TA
a gauche, au colonel Drouhot (colonne de Drà-el-Mizan), au général Chapuis (garnison de Souk-el-Arbâ), de sortir de leurs camps pour occuper l'aitention de l'ennemi sur ses derrières et sur les hauteurs qui dominaient les deux extrémités de la résistance
Ces dispositions ponctuellement réalisées, les colonnes d'assaut, avec lesquelles marche le Maréchal, escaladent pleines d'ardeur, les pentes escarpées qu'elles ont devant elles sur un iront de 4 à 5 kilomètres, et dont les sommets sont couronnés par les quatre villages importants <ï AU-el-Hassen, Aït-Arba, AU Mimoun et Taourirt-el-Hadjaj .
Tel est l'entrain de nos soldats, qu'à sept heures et demie, la lr1. Division débouchait déjà à la hauteur tt AU-el- Hassen, par le col de TaourU-Issoula; la 3tf Division, tombant sur Aït-el-Arbd, dispersait ses défenseurs et livrait aux flammes leurs demeures désertes.
Les efforts des deux colonnes se tourneut alors contre AU-el-Hassen, et la capitale réputée sainte, inviolable, de cette récalcitrante contrée, abandonnée presque sans conteste par des adversaires qui se voient déjà cernés, devient le prix de l'intrépide valeur de nos phalanges.
La réputation de richesse des Yenni promettait aux vainqueurs les prolits du pillage en compensation de si pénibles efforts.
Mais, depuis longtemps déjà, notre prudent ennemi a mis en lieu sûr, chez les Beni-bou-Drar et jusque dans les anfractuosités les plus impénétrables de la montagne, ses bijoux, son or, ses armes de luxe, ses femmes et ses enfants. Des appareils grossiers de tissage, de forge et de menuiserie , quelques outils de charronnerie , des moules à faux-monnayage, des modèles de bois de fusil, quelques provisions de figues et d'olives, ce maigre butin passe pour indigne aux yeux du soldat français Le spectacle d'un bel incendie le défraiera beaucoup mieux de ses peines ! Et le feu brille aux quatre coins d' AU-el-Hassen!
Celte opération accomplie, le Maréchal accorde à l'armée un repos de plusieurs heures, rendu bien nécessaire par les fatigues ininterrompues de la matinée, et le besoin non moins impérieux du la faim à satisfaire, après un jeûne aussi prolongé.
Vers une heure, la 36 Division reçoit l'ordre de marcher *ur Àit-Mimoun, à 1,500 mètres à l'Est <¥ Aït-el-Arba. Abordé de front par la brigade De Ligny, et tourné à gauche par un escadron de chasseurs d'Afrique, prévenu d'ailleurs de nos intentions par plusieurs salves d'artillerie, ce village n'essaye pas de se défendre. Nos soldats s'y précipitent au pas de charge à la poursuite des fuyards, détruisent tout ce qu'ils trouvent sur leur passage et livrent aux flammes le trophée de leur facile conquête.
Dès ce moment, tous les points culminants des Yenni sont en nos mains : il ne nous reste plus qu'à y installer sûrement nos bivouacs, en attendant une soumission que la force des choses ne nous fera pas longtemps marchander par les vaincus.
Pendant la nuit et une partie de la journée du 25 au 26, quelques rares coups de fusil, dirigés par les Kabyles contre nos postes avancés, troublent seuls le silence du camp. Nos vedettes semblent dédaigner de répondre à ces vaines démonstrations. Celte indifférence enhardit l'ennemi, qui a encore un point de ralliement et d'appui dans Taourirt-el- Hadjaj, le dernier des villages des Yenni en regard des Beni- Menguillet.
Le Maréchal veut en finir avec cette ridicule protestation, et, le 27, ordonne au Général Yusuf de reconnaître le terrain. Le 28, à midi, le bourg est attaqué par trois colonnes, en même temps que l'artillerie fait pleuvoir sur lui une grêle de projectiles, et que ses fusées à la congrève vont fouiller les vergers d'alentour. Chasser l'ennemi, réduire en décombres, puis en cendres ses demeures délaissées, est l'affaire d'une couple d'heures.
Cependant les Beni-Yenni paraissent encore hésiter, et les propositions de paix, plusieurs fois officieusement annoncées, se font toujours attendre. Espèrent-ils nous leurrer, obtenir, du temps, des conditions meilleures que celles dont les menacent la faiblesse de la résistance et la honte de la défaite? Pour accélérer leur décision, le Maréchal donne l'ordre de couper les arbres fruitiers et de détruire les maisons, sur les points les plus en vue des retraites où les rebelles ont abrité, hors de notre portée, leurs familles avec leur pécule. La mesure est excellente, et les résultats cherchés la suivront de très près.
Le soir même, les Beni-Yenni tombent d'accord et viennent souscrire à toutes les conditions. Le Maréchal leur accorde amnistie pour les fautes passées, sous la promesse formellement consentie par eux de renoncera la fabrication de la fausse monnaie.
Les Beni-Bou-Youcef, les Beni-Akache les Beni-Bou-Drar, les Beni-Ouassif imitent l'exemple. Derrière ces derniers, marche Sidi-Djoudi, notre ex-Bach-Agha défectionnaire, dont nous avons pressenti la triste fin, suivi bientôt de Cheik-el-Arab, la tête et le bras des Beni-Raten, le promoteur inspiré de leur rébellion depuis 1855.
Huit blessés (deux écrasés par la chute d'un arbre abattu) sont entrés à l'ambulance de la 3" Division, à la suite de l'escarmouche de Taourirt-el-Hadjaj . La prise d'Aït-Mimoun et d'AU-el-Arba, le 25, a donné 21 blessés, dont un officier, à la même ambulance, qui, les 26 et 27, en avait reçu 5 autres, dont un officier. — Total des blessures par armes à feu de la 3e division : 34, qui se classent ainsi, d'après le rapport de M. le Médecin -Major Prudhomme : Plaies de l'épaule, 2 dont 1 fracture (omoplate).
— du bras, 1 — »
— du coude, 1 — »
— de la main, 1 — »
du bassin,
de la cuisse,
de la jambe,
2 fractures (amputât.)
du pied,
1 id.
du crâne,
de l'abdomen,
3 pénétrantes (i mor
sur le coup).
de la poitrine,
2 pénétrantes.
des parties géni
i taies,
— diverses, insignifiantes, 4 — »
Depuis son établissement à Icheriden, le 24 juin, la deuxième Division avait, à trois kilomètres devant elle, dans la direction du Sebl des Beni-Yahïa, un poste kabyle défendu encore par de nombreux contingents. Utilisant avec art le terrain mamelonné sur lequel est percbé Aguemoun- Isen, l'ennemi s'y maintenait avec une certaine audace derrière ses embuscades et ses retranchements.
Dans l'après-midi du 30 juin, un Goum nombreux des Beni-Ralen et des Fraouçen soumis, conduit par un officier du Bureau arabe de Fort-Napoléon, vint, inopinément, menacer la droite du village. Informé de cette démonstration, qui démoralisait visiblement la résistance, Le Général de Mac-Mahon lance aussitôt sa 2e Brigade à l'attaque. A trois heures et demie, le feu était engagé sur toute la ligne. Après une défense souvent vigoureuse, les Kabyles voyant le cercle de nos forces se resserrer de plus en plus autour d'eux et menacer leur retraile, abandonnèrent leurs positions, et à cinq heures, nos iroupes dressaient leurs bivouacs.
Cette brillante journée, dans laquelle nos nouveaux alliés nous avaient prèle, pour la première fois, un concours énergique, ne nous coûta que 12 blessés, dont 2 officiers.
Nous avons dit plus haut que les Iroupes de la province de
Constantine, réunies sous le commandement du Généiai Maissiat, formaient une Division active imposante, destinée à surveiller, pendant la marche de l'Armée dans le Djurjura, la vallée de YOued-Sahel. Le moment était venu de lui laire prendre une part plus directe aux opérations.
Le 26 juin, la Division toute entière a couché près d'\kbou, col élevé où nous avons établi un bordj, non loin de substruclions qui attestent que les Romains aussi se sont arrêtés là. Le 27, elle se remet en marche dans la direction de Chellata, autre gorge qui donne aussi passage, du Nord-Est au Sud-Ouest, de l'Oued-Sahel au pays des Zouaoua et des Guechthoula.
Le rocher ardu de Tizi-beurd domine ce défilé et le ferme comme par une muraille naturelle. Les Kabyles qui y ont ajouté des épaulemenls en pierres sèches, crénelés, sont là nombreux et décidés.
