‹ Campagnes de la Révolution française dans les Pyrénées Orientales et description topographique de cette moitié de la chaine pyrénéenne (volume 2)Chapitre 13 sur 71 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

IINVASIOIV.

Projets et dispositions de l'attaque. — Déplorable situation de la défense. — Trahison des habitants de Saint-Laurent de Cerda. — Surprise de ce village. — Arles occupé et Fort-les-Bains tourné. — Combat de Céret. — Arrivée à Perpignan de quatre représentants du peuple; leurs actes. — Le général La Houlière se brûle la cervelle. — Passage du col Portell. — Portrait du général en chef de l'armée espagnole.

PRÉPARATIFS. — Décidé à passer par le col Portell, Ricardos fit ses dispositions en conséquence. A Tabri d'un corps d'observation qui se porta en avant de La Jonquère, des travailleurs réparèrent à la hâte la rampe qui se détache de la route de France pour monter vers le Portell. Un parti de soumatens fut jeté dans les montagnes de l'est pour inquiéter le col de Banyuls, et plusieurs milliers d'hommes se rassemblèrent en Cerdagne pour faire diversion par les vallées de la Sègre et de la Tet.

Le quartier général était à Figuères, où stationnaient 4,000 grenadiers royaux; 13,000 hommes étaient cantonnés dans les environs, et l'on portait à 35,000 l'effectif des autres troupes répandues en arrière jusqu'à Barcelone. On avait distribué 40,000 fusils aux Catalans, qui s'organisaient. Des vivres et des fourrages à profusion, une artillerie nombreuse, I. 3

d'abondantes munitions de guerre, de riches approvisionne! ments en tout genre, enfin Téquipement complet d'une armée de oO,000 hommes, allaient tous les jours s'entasser dans le port de Roses. On n'attendait plus qu'un signal.

Cependant la défense était encore dans le plus déplorable dénûment. De retour à Toulouse, réduit à l'impuissance, le général Servan accablait de ses plaintes le ministre Bouchotte, qui, aux abois, mal renseigné d'ailleurs parles situations inexactes que lui fournissaient ses bureaux, restait sourd à toute demande. Vingt pièces de campagne expédiées de Paris et quelques bataillons de volontaires occupés à réparer les routes, faute d'armes pour apprendre l'exercice, telles étaient les ressources du dépôt central qui devait alimenter les armées de Bayonne et de Perpignan.

Cette dernière ne comptait guère, en tout, que 8,000 hommes, dont 6,000 renfermés dans nos douze places ou forts de la frontière; en sorte que, pour tenir la campagne, pour garder la frontière, de Mont-Louis à la Méditerranée, nous en étions réduits à : 17 à 1,800 fantassins, 200 gendarmes rassemblés à la hâte et mal montés formant la cavalerie, 40canonniers, 3 officiers d'artillerie ou du génie, enfin 4 caissons et 60 mulets qui composaient le train des équipages. Encore, de ce triste contingent, c'est à peine si le gouvernement avait fourni le 7"^ de ligne (ci-devant Champagne) et deux bataillons de dépôt. Le reste avait été improvisé par nos départements méridionaux, par le Roussillon surtout, qui, à l'approche du danger, se ressouvenant de son antique constitution militaire (1), avait réorganisé ses miquelets, ses gardes-côtes, et jusque ses signaux de feux dans les monta-

(1) Cette constitution remontait au quinzième siècle. Au cri de guerre, tous les habitants devaient prendre les armes et marcher sous la conduite de leurs officiers municipaux. Les prêtres mêmes n'étaient pas exempts. On ne pouvait se séparer que sur un ordre du chef suprême.

La conquête modifia, sans la détruire, cette constitution privilégiée. Sous Louis XIV, on répartit la levée en masse en 3o compagnies qui furent afl'ectées à la garde des plac'-s fortes. On créa, en outre, i bataillons de milice toujours sur pied. Vingt compagnies de .HO hommes, choisis parmi les bourgeois de Perpignan, formèrent, sou:: le nom do cette ville, un régiment aux ordres des consuls qui avaient, eux, la nomination des officiers. La province devait en

gnes, eoriirtie aux temps des Maures ou des rois d'Aragon (1).

