‹ Campagnes de la Révolution française dans les Pyrénées Orientales et description topographique de cette moitié de la chaine pyrénéenne (volume 2)Chapitre 39 sur 71 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

DÉIIOUTE DE VILLALOÎVGIE.

Positions bizarres de nos trois divisions au commencement de décembre. — Ricardos attend nos fautes. — Lu division battue à Saint-Ferréol réoccupe Llaiiro. — La Union est chargé d'enlever ce poste. — Combat de Llauro. — Les Portugais nous chassent de la crête des Albères. — Diversion sur le «•ol de Banyuls. — Projets simultanés des Espagnols sur Villalongue et des Français sur Montesquieu. — La crête des Albères reprise par nous. — Belles dispositions des Espagnols pour l'attaque de Villalongue. — Déroute honteuse. — Ses causes. — Trois généraux sacrifiés. — Dernière proclamation du représentant Fabre.

Les positions de jiotre armée répondaient à son état de désorganisation intérieure.

La division de gauche, après avoir, en se repliant, le 21 novembre, sur le territoire français, laissé 3,000 hommes à la garde de la frontière en avant de Collioure, était venue se rallier à ceux des siens qui avaient gardé Villalongue pendant l'expédition de Roses. Elle était déployée sur une ligne brisée à angle droit, dont Tune des branches courait horizontalement sur le penchant des Albères , de la Roque à Villalongue , et dont l'autre descendait de ce dernier poste jus- (|u'au gué de Brouilla. Villalongue, qui formait le saillant de cette ligne, était couverte par cinq batteries dressées contre Montesquiou, sur la crête des profonds ravins qui nous séparaient de ce dernier village. Enfin, notre petit camp du Mitgdie continuait à tenir ses 2,000 hommes isolés sur la crête des Albères ; seulement, il venait d'être relié à Villalongue par un détachement établi à mi-côte.

Delattre prêtait son nom à cette division, mais elle était réellement devenue la propriété de Fabre. Elle comptait environ 4o,000 hommes, c'est-à-dire, presque la moitié de l'effectif to-

tal de nos troupes disponibles. Aussi se considérait-elle, plus que jamais, comme une armée indépendante. Elle avait ses établissements à part, ses magasins à Collioure, son parc et son hôpital à Saint-Genis ; et c'est à peine si un méchant pont de chevalets, jeté, pour l'infanterie seulement, sur le gué incertain de Brouilla, la mettait, quand les crues du Tech le permettaienttoutefois, en communication avec une des extrémités de la division du centre qui gardait, en face du Boulou, la rive gauche du torrent.

Cette division centrale, commandée par d'Aoust, était forte de 5,700 combattants. Elle s'étendait de Banyuls-les-Aspres , par le pla del Bey, jusqu'à l'ermitage Saint-Luc.

Enfin, notre division de droite, maintenant aux ordres du général Laterrade , était , depuis sa défaite de Saint-Ferréol , repliée en seconde ligne derriè;'<' hi précédente , sa gauche à Tressères, son autre extrémité tlottant de Saint-Luc à Llauro. (Voir la situation de l'armée au 3 décembre.)

Telles étaient, au commencement de décembre, les positions bizarres de nos trois divisions. Ajoutons qu'elles se trouvaient, de la sorte, tellement rapprochées des Espagnols, qu'à une certaine distance on ne distinguait plus la ligne de séparation des deux partis. Encore, si les dangers de ce rapprochement eussent été atténués pour nous comme ils l'étaient pour les Espagnols, par des retranchements qui méritassent ce nom ! Mais c'est en vain qu'un habile ingénieur, le général Lafitte, avait tracé, de Banyuls à Saint-Luc, des lignes aussi simples que bien conçues ; nos soldats, malgré l'exemple qu'ils avaient sous les yeux, des incessants travaux de l'ennemi, ne donnèrent pas même à ces ligues, qu'ils appelaient des précautions de la peur , assez de consistance, pour que leurs vaines ébauches de retranchements fissent obstacle à la cavalerie qui les traversait au galop.