Le général Maissiat fit aborder la position par deux colonnes. Tourné à gauche, par la brigade Desmarest, l'ennemi lâche pied et se masse sur le Tizi-beurd : nos troupes les y atteignent bientôt en escaladant les rochers, malgré les coups de fusil et les pierres dont elles sont assaillies. Les Kabyles surpris n'ont pas le temps de se sauver et on eu tue plusieurs à la baïonnette.
Celte journée qui livrait, à la Division de Constantine, les clefs du Djurjura; lui coûta 4 tués et 30 blessés dont 3 officiers.
Maître désormais de Chellata, le Général s'occupe d'opérer la soumission des tribus limitrophes dont l'attitude persistait à être hostile. C'est ainsi qu'il fit attaquer successivement le 29 et le 30, les villages de M'zian et d'Azis, défendus par de nombreux contingents, retranchés derrière des barricades et des murs percés de meurtrières. Ses troupes eurent, dans ces deux journées, 36 hommes tués dont l officier et 161 blessés.
La Division de Constantine, considérée comme Corps d'ob-
servation, opérait isolément. Ses divers services, sou ambulance entr'autres, fonctionnaient en dehors de la hiérarchie de l'armée proprement dite. Je n'ai donc point reçu, du chef médical de cette colonne, de rapport qui me permette de résumer l'ensemble et les particularités principales qu'ont dû naturellement présenter des blessures graves et nombreuses ; je relaterai pourtant, parmi les faits parvenus à ma connaissance, que peu d'amputations furent jugées nécessaires, et que sur deux bleâsés, S*** grenadier au 70e de Ligne et X*"" du 3- Zouaves, tous deux atteints de fracture comminutive du tibia, nos confrères jugèrent à propos de se borner à la résection de l'os lésé.
Chez le premier de ces opérés, la plaie était parfaitement guérie, linéairement cicatrisée, au bout de trois mois : le membre était régulier, un tissu fibreux comblait exactement la lacune produite par l'opération entre les deux extrémités supérieure et inférieure du tibia Le blessé avait le membre soutenu par un bandage à contention permanente (dextriné), qu'il devra très probablement conserver toute sa vie.
Les choses se passèrent moins bien dans le second cas, celui du sergent de Zouaves. L'opéré avait perdu beaucoup de sang dans l'ablation ^du tiers environ) du tibia et il fallut multiplier les ligatures. Une suppuration abondante, des hémorrhagies consécutives, des abcès précipitèrent encore son épuisement et on dut l'amputer au lieu d'élection pour ne pas le laisser périr.
Par suite de mouvements combinés avec autan» de prudence que de précision, le cercle de notre action, sur les tribus Kabyles encore insoumises, tend à se rétrécir de plus en plus. Du haut des camps à'AU-El-Arba et d' Ait-Mi moun, nous voyons se dresser, au loin, chez les Guechthoula, d'épaisses colonnes de fumée : elles nous signalent les bivouacs du colonel Drouhot. qui presse de toutes ses forces sur les Ouadïa. De l'autre côté du Djurjura. en avant de
nous, les colonels Dargeut et Marinier surveillent tel derrières de Beni-Mellikeuch, prêts à lancer sur eux les Goums de l'Oued-Sahel.
Déjà les troupes du Générai Renault ont commencé l'évacuation du territoire des Beni-Yenni, pour se porter, au confluent de VOued-Djemma et de YOued-Khamïs, dans la direction des Beni-Menguillei. La 3e Division (Général Yusuf) restera la dernière à Aïl-el-Arbà, jusqu'à la rentrée des contributions de guerre ; avant de rallier les deux autres Divisions, qui seront alors maîtresses des Beni-Menguillet et de tout le pays d'alentour, elle ira se montrer, en avant des Ben-Chenacha, dans la direction d'Mi-ou-krzoun, en vue des Beni-bou-Drar, des htaff et des \kbile, pour parfaire l'œuvre de pression morale que le petit effectif de la colonne Drouhot ne lui a pas permis de pousser plus loin.
Ainsi isolée, au milieu des limites étroites où se trouvent réduits les derniers efforts de la rébellion, la mauvaise volonté des Beni-Menguillet a peu de chances de durée. C'est la deuxième fois d'ailleurs que ces incorrigibles montagnards subissent le choc de notre châtiment. Ils se souviennen apparemment de nos colonnes de 1854, de l'incendie de Taouril-el-Kelba, de la mine qui a fait crouler et disparaître dans les flammes, le blanc minaret de sa mosquée, Quelques coups do fusil protestent bien, de loin, et de distance en distance, de leur colère ou de leur désespoir. Aucun obstacle n'arrête la marche du Général Renault. Ighill Boghni, Aourirt, El-Ameur ou Saïd, Taza Melloul sont enlevés sans coup férir. Le général de Mac-Mahon, après avoir rasé Icheriden et Agmoun-Isen, traverse kzou-Guella, et Taskenfout, l'arme au bras.
Le soir, le pajs des Menguillet était à nous, et nous n'avions pas perdu un seul homme !
La soumission des Beni-Yenni et le transfert de nos opérations de guerre chez les Menguillet allaient augmenter en-
core la distance et les dillicultés de communication, bien grandes déjà, entre nous et le Sebaou. Aussi, avant de quitter le bivouac d'AU-el-Arbâ, avais-je été faire une dernière visite à nos blessés de l'hôpital de Tizi-Ouzou
L'effectif de cet établissement se ressentait encore des évacuations importantes qui avaient suivi les affaires sérieuses ftlcheriden, les combats d'Agucmoun-lsen et nos engagements avec les Yenni. SI. Tabouret comptait dans son service II amputés provenant tant des combats d'Iclieriden que des assauts livrés aux Beni-Wnni et aux contingents retranchés dans Aguemoun-Isen.
Les quatorze blessés, opérés immédiatement, étaient tous dans d'excellentes conditions. Aussi, M. Tabouret, qui avait déjà noté, sur les séries précédentes de nos amputés, les effets de certaines constitutions morbides perfides, se disposait-il à les évacuer promptement sur l'hôpital de Dellys, résolution sage et exécutée avec bonheur, le 8 juillet.
Ces mêmes pronostics favorables ne pouvaient être portés de plusieurs autres patients atteints de lésions graves du système osseux et pour lesquels on avait, dans une pensée louable de conservation, cru devoir différer l'amputation. Il fallut, bientôt pourtant, en venir à cette dure extrémité, dans les quatre cas suivants que M. Tabouret soumit à mon examen, et pour lesquels je partageai ses justes appréhensions.
1° S'", du 2e Zouaves. Fracture comminutive du col de l'humérus par une balle, qui avait ensuite traversé le thorax. Cette dernière complication avait tenu en suspens la résolution du chirurgien. Le sixième jour, la poitrine allant mieux, il s'était décidé à désarticuler le bras.
2° W**% delà 2e Légion étrangère. Brisure très-comminutive du col du fémur droit. Un large débridement explorateur, opéré à l'ambulance active et l'application méthodique de la boîte à fracture de Baudens, laissaient quelque espoir de sauver le membre. Des douleurs incessantes survinrent.
qui forcèrent à lever tout moyen de contention. M. Tabouret * se résigna alors à désarticuler, en ménageant un vaste lambeau antérieur. Le malade allait assez bien, quand, au quatrième jour, la gangrène s'empara d'une partie du moignon, et des phénomènes généraux mortels se manifestèrent.
3° W", du même régiment. Coup de feu ayant broyé la tête et le col du péroné gauche, avec destruction des ligaments de l'article, projectile perdu au-delà de la rotule. Amputé delà cuisse le 2 juillet, procédé à lambeau antérieur. La balle a été retrouvée sur le fémur, au-dessus des condyles.
4° Ali ben Akoun, tirailleur du icr régiment. Blessé dans le trajet du camp à Sikli-ou-Meddour par l'explosion inopinée de son fusil. Fracture double très comminulive de h jambe droite. Amputation immédiate, pratiquée par M le docteur Lagarde, aide-major.
Plaies du col. G'**, Zouave de 2e classe du 2e régiment, a été frappé, au milieu de la région cervicale du rachis. Le projectile a percé de part en part le corps d'une ou deux vertèbres, et ouvert la trachée. Au bout de quelques jours, œdème considérable de la glotte et de tout le col : G*" meurt, littéralement asphyxié.