En l'absence de Servaii , qui était allé visiter Bayonne, c'était un vieillard qui commandait à Perpignan la division des Pyrénées-Orientales, le général de la Houlière. Il s'était borné à éparpiller sur la frontière quelques postes insignifiants, sans points de ralliement, sans réserve, sans instructions arrêtées. Il ne faisait pas niéme observer le col Portell , aui rampes méridionales duquel l'ennemi travaillait ostensiblement depuis les premiers jours de mars. Que faire, du reste, avec 2,000 hommes pour défendre une ligne dé 25 lieues de montagnes? Le vieux général avait dû se contenter de surveiller les gorges du haut Tech, oii les émigrés du pays avaient établi le foyer de leurs intrigues.

suR^RIse DE SAInt-lAùrent DE cérOa. — Ricardos entretenaîf des Intelligences dans ces gorges reculées qui abhorraient la république et conservaient encore la physionomie et les inclinations catalanes. Le village de Saint-Laurent de Cerda, entre autres, se faisait remarquer par les dispositions les plus malveillantes, si bien qUe ce fut de là que partit le signal de l'invasion. Vers le 10 avril, en effet, trois des principaux habitants de cette commune, Noël, Costa et Garcias, s'en furent à Figuères offrir à l'ennemi de lui livrer l'entrée de leurs rtiotitagnes. Ricairdos n'eut garde de repousser la proposition de ces traîtres et se détermina sur-le-champ.

Il choisit pour son point de départ le bourg de Massanet, guidé ici encore par les souvenirs historiq^ues cfue rappelait ce lieu jadis célèbre de rassemblertient (2). Massanet est d'ailleurs, des gros bourgs à l'ouest de la route, le plus avancé

temps de guerre, 12 compagnies de gardes-côtes, de iO canonniers chacune; elle avait, de plus, à fournir en tous temps, au gouverneur, 68 fantassins, 72 cavaliers et 260 sauve-gardes. Ce gouverneur était assisté d'un lieutenant général.

(1) Les montagnes où devaient être allumés ces signaux de feu étaient : La croix de la Soulane, près Saint-Laurent de Cerda ; la tour de Cos ; le château de Montferrer ; la montagne de Sarrazis; celle de la Garcie, au-dessus de Céret; le Saint-Christophe; les hauteurs de Llauro, de Gastellnou, de la Roque ; enfin la Massane.

(2) Le bourg de Massanet est signalé, dans la guerre de Louis XIV, comme un point habituel de rassemblement. L'invasion de 1674 était partie de là.

sur la rampe des montagnes, celui d'où partent, pour gagner la vallée du Tech, le plus grand nombre de sentiers.

Quatre bataillons, de 700 hommes chacun, et quatre compagnies d'élite furent désignés pour cette expédition. Partagés en trois colonnes, ces 3,500 hommes devaient monter aux cols de Créu, de Faitg et de Las Illas, d'où, tomber à la fois sur Saint-Laurent, Arles et Céret, de manière à surprendre, à la même heure, tout le haut Tech, appelé Vallspire (Vallis aspera). De nouvelles troupes, qui allaient suivre, étaient destinées, les unes à masquer Pratz de MoUo et Fort-les- Bains, les autres à aller recevoir le gros de l'armée à son débouché du Portell.

Prévenu par les menaces indiscrètes et bruyantes des émigrés, La Houlière avait établi à Arles, pour surveiller le Vallspire, un millier de volontaires, qui entretenaient à Saint- Laurent deux compagnies d'un bataillon du Tarn. Ce détachement était faible, mal commandé, et en querelle avec les habitants. Aussi, le danger pressant, on avait résolu de remplacer ces deux compagnies par cinq autres plus solides et aux ordres d'un homme énergique, le lieutenant-colonel Laterrade, ex-constituant, chef du 2*= bataillon du Gers. Ce changement devait s'effectuer dans la matinée du 17 avril.