Ricardos pouvait donc reprendre hardiment, dès le lendemain de sa victoire de Saint-Ferréol, l'exécution si bien commencée de son plan général d'attaque , mais il préféra attendre nos fautes. Du reste, il ne devait pas attendre longtemps, car il semblait^ écrivait au comité de salut public un agent

envoyé par lui sur les lieux, qu'un démon entravât nos opérations les plus simples, qu'un enfant eût dirigées.

COMBAT DE LLAURO, — La première de ces occasions qu'épiait notre adversaire, ce fut notre division de droite qui la lui fournit.

Cette division, battue à Saint-Ferréol, avait reporté au-dessus de Llauro, sur les hauteurs de la Calcine d'où l'on domine toutes les Basses-Aspres, un détachement de 5 à 600 hommes, qui se trouvait ainsi entièrement isolé. Cette imprudence tenta Ricardos, et comme, d'un autre côté, il convoitait depuis longtemps le pla del Rey , ce beau plateau qui paralysait le front de son camp et donnait à notre centre un excellent point d'appui, il ordonna à La Union de marcher sur la Calcine, de l'enlever, et de se rabattre ensuite sur les derrières du pla del Rey qui, en même temps, devait être attaqué de front par les troupes du Boulou.

En conséquence, le 4 décembre, à 5 heures du matin, la division La Union , forte de 8,000 baïonnettes et de 400 chevaux, son chef en tête, se dirigea sur la trouée qui s'ouvrait entre Llauro et Saint-Luc, et vint se déployer face à ce dernier poste.

Saint-Luc n'était point retranché , notre artillerie n'y avait même ni épaulement, ni plate-forme, et nous n'y tenions qu'une poignée d'hommes. Aussi La Union fut-il un moment tenté de commencer par là son attaque. Mais Doppet s'étant hâté d'envoyer sur ce point un renfort imposant, le général espagnol reprit la suite de ses instructions, fit marcher sur la Calcine une colonne de 3,000 hommes et garda le reste pour maintenir Saint-Luc, en attendant que le retour de cette colonne, qui allait avoir bon marché, espérait-il, d'un poste difficile à secourir, lui permît de prendre à revers le pla del Rey.

C'était le général Laterrade qui se trouvait, en ce moment, à la tête de notre détachement de la Calcine. A l'approche de l'ennemi, trop faible pour résister, il se retira dans la direction de Villemolaque où nous avions une réserve, jusqu'à ce que rencontrant une bonne position , il s'en saisit et arrêta les. Espagnols. L'arrivée d'un secours lui permit bientôt de

reprendre l'offensive , et i| la reprit avec une vigueur telle , que la colonne d'attaque rétrograda à son tour jusqu'à la Calcine.

Cependant les troupes du Boulou , désignées pour attaquer de front le pla del Rey, croyant sans doute que La Union en menaçait déjà les derrières, étaient venues , vers 9 heures, assaillir une batterie basse qui éclairait les abords du plateau ; mais, après un commencement de succès, rencontrant une résistance inattendue et se voyant seules engagées, elles reprirent le chemin du Boulou.

Témoin de ce double échec, La Union fit sonner la retraite et ramena sa division à Céret. Seulement, il laissa sur les hauteurs de la Calcine une arrière-garde qui, le lendemain, à la simple apparition de 40 cavaliers conduits par Solbeauçlair, abandonna la position.

A ce peu de vigueur que mettait Ricardos à poursuivre sa tentative sur notre centre , il devenait évident que ce n'était point là qu'il voulait frapper. Que lui importaient, en effet, et Llauro, et Saint-Luc, et le pla del Rey , quand notre division de Villalongue était attachée à ses flancs? quand, du haut des Albères où il lui suffisait d'une heure pour se transporter, elle pouvait prendre à dos tout le camp du Boulou ? Aussi le général espagnol , qui ne s'était occupé de notre centre que par incident , ne songea-t-il plus qu'à se débarrasser de notre division de gauche, en commençant naturellement par le poste qui occupait les crêtes si menaçantes pour le salut de son armée.