G..., grenadier au 54e de ligne, a eu le cou traversé, de droite à gauche, par une balle qui a lésé, à la fois, la trachée artère et l'œsophage. Sous l'influence d'un pansement adhésif et d'un appareil de contention bien appliqués, la plaie trachéale paraissait vouloir se réunir, elle ne livrait du moins passage qu'à une petite quantité d'air et encore par intervalles seulement. Mais la fistule œsophagienne demeurait toujours béante. Cette situation toute sérieuse qu'elle fut paraissait pouvoir être menée à bien, quand, le sixième ou le septième jour, une hémorrhagie foudroyante emporta le malade en quelques minutes. A l'autopsie, on constata une lésion de la carotide gauche. . (Rapport de M. le docteur Tabouret, du H juillet)
VtêSè'Mion du corps du cubitus. Pendant ma courie apparition à Tizi-Ouzou, j'eus l'occasion de voir le capitaine Maritz, du 54e régiment de ligne, dont on se rappelle que j'avais pansé, à Fort -Napoléon (Souk-el-Arbâ), la fracture comminutive du cubitus droit. Ainsi que je l'avais prévu, des esquilles secondaires, le broiement mullip'e de l'os par un coup de feu tiré presqu'à bout portant et non retrouvé dans la plaie, devaient laisser au milieu des parties, si bien qu'elles eussent été émondées lors d'une première exploration, des épines inflammatoires très redoutables, et la conservation du membre était sérieusement mise en question. Sur ma proposition, accueillie avec empressement, de tenter une résection des extrémités osseuses, je me mis en devoir de la pratiquer séance tenante. J'enlevai ainsi, y compris le fait du projectile, près d'un tiers de la diaphyse du cubitus, à l'aide de la scie à chaînette, conduite au-delà du désordre, en haut et en bas, au moyen d'incisions suffisamment prolongées, selon l'axe de l'os : deux ligatures suffirent. L'excavation énorme résultant de ce travail opératoire fut fouillée avec grand soin, débarrassée de tous corps étrangers, caillots, esquilles, escarrhes, etc., de balle, je ne pus en découvrir .! Pansement simple, sans constriction aucune, du membre placé sur une gouttière : irrigations froides continues.
« Le lendemain soir, m'écrivait M. Tabouret, gonflement « considérable de l'avant-bras : inflammation très vive; les « muscles turgescents et des lambeaux de tissu cellulaire a font hernie par la plaie dont les bords prennent une teinte i noirâtre. Le malade ne peut plus supporter la gouttière, « s'agite, se désespère et fait partager au chirurgien ses fégi- « limes inquiétudes. Quel parti prendre? On avait trop fait « pour ne point essayer quelque chose encore, avant d'art i— « ver à l'amputation. Je relevai le coude de manière à faci- < liter l'écoulement des matières putrides. Le membre arro- « se incessamment d'un liquide œno-camphré, fut pressé « à des intervalles rapprochées, par l'application graduée des
t doigts pour empêcher la stagnation du pus. .. A l'aide de « ces moyens les ckances défavorables semblent diminuer : « il y a tendance à la résolution. . . » Ajoutons bien vite que le mieux, provoqué et secondé par ces agents méthodiques, n'a pas cessé de progresser. M. Maritz évacué quinze jours après sur Dellys, puis sur Alger, guérit parfaitement bien ; il quitta définitivement l'hôpital à la fin d'août. J'ignore quel a été l'effet des eaux thermales auxquelles il devait demander le retour des mouvements de sa main, presqu'entièrement paralysés à la suite de ces rudes manœuvres opératoires et des accidents consécutifs.
Une des grandes et légitimes préoccupations de M. Tabouret était d'éviter l'encombrement de ses salles, encombrement dans lequel il voyait la source de complications analogues à celles dont le capitaine Maritz vient de nous présenter un exemple. Malgré ses soins vigilants, des fièvres reniittentes gastriques, quelques-unes à type grave, se montraient presque en permanence à Tizi-Ouzou. Six hommes accusèrent des symptômes cholériformes : après quelques jours de diarrhée, les selles se multipliaient avec accompagnement de crampes très douloureuses.
Un de ces cas de cholérine fut suivi de mort : l'épidémie ne se prononça pas davantage.
Dernières opérations. — Le camp de Timesguida. — Les Beni-Hidjer, les llloula ou-Malou, les Illillen sont réduits à demander l'aman. — Le général De Ligny reçoit un coup de feu dans l'épaule droite. — Prisonniers et blessés kabyles. — Lalla Fathma et Si-Mohammed Thaïeb. — Relevé des rapports d'ambulance. — Ballade kabyle sur l'expédition. — Retour à Fort-Napoléon. — Dissolution de l'armée.
Les résultais des dernières opérations, en nous fesant pénétrer de plus en plus au centre du pays Kabyle, font affluer au camp les députalions chargées de solliciter l'aman et de donner toutes les garanties d'une bonne et solide soumission. Le règlement de ces importantes négociations nous retient à la Djemma-el-Korn des Beni-Menguillet, jusqu'au 8 juillet.
Depuis quelques jours, une température accablante, qu'exaltent les ardentes bouffées d'un poudreux sirocco, pèse sur les bivouacs et prédispose, en grand nombre, aux flux intermittents, aux lièvres gastriques, les soldats tourmentés par la soif, énervés par la chaleur, privés de sommeil, et naturellement excités à faire un usage immodéré d'eau et de fruits verts.
Dans la prévision d'un mouvement imminent vers les quelques tribus insoumises — car le Maréchal sent le couronnement de son œuvre trop proche pour l'abandonner en si belle voie d'achèvement — il est prescrit de passer, dans les corps, une revue très sévère des hommes invalides et de les diriger sur Fort-Napoléon.
Le 7 juillet, au matin, l'armée expéditionnaire se trouve,
par suite de marches combinées ei exécutées depuis ces derniers jours, massée en une grande courbe, dont le centre est le col de Chellata. La 3" Division a porté l'extrémité droite de cet arc vers Thiferaounen, chez les Beni-Bou-Youcef : son objectif est le col de Tirourda. Le Général de Mac-Mahon, à l'extrémité gauche, s'est échelonné successivement de Djemma-el-Korn vers Tiferdoud et Timesguida, notre ancien bivouac des Beni-Thouragh en 1854.
Sur un plan postérieur, la lre Division, avec le quartiergénéral, au centre, rallie Tiferdoud, prête à appuyer de là les colonnes d'avanl-garde. Quelques Kabyles embusqués sur les contreforts des Beni-Thouragh, essaient vainement d'empêcher le campement de la 2R Division à Timesguida. Us nous tuent un homme et en blessent un autre Pendant ce temps, la 3e Division pénétrait de vive force dans Thiferaounen, qu'elle livrait aux flammes, après avoir eu seulement quatorze blessés.
Pour peu qu'on jette un coup-d'œil sur une carte, on comprendra bien vite comment la résistance des Beni-Hidjer, des Illoula-ou-Malou, des Milieu, des Beni-Thouragh, étreinte dans le cercle de plus en plus resserré où la bloquaient nos forces ainsi disposées, n'attendait plus pour capituler qu'une vaine formalité, la journée de poudre, préliminaire obligé de soumission, dont une chevalerie traditionnelle a fait une loi imprescriptible à ces belliqueuses tribus.
Afin de leur fournir plus promptement l'occasion de solder cette dette au point d'honneur, le Maréchal décide que le Général de Mac-Mahon, campé, le 10, au Khmmis des Illoulaou-Malou, dirigera, de concert avec la Division Maissiat, de Constantine, tons ses efforts contre les Beni-Hidjer et les Moula. Dans les profondes déchirures que surplombent les pyramides rocheuses de Tirourda, les Illilten possèdent de riches villages, de beaux vergers, de puissants moulins, sur YOued-Ti/Hcout. Les Divisions Renault et Yusuf ont mission de fouiller ces abris, où l'ennemi se croit inabordable, et
La terreur qui suivit la journée si chaude et si bien remplie du H juillet, nous amena la soumission de plusieurs personnages considérables du pays, parmi lesquels El Hadj- Amar, l'instigateur de l'insurrection des Guerhthoula, en 1856, la Velléda kabyle Lalla-Fathma bent Cheikh, dont il a été question dans notre relation de la campagne de 1854, et le frère de la prophétesse-guerrière, Si Mohammed- Thaïeb. Le marabout vénéré suit le convoi des prisonniers : déchu, ruiné, ignorant de son sort, il marche à côté de sa sœur, voilée et accroupie sur le bât d'un mulet. Petite, massive, affaissée, celle-ci laisse deviner pourtant, sous les traits allourdis par l'embonpoint de son visage, les restes d'une beauté qui lui valut les hommages de plusieurs illustrations religieuses, de Bou-Baghla entr'aulres, lorsque le célèbre Chériff en 1850, prêchait la guerre sainte chez les Zouaoua. Tous viennent s'humilier devant le Maréchal, qui accède à leur demande de se retirer, après réalisation de leurs biens, loin du théâtre d'une splendeur à jamais passée. — La première résolution de Lalla-Fathma fut, dit-on, de se réfugier à Tunis : j'ignore si elle a renoncé à ce dessein ou bien si, après avoir été cacher en territoire étranger les regrets de sa gloire déchue, la pensée du ciel africain lui a fait désirer de se rapprocher du pays natal, des souvenirs de sa vie pieuse, galante et chevaleresque à la fois. On m'assure que traitée avec égard par le gouvernement de la France, elle vit aujourd'hui confinée dans le Bordj d'un Agha, auprès d'Aumale. Sa présence connue dans le voisinage, a inspiré, dit-on, une ballade très poétique que chantent, en son honneur, les pâtres d'alentour.
