IV AVANT-PROPOS
dispensable de reprendre les traces des combattants, ces traces heureusement respectées par le temps, et encore empreintes sur le sol, dans ces vestiges de camps, de redoutes, que l'on rencontre à chaque pas (1) . Il fallait gravir les ports, les rochers que ces rudes soldats avaient arrosés de leurs sueurs et de leur sang ; il fallait les suivre jusque dans les replis les plus solitaires des montagnes où les avaient égarés, en dehors des champs de bataille ordinaires, le désordre d'une lutte où l'acharnement tenait lieu de toute science. C'est ce qui a été fait. C'est sur le terrain même qu'on a étudié et souvent décrit les opérations de guerre, les marches, assauts de retranchement, sièges, batailles, luttes attestées encore çà et là par quelques fragiles monuments que nous retrouvions avec autant de bonheur que de surprise : comme cette redoute restée fameuse dans les Aspres, qui retient toujours le nom terrible de Batterie du sang; les embrasures encore béantes du canon qui foudroyait Bellegarde ; ou bien, plus loin, parmi les débris des célèbres lignes de Figuères, sur la Montagne- Noire, la place où trépassa si glorieusement, au milieu d'une victoire, l'heureux Dugommier; place ignorée, couverte de ronces, bien que voisine du monument érigé par la reconnaissance des Espagnols à leur général en chef tué le surlendemain, à cet infortuné La Union, dont la fin tragique ne fut cependant que l'expiation tardive d'une longue suite de défaites.
A l'époque de nos excursions (1838-18/il), la mort n'a-
(1) C'est une chose digne de remarque, et aussi d'étonnement, que l'état de conservation dans lequel se maintiennent les ouvrages en terre, pour peu qu'ils occupent des points élevés et incultes, où la végétation est d'une grande lenteur, et où la main de l'homme n'a aucun intérêt à détruire. Ainsi avonsnous retrouvé, dans les Pyrénées, la plupart des redoutes et batteries élevées par les Espagnols en 1793 et 179-4. On retiouve bien, dans les Alpes (vers le co' de l'Argcntière), l'emplacement d'un camp d'Impériaux qui date de 17-44. La pelouse garde encore une multitude de cercles dépourvus d'herbe, qui marquent l'emplacement des tentes.