COMBATS SUR LA CRÈTE DES ALBÈRES. — Ce pOStC , COUipOSé,

on se le rappelle, de deux bataillons de 1,000 hommes chacun, qui campaient en face du Saint-Christophe, fut attaqué le lendemain même 6 décembre , à la pointe du jour , par une forte colonne portugaise. Nos soldats, sans vivres depuis deux jours, se voyant abandonnés, épuisèrent leurs munitions et se retirèrent sur Villalongue.

Le même jour, à quelques lieues de là, au col de Banyulssur-Mer, 6,000 Espagnols, partis d'Espolla, tentaient une attaque qui était à la fois une reconnaissance et une diversion.

Toutefois, ils furent vaillamment repoussés par 4,800 républicains qui gardaient ce passage et que Delattre commandait en personne.

L'ennemi , en appelant notre attention sur le col de Banyuls, avait surtout pour but de nous amener à dégarnir Villalongue qu'il comptait assaillir incessamment; mais il prenait là, en vérité, un détour inutile, car nous courions de nousmêmes au-devant de ses plus chers désirs.

En effet, au moment où Ricardos se décidait à attaquer Villalongue, notre division de gauche, par une malheureuse coïncidence, choisissait le jour même du général espagnol, c'est-à-dire le lendemain 7 décembre, la même heure, la pointe du jour, pour attaquer Montesquiou ; attaque pour laquelle tout ce que cette division comptait de troupes de quelque consistance devait, dans la soirée même, évacuer Villalongue et se porter en avant. Il n'allait rester, pour la garde de notre camp si fortement menacé, qu'une masse confuse de recrues qu'on ne pouvait appeler du nom de soldats.

Doppet, qui ignorait les projets des siens, apprit ceux de Ricardos par des prisonniers espagnols. Il se hâta d'en donner avis à la division de Villalongue; mais, comme de coutume , on ne tint aucun compte de son avertissement, et nos mouvements préparatoires commencèrent dès l'entrée de la nuit.

Dix bataillons d'élite avaient été désignés pour l'attaque de Montesquiou. Déjà ils allaient, à la faveur des ténèbres, prendre position en avant, quand un incident inattendu vint encore aggraver les périls de notre situation. Maîtres de la crête des Albères, les Portugais, pour célébrer leur succès du matin , avaient allumé de grands feux à la place même où, depuis deux mois, nos soldats de la plaine étaient habitués à voir briller la flamme d'un bivouac français. Cette bravade souleva dans le camp de Villalongue quelques rassemblements tumultueux, les harangues de Cassanyes tirent le reste, et l'imprudente ardeur du général Bernède enlevant les plus braves, trois heures après, ceux-ci étaient à la place des Portugais.

C'est ainsi que, jusqu'au dernier soldat, chacun là se livrait

à ses propres inspirations. Si encore cette diversion si inopportune, qui nous enlevait cinq bataillons de nos meilleures troupes, nous eût tait ajourner nos projets sur Montesquiou ! mais elle ne fit qu'exalter nos espérances, et des cinq bataillons restant, quatre se portèrent , sous la conduite du général Raimond, en avant de notre batterie supérieure qui était la plus rapprochée de Montesquiou ; un seul, un bataillon de grenadiers, fut chargé de la garde du camp et placé dans sa partie inférieure , au lieu dit pointe de la hutte de la plaine , qui était le point le plus exposé.

SURPRISE DE viLLALONGUE. — Cependant les Espagnols achevaient, «n face de nous, leurs dernières dispositions. Chargé de l'attaque, le général Curten avait formé quatre colonnes : la première, à droite, pour tomber sur la Roque par le penchant des Albères; la deuxième, au centre, pour enlever nos batteries ; la troisième , pour assaillir Villalongue ; la quatrième , pour emporter la pointe de la butte de la plaine. Les distances à parcourir étaient fort inégales; mais Curten a calculé le temps , mesuré l'espace , il a tout prévu : sa cavalerie se tient prête à déboucher en plaine ; son infanterie ne doit ni brûler une amorce, ni s'arrêter pour piller; enfin, en cas d'échec, pour soutenir la retraite, le prudent général improvise, dans la soirée même , en face de Villalongue, deux batteries de position derrière lesquelles il se hâte d'installer et d'abriter sa réserve.