Ce même jour, 11 juillet, de l'autre côté du Djurjura, les contingents des Beni-Boudrar, des Mtaf, des Akbile, nouvellement soumis, se ruent sur les Beni-Mellikeuch, tandis que, dans l'Oued-Sahel, les Colonels Dargent, Marmier les assaillent de flanc, avec les Goums appuyés par toutes leurs
â66 — de lui infliger, le fei et la torche à la main, nue décisive leçon.
Une manœuvre hardie du général Yusuf, qui, dans la nuit, eut l'idée heureuse de faire escalader par deux compagnies du ier régiment de tirailleurs le piton rocheux d'Xzrou- N'tohor, facilita singulièrement la tâche difficile des Ie et 3e Divisions et nous épargna surtout des pertes trop redoutables dans un pareil terrain. En effet, quand, à l'aube du jour, les habitants (TAkchour, d' kit- Sommer, d'Aït-Aïssa, de Taklich, d' Ait- Abdallah, d'Abizez, se virent ainsi pris à revers, dominés, cernés, coupés dans la retraite, la panique fut telle qu'ils s'enfuirent presque au hasard. Bon nombre d'entr'eux, femmes, enfants, troupeaux, butin, tombèrent en notre pouvoir : à peine, par quelques coups de fusil, protestèrent-ils contre l'incendie de leur demeures.
Deux hommes tués et trente-quatre blessés ont été, de notre côté, le prix de ces combats qui ont coûté aux IllUten de douloureux sacrifices, entr'aulres plus de 230 prisonniers, la plupart femmes et enfants.
Parmi nos blessés se trouve le général De Ligny, frappé non loin du lieu où les balies des Menguillet l'avaient atteint déjà, en 1854. Sa blessure est moins grave cette fois. La retraite était sonnée depuis longtemps et le feu avait cessé, quand, au moment où il traçait le camp de sa brigade, le général reçut d'un Kabyle embusqué, le dernier des coups de fusil tirés, dans la dernière des journées de feu de la campagne de 1857! — La balle, entrée au-devant du moignon de V épaule droite, horizontalement et parallèlement au plan antérieur du corps, était allée se loger dans l'angle costoclavicuiaire, derrière l'articulation cléido-sternale. Envoyé, par le Maréchal, au bivouac de l'honorable blessé, je parvins, après de nombreuses tentatives infructueuses dé plusieurs de mes collègues, non sans peine et au moyen de quelques débridements, à extraire le projectile de ce sinus osso-libreux où il s'était fortement enclavé.
troupes disponibles, et les réduisent bientôt à demande*' merci.
Il ne reste plus, dans le Djurjura, un pouce de terrain à conquérir, plus un Kabyle qui ne reconnaisse la suzeraineté de la France. Du haut de Tizi-beurd, un louatï du village de Chellata, Sidi bel Kassem improvisateur renommé du pays, chante mélancoliquement, en strophes plaintives et résignées' la nationalité de ses montagnes succombant sous le nombre et la vaillance d'un ennemi généreux (i).
(1) M. M. de Morestel a imité avec beaucoup de bonheur cette ballade, en vers français. Voici sa transcription :
Le Maréchal s'élance à la bataille, Son étendard brille aux regards surpris : Il est suivi de soldats aguerris.
Accoutumés à braver la mitraille.
Leurs longs fusils ont des reflets vermeils. Au milieu d'eux courent des chefs habiles : Ils sont nombreux! Infortunés Kabyles, Qui sont restés sourds à tous les conseils !
Ils étaient fiers, ils étaient pleins d'audace. Leurs vrais amis ont été méconnus.
Les Iraten, dès longtemps prévenus Jusqu'à ce jour ont bravé la menace.
Jamais leurs rocs ne les avaient trahis, Ils n'ont jamais connu l'obéissance ; Mais le chrétien est fort de sa puissance, Il est venu conquérir leur pays.
Il est venu : sans doute c'était l'heure
Et sur ces monts, conquis en un instant,
Il a construit le Château du Sultan;
C'est là qu'il doit établir sa demeure !
Ait l'Hassen à son tour est soumis.
Tant mieux pour lui ! Les enfants de la Franee
Sont généreux : ils plaignent la souffrancs
Et les vaincus sont pour eux des amis.
Des généraux l'étendard étincelle, Ils sont guidés par un même devoir.
La même cause ici les fait mouvoir Sur leur épaule, on voit l'or qui ruisselle. Les Zouaoua sont rendus au vainqueur.
Sous Tizi-beurd une route est frayée. Le canon tonne et la mère effrayée S'enfuit, prisant son enfant sur son cœur
Pour ne pas atténuer, en trop le divisant, l'intérêt des rapports fournis par les chefs de service, à la suite de cette dernière série d'engagements, je vais grouper sommairement les chiffres qui les résument et les principales considérations d'ensemble à en déduire. Ainsi, du L1 au 11 juillet inclus, les trois Divisions ont envoyé aux ambulances 18 blessés, savoir :
3 plaies conluses à la tète ;
1 fracture de la symphyse du maxillaire inférieur ;
3 plaies de poitrine dont une pénétrante (mort dans les vingl-quaire heures) ;
1 plaie pénétrante de l'abdomen (mort presqu'instantanémenl) ;
1 plaie contuse de l'épaule;
l fracture comminutive du bras droit (2e division, amputation par M. Le Koy) ;
1 fracture du cubitus ;
3 plaies de la main (1 fracture de doigt) ;
2 plaies conluses de l'aine ;
1 coup de feu ayant traversé les deux cuisses ;
1 fracture du calcanéum (grave).
La part prise par les divers contingents kabyles aux épisodes terminaux de la campagne leur valut un assez bon nombre de blessés, dont une trentaine environ furent apportés au camp de Timesguida. La plupart, transportés sur des brancards construits à l'aide de branches d'arbres asse/> ingénieusement assemblées, avaient déjà été pansés par leurs propres tébib. Le miel, l'huile, le henné, les amulettes à profusion, faisaient surtout les frais de ces appareils bourrés
Le chrétien marche; il a saisi son glaive Sur sa poitrine on voit des croix briller. Prompt au signal il va sans sourciller, Mzïan voudrait résister; il l'enlève!
La flamme court sur les toits affaissés. Le fer élreiht le gourbi solitaire, Les fondements seuls restent dans la terre. — Vous qui lirez ceci, réfléchissez !
d'étoupes et bardés de longues lanières de laine. Aucune recherche, bien entendu, n'avait été exécutée pour la simplification de blessures où les esquilles, les corps étrangers étaient abandonnés aux hazards de fia suppuration. J'eus beaucoup de peine, en fesant toucher du doigt à quelques-uns, les balles arrêtées sous la peau ou facilement tangibles dans les plaies, à obtenir qu'ils me laissassent pratiquer un léger débridement pour effectuer l'extraction. Après vingt-quatre heures de repos, tous ces braves gens demandèrent à rentrer chez eux, ce qu'on leur accorda avec empressement.
Si le peu de résistance opposé à l'achèvement de notre conquête par un ennemi toialement démoralisé réduisait ainsi chaque jour l'importance [du service chirurgical de la colonne, l'état sanitaire, de plus en plus affecté par une température tropicale persistante et de dévorantes bouffées de sirocco, augmentait sensiblement chaque jour le chiffre des admissions de fiévreux aux ambulances. Ce n'étaient plus de simples dérangements gastriques : les cas de fièvre viraient manifestement à un élat morbide profond, avec perturbation évidente de l'hématose et de l'innervation. Heureusement nous louchions au terme de nos fatigues : la paix allait rendre à nos braves soldats et les loisirs et les abris de leurs garnisons respectives.
Le 14 juillet, le mouvement de retraite s'opère par l'évacuation de tous les malades et malingres, sous l'escorte de plusieurs bataillons, chargés, en même temps, d'améliorer la roule û'kguemoun-Isen à Icheriden.
Le 15, à quatre heures du malin, le Maréchal monte à cheval avec tout son élat-major pour se rendre à Forl-Napoléon où il arrive à dix heures.