Le maréchal de camp Escoffet, qui commandait les Espagnols, ayant été prévenu, sortit de Massanet le 46 au soir, et ses trois colonnes se mirent à escalader la chaîne dans les directions convenues (1).

Le d7, à la pointe du jour, la garde descendante de Saint- Laurent attendait tranquillement, sur la place du village, les troupes qui devaient la relever, quand tout à coup la montagne se couvrit de baïonnettes. C'était l'avant-garde des Espagnols, le 1" bataillon de Catalogne, qui débouchait.

Saint-Laurent est dans un fond, et les hauteurs n'étaient plus gardées.

(1) La colonne de Saint-Laurent défila par Tapis, le col Créu et Constouge, celle d'Arles prenait par la Soulane d'en Vinyes, le col del Faitg, le Bouach, la Lentclle et le mont Capelle. On va voir qu'elle ne s'engagea qu'à demi. Enfin la colonne de Céret, qui s'égara tout-à-fait, devait passer par le col de las Illas et la Selva.

Nos volontaires, surpris, appellent les habitants à leur secours; mais voyant ceux-ci disparaître, ils sortent précipitamment du village et prennent le chemin d'Arles. Ils avaient à peine dépassé les dernières maisons, qu'une grêle de balles fond sur eux des hauteurs et renverse plusieurs hommes. Alors une terreur panique s'empare des autres; ils se débandent, jettent armes et bagages et s'enfuient vers Arles» poursuivis par les Espagnols qui égorgent quelques traînards. Ils croisent bientôt Laterrade, mais rien ne peut les arrêter. Leur chef, le lieutenant-colonel Bourdes, ne s'arrêta qu'à Perpignan.

Néanmoins, Laterrade continue bravement son chemin. Deux compagnies de Nantais, accourues d'Arles, se joignent à lui.

Vers les dix heures du matin, le brave colonel arrive en présence et prend position sur une hauteur qui plonge le village au nord-est. Mais déjà les Espagnols, au nombre de plus de mille, garnissaient les rochers d'alentour. Les habitants de Saint-Laurent, conduits par les trois traîtres de Figuères, étaient en tête.

Après une tentative inutile pour ramener à leur devoir ces Français égarés, et quelques coups de fusil perdus, Laterrade, reconnaissant qu'il n'y avait point de retour offensif possible, ordonna la retraite, qui se fit avec tout l'ordre possible dans un défilé où trois hommes ne sauraient marcher de front. Il fut recueilli par ceux d'Arles qui se portèrent à sa rencontre.

Ces derniers devaient leur salut à la mauvaise direction donnée aux deux autres colonnes espagnoles qui, chargées de surprendre Arles et Céret, n'avaient pu se frayer passage. Efl effet, la première, immédiatement rebutée par l'âpreté des lieux, s'était, depuis la veille, rabattue sur le général Escoffet; et la seconde, moins heureuse encore, égarée la nuit dans une affreuse montagne, avait rebroussé chemin et n'était parvenue à se rallier aux deux autres qu'après l'affaire de Saint-Laurent.

Ces trois colonnes réunies, puis d'autres troupes expédiées

de Massanet, permirent au maréchal de camp espagnol de se présenter, dès le lendemain 18, avec 4,000 baïonnettes et 200 chevaux, mais sans artillerie toutefois, devant Arles, où venait d'accourir le général Gautier-Kervegen, chef d'étatmajor de La Houlière, que celui-ci avait immédiatement expédié sur le théâtre de l'invasion.

A l'approche de l'ennemi, Gautier se replia sur Géret, aprè§ avoir complété, en passant, la garnison de Fort-les-Bains.

Il y eut à Perpignan un moment d'émotion, quand les feu$: des montagnes et le canon d'alarme de la citadelle annoncèrent l'entrée des Espagnols; mais la réaction fut prompte, et cette ville, qui avait pris une part ardente aux premiers transports révolutionnaires, montra de la fermeté. On courut aux armes, la garde nationale vint s'offrir, et le 19, un millier d'hommes, moitié volontaires, moitié soldats de ligne, conduits par le général de brigade Willot, partaient pour la frontière, pleins d'enthousiasme, aux cris mille fois répétés de : Vive la république!

