalescents qui allant, le jour, se promener, « dans les cours ou les jardins, font bénéficier les autres « malades des vingt mètres cubes d'air qui leur sont alloués « dans les salles. » (L. Baudens. La Guerre de Crimée, 2« édition, 1858, note de la page 245.)

lits <&ramle I4al»?lie.

Préparatifs de Campagne. — Modifications et perfectionnements apportés au matériel des ambulances actives. — L'ambulance de Tizi-Ouxou est érigée en hôpital. — Concentration des troupes. — Personnel du service médical de l'armée. —La variole à Tizi-Ouzou. — L'armée prend position aux pieds des Beni-Raten. — Camps de Sikh-ou- Meddour, ElHamiz et Abid-Chambal. — Épisodes de grand-gardes. — Blessures diverses- — Le trainglot médiateur de la paix. — La veille de l'assaut.

« Soldats, vous ne direz pas un long adieu aux montagnes « que vous venez de parcourir. Nous y reparaîtrons au << printemps et nous conquerrerons cette Kabylie où nul « n'aura pénétré avant nous. »

Ces dernières paroles, adressées par le Maréchal Randon, dans son ordre du jour à l'armée expéditionnaire des Guechthoula, le 10 octobre 1856, au bivouac sous Tizi-Ouzou, exprimaient à la fois, un avertissement sévère à nos orgueilleux ennemis, et une promesse de labeurs et de gloire pour nos valeureuses phalanges ; leur sanction importait trop à la sécurité de l'Algérie, comme à l'honneur de la France, pour que tous les loisirs de l'hiver ne fussent activement employés à en assurer l'éclatante réalisation.

Tandis que par les soins du Génie militaire, les forts, destinés de longue main à resserrer autour de la Kabylie le cercle de notre surveillance, Drâ-el-Mizan, Dellys, Tizi-Ouzou, Beni-Mansour, voyaient se compléter de jour en jour leurs moyens de défense, leurs magasins et leurs voies d'accès ou

de communication, les transports militaires entassaient progressivement , dans ces bases d'opérations , les denrées nécessaires à l'alimentation d'une nombreuse armée.

Le service hospitalier , de son côté , se préparait à pourvoir, avec non moins d'efficacité, aux besoins multipliés (jue les péripéties d'une grande lutte devaient lui réserver. L'expérience du passé avait révélé l'opportunité d'améliorations et de perfectionnements divers à apporter à notre système déjà si ingénieux et si complet d'ambulance légère, et l'on peut se rappeler les desiderata que j'avais eu l'occasion de formuler à ce sujet, dans mon rapport d'ensemble sur le Service de Santé pendant l'Expédition du Haut-Sebaou, en

Soit oubli, soit faute de temps, soit aussi que les préoccupations de l'administration aient été détournées et absorbées par d'autres questions, ce rapport était jusqu'alors demeuré lettre morte. Aussi, quand, pendant les opérations de l'automne dernier, le maréchal Randon vint visiter l'ambulance de la Division active, à l'Arba des Beni-Douela, fut-il frappé des nombreuses lacunes d'une installation dont une mise en campagne précipitée fesait mieux ressortir encore les défecluosités. L'institution d'une commission de révision du matériel et du fonctionnement de nos ambulances fut dès-lors décidée en principe. Celte commission, réunie plusieurs fois pendant l'hiver, a consigné les résultats de ses conférences, dans un rapport détaillé, qu'on trouvera annexé à l'Instruction de 1852, sur ['organisation des ambulances légères de l'armée d'Afrique. Je crois donc inutile de reproduire ici ce document m extenso ; il me suffira de résumer les principales modifications qui furent ainsi introduites dans cette partie importante du service :

1° Matériel instrumental de chirurgie, augmenté d'une caisse à cautères et d'une boîte à résections ;

2° Addition du chloroforme et du perchlorure de fer liquide (solution à SO^^^^i^enclature des médicaments.

dans les cantines de pharmacie, allégées de quelques denrées superflues ou moins utiles ;

3° Approvisionnements de conserves alimentaires pour le régime des malades .

