AVANT-PROPOS. III
C'est l'histoire de l'année des Pyrénées- Orieiitaîas que nous allons exposer. Nos historiens l'ont omise, du moins ceux qui l'ont esquissée l'ont fait à si grands traits, que tous les détails en sont à peu près complètement inconnus. On a bien publié, des campagnes de la Révolution dans les Pyrénées, une relation de quelque étendue, mais écrite par une main française qui servait alors l'étranger, et qui s'était proposé, dirait-on, d'ajouter le faux témoignage delà plume à la félonie de l'épée; elle ne pouvait être et n'est en effet qu'une injurieuse mutilation. Son obscurité, dû reste, nous épargne la peine de la dénoncer.
C'était donc une lacune de l'histoire de nos années révolutionnaires que nous avions à combler.
Nous avons naturellement commencé par des recherches de cabinet. Mais il fallait vivifier la poussière des bibliothèques par celle des champs de bataille. Nous avons donc, après les manuscrits compulsés, entrepris une seconde tâche, celle de parcourir, d'étudier en tous sens le théâtre de la guerre ; de telle sorte que, par des travaux qui n'étaient pas sans quelque analogie avec ceux dont nous allions écrire l'histoire, par des marches , des fatigues , auxquelles même, dans cette Catalogne toujours en feu, un retentissement de guerre (1) venait parfois ajouter d'étranges illusions, nous nous sommes fait, autant du moins que possible , le témoin des événements que nous avions à raconter.
Aussi bien, pour apprécier convenablement les opérations compliquées d'une guerre de positions et de détails, dans une région aussi accidentée; pour comprendre, pour rendre leur juste valeur à ces bulletins modestes, écrits avec une simplicité et un laconisme faits pour tromper aujourd'hui ; en un mot, pour dominer notre sujet, il nous ssmblait in-
(1) A l'époque de nos excursions (1838-1839-1840) la Catalogne était le principal foyer de la guerre civile qui désolait alors l'Espagne.