Dans l'après-midi, un ordre du jour remercie les troupes expéditionnaires du concours dévoué qu'elles n'ont cessé de prêler au succès delà campagne et les félicite de leur tache glorieusemeniiaccomplie
Pendant toute la journée du 16, de nombreux détails sont réglés, relatifs à l'organisation militaire et administrative du nouveau Fort. Entr'autres mesures importantes, M. le Maréchal décide que, dans le but de continuer aux Kabyles les soins médicaux dont ils se sont montrés si avides et si reconnaissants, un service de consultations permanentes sera confié à Souk-el-Arbâ, au zèle et à l'habileté de notre savant collègue, si versé dans la langue arabe, le docteur L. Leclerc.
L'Hôpital de la Casbah à Alger. — Situation au 20 juillet. —Notes et observations cliniques — Plaies de tête, de l'épaule, pénétrantes de poitrine, de l'abdomen, du bassin, du fémur: détails nécrosco piques. — Amputations pratiquées aux Hôpitaux de la Casbah et de Tizi-Ouzou : résultats. — Appréciations des Chefs de service sur la marche des plaies et l'influence de la constitution médicale. — Pertes générales du corps expéditionnaire : causes de mort, 1° immédiate, par le feu de l'ennemi; 2° consécutive, par effet de blessures et de maladies internes.
Rentré à Alger, je fus appelé, après quelques jours de repos, à prendre la direction chirurgicale du service de l'hôpital de la Casbah (caserne d'Orléans). 662 blessés y avaient été déposés depuis le commencement des évacuations de l'année, tandis que les fiévreux, au nombre de 2,500 environ, étaient, au fur et à mesure de leur débarquement, et selon le degré de gravité de leur état; renvoyés à leur corps, dirigés sur le dépôt ceniral des isolés, eu admis à l'hôpital du Dey.
Des 662 blessés traités' à la Casbah, plus des deux tiers étaient déjà sortis guéris ou partis en convalescence. Quelques-uns avaient succombé — nous dirons lout à l'heure par suite de quelles lésions. Nous ne trouvâmes donc, dans nos salles, que que peu de blessés dont des inflammations internes, la diarrhée ou la fièvre, avaient entravé le rétablissement; des hommes atteints de lésions graves des membres et des viscères, plaies de poitrine, vastes suppurations, etc., 6 officiers (M. M"*, réséqué du cubitus, par moi, à Tizi-Ouzou), et 13 opérés : 4 amputés à la jambe, 2 à
l'a vaut-bras, 5 au bras, 2 désarticulés de l'épaule, I résèque du radius ^par M. Gugelot).
La plupart de ces malades avaient reçu déjà, des soins qui avaient, ou préparé leur prochain rétablissement, ou combattu, autant que possible, des complications susceptibles de provoquer, soit une convalescence éloignée, soit une fin malheureusement inévitable et imminente.
Je choisirai, parmi les cas les plus remarquables ainsi soumis à mon examen tardif, les faits dignes d'être rapportés et dont mes collaborateurs, ainsi que MM. les Médecins-majors ont bien voulu me mettre à même de recueillir l'histoire clinique, pour plusieurs, même, des détails nécroscopiques d'un haut intérêt.
Plaie de tête , fracture du pariétal gauche. — Nous avons laissé à Souk-el-Arbà, après l'affaire d'Icheriden, le 25 juin, un intéressant blessé, le capitaine Chapuis du 2U régiment de Zouaves, atteint presqu'immédiatement de lésions graves de l'innervation : collapsus profond, paralysie, etc. Ces symptômes n'ayant pas fait de progrès et le capitaine ayant résisté à la gravité première de sa blessure, M. le Dr Buges s'était rationnellement décidé, le 1er juillet, à visiter la plaie au moyen de deux larges incisions, ce que nous avions jugé imprudent, inutile de faire, le 24, sur le champ de bataille et à l'ambulance. Ce débordement permit à notre collègue d'extraire un fragment de plomb, représentant le tiers environ du volume total de la balle, un morceau de képy et un grand nombre d'esquilles. Le crâne ainsi émondé, les circonvolutions cérébrales étaient à nu. Un abcès assez considérable, survenu à la partie postérieure de la tête fut pareillement ouvert. Un amendement général notable se manifesta peu après.
A la fin de juillet M. C"* était transporté à Tizi-Ouaou, puis quelques jours après à l'hôpital de la Casbah. Son état pouvait être considéré comme satisfaisant, à part toujours
une grande lenteur de l'intelligence, et une certaine difficulté dans la parole. Mémoire revenue, mais avec une grande tendance à la fatigue.
Les membres supérieurs restaient encore paralysés, les jambes, au contraire, avaient repris quelques mouvements, la plaie du crâne était entièrement fermée par une cicatrice inodulaire que soulevaient les battements de l'encéphale, lorsque la famille du patient désira l'emmener en France, pour le soustraire aux fortes chaleurs de l'automne africain. — Quelques semaines plus tard, contrairement aux espérances qu'avait fait concevoir une blessure de si grande gravité, nous apprenions la mort du capitaine C".
Plaie grave de l'articulation scapulo- humer 'aie. — Couteau (Julien), du 2e régiment de zouaves, blessé à Icheriden. Entrée du corps étranger, à travers le deltoïde, au milieu de l'espace qui sépare l'acromion de la tête de l'humérus. Sortie, à un centimètre au-dessous de l'extrémité articulaire externe de la clavicule, tout près du bord antérieur du deltoïde. La nature de cette blessure avait paru, avec raison, lors des premières explorations, ne pas indiquer la désarticulation scapulo-humérale. L'impossibilité où l'on se trouva alors de bien juger de l'étendue des désordres, dans les apophyses et les articulations circonvoisines, empêcha apparemment de tenter une résection qui aurait selon toutes probabilités sauvé le malade. Du moins, telle fut notre appréciation, le 21 août suivant, en pratiquant l'autopsie de C**, décédé la veille, à la suite d'une longue fièvre de suppuration et de résorption.
L'articulation ouverte, le plomb a passé entre l'acromion et l'apophyse coracoïde pour sortir, où nous l'avons vu, sous l'extrémité scapulaire de la clavicule. La capsule orbiculaire contient, en abondance, du sang (mêlé de pus?) qui s'est épanché, au dehors, sous le deltoïde jusqu'à son insertion inférieure, et dans l'aisselle. Les parois thoraciques ne renferment ni sang, ni infiltration purulente. La clavicule, l'omo-
plate sont intègres. L'humérus fracturé présente comme deux espèces de demi-calottes osseuses, détachées de sa tête, mais juxla-posées, de manière à ne pas augmenter sensiblement le diamètre normal de l'apophyse : quelques petits fragments osseux nagent dans le liquide épanché, presqu'exclusivement veineux, et pourtant les gros vaisseaux de la région sont intacts Les cartilages articulaires ont totalement disparu.
Plaies pénétrantes de poitrine. — i° Mohammed hen Haoussin, tirailleur indigène, a reçu un coup de feu dans le dos, entre les neuvième et dixième côtes droites, au niveau de leur angle de courbure. La balle, après avoir brisé la neuvième côte dans la moitié de son épaisseur, en poussant devant elle les fragments, est venue sortir en avant, tout contre le sternum, à travers son articulation avec la septième côte.
Des vomissements abondants, éclos incontinent, avaient fait craindre une atteinte grave du foie : ils s'amendèrent très vîte. Restait le cortège tout aussi inquiétant des symptômes d'une plaie pénétrante de poitrine (épanchement con sidérable). Le blessé, évacué d'hôpital en hôpital, était arrivé à la Casbah où son état général se maintenait assez bien, lorsque, dans la première semaine d'août, la plaie dorsale (entrée du projectile) s'ouvrit et laissa sortir quotidiennement d'abondantes quantités d'un liquide noirâtre, visqueux; dans le but de tarir la source de cet écoulement, exhalé, selon toutes probabilités, de l'intérieur d'un kyste consécutivement formé autour de l'épanehement primitif, je me décidai à pousser une injection iodée dans la cavité pleurale, préalablement lavée par une injection aqueuse. J'avais déjà, à intervalles de deux à trois jours, procédé plusieurs fois avec des avantages marqués, à ce mode de traitement, en augmentant progressivement la proportion d'iode dans le véhicule introduit, quand des accès de fièvre intermittente
opiniâtres vinrent me forcer à suspendre la médication. M'*' usé déjà par de longues souffrances ne résista pas à cette nouvelle cause d'épuisement. Il succomba dans le marasme.
Autopsie. La balle, entrée, comme je l'ai dit, dans le thorax, avait glissé entre la paroi abdominale et la face externe du foie sans l'entamer; puis remontant vers le diaphragme, l'avait perforé ainsi qu'une petite portion de la base du poumon, et était sortie ensuite au point déjà indiqué. Son trajet, incisé et mis à nu, offre les traces d'une vive injection sanguine : on dirait presque d'une ecchymose. Il y a quelques adhérences entre le foie et la paroi abdominale. La cavité pleurale droite est complètement remplie par un épanchement séro-purulent qui refoule, contre la colonne vertébrale, le poumon réduit à une lame mince de tissu hépatisé.