A0 Chargement de grands et petits sacs en toile, susceptibles d'être aisément transformés en paillasses et oreillers, à l'aide de foin, paille ou herbes vertes, afin d'améliorer le couchage des blessés gravement atteints.

5o Simplification du système de fermeture des cantines ; suppression de la couche de peinture qui gêne le glissement desJiampes des brancards dans les coulisses de fond-detoile et en retarde la manœuvre.

6° Confection de cartouches mobiles en étoffe, à grands numéros, destinés à être fixées sur les tentes des malades pour les distinguer, faciliter et en même temps assurer plus exactement le service, en évitant la confusion.

7° Objets de lingerie augmentés de chemises de rechange, destinées aux blessés auxquels de grandes hémorrhagies ou de grandes suppurations ont bientôt rendu impossible la conservation de leurs vêlements . Les approvisionnements en linge comprendront aussi une certaine quantité de serre-têtes ou bonnets de nuit.

Un autre enseignement du passé avait montré les graves dangers que la succession et la précipitation des transports de blessés peuvent entraîner pour les amputés et les hommes atteints de fractures, de grandes lésions de la tête, de la poitrine et de l'abdomen. Par ordre du Maréchal, l'ambulance de Tizi-Ouzou fut érigée en hôpital, avec son personnel médical spécial, sa pharmacie, une administration et un matériel calculés d'après de saines prévisions. Nous devions avoir ainsi, à vingt-cinq kilomètres environ du théâtre probable de nos plus rudes engagements, 400 lits, dont 100 sur châlits en fer, garnis des fournitures réglementaires, alignés dans une belle salle, à murs en briques, couverte de tuiles. 300 autres,

disposés dans les baraques de casernement provisoire du fort, n'avaient qu'une paillasse avec draps, couverture et traversins, le tout arrimé sur tréteaux ou caisses à biscuit. M. le médecin-major Tabouret fut placé à la tête de cet important service, secondé par trois médecins aide-majors MM. Sala, Buges, Lanson, et assisté d'un pharmacien aidemajor en chef, M. Rouchette, de deux officiers d'administration avec vingt infirmiers titulaires : ces derniers devaient être, selon les nécessités éventuelles, renforcés au moyen d'auxiliaires, faciles à recruter parmi les malingres et éclopés de la colonne, dont Tizi-Ouzou allait être le dépôt, pendant la durée de la campagne.

Entre Tizi-Ouzou et Alger d'une part, Dellys de l'autre, des étapes hospitalières avaient été ménagées pour le repos de nos convois d'ambulance : en rade de Dellys, l'aviso à vapeur le Grégrois devait se tenir prêt à transportera Alger les troppleins de l'hôpital de la place.

On se rappelle les résultats désastreux que le traitement consécutif des blessés de la dernière Campagne avait révélés et les doutes émis à ce propos sur le degré de salubrité du baraquement de l'Hôpital du Dey, dans certaines circonstances relatives d'encombrement. En présence des solutions contradictoires de l'enquête, le Maréchal Gouverneur-Général crut prudent de faire disposer, pour recevoir les évacués de l'expédition, les beaux quartiers de la Caserne d'Orléans. Situés au sommet de la ville d'Alger, près la Casbah, dans des conditions d'isolement, d'altitude et de ventilation qui les avaient, dans le principe, fait affectera un service d'hôpital, ces bâtiments, rendus à leur première destination, pouvaient recevoir de mille à douze cents hommes. La direction chirurgicale en fut confiée à M. le médecin-major Ferraton, aidé de MM. Didiot, Gugelot, Douehez et Dossard. Nous aurons lieu par la suite de revenir plus d'une fois sur cette installation et les. faits intéressants de chirurgie qui s'y accomplirent.