La nuit qui était fort sombre , et la profondeur des ravins qui déchirent le sol entre les deux villages , favorisèrent les étranges manœuvres des deux partis. Quoi de plus étrange, en effet, que de voir, concentrés sur un terrain d'une lieue à peine d'étendue , 3,000 Français d'une part, 3,000 Espagnols de l'autre, s'avancer furtivement dans les ténèbres, à l'insu les uns des autres, des Français du moins; se croiser sans se rencontrer; puis aller se coucher ventre à terre, à quelques centaines de pas de leur but respectif, et attendre ainsi que le jour vienne donner le signal d'une attaque où chaque parti se flatte de surprendre son adversaire?

Les Espagnols furent les plus alertes, et le succès dépassa

les espérances qu'ils avaient le droit de fonder sur lellfsbelle^ dispositions. Ce fut conrime un coup de théâtre : à 6 heures moins un quart, une décharge générale des batteries de Montesquiou donne le signal, et sept minutes après, tout est enlevé, batteries, camp, Villalongue et la Roque. Les grenadiers de la butte firent seuls quelque résistance. Quant aux bataillons aventurés du côté de Montesquiou, l'aspect de la colonne de la Roque déjà déroulée sur le flanc des Albères, qui leur coupait le chemin de Collioure , et la brusque irruption en plaine de la cavalerie qui courait intercepter lé passage du Tech, suffirent pour les entraîner. La déroute fut donc générale, et si les escadrons espagnols fussent arrivés à temps au gué de Brouilla vers lequel se précipitait toute cette foule éperdue, c'en était fait des 10,400 hommes que nous avions entassés autour de Villalongue. Mais l'ennemi , comme étourdi de la rapidité de sa victoire, commit la faute de s'arrêter tout à coup, et de rester toute la journée en bataille sur le terrain qu'il venait de conquérir comme par enchantement.

Cette faute exceptée, Gurten avait déployé une grande intelligence et obtenu un succès dont l'éloge, du reste, ne saurait être mieux résumé que par les chiffres comparés des pertes : 48 hommes d'une part, 1,210 de l'autre, dont 760 prisonniers. Nous perdions , en outre : 34 bouches à feu (1), 38 caissons, 5,700 projectiles, 2,000 fusils , 2 drapeaux et l'ambulance de Saint-Genis où 28 malades furent égorgés.

Notre poste de la crête des Albères eut le bonheur d'échapper , grâce au représentant Cassanyes qui , au moment de la débâcle , courut guider sa retraite dans ces montagnes dont les détours lui étaient familiers.

Complètement étranger à tout ce qui venait de se passer, Doppet, au bruit de la fusillade, se porta, avec quatre ordonnances seulement, à la découverte, sur la gauche de Banyulsles-Aspres; et on le vit bientôt accourir vers Palauoùil apprit,

(1) Deux pièces de 16, deux de 8, douze de 4, deux obusiers, deux mortiers ; quatorze républicaines, le tout en fort mauvais état.

par des femmes qui fuyaient éperdues, la déroute de la moitié de son armée. Il assista au ralliement de 7 à 8,000 hommes quon parvint à reformer, tant bien que mal, entre Elne et Argelès, et qui furent immédiatement dirigés par ordre du représentant Fabre, partie sur Collioure, partie sur le col de Banyuls.

On constata que, par suite de cette honteuse déroute, l'armée française se trouvait réduite à un effectif disponible de 20,000 hommes dont 10,000 seulement avaient des fusils. Encore la moitié de ces fusils, avouent nos rapports, étaient- Is hors de service, les uns sans chien, d'autî^es sans batterie, un grand nombre sans baïonnette !

Tels étaient pourtant les fruits des doctrines qui, depuis six mois , avaient envahi cette malheureuse division : 10,000 hommes emportés derrière des retranchements où ils avaient eu deux mois pour se fortifier, emportés par moins de 5,000, au premier souffle, en quelques minutes !

