‹ Campagnes de la Révolution française dans les Pyrénées Orientales et description topographique de cette moitié de la chaine pyrénéenne (volume 2)Chapitre 17 sur 71 · PRISE DE FORT-LES-BAINS · texte numérisé non relu

PRISE DE FORT-LES-BAINS

Le Fort-les-Bains est destiné à couper, au-dessous de la trouéede Saint-Laurent, le chemin delà vallée du Tech. On a vu déjà comment il remplissait cette destination. Il jouit d'une autre propriété, plus sûre, celle d'appuyer la droite d'une armée défensive qui prendrait position dans lesAspres. C'est le rôle essentiel qu'il doit jouer sur cette frontière, celui que Dagobert voulait faire ressortir.

Ce fort consiste en un petit quadrilataire bastionné, assis sur la croupe du Montalba, à 120 mètres au-dessus du chemin dont il découvre, en amont et en aval, d'assez longs développements. Il est pris à dos et à revers par les hauteurs d'alentour. Néanmoins, il avait fait, dans l'invasion de 1674, une défense qui était de bon augure et que, s'il eût été approvisionné, il eût renouvelée, sans doute; car sa garnison, de 320 bons soldats de ligne, suffisait; son gouverneur, le capitaine Michel Daudiès, était un officier brave et sûr, qui, placé sous les yeux de ses compatriotes, brûlait de mériter leur estime; mais tout le reste manquait à la fois, vivres et munitions.

Depuis le lendemain de l'invasion jusqu'à la fin d'avril, les Espagnols s'étaient contentés d'empêcher l'arrivée des grands convois, en établissant simplement quelques postes de sur-

veillance sur le Montalba et à Montboulou; mais le 4" mai, ils occupèrent Palauda, jetèrent en face de ce village un pont sur le Tech ; en un mot, ils commencèrent un véritable blocus, contre lequel vinrent bientôt échouer deux tentatives de ravitaillement.

Un mois se passa ainsi, pendant lequel Daudiès eut à repousser quatre sommations. Il en reçut une cinquième à la suite de notre échec du pla Guillem. On lui offrait encore les honneurs de la guerre. Il répondit qu il voulait les mériter, et lès Espagnols se mirent immédiatement en devoir de lui en fournir l'occasion. En effet, le lendemain, 29 mai, ils enlevèrent le hameau assis au pied du fort, et le livrèrent aux flammes, en punition de la courageuse assistance que ses habitants n'avaient cessé de prêter à la garnison.

En même temps ils dressèrent deux batteries, non pour battre en brèche, ce n'était guère la peine, mais pour tourmenter et désarmer la défense, ou plutôt pour la décider à avancer de quelques jours une capitulation désormais inévitable.

L'une de ces batteries, située du côté d'Arles, n'était armée que de 4 pièces de 4. L'autre, au nord-est, était plus sérieuse : elle comptait 4 pièces de 12 et 2 obusiers; mais, placée dans le coude que forme le Tech, au lieu dit pla des Moulins, c'est-à-dire, à 600 mètres de distance horizontale et à 90 au-dessous des remparts, elle n'avait encore rien de bien menaçant pour ceux-ci.

Les Espagnols ouvrirent le feu le 3 juin, dès l'aube du jour, et ils le continuèrent deux heures sans interruption. Les assiégés voulurent répondre, mais tout concourait à les décourager : ils n'avaient que 7 pièces, savoir, 6 de 4 dont 2 hors de service, et une de 16 sans boulets de calibre et qu'un seul homme de la garnison savait manœuvrer; les gargousses étaient épuisées et les poudres avariées; les pointes de rochers, qui hérissaient le sol en avant des glacis, leur masquaient les batteries de l'attaque, tandis qu'ils étaient vus, eux, jusqu'aux pieds; enfin, les parois imparfaites de leurs embrasures s'écroulaient sous l'explosion de leurs

propres bouches à feu. Aussi, après quelques coups rendus, coups dont ils furent les seuls à souffrir, cessèrent-ils de répondre. Ils reçurent alors une sixième sommation.

Daudiès assembla, en conseil de défense, tous les officiers, les sous-officiers et deux hommes par compagnie. On constata qu'il n'y avait plus que 15 onces de pain par homme, que l'ennemi commençait à lancer des boulets de 16 et des bombes, qu'une troisième batterie était construite sur la montagne dé l'est, et l'on conclut à capituler.

La capitulation fut signée le 4, à midi, et exécutée sur-lechamp. Elle accordait à la garnison prisonnière les honneurs accoutumés, stipulait la liberté des habitants des Bains et recommandait à la loyauté espagnole ces braves gens qui, pendant 43 jours de blocus, avaient partagé tous les périls et les misères des assiégés.

L'ennemi, en franchissant le seuil de la porte d'entrée, put constater tout d'abord que nous ne cédions qu'à la famine: les premiers hommes de la garnison qui s'offrirent à ses regards étaient évanouis sur les pièces qu'ils servaient; ils se mouraient d'inanition.

Le lendemain 5 juin, le capitaine Lafraise, qui commandait le fort Lagarde, reçut une dernière sommation. Une partie de la garnison voulait tenir encore. Cependant, après une vive altercation, le conseil de défense consentit à accepter les conditions qu'avait subies le Fort-les-Bains, et, le 6 au matin, la garnison mit bas les armes.

Alors les troupes du Vallspire allèrent se réunir à l'armée qui assiégeait Bellegarde*.

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