Enfin, vers le milieu du mois de mai, les Croupes expéditionnaires, à la bravoure desquelles était départie la lâche glorieuse de soumettre définitivement la Kabylie du Djurjura, avaient déjà, de leurs garnisons respectives — quelques-unes du fond des provinces d'Oran et de Constantine — rallié la vallée du haut-Sebaou, et dressé leurs bivouacs autour du vieux bordj de Tizi-Ouzou. Fort de 25,000 environ, leur effectif comprenait trois Divisions d'infanterie — placées par ordre numérique, sous le commandement des Généraux Renault, de Mac-Malion et Yusuf, — plus une brigade de cavalerie légère (Colonel de Salignac-Fénélon), qui devait fourrager sur l'Oued -Aïssi , tenir la plaine et protéger la libre communication de nos camps avec Tizi-Ouzou, base centrale de nos ravitaillements. Tandis que ces forces, plus spécialement destinées aux opérations actives, se massaient ainsi devant le principal objectif de la guerre, quatre autres petites colonnes d'observation prenaient position : 1° à l'Est dans YOued-Sahel (division du Général Maissiat) ; 2° au Sud, chez les Beni-Mansour (Colonel Dargent) ; 3° entre ces derniers et la colonne Maissiat, derrière les Beni-Mellikeuch (Colonel Marinier) ; 4° au Sud-Ouest, chez les Guechthoula (Colonel Drouhot). Ainsi tenues en échec, les tribus des pentes inférieures du Djurjura n'oseront plus se dégarnir de leurs contingents et le noyau de la résistance en sera nécessairement amoindri d'autant. Le général Maissiat, dont la Division présente un effectif de 6,000 hommes, a reçu Tordre d'employer ses troupes à des travaux de roule et de se préparer, au premier signal qui lui sera donné, à gravir le versant méridional du Djurjura afin de concourir en temps et lieu aux mouvements des trois autres Divisions.

Un pareil ensemble de forces (35,000 hommes au moins), le plus considérable qui ail jamais été déployé, autour d'un même point, en Algérie, depuis la conquête, se justifiait par l'étendue et les difficultés topographiques du pays à conquér rir. Dans un intérêt d'humanité, il fallait d'ailleurs frappe-

fori et vîte, afin d'avoir, promptemcnl et sans trop de sang répandu, justice des efforts désespérés que les périls d'une longue impunité et d'une indépendance menacées, allaient inspirer à l'intraitable Confédération des Zouaoua.

Les mouvements de concentration de nosbataillons avaient déjà vivement ému les rebelles, et des pourparlers d'accommodements nous étaient venus de quelques fractions moins fanatiques de la montagne. Chez les Beni-Raten eux-mêmes, la voix publique ne dissimulait plus les justes appréhensions causées par les approches d'une armée que les exagérations de la peur évaluaient à 60 et 80,000 combattants. « Sur la « route de Tizi-Ouzou à Alger » disaient les marabouts, dans leur langage imagé « on ne saurait répandre de l'orge, « sans qu'un grain ne tombe sur la tête d'un homme! »

Le 12 mars, un ordre du jour de M. le Maréchal Randon avait arrêté définitivement la composition des Divisions, des Services divers et de l'Etat-major général de l'armée dont lui-même allait prendre le commandement. Dans cette organisation, la haute direction du service médical m'était dévolue. Une ambulance pourvue de tout le personnel, le matériel et les approvisionnements réglementaires fut affectée à chacune des Divisions du corps expéditionnaire. Celle du général Maissiat avait été pareillement pourvue par l'administration de la province de Constanline, d'où provenaient intégralement les troupes qui la composaient. De petites sections d'ambulance, des cantines de chirurgie et de linge à pansement, des moyens de transport suivaient aussi^ en nombre proportionné à leur importance, les diverses colonnes d'observation dont il a été parlé tout à l'heure.