2° Nuz, du 2e régiment de la Légion étrangère. Balle entrée sous le bord inférieur du tendon du grand pectoral, au devant du creux axillaire, sortie, en arrière, au dessous de la sixième côte, entre l'omoplate elle rachis. Hémoptysie : épanchement. Alternatives de bien et de malaise, qui durent six semaines. Mort de fièvre hectique.
Autopsie : L'orifice de pénétration consiste en une fente verticale, à lèvres mousses, décollées en arrière et en bas, laissant aisément passer le doigt indicateur. En incisant les tissus ambiants, on constate qu'il sont altérés assez loin, dans un périmètre qui mesure deux espaces intercostaux.
En bas, la cinquième côte est fracturée comminutivement, à l'union de son tiers antérieur avec son tiers moyen. Le fragment supérieur occupe un plan plus élevé que celui du fragment antérieur, sans qu'il y ait pourtant chevauchement.
A l'intérieur, quelques adhérences de la plèvre pulmonaire, au sommet, à la base, en arrière, dans la gouttière vertébrale. La séreuse, libre d'ailleurs, constitue une vaste poche, tapissée de fausses membranes gris-noirâtres, ar-
doisées, ramollies, incomplètement organisées, et contient environ deux cents grammes d'un liquide purulent.
Le poumon renferme un conduit fisiuleux, résultai du passage de la balle, communiquant directement, à ses deux extrémités, avec les plaies d'entrée et de sortie du plomb.
Plaie pénétrante de l'abdomen. Mallet, sergent au "2* zouaves, a reçu à Icheriden, au dessus de l'anneau inguinal gauche, une balle qui n'a pu être retrouvée lors de l'exploration immédiate. Des vomissements incessants pendant les deux premiers jours, l'issue de matières fécales et plus tard celle d'aliments fluides semblaient confirmer l'idée de la pénétration complète des parois abdominales et de la perte du projectile dans l'abdomen. Malgré ces graves présomptions, si fortement appuyées par les caractères de la blessure, M*'* n'éprouva pas les symptômes, promptemen t graves, de la péritonite si habituelle et si redoutable en pareil cas. Son état général resta bon, la plaie se cicatrisa et le doute aurait pu naître sur la pénétration de la lésion, si, après chaque repas, l'issue par la plaie d'une petite quantité de liquide chyleux, dans lequel on reconnaissait des aliments incomplètement digérés, n'avait positivement établi la perforation d'une anse de l'intestin grêle. Il est vrai que ce suintement intestinal, qui n'avait jamais été très copieux, se montra de jour en jour plus restreint Vers le milieu d'août, le membre pelvien gauche devint douloureux et œdématié. La pression ayant donné à penser qu'il existait, dans le fond du triangle de Scarpa, derrière les vaisseaux cruraux, un corps dur, flottant dans une couche liquide, on chercha, par de douces pressions, à l'attirer un peu en dehors et une incision pratiquée sur lui, fit découvrir, puis extraire une balle. Six semaines après, M*** quittait l'hôpital du Dey parfaitement guéri.
Plaies du bassin. — 1° Jobin, caporal au 2* régiment de louaves a reçu, à Icheriden, au milieu de l'intervalle qui, de
I épine iliaque antérieure droite, s'étend jusqu'au grand iru chanter, une balle qu'on n'a pu extraire. Des fusées purulentes, consécutives à une inflammation phlegmoneuse des plus violentes, compliquée d'accès de fièvre rémittente très tenace, avec suffusion ictérique de la peau, emportèrent ce malheureux, le 1" août.
Autopsie. — La-çplaie produite par le plomb est devenue linéaire, légèrement oblique de haut en bas et d'avant en arrière, sur une longueur d'environ cinq centimètres. Les muscles grand et moyen fessiers coupés, le scalpel tombe sur une cavité remplie d'un pus noirâtre, très fétide. Les tissus d'alentour sont sphacélés. Au-dessus du limbe del'échancrure sciatique, on découvre, dans l'épaisseur de l'os, une excavation double environ du diamètre de la balle : celle-ci est si fort enclavée dans le fond, qu'il faut recourir à la gouge et au maillet pour l'extraire. De cette cavité, qui contient des esquilles de volume variable, s'irradient plusieurs fêlures ; la plupart n'intéressent que la table externe d*1 l'os coxal, à plusieurs centimètres au-delà du point de départ, table dénudée sur l'étendue d'une pièce de cinq francs. En contournant le rebord de l'échancrure sciatique, le doigt ouvre passage à une nouvelle quantité de pus, semblable au précédent. Une autre collection existe encore, entre !a fosse iliaque interne et le muscle de même nom qui la remplit.
Le fond de la cavité de réception de la balle était tellement aminci que la moindre pression eut suffi à le pérorer.
2° Ricois, clairon de voltigeurs au 54e régiment de ligne, rappé, le 24 juin, au côté interne gauche du pubis, d'une balle qui a échappé aux perquisitions soigneusement faites à l'ambulance : arrivé à l'Hôpital de la Casbah, le 10 juillet; mort le 27 août, d'accidents et de complications analogues à celles du blessé précédent.
Autopsie. Le projectile, entré à cinq millimètres de la symphyse pubienne, avait longé, en s'applatissant sur elle,
mais sans la fracturer, la branche descendante du pubis, jusque sur le côté externe de la lubérosîté ischiatique où il s'était fixé dans l'expansion aponévrotique d'inserlion comnuine aux muscles demi-tendineux el longue portion du biceps crural. I>e ce point, en descendant vers le creux poplité, les régions fémorales interne et postérieure ne formaient plus qu'on vaste cloaque putrilagineux dont les incisions elles contre-ouvertures avaient été impuissantes à tarir la source. Les deux tiers supérieurs du fémur, dépouillé de son périoste, baignaient dans cette sanie. Le plomb, tout à fait déformé, représentai! très exactement un lingot ou cylindre de deux centimètres et demi de longueur.
3° Je dois à l'obligeance de mon excellent collègue, M. le Dr Didiot, l'observation suivante. « P*", du 75e régiment de ligne, blessé le 27 juin. La balle est entrée à trois travers de doigt au-dessous et au côté interne du pli de Faîne gauche, en dedans de la gaine des vaisseaux ; elle est sortie, après un trajet oblique, en arrière du bassin, dans la fesse droite, au niveau de l'échancrure sciatique.
a Une douleur acre, pongitive au périnée, de la dysurie, de la fièvre, une inflammation phlegmoneuse au pourtour de la plaie d'entrée, ne laissèrent pas de doute sur la lésion de la vessie et l'infiltration urineuse consécutive. M. Tabouret, à Tizi-Ouzou, dût ouvrir, quelques jours après, une poche fluctuante, développée à la partie interne et supérieure de la cuisse gauche, et de laquelle sortit une urine purulente infecte. Les tentatives répétées de ce praticien pour ramener, par le cathétérisme uréthraL l'urine à se9 voies naturelles d'excrétion, échouèrent complètement.
'( Quand P*'* arriva à l'hôpital de la Casbah, il portait, au lieu où son abcès avait été incisé, un orifice fistuleux à bords décollés, amincis, violacés, laissant suinter un pus sanieux mêlé d'urine. En débridant, sur la sonde cannelée, pour donner du jour à l'écoulement, reconnaître la lésion et conjurer de plus grands développements du mal, je constatai des dés-
ordres extrêmes dans tout la partie supérieure du triangle de Scaipa.
<■• L'indication pressante était d'introduire dans l'urèthre une sonde à demeure et en môme temps de tamponner la plaie extérieure, afin d'en défendre le passage à l'urine, libre, dès lors, de sortir par la sonde.
« J'avais réussi dans ces manœuvres, et le malade, quoique timoré et inquiet, me secondait assez bien, lorsque, tout à coup, l'écoulement urinaire tarit. Le liquide semble de préférence passer par la plaie. On retire la sonde que le malade dit ne plus sentir dans la vessie: d'après lui, elle se serait engagée dans la plaie. La présence d'une grande quanlé de pus, dans les yeux du bec de l'instrument, accrédite celte version. — Introduction d'une sonde plus petite, non sans difficultés II semble qu'on rencontre, incidemment, un obstacle, au-dessous de l'arcade pubienne, avant de pouvoir entrer dans le réservoir urineux. Un peu de mieux suit cette modification du pansement, mais la miction continue de s'opérer abondamment par la fistule fémorale.