COMBAT DE cÉRET. — Le 20, Ics généraux Willot et Gautier, réunis à Géret, se disposaient à quitter la place pour tenter sur Arles un retour offensif, quand parurent les Espagnols. Us venaient de tourner Fort-les-Bains sans coup férir, en laissant Montboulou adroite, et ils débouchaient;par le chemin (Je la vallée, au nombre de 3,000 environ, sous les ordres du major-général de Ricardos, le comte de La Union.

Géret est un point important. Au débouché du Vallspire dans l'avant-plaine qui précède la campagne du Roussillon, il possède le seul pont que souffrait alors le Tech. La ville, plongée par les liauteurs, n'est pas défendable, mais on pouvait, en s'appuyant aux montagnes, tirer de la position un bon parti.

Quoi qu'il en soit, de tous les partis que l'on pouvait prendre, Willot adopta le plus mauvais. En effet, la ville est séparée du pont par un ravin en avant duquel s'étend une petite plaine, la seule parcelle de terrain uni des environs, la seule, par conséquent, que 1,500 hommes, en présence de 3,000, devaient éviter à tout prix. Or, ce fut précisément ce

terrain que choisit le général français, là qu'il rangea sa petite troupe, perpendiculairement au chemin, sa droite au Tech, sa gauche au pied des hauteurs et appuyée à un petit j3ois d'oliviers.

Cette gauche fut rapidement tournée, et notre ligne, prise à dos et mise en déroute, eût été tout entière précipitée dans le torrent, qui ce jour-là n'était pas guéable, si l'énergie d'u/i bataillon de Champagne, commandé par le brave lieutenantcolonel Sauret, n'avait donné aux fuyards le temps de s'écouler par le pont et là route du Boulou.

Nous laissions sur place nos quatre pièces de canon, dont une avait éclaté à la première décharge, et 200 hommes tant tués que blessés. Plusieurs se noyèrent dans le Tech.

SUITES. — Les fuyards allèrent porter l'alarme dans Perpignan; mais d'autre part, heureusement, accouraient dans cette place consternée quatre représentants du peuple qui prirent sur-le-champ les mesures les plus vigoureuses. Ils décrétèrent l'état de siège; mirent en réquisition, jusqu'à cohcurrence du strict nécessaire, tous les grains, approvisionnements de bouche et de fourrages des Communes environnantes; adressèrent aux départements voisins d'énergiques appels aux armes; ordonnèrent à Willot d'aller à Toulouse rendre compte de sa conduite ; enfin, suspendirent La Houlière à cause de son grand âge. Cet infortuné vieillard , ne pouvant supporter l'affront fait à ses cheveux blancs, se brûla la cervelle.

On reprit courage ; mais ce qui , dans ces premiers jours de trouble, devait le plus efficacement contribuer à nous sauver, ce fut la timidité des Espagnols qui ne surent point profiter de la hardiesse de leur début. Et en effet, ils ne se préoccupèrent plus que du passage de leurs convois , de leur artillerie, du gros de leur armée, par le col Portell d'où allait partir leur ligne d'opération.

Ils employèrent la journée du 21 à reconnaître le débouché de ce col et à se répandre sur la rive droite du Tech jusqu'à Palau.

Le lendemain, l'arrivée de dix compagnies de grenadiers et

de deux escadrons d'élite, leur permit de se renforcer le long de la rivière et de battre la campagne jusqu'en vue de la citadelle de Perpignan.

Le 23 et les jours suivants, 2,000 hommes travaillèrent sans relâche aux deux rampes du Portell.

Cette nouvelle route partait de la grande chaussée de France, à un quart de lieue au sud de La Jonquère, et montait, en se développant sur le versant des contre-forts, jusqu'au col. Elle descendait le long de l'arête qui sépare les gorges de las nias du hameau de Riunoguès, et aboutissait à Maureillas, d'où un embranchement allait, à travers les coteaux, gagner Céret qui était destiné à servir de place d'armes , comme dans l'invasion de 1674.