Voici quelle était l'organisation du personnel médical des trois premières ambulances.

lre Division. M. Marit, Médecin- major de lre classe; MM. Vialaneix, Allamargot, Pitou, Martin, Médecins aide-

majors, Bordures, i hirurgicn sous-aide, pharmacien aidemajor, M. Viltard.

2e Division. M. Leroy, Médecin-major de lre classe. MM. Besnard, Hély, Rémy, Leuduger-Formorel, Ladoire, Delaporte, médecins aide-majors. Pharmacien aide-major, M. Laperlot.

5e Division. M. Prudhomme, Médecin-major de 1" classe. MM. Haran, Roche, Lasnier, Hévin, Vernier et Cochu, Médecins aide-majors. Pharmacien aide-major, M. Lalour.

M. le Médecin-major de lre classe A. Ehrmann dirigeait l'ambulance de la Division Maissiat. M. le Médecin aidemajor Misspl, celle de la brigade Drouhot. Le service médical, dans les autres colonnes, était assuré par les officiers de de santé des corps de troupe ou des bureaux arabes du Cercle.

3 paires de cantines de chirurgie.

2 d° de pharmacie.

d'approvisionnement du service de santé.

d'administration.

d'approvisionnement du service administratif.

de brancards.

24 bâches pour malades.

160 couvertures de laine.

24 prélarts d'emballage

8 tonneaux.

€ sacs à paillasses.

24 lentes dites canonnières, pouvant contenir chacune seize blessés, tel était le matériel affecté à chaque ambulance active.

L'Intendant de la Division d'Alger, M. Donop, s'était rendu, de sa personne, au milieu des troupes afin d'y régler l'ensemble des divers services administratifs.

Arrivé au quartier-général, à Bordj Tizi-Ouzou, le 17, ■f avec son état-major, S. E. le Maréchal comte Randon,

— ZÙi -

inspecta en détail lous les travaux du Fort et put se rendre compte ainsi, par lui-même, de la ponctualité avec laquelle avaient été exécutées ses prescriptions pour l'appropriation de celle place aux mouvements stratégiques dont elle allait être le pivot.

En visitant, par ses ordres., l'hôpital, je ne fus pas peu surpris d'y rencontrer sept malades atteints de variole. La petite-vérole, paraîtrait-il, a régné tout l'hiver 1856-1857 dans la garnison du Bordj, au camp, et jusque chez les Kabyles voisins, avec un caractère de contagiosité assez prononcé. La plupart des pustuleux actuels provenaient d'une même salle et, quand le premier cas s'est révélé, une chambrée de zouaves, qu'une simple cloison séparait du malade infecté, en a immédiatement fourni cinq autres. Des sept varioleux en traitement, six offraient des pustules très confluenles. Le septième pouvait passer pour n'avoir qu'une varioloïde un peu marquée. Grâces à de bonnes mesures d'isolement, les craintes que cette situation m'inspirait, dans des circonstances d'aussi grande concentration de troupes, et en vue de nos évacuations futures, se dissipèrent rapidement. II n'y a pas eu d'autres cas et les sept malades, convalescents, ont bientôt pu être dirigés sur Dellys.

M. le médecin- major Tabouret envoyait, du reste, chaque jour, à l'hôpital de cette dernière ville, les fiévreux, les vénériens et les éclopés dont le rétablissement tardif aurait créé des non-valeurs pour l'armée, un embarras surtout pour l'hôpital de Tizou-Ouzou, réservé, comme nous l'avons vu, à de plus importantes évacuations.

Si, des motifs de guerre impérieux, supérieurs à toutes les considérations de l'art chirurgical , exigent, en général, que les blessés soient, aussitôt après le combat, transportés sans retard, loin du théâtre de la lutte, l'humanité, toujours pressée de revendiquer ses droits, commande qu'une fois déposées dans les hôpitaux temporaires, les malheureuses victimes du dévouement et de la gloire échappent le plus tôt

possible à la dure nécessité des translations hâtives et répétées. Quelle fâcheuse influence ces déplacements n'exercent-ils pas sur l'issue des grandes mutilations, les cas de fractures des membres, les plaies des articulations, delà tète, et des cavités splanchniques!