Voici, du reste, en quels termes un agent du pouvoir exécutif, qui se distinguait par la modération de ses rapports , signalait au ministre de la guerre les causes de cette ignominieuse déroute :

« La perte de Villalongue est due à l'indigne conduite de « nos chefs, à l'ambition qui les dévore, à l'inhumanité qu'ils « montrent à l'égard des soldats, au mépris qu'ils font d'être « et de vivre parmi eux; cherchant, la nuit, les endroits écarts tés pour ne pas coucher au camp; le jour, se promenant (* ou cherchant à faire leur cour à leurs supérieurs. Ils sont « presque tous des ex-nobles. Il semble que cette armée soit « proscrite, infectée qu'elle est par ces ci-devant. Change-les, « citoyen ministre, envoie-nous des sans-culottes et des trou- «( pes, mais, autant que possible, point de masse; ou bien il « faudrait les changer de départements, et les habiller, car les u autres bataillons se moquent de leurs habits de toile. Si tu « voyais comme ces pauvres volontaires sont mal menés, tu «•. en serais inconsolable ! Doppet seul leur parle avec dou- « ceur; tous les autres n'ont pour eux qu'orgueil et dureté.

« Les représentants sont cause de beaucoup de malheurs.

■.^.saùBMw- -

« Fabre et Gaston sont deux ci-devant des départements voi- « sins : ils ont beaucoup de monde à placer. )>

Oui, les représentants étaient cause de bien des maux; mais il fallait faire aussi la part du malheur des temps, qui nous forçaient de jeter sans cesse à cette frontière abandonnée des masses de recrues de tous âges, de toutes conditions, au milieu desquels la véritable armée avait fini par disparaître. Et cependant, c'étaient les chefs seuls de ce troupeau d'hommes que l'on accusait toujours! Il est vrai que beaucoup, ceux principalement qui étaient compromis par leurs antécédents et leur naissance (et ils s'étaient réfugiés de préférence dans cette armée lointaine où ils espéraient échapper plus facilement aux vengeances des prescripteurs), il est vrai que ceuxlà surtout se courbaient à l'envi sous cet esprit désorganisateur que soufflaient les proconsuls et leurs apôtres ; tandis que les officiers qui sortaient des derniers rangs de notre ancienne armée, moins préoccupés de s'affranchir de soupçons qui ne pouvaient guère les atteindre, se montraient moins obséquieux , plus sévères. Malheureusement, ces derniers étaient ici en petit nombre.

Sous le coup du nouvel affront qui venait de s'ajouter à tant d'autres , Doppet dénonça immédiatement tous les exnobles de son armée. Il reçut, le lendemain même 8 décembre, des représentants du peuple, pour en faire usage à son gré, un arrêté qui destituait en masse tous les ci-devant, pour être remplacés par les sans-culottes éclairés et vertueux ; mais comme il fallait d'abord trouver ceux-ci , le général en chef se borna pour le moment à sacrifier trois généraux de brigade : de Vergés, qui ne tarda pas à périr sur l'échafaud ; de Bernède, qui fut, à quelques semaines de là, guillotiné au milieu du camp de l'Union , par la femme du bourreau ; enfin, Raimond, la victime déjà désignée de l'expédition de Roses, qui alla mourir de chagrin dans les prisons de Perpignan. D'Aoust même, et jusque Delattre qui était né pourtant, écrivait-il, au sein de la sans-culotterie , furent suspendus. Toutefois, on les réintégra presque immédiatement; leur tour n'était pas arrivé.

Fabre seul ne désespérait point encore; pourtant il jeta le cri de détresse :

« Les satellites du tyran s'avancent , disait sa dernière pro- « clamation. Levez-vous donc et partez! Vous n'avez point de « fusils, mais vous avez des piques, des faux, des haches. « Q'importe l'instrument, pourvu qu'il porte la mort ! »

Mais le dernier terme de l'épuisement était atteint, et l'issue de cette triste campagne irrévocablement fixée.

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