« Du 22 au 29, frissons, malaise, tuméfaction du pénis et des bourses, formation d'abcès, œdème, plaques gangreneuses. M. A. Berlherand se décide à pratiquer une boutonnière périnéale, afin de faciliter l'écoulement normal de l'urine du côté de l'urèthre. Une sonde est introduite dans la vessie à travers celte ouverture artificielle. On en passe une autre dans la portion antérieure du canal pénien, pour en rétablir et maintenir la perméabilité.
« Pendant quelques jours, rien de particulier. La vessie se vide facilement par la sonde. Mais, malgré les soins du pansement, les plaies deviennent pseudo-membraneuses. La peau du sacrum et des irochanters s'escharrifie. Prostration générale, fièvre continue, anéantissement rapide, hoquet : mort le 21, dans le marasme.
« Autopsie. Bon état de la plaie fisiuleu.se du périnée. Du eôlé du pli de l'aine, l'infiltration a disséqué sous la peau les
muscles et les vaisseaux : les l'usées purulentes deseeniienl. jusqu'au tiers intérieur de la cuisse. En haut, le décollement se continue dans les parois abdominales gauches. Il existe un liiatus entre les muscles adducteurs et le pectine, vers le trou obturateur. En plongeant le doigt au milieu du pus qui y est accumulé, on arrive sur une portion de l'os rugueuse et dénudée ; c'est une fracture avec esquilles de la branche descendante du pubis. Sous le col vésical et en arrière de la boutonnière, qui offre des traces certaines de cicatrisation commencée, existe un cloaque, regorgeant de sanies purulentes, communiquant — d'une part avec la plaie inguinofémorale, par la perforation de l'os pubis, — de l'autre avec la seconde partie du trajet de la balle, en arrière, vers le milieu de la fesse droite.
La suppuration a détruit la portion membraneuse de l'urèthre et le lobe droit de la prostate : les tissus ambiants sont infdirés de pus. Un abcès urineux baigne l'échancrure sciatique et s'étend, sous les muscles fessiers droits, jusqu'à l'orifice de sortie du projectile.
Le col et. le globe de la vessie sont intacts.
Fracture du col du fémur . — Mohammed ben Achmed, 2e soldat au 3e régiment de tirailleurs indigènes, a eu le col du fémur droit fracassé à Icheriden. Un large débridemenl de la plaie d'entrée avait servi, sur le champ de bataille, à constater la lésion et à extraire quelques esquilles mobiles. Mis dans un appareil, le membre, à l'arrivée de M" à la Casbih, était tellement tuméfié qu'il fallut renoncer à toute déligation. Une suppuration excessive, des douleurs intolérables, aux moindres mouvements involontaires ou obligés, épuisèrent bien vite le malheureux patient qui mourut exténué le 31 août.
Autopsie. Trajet horizontal, oblique d'avant en arrière et de dehors en dedans, au niveau de l'article. Col fémoral littéralement broyé. Une seule esquille, longue de près de trois
centimètres, adhère encore à la lèle du fémur ei s'implante dans les muscles antérieurs de la cuisse. Les deux tiers supérieurs de l'os, dépouillés de périoste, noirs, rugueux, cariés,, flottent dans une vaste poche de pus sanieux, infect, qui remonte jusque dans l'articulation, veuve de ses cartilages. Réduction à l'état de bouillie des muscles externes et postérieurs.
Fracture du condyle fémoral externe. — La blessure de Geffray, voltigeur au 54e régiment de ligne, frappé le 24 juin, avait aussi paru ne pas devoir entraîner la rigoureuse ressource de l'amputation primitive. Lorsque la gravité des désordres ultérieurs vint soulever la question de l'ampination secondaire, la compromission de l'état général suspendit le couteau du chirurgien et l'art dut se borner à une lutte stérile contre une destruction inévitable, arrivée le 28 juillet.
Autopsie. Collection purulente d'euviron cent grammes, entre la portion externe du triceps et l'os. Vaste poche s'étendant du condyle externe jusqu'au milieu du fémur. Immédiatement au-dessus de l'épiphyse, le plomb s'est creusé une loge aux dépens du tissu osseux. Cette cavité remplie de liquide purulent et d'esquilles, communique avec la région interne de la cuisse par une fente due au soulèvement de la partie antérieure du fémur, sous forme de pont, sur une longueur de cinq centimètres.
Le tiers inférieur de l'os est dénudé, en dehors et en dedans. Il n'y a rien du côté de l'articulation du genou. Les muscles limitrophes de la plaie sont en grande partie altérés et réduits en bouillie noirâtre.
Fractures du fémur. — Tentatives de conservation. — Au nombre de deux, ces cas se sont terminés par la mort.
1° G'", du 54IUC régiment de Ligne, blessé le 24 juin. Coup '1e feu au tiers inférieur et externe de la cuisse droite. Balle perdue dan* le membre. — Pendant une dizaine de jours. In
plaie ne manifeste aucune mauvaise tendance. Tout -à-coup, elle s'enflamme) ses bords se soulèvent et il s'en écoule unesuppuralion abondante. L'exploration, pratiquée au moyen d'une sonde de femme, fait reconnaître un trajet fistuleux qui parait s'étendre jusqu'aux condyle fémoral externe: un débridement préalable ayant été opéré, le doigt introduit put constater l'enclavement, dans l'os, d'une balle d'assez fort calibre. Quelques efforts furent nécessaires pour l'amener au dehors, ainsi que plusieurs petites esquilles et un fragment de vêtement
La simplification de la plaie atténua bien les symptômes locaux, mais la fièvre persista. Le pus continua d'être sécrété, abondant et fétide. Le tissu osseux de la cavité de réception du projectile, examiné de nouveau, est devenu rugueux, friable, envahi par la nécrose.
Le 28 juillet, G'** meurt épuisé sous les profondes et terribles atteintes de la fièvre purulente.
Aulopsie. Fémur dénudé dans son quart inférieur et antéro-exlerne. Au-dessus de la rotule, l'os, nécrosé, forme un pont séparant deux loyers purulents. Le canal médullaire, dans sa partie inférieure, est rempli de pus et en train de s'exfolier.
2° P"*, sergent-major au 2mo régiment de Zouaves, déjà vu par nous à Souk-el-Arba. le 24 juin, a été frappé au devant et sur le côté externe du genou droit (balle sortie audessus et en dehors du condyle). On se rappelle les instances du blessé pour échapper à l'amputation. Quand il arriva à Alger, la fièvre s'était allumée avec une grande intensité, bien que l'articulation du genou fût restée étrangère aux phénomènes inflammatoires développés autour de la plaie fémorale. La résorption purulente ne tarda pas à faire explosion avec une violence qui ne nous permit plus d'accéder au vœu de P"', demandant celte fois, comme une grâce, une amputation, hélas! sans aucune chance de succès. L'infection continue ses ravages et la mon arrive le 17 août.
Les chiffres suivants donneront une idée générale du mouvement chirurgical de l'Hôpital annexe de la Casbah et de l'Hôpital de Tizi-Ouzou, durant l'expédition deKabylie et sa période complémentaire de trois mois environ, eu égard au traitement des blessés reçus dans ces établissements.
L'Hôpital de Dellys, confié à la direction si distinguée de notre regretté collègue, le Dr Dujardin, ne fut, à vrai dire, pendant les opérations militaires de Kabylie, qu'un gîte de passage où nos malades séjournaient à peine quelques heures en attendant leur embarquement pour Alger. Je n'aurai donc à en parler autrement que pour témoigner des soins éclairés et dévoués qu'ils y reçurent. Aucune opération grave n'y a été pratiquée.
A l'Hôpital de la Casbah, seize grandes amputations ont été opérées ainsi qu'une résection de plus d'un tiers de la diaphyse du radius (M. Gugelot.) Celte dernière, motivée par un délabrement complet de l'os, chez D*\ zouave au 2e régiment, a eu un plein succès.
J'aligne maintenant le dénombrement et les suites des amputations :
réussites insuccès
2 Désarticulations de l'épaule i i
7 Amputations du bras 4 3
4 d° de l'avant-bras 1 3
3 d° de la jambe » 3 (1)
Soit 6 guérisons et 10 morts, proportion néfaste à la charge des amputations différées et que viennent corroborer les résultats de l'Hôpital de Tizi-Ouzou, où 14 amputés sur21 ont succombé.
Par contre, 29 amputés ou désarticulés immédiatement aux ambulances actives ont donné 23 guérisons : ce rapprochement dispense de tout commentaire.
(<) Dont 2 par la méthode circulaire et 1 parle procédé, à lambeau latéral externe, de M. SédiUni.
Trois résections majeures, opérées sur les Messe* île la campagne,
J du eol chirurgical de l'humérus,
1 du corps du radius,
! — du cubitus, ont, toutes les trois, admirablement réussi.
Dans le recensement de ces opérations je n'ai pas cru devoir comprendre les amputations et désarticulations des doigts et phalanges des mains, moins à cause de leur nombre, (il s'est élevé assez haut, 19), qu'en raison de leur innocuité ordinaire.