Les journées des 18 et 19 virent s'échelonner les trois Divisions on avant de Tizi-Ouzou, au-delà de l'Oued-Aïssi, pour le passage duquel plusieurs poureaux avaient été établis par les soins de l'artillerie. Trois camps s'élevèrent ainsi dans la plaine, entre la rive gauche du Sebaou et le pied de la montagne des Beni-Raten, à Sikk-ou-Meddour, El-Hamiz et Abid-Chambal. L'administration eut bien vite organisé des Biscuil-villes dans chacun de ces postes qui ne devaient durer que quelques jours. Sikh-ou-Meddour pourtant, où la cavalerie allait avoir son principal stationnement après l'ascension des colonnes d'attaque, se couvrit bientôt de barraques : improvisé par de nombreux débitants de liquides ou de comestibles, ce petit village dut à ses architectescanliniersune existence de plusieurs mois.

Le 20, vers midi, M. le Maréchal Randon, Commandant en chef, transporta son quartier-général à El-Hamiz, près de la troisième Division, à peu près à égal chemin entre Sikh-ou- Meddour (lre Division) et Abid Chambal (2« Division). El- Hamiz est un plateau de 500 mètres environ de largeur, sur une longueur double, qui se développe, par une pente assez douce, du pied de la montagne vers le thalweg de la plaine. Plusieurs pilons le dominent au Sud et parmi eux Sidi-Klaoui, ainsi appelé du nom d'un marabout, au souvenir duquel est consacrée une petite mosquée. Les Beni-Raten couronnaient de leurs nombreuses vedettes chacune de ces vigies avancées, ils y avaient même élevé des redoutes en terre et en pierres sèches La couleur grise des vêtements kabyles dissimule assez bien, le jour, l'existence de ces retranchements-

à moins qu'un rayon de soleil ne vienne en dévoiler un, ça et là, en miroitant sur l'arme d'un gardien embusqué. La nuit, on peut les compter, à la lueur des faux de bivouac, dont les sentinelles ne sauraient se passer, glacées et perdues, sous le froid intense et les brouillards impénétrables où se dérobent leurs observatoires.

Plusieurs sources, deux ruisseaux d'une eau limpide et fraîche arrosent la pelouse A'El-Hamiz, couverte d'herbes tellement hautes, que hommes et chevaux y disparaissent. On fut obligé de faucher la verdure aux endroits marqués pour dresser nos tentes.

Sur toute la route parcourue par le Maréchal, les troupes ont été alignées sous les armes. L'attitude calme et impassible que leur impose la discipline, n'empêche pas de deviner l'ardeur dont elles brûlent, impatientes de se mesurer avec les champions les plus renommés de la valeur kabyle. La tenue des soldats est conforme à celle que l'habitude des marches, en Algérie, a fait adopter pour les expéditions. La plupart portent la redingote grise aux larges proportions qui ne contrarient aucun des mouvements du corps, le képi et le pantalon de toile ou de drap, relevé et boutonné dans la demi-guêtre blanche. Quelques régiments, par une innovation, digne, croyons-nous, d'être expérimentée davantage., dans un pays de makis et de broussailles, ont adopté la guêtre entière, qui revêt la jambe jusqu'au dessus du genou.

Dans la matinée du 21, un contingent de près de mille fusils des Beni-Djennad et Beni-Ouagucnoun, soumis par nos armes en 1854 et demeurés fidèles à notre drapeau, vint se mettre à la disposition du Maréchal, dans le but de coopérer au châtiment des Beni-Raten qui n'avaient cessé, depuis trois ans, de les traquer et de les piller, espérant ainsi entraîner leur défection.

