PRISE DES FORTS DE LA FRONTIÈRE
Faute de Ricardos qui revient sur ses pas, — Sa ligue de circonvallation sur le Tech. — Il fait enlever Argelès et installe un camp près de ce bourg. — Description de Pratz de MoUo. — Les habitants royalistes. — Trahison du gouverneur. — La garnison se retire au fort Lagarde. — La ville ouvre ses portes. — Tentative de ravitaillement par le pla Guiilem. — Elle échoue. — Description du Fort-les-Bains. — Blocus. —Batteries dressées pour hâter la reddition. — Le fort ne peut riposter. — Capitulation. — Le fort Lagarde se rend le lendemain. — Description de Bellegarde. — Sa forte position. — Investissement. — Blocus. — Bombardement. — Bonne contenance de la garnison assiégée ; sa composition. — Désertion du capitaine de génie de La Tour, qui va diriger les travaux de l'attaque. — Commencement de siège régulier. — Batterie de brèche. — La place est accablée et son feu éteint. — Délibération du conseil de défense, dont une partie veut s'ensevelir sons les ruines de la forteresse. — Capitulation. — Noble conduite de Ricardos. — Scène attendrissante à Perpignan. — Courage exemplaire des prisonniers de Bellegarde pendant leur captivité.
Heureusement, les lenteurs de nos adversaires allaient nous laisser quelque répit, et nos forts de la frontière, qui avaient été si impuissants à fermer l'entrée du territoire, devaient au moins servir, après coup, à retarder les progrès de l'invasion. Ce retard, toutefois, tint à une faute sur laquelle nous n'avions pas le droit de compter. En effet, au lieu de profiter de sa victoire du mas Deu, qui le rendait maître de la campagne, pour investir Perpignan, seule place qui désormais pouvait l'arrêter, Ricardos allait perdre autour des trois forts qu'il avait habilement dépassés et qu'il eût pu paralyser sans peine comme sans risque, allait perdre tout le fruit de son audacieux début. Il se crut même obligé de prendre, pour couvrir l'attaque de ces forts, les précautions qui eussent a peine été nécessaires, s'il avait eu à observer et à combattre l'armée de secours qu'il venait de dissoudre.
11 avait une ligne de eirconvallation naturelle, le Tech. Il se porta en avant, sur la rive gauche. Au centre de cette ligne se présente la belle position du Boulou, précédée d'une petite plaine qui est comme le palier inférieur de la rampe qui monte à Bellegarde. Le général espagnol établit dans cette plaine son camp principal, et, dans le village, son quartier général, La plaine est terminée au nord par un rameau des Aspres, qui court parallèlement au Tech et va se rattacher au pont de Céret. Ricardos déploya son avant-garde sur ce rameau et relia ainsi le Boulou à Céret, c'est-à-dire son centre à sa gauche.
La mer était l'appui naturel de sa droite; de plus, en s'étendant jusque-là, il trouvait l'avantage d'isoler de Perpignan Collioure et Port-Vendres, sur lesquels il avait des vues prochaines; et il comprenait ainsi toutes nos places de la frontière dans une ligne générale de eirconvallation.
Restait à choisir un point d'appui sur la côte. Or, il n'y avait pas à hésiter : ce point était évidemment Argelès, gros bourg à cheval sur la route de Perpignan à Collioure, à l'embranchement du chemin qui suit, jusqu'au Boulou, le pied des Albères. Argelès était encore, alors, entouré d'une portion de vieille enceinte continuée par un fossé. Du reste, il n'avait pour défenseurs que 500 volontaires.
Le 23 mai, 3,000 hommes d'infanterie, 240 chevaux et 10 pièces de canon, aux ordres du maréchal-de-camp Crespo, vinrent attaquer cette petite garnison. Elle était trop faible pour résister. Toutefois, elle soutint le feu pendant plusieurs heures et se retira sur Collioure en bon ordre, sans se laisser entamer par la cavalerie ennemie qui la poursuivit jusqu'à moitié chemin.
Les Espagnols occupèrent Argelès, s'y retranchèrent et en firent le réduit et le magasin d'un camp de 4,000 hommes et de 500 chevaux, qui fut établi sur la plage, entre le bourg et la mer, vers le mas Leclerc. Le lendemain, ils s'emparèrent d'Elne, puis de Cornelia où ils surprirent des approvisionnements considérables destinés au ravitaillement de Bellegarde. Ils eurent ainsi deux bons avant-postes échelonnés sur la route
de Perpignan. Enfin, ils parcoururent la côte et firent la reconnaissance de nos batteries, qu'ils trouvèrent évacuées. Sa ligne d'observation ainsi établie, Ricardos ne s'occupa plus que des trois places qu'il tenait bloquées depuis le commencement de la campagne.