La physionomie des services de blessés paraît avoir été différemment appréciée dans les divers Hôpitaux qui les ont reçus. « A Dellys, » d'après le Dr Dujardin, « les plaies ont « marché régulièrement vers une prompte et bonne cicatrif sation. Les réunions immédiates se sont présentées en « grand nombre pour le trajet des balles. Ainsi, en général, « suppuration modérée ; point d'erysipèles, de phlegmons « diffus ou profonds, point de pourriture d'Hôpital, de tétait nos, d'hémorrhagies secondaires ; en un mot, absence to- « taie de complications pyrétiques ou pyogéniques... »
A l'Hôpital de la Casbah, beaucoup de blessures ont été retardées, dans leur guérison, par du gonflement inflammatoire, superficiel ou profond, une suppuration diffuse, des décollements, des trajets fistuleux pénétrant plus ou moins avant dans les chairs. Ces accidents, généralement sans gravité, ont surtout coïncidé avec la présence des projectiles ou des corps étrangers dans les parties molles. Ceux-ci, éliminés ou extraits, on a vu les phénomènes disparaître rapidement.
Sans doute les attributs caractéristiques des plaies par armes à feu se retrouvent bien dans ce tableau de leurs complications habituelles : mais n'est-il pas permis de supposer que des débridements primitifs, un peu moins parcimonieu-
sèment appliqués, auraient conjuré ou atténué de beaucoup certaines de ces souffrances ?
Pour M. Tabouret, l'extrême mobilité des vents qui balayent incessamment la plaine du Sebaou, ouverte de l'Est à l'Ouest, expose aux plus brusques variations de température le Fort de Tizi-Ouzou, jeté en travers de la vallée, sur un relèvement de terrain, comme une ligne de partage entre le haut et le bas Sebaou. Ainsi, par les plus chaudes journées de juin, en plein sirocco, alors que le thermomètre, vers trois heures de l'après-midi, marquait 38°, tout à coup, le vent, soufflant du Sud-Ouest, sautait à l'Est et la colonne de mercure s'abaissait de dix à douze degrés.
Sous l'influence de ces perturbations instantanées de l'atmosphère, avec de pareilles réfrigérations nocturnes — contre lesquelles les malades ne se précautionnaient peutêtre pas assez, — une constitution médicale pyrétogène spéciale se développa. Rebelle souvent au sulfate de quinine et aft'eclant dans ses phénoménisations un caractère tout particulier de perniciosilé, elle revendique la majorité des décès chez les amputés de Tizi-Ouzou. Pris d'abord de frissons, d'accès rémittents, suppression de la suppuration de leurs plaies, vomiluritions, suffusion bilieuse, ils périssaient bientôt de marasme et d'épuisement nerveux. Des faits analogues se présentèrent parallèlement dans les salles de fiévreux, avec une tendance à se généraliser qui ne s'éteignit que par un système d'évacuations appliqué aussi largement que possible.
La brillante conquête de la Kabylie du Djurdjura a été achetée au prix d'un sang généreux. Dans les trois Divisions qui ont opéré au Nord du Djurjura, 119 officiers, sous-officiers, caporaux ou soldats ont trouvé la mort sur le champ de bataille et t,03°2 ont reçu des blessures plus ou moins graves. Sans être aussi considérable qu'on aurait pu le cr.ani.dre, cette proportion d'environ un homme aileint sur
vingt-deux témoigne suffisamment de la violence des chocs entre l'atiaque ei la défense : elle l'ail ressortir hautement l'abnégation et l'intrépidité de noire courageuse armée.
Les décès ci-après ont eu lieu, par.mi les blessés, aux ambulances actives et aux hôpitaux :
23 aux ambulances actives.
3 à Fort-Napoléon.
.">G à Tizi-Ouzou.
1 à Dellys.
1 à Dra el Mizan.
36 à la Casbah, t . A| 4 au Dey, f a Alger.
Ensemble, 12i décès.
Si on ajoute à ce nécrologe les 149 morts du champ d'honneur, et les 43 fiévreux décédés aux hôpitaux d'Alger (Dey et Casbah), Tizi-Ouzou, Drâ-el-Mizan el Dellys, par suite des évacuations, les pertes totales, du fait de l'expédition, s'élèveraient à 285 officiers, sous-officiers et soldats, soit environ 1 homme sur 87. Nous forçons un peu le rapport, à dessein, en vue de quelques omissions très probables.
Je n'ai pu, malgré tous mes efforts, recueillir de documents bien précis sur les lésions qui ont causé les décès du champ de bataille et ceux des hôpitaux.
Pour la première catégorie, l'enquête établit, dans l'ordre suivant, facile à pressentir d'ailleurs, la fréquence relative de quatre grandes causes de mort :
1° Plaies pénétrantes de l'abdomen ; 2° fractures du crâne; 3° hémorrhagies ; 4° plaies pénétrantes de poitrine.
En ce qui concerne la mortalité dans les hôpitaux, j'ai rassemblé et classé 120 indications diagnostiques, qui se partagent ainsi :
Amputations 30
Plaies de poitrine 20
— de tête 18
— de l'abdomen 1>5
— de la cuisse 4
— du rachis 4
— de l'épaule 3
— du pied 3
— du col 3
— du bassin 2
— de la main 2
— de la jambe 2
— du genou 2
Plaies de la vessie 2
Infection ou résorption purulente.. 1
Tétanos 4
Total .... 120 Sur 42 plaies de poitrine observées à l'hôpital de la Casbah, 13 étaient de simples contusions avec troubles tantôt légers, tantôt plus persistants, de la sensibilité ou du jeu des organes extra ou intrà-thoraciques. Sur 20 sujets, les projectiles avaient sillonné, sous forme de sétons, dans des conditions souvent étranges, difficiles à définir, l'épaisseur des parties charnues qui revêtent, au dehors, la cavité respiratoire. Neuf plaies seulement ont présenté des signes certains de pénétration. Nous avons relaté les observations de quelques-unes de ces plaies dont nous avons eu à poursuivre le traitement. Quatre d'entre elles ont eu une issue funeste.
Comme expression de l'état sanitaire des troupes pendant la campagne, nous dirons que tous les malingres et malades de l'armée expéditionnaire sous le commandement direct du Maréchal, ceux de la colonne d'observation des Guechihoula (colonel Drouhot), après une halle de quelques jours dans les hôpitaux de Tizi-Ouzou, Dellvs et Drà-el-Mizan, ont été évacués sur l'hôpital du Dey, au nombre de 2,458. Ce chilïre, assez considérable, comme nombre, ne représente, en délinilive, qu'une gravité relativement très-faible d'affections.
puisqu'il n'a donué (|iie 43 décès, soit 1 sur 57 malades, ou sur 720 hommes de l'effectif total.
Ces 43 cas do mort se partagent ainsi :
A l'hôpital de Tizi-Ouzou :
Dysenterie G
Fièvre rémittente gastrique 3
Diarrhée chronique . • . I
Fièvre pernicieuse i
Total...... 11
A l'ambulance de Drâ-el-Mizan :
Dysenterie aigùe 3
Fièvre typhoïde 2
Dysenterie chronique I
Total f>
A l'hôpital de Dellys :
Dysenterie 2
Fièvre typhoïde 4
Diarrhée chronique 2
Fièvre pernicieuse 2
Total 10
Aux hôpitaux d'Alger :
Dysenterie chronique 8
Fièvre typhoïde 3
Diarrhée rebelle 2
Fièvre rémittente gastrique 1
Dysenterie aiguë 2
Phthisie tuberculeuse 1
Total 16
- .no -
Soii, par espèces «l'affections :
Dysenterie -H\
Diarrhée ,f.
Fièvre rémittente i
Fièvre typhoïde 9
Fièvres pernicieuses 4-
Phthisie pulmonaire 1
Tolal général <i3
Combien ces résultais diffèrent de ceux que nous avons douloureusement exposés, en terminant le compte-rendu de la campagne de 1856 chez les Guechlhoula !
C'est que celte fois, les opérations militaires, commencées au printemps, s'étaient terminées bien avant l'échéance de la saison chaude et fébrifère en Algérie, l'automne,
L'armée combattante avait été composée de troupes aguerries,
L'expédition préparée de longue main, no avait tout prévu, tout réglé pour le bien-être du soldai, en santé, blessé ou malade :
Des approvisionnements sains et abondants,
De bons abris, des bivouacs salubres,
Le iravail en plein air,
Des hôpitaux d'évacuation suffisamment pourvus en personnel et en matériel,
A Alger, les salles vastes et bien aérées de la caserne d'Orléans, prêles à recevoir les victimes dévouées de nos succès!