Le même jour, le nommé J*", zouave du 2mr régiment s'é-

tant éloigné du camp, hors de la poriée des grand'gardes pour faire du bois, tomba aux mains de trois Kabyles dont deux cavaliers, qui entreprirent de lui couper la tète à coups de yatagan, Heureusement la scène fut aperçue par un détachement de spahis et J'** put être arraché aux mains de ses bourreaux : il respirait encore, malgré d'horribles blessures, comme on va en juger. Un vigoureux coup de yatagan lui avait enlevé la plus grande partie du pariétal gauche en entraînant les ménÎDges etla pulpe cérébrale. Plusieurs pointes d'os détachées du pourtour de la fracture étaient renversées en dedans. Trois entailles profondes sillonnaient la nuque, l'une d'elles pénétraii jusqu'aux apophyses épineuses des vertèbres. Joignez à cela que, dans sa lutte avec ses ennemis, J"* avait plusieurs fois saisi leurs armes avec les mains, et toutes deux se trouvaient divisées en plusieurs points. On comptait deux plaies à la main gauche, avec section des métacarpiens et ouverture de l'articulation métacarpo-phalangienne de l'index. Les métacarpiens de la main droite étaient aussi plus ou moins entamés. On enleva les esquilles du crâne et les solutions de continuité furent rapprochées à l'aide de points de suture Le sang cessa de couler, mais la prostration était extrême. Quand je vis J"*, dans l'après-midi, il avait de la stupeur, le pouls petit, la peau froide. Il se releva pourtant de cet état et, le lendemain soir, je le retrouvai, à l'hôpital de Tizi-Ouzou, avec une fièvre modérée: point de symptômes cérébraux. Les choses marchèrent ainsi d'une manière satisfaisante, pendant une dizaine de jours. Puis, des frissons précurseurs d'une encéphalite consécutive se manifestèrent, et le malheureux J"* succomba le 7 juin aux complications d'une blessure qui, malgré son extrême gravité, nous avait longtemps laissé entrevoir une terminaison heureuse.

M. le Médecin-major Tabouret explique, avec raison, le

peu d'intensité des premiers symptômes observés, dans cette

laie de tête avec fracture du crâne, par les nombreuses

hémorrhagies qui ont utilement modéré la réaction inflammatoire Il attribue l'éclosion de la fièvre cérébrale à une résorption purulente développée à la suite d'une imprudence du malade. Le 12e jour, en effet, malgré de sévères recommandations, J*** s'était levé, pressé d'avoir des nouvelles de la bouche même de ses camarades revenus blessés du théâtre de la guerre. — L'autopsie n'a démontré aucune lésion de l'encéphale proprement dit. Au niveau de la plaie, la dure-mère était épaissie et couverte de végétations, en parfaite voie de cicatrisation. La solution de continuité de la nuque, malgré sa grande profondeur, se trouvait, depuis plusieurs jours, entièrement fermée.

Deux autres accidents, dûs encore à des imprudences ou à des méprises déplorables, attristèrent la sombre et pluvieuse nuit du 22 au 23. A la 3m« Division, le caporal Abbès, du 45e de ligne, en relevant des vedettes, est méconnu par un factionnaire qm, d'un coup de feu, lui fracture comminutivement Y épine de V omoplate; plusieurs esquilles, dont trois assez volumineuses , sont immédiatement extraites. Des phénomènes inflammatoires violents ne tardèrent pas à apparaître : la formation de vastes abcès, le long de la région postérieure du bras, nécessita deux larges incisions. Tout rentra progressivement dans l'ordre dès lors, et A*"* put être dirigé sur l'hôpital de Dellys.

A peu près à la même heure, un sergent du 2e régiment étranger, ajustait, aussi dans l'ombre, un de ses hommes de garde, N"\ et lui traversait le tiers interne et supérieur de la cuisse g anche. Cette blessure, peu dangereuse au premier abord, se compliqua, le neuvième jour, d'une hémorrhagie assez importante pour nécessiter l'application du compresseur à pelote. Une large collection purulente dans le fond du triangle de Scarpa détermina, chez cet homme, une fièvre de résorption a laquelle il succomba. L'examen nécroscopique a démontré l'existence d'une périostéite fémorale avec érosion de l'os.