Le 26, une première pièce de siège passa : elle était attelée de 40 mules. Immédiatement , l'armée espagnole commença à défiler, et bientôt elle se trouva en mesure de pénétrer jusqu'au centre du Roussillon. Mais nos adversaires n'étaient pas si entreprenants , et comme s'ils eussent été effrayés de leur audace, de cette grave infraction à leurs lentes et timides habitudes de guerre, ils allaient revenir sur leurs pas pour ne s'occuper plus que des forts qu'ils avaient eu d'abord l'heureuse inspiration de tourner.

Cette circonspection du général espagnol ne faisait, d'ailleurs, que remplir scrupuleusement les vœux de sa cour sur le Roussillon. Car c'était pied à pied, sans rien hasarder, en gagnant du temps , que l'Espagne voulait réoccuper , disaitelle, une de ses anciennes provinces. On eût dit même qu'elle se montrait jalouse de reconquérir tout d'abord l'affection de ses sujets d'autrefois, tant, dans ses premiers pas sur notre sol, la modération était à l'ordre du jour. Aussi , l'invasion aux Pyrénées, loin de commencer comme au nord, par de sauvages menaces, s'efforça-t-elle, pendant quelques semaines du moins, de se concilier la population, de faire des prosélytes. C'était l'apcien drapeau de la France qui , seul , flottait sur nos clochers envahis; c'était le vainqueur qui, au lieu de frapper des contributions de guerre, soulageait les vaincus er

distribuant, gratis ou à vil prix , du pain aux habitants pau vres de la campagne.

Ces dispositions conciliatrices du gouvernement espagno ne pouvaient évidemment résister à l'épreuve de la lutte acharnée qui commençait; mais sMl eût été dans la nature des choses qu'elles continuassent , Ricardos était bien l'homme de sa nation le plus propre à les seconder. Il appartenait à cette partie de la haute classe , peu nombreuse alors en Espagne, mais distinguée par le mérite, qui, depuis longtemps, suivait avec chaleur le mouvement intellectuel que la France du dix-huitième siècle imprimait à l'Europe , mouvement qui préparait si bien l'ascendant de nos armes. D'un caractère naturellement doux et humain, timide même et irrésolu, d'ailleurs un peu affaibli par l'âge , il était , en outre , vivement préoccupé de la faute que commettait l'Espagne en tournant ses armes contre la France; et il persistait à ne voir, dans cette rupture, qu'un accident passager.

Tel était l'homme privé et l'homme politique. Quant au général, il était sage, mais ordinaire et sans grande expérience : car c'est à peine s'il avait entrevu un champ de bataille, lorsque, tout jeune encore, il servait en Italie comme cadet, dans le régiment de son père. Toutefois, pendant le demi-siècle qui s'était écoulé depuis la paix d'Aix-la-Chapelle, les hauts emplois dont il avait été investi, et vingt-trois ans de grade de lieutenant-général , avaient développé en lui quelques-unes des qualités du commandant en chef, celle d'administrateur principalement (1). Du reste, nous allons le juger à l'œuvre.

(1) Chargé successivement d'organiser le système militaire de laNouvelIe- Espagne et de régler, avec des commissaires français, les points litigieux de la frontière des Pyrénées, Ricardos avait puisé dans ces travaux et la science de l'administration, et l'esprit d'ordre qui se fit toujours remarquer dans son armée, enfin une connaissance exacte du terrain où il allait porter la guerre. Nommé ensuite inspecteur général de la cavalerie (ce qu'on se rappellera à l'abus qu'on lui verra faire de cette arme), les réformes qu'il voulut introduire lui attirèrent une disgrâce à la suite d« laquelle il fut relégué dans le commandement de Guipuzcoa. Godoy, qui l'aimait, lui confia l'armée des Pyrénées orientales, au grand désappointement du duc d'Ossuna qui se vengea en suscitant à son rival mille difficultés.

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