DÉCLARATION DE GUERRE
Armées: du Midi, — des Pyrénées. — Apathie de part et d'autre des Pyrénées. — Notre ministre à Madrid demande ses passeports. — Déclaration de guerre (7 mars). — Gomment elle est accueillie.
La France, depuis le fameux traité de Pilnitz, absorbée dans l'attente des événements qui grondaient vers le nord, songeait à peine à ses provinces méridionales. De ce côté, en effet, le gouvernement s'était borné à étendre, de Bordeaux au lac de Genève, sous le nom d'armée du Midi, un mince cordon chargé d'observer à la fois les Pyrénées et les Alpes. Cette armée, dont l'effectif légal, tout restreint et insuffisant qu'il était (50,000 h.), ne put être complété, était aux ordres du général Montesquiou qui avait à Ruy (Isère) son quartier-général, et à Jalès une réserve centrale de 10,000 combattants.
Cette organisation dura jusqu'au 10 août, qui entraîna la chute de Montesquiou, et bientôt même la dislocation de l'armée du Midi. L'élite de celle-ci fut portée vers les Alpes, au camp de Sessieux, sur l'Isère, et le reste, vers les Pyrénées pour lesquelles la Convention décréta, au commencement d'octobre, une armée de 100,000 hommes. Mais, trois mois après, cette armée n'existait encore que par le décret de sa formation, en sorte que les Pyrénées n'étaient plus même masquées comme auparavant.
Le général Servan, qui venait de se démettre de ses fonctions de ministre de la guerre, avait reçu le commandement de cette armée fictive, dont Toulouse était le quartier général. Sur ses instances, la Convention envoya, faute de mieux, six de ses membres (1) inspecter les places fortes de la frontière d'Espagne. Cette commission trouva les arsenaux vides, les armements à renouveler, les approvisionnements nuls; mais, dépourvue de toute ressource matérielle, elle se
(1) C'étaient Carnet, Lamarque et Carreau, à l'ouest ;Isnard,Aubry etDespinassy, à l'est.
borna à donner quelques ordres, et crut prudent, à son retour, d'atténuer la vérité. Cependant Carnot, qui faisait partie delà commission, plus sincère que ses collègues, dénonça publiquement, sans restriction aucune, le déplorable état des choses ; mais il n'y fut rien changé. Enfin, quelques membres des corps administratifs de la Haute-Garonne et des PjTénées-Orientales étant allés renouveler, à la barre de la Convention, ces plaintes indiscrètes, le gouvernement s'en débarrassa en faisant tomber la tête du rapporteur.
Il n'en fallait pas tant pour accréditer une sécurité trompeuse, qui, du reste, était la même de l'autre côté des monts. Car là, de Barcelone à Saint-Sébastien, on se contentait d'entretenir un simple cordon, et, encore, moins comme noyau d'armée que comme mesure de police. On semblait donc, de part et d'aulre, ne plus croire à la proximité de la guerre, quand, le 23 février, le ministre de France à Madrid, qui, depuis la mort de Louis XVI, était en quelque sorte consigné dans son hôtel, Bourgoing demanda ses passeports. Trois jours après, le gouvernement républicain fit mettre l'embargo sur les navires espagnols et distribua des lettres de marque. Enfin, le 7 mars, à la suite d'un long rapport de Barère, la Convention déclara solennellement la guerre à l'Espagne, aux universels applaudissements de l'Assemblée.
Etrange époque ! Ces applaudissements provocateurs furent répétés avec enthousiasme par les populations désarmées qui se trouvaient ainsi livrées sans défense à une invasion dont les suites étaient incalculaljles ; et le jour où arriva à Perpignan la nouvelle de la déclaration de guerre fut un jour de fête et de danses publiques! Bientôt même il ne fut plus question que de prévenir les Espagnols, et chacun proposa sou plan de campagne. Les uns voulaient faire irruption dans la Haute-Sègre, les autres pénétrer à la fois en Aragon, en Navarre et en Catalogne. Servan, qui avait été mandé à Paris, était, dit-on, l'auteur de ce dernier projet.
Il advint, toutefois, de ces propositions insensées, que les hostilités s'ouvrirent au centre de la Garonne, par l'invasion de la Vallée d'Aran,dont une brigade française s'empara en moins de douze heures, le 31 mars (1).
(1) Voir aux notes topographiques, pour les détails de l'invasion et de l'occupation de la vallée d'Aran, la description de cette vallée.
Cette invasion n'eut, au reste, d'autre résultat que celui d'absorber en pure perte, pendant toute cette guerre, 3 ou 4,000 hommes qui auraient été bien mieux placés à une des extrémités de la chaîne.