L'incertitude de l'atmosphère, menaçante de nuages et d'électricité, engagea le Maréchal à différer l'attaque et à demeurer à El-Hamiz jusqu'au 24.

Bien lui en prit, car dans la nuit du 22 au 23, veille du jour qui avait été fixé pour l'ascension des Beni-Raten, une pluie torrentielle inonda les bivouacs au point de rendre presqu'impraticable les routes de la plaine, à plus forte raison les sentiers escarpés et argileux de la montagne. Entre Sikhou-Meddour et le quartier général, au niveau d'Ighill-Ouredja, il fallut envoyer des travailleurs pour déblayer un terrain tourbeux dans lequel hommes et bêtes s'ernbourbaient, où nos convois de munitions et de blessés auraient couru grand risque de s'enfoncer, à n'en plus sortir.

Nous nous réveillâmes, le 23, au bruit d'une scène tragiburlesque, qui aurait pu avoir un dénoûmenl lugubre. Sous l'influence de libations bachiques un peu trop multipliées, Cornille, jeune soldat du Train, avait passé la veillée du soir et une partie de la nuit, à développer devant la tribu (1) ses opinions plus humanitaires que belliqueuses au sujet de l'expédition de Kabylie. La poudre, à ses yeux, n'avait rien à démêler dans cette affaire. On n'avait qu'à parler aux Beni- Raten, pour s'entendre avec eux... et il était bien résolu à leur porter ces paroles de conciliation : après cela les épées rentreraient au fourreau, on s'embrasserait de part et d'autre... à la plus grande gloire du Congrès de la Paix ! — L'accueil que reçut la proposition, on l'a deviné sans que je le rapporte. Il faut croire pourtant que le sommeil — et un sommeil profond — vint couper court à la discussion, car à l'aube du jour, Cornille avait disparu, à l'insu de tout l'auditoire. On le réclamait en vain aux échos d'alentour, quand, vers six heures du matin, un coup de feu et des cris partis

(1) Dans les compagnies militaires du Train des équipages, en Algérie, la tribu correspond à peu prés à Yescouade des autres corps de l'armée.

du côlé de la Mosquée de Sidi-Klaoui, éveillèrent l'attention des grand'gardes. En effet, un homme à demi-vêtu s'enfuyait à toutes jambes, roulant plutôt qu'il ne descendait du haut des berges ravinées du mamelon. C'était Cornille que nos avant-postes ne tardèrent pas à appréhender, comme déserteur. Cette circonstance, après avoir été fort providentielle pour lui, en contribuant à son salut, l'aurait exposé incontinent aux rigueurs les plus sévères et les plus promptes du Code militaire, sans la clémence et l'humanité du Général en chef. En effet, amené devant lui, ce malheureux, dont il était aisé de reconnaître l'état de surexcitation alcoolique, raconta avec la plus grande naïveté sa périlleuse ascension. D'abord accueilli sans défiance par les Kabyles — qui, le voyant venir à eux désarmé, le prirent pour un marabout digne de tous leurs égards — il avait compromis tout le bien-être de celte réceptiou, en enlevant, de la Koubba, une des cinq ou six lampes qui y brûlaient en l'honneur du saiut Patron. Appréhendé au corps, à raison de l'irrévérence, il allait être immanquablement garotté, dépouillé et occis, quand, s'aidant d'un maniement un peu brutal de sa lampe de terre, il parvint à échapper aux étreintes de ses agresseurs, par la fuite précipitée que nous avons dite. Cornille a de bons antécédents au Train, et jamais on ne le vit exprimer la moindre antipathie pour le service militaire. Il a bu un coup de trop pour un homme qui n'en a pas l'habitude et son excuse est dans sa faute même. On le conduira donc — non pas devant le Conseil de guerre, convoqué d'urgence pour le flagrant délit de désertion à l'ennemi et devant l'ennemi — mais à l'ambulance, pour y cuver son vin. A sa sortie, demain soir, il ramènera ses mulets à Souk-el-Arbâ que nous aurons pris le matin, et ne s'occupera plus autrement de la pacification des Beni-Raten

Le temps, qui avait été sombre et neigeux toute la journée du -23, s'éclaircit vers le soir. Les diverses disposi-

lions d'attaque, arrêtées le 22, furent alors reproduites par la voie de l'ordre. En ce qui concerné le service de sanlé, on avait décidé sagement qu'une fraction d'ambulance demeurerait dans chacun des camps de réserve d'El-Hamïz et de Sikh-ou-Meddour pour recevoir les premiers blessés et dégager ainsi la marche progressive des colonnes. Nous verrons tout à l'heure de quelle utilité fut celle mesure pour les divisions Renaull et Yusuf, dont les dépôts suppléèrent heureusement à l'absence de pareille précaution, omise derrière la 2e Division.

Courte est la nuit qui précède un combat, où les prévisions du lendemain prolongent la veillée solennelle et recueillie bien au-delà de la retraite et du couvre-feu ! Fièvre anticipée de la lutte, impatience, souci du danger — pensées d'espoir et de doute, aspirations ei regrets — souvenirs au pays, à la famille absente, mille sentiments divers, débordent l'àme et en défendent l'accès au besoin le plus impérieux du sommeil ! Aussi, autour de chaque tente, de chaque brasier à demiéteint, bruit comme un murmure confus de voix étouffées qui s'excitent ou s'encouragent, dans les épanehemenls plus pressés d'un entretien auquel l'ombre, le silence de la nature, l'heure avancée, prêtent je ne sais quelle grave émotion ineffaçable pour qui l'a sentie une fois, mais que la plume sera toujours impuissante à reproduire !

Puis, à un moment venu, les voix grandissent, se mêlent plus hardies, plus accentuées, an hennissement des chevaux, au vaet-vient des colonnes qui s'entre-croisent en tous sens dans les directions assignées par l'ordre de bataille

Attaque des Beni-Raten, par les trois Divisions, le 24 mai. — Les premiers blessés se replient vers le camp d'El-Hamiz. — Ambulance improvisée : pansements et opérations extemporanés. — Les troupes s'établissent à Ouïatel, Tighilt-el-Hadj-Ali et Afensou. — Sommaire des pertes de la journée. —Prisonniers kabyles: Zouaves et orpheline. — Lesgoums. — Les Chasseurs d'Afrique.

A trois heures du matin, le 2i, le lever a eu lieu, sans sonneries qui puissent informer l'ennemi de nos projets En moins d'une heure, les Divisions sont debout sous les armes, massées pnr groupes, d'après les plans d'attaque combinés longtemps à l'avance, aux pieds des redoutables positions qu'elles ont à enlever.

Le vaste pâté de montagnes qui se dressent entre le lit du Sebaou et la gorge de l'Oued-Aïssi forme, en s'élevant progressivement vers Souk-el-Arba, une croupe arrondie à mille mètres environ au-dessus du niveau de la mer. De ce plateau que couronnent les sommets aigus ù'Abondid, se détachent trois arêtes principales qui se projettent en s'inclinant vers la plaine et sont occupées par trois fractions importantes de la grande confédération des Raten. A l'Est , les Aït-Oumalou, les Aït-Akerma au centre, les Jrdjen à l'Ouest. Séparés par des ravins profonds, ces contreforts très raides, embarrassés d'arbre*, de blocs éboulés et de broussailles, sont dominés de distance en distance par des pilons rocheux sur lesquels les Kabyles ont bâti leurs villages, dans des conditions considérées jusqu'à présent comme inexpugnables. Tous les chemins qui y conduisent ont été soi-

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