PRISE DE NOS PLACES DE LA COTE
Description de St-Elme ; — de Port-Vendres ; — de CoUioure; — Camp de la Justice. — Dispositions de la défense; — de l'attaque. — Combat et prise de Port-Vendres. — Trahison du fort St-Elme. — Collioure abandonné capitule. — Mort du représentant Fabre.
Saint-Elme, petit fort étoile, tout-à-fait à l'abri d'une attaque de vive force, s'élève sur le penchant vers la mer de la croupe du contre-fort qui sépare les bassins de Port-Vendres et de Collioure. Il plonge les deux ports à une distance et sous une inclinaison que le canon peut atteindre sans peine. C'est la clef de la position.
Port-Vendres , assis au pied de l'arête de Biarre , entièrement ouvert du côté de la campagne , possède à peine les batteries suffisantes pour défendre l'entrée de son port.
Collioure est fermé et pourvu d'ouvrages extérieurs. Sa fortification consiste en une enceinte bastionnée , reliant deux forts situés au bord de la mer et aux deux extrémités de la ville : le Château et le Miradoux. Le Château, construction du moyen âge, touche au port. Le Miradoux, d'un tracé moderne, s'élève sur une éminence déjà détachée de la place, dominant la plage, mais immédiatement plongée par les hauteurs de las Forças, qu'éclairent deux redoutes en maçonnerie et une tour. De là jusqu'au puig Oriol , une série de retranchements de campagne couronnait les hauteurs. L'ensemble de ces ouvrages, permanents et passagers, composait le camp de la Justice, qui avait été établi au début des hostilités pour faire face à la plaine envahie (1).
(1) Une des principales raisons qui déterminèrent Ricardos à débouclier sur
Cette ligne de hauteurs qui , du pla de las Forças , va en montant par le puig Oriol jusqu'au puig de las Daines, pour redescendre par le puig Lagrange jusqu'à la pointe de Biarre, figure une enceinte demi-circulaire de montagnes qui embrasse à la fois Collioure, Saint-Elme et Port-Vendres. Elle se divisait naturellement, au point de vue de la défense, en trois parties distinctes : 1" la partie occidentale, de la mer au puig Oriol, que bordait et gardait le camp de la Justice; 2° la partie intermédiaire, d'Oriol à las Daines, qu'on avait considérée comme suftisamment protégée par son âpreté même; 3° la partie orientale, de las Daines à la Vigie, qui forme l'arête de Biarre sur laquelle s'étaient retirés les débris de notre division culbutée au col de Banyuls.
Cette arête, vive, échancrée seulement par trois petits cols, et bordée, d'escarpements, constituait une ligne de défense assez solide en elle-même; malheureusement elle pouvait être tournée par sa droite, c'est-à-dire par la forte dépression qui s'ouvre entre les puigs de Lagrange et de las Daines. Le premier soin de Delattre devait donc être de rétablir l'équilibre en fortifiant sa droite. Mais il ne s'était préoccupé que de sa gauche qui couvrait immédiatement Port-Vendres, quartier-général de Fabre. Ainsi, le protégé du représentant (qui du reste ne cessait, depuis quelques jours, d'offrir sa démission), n'avait mis de soin qu'à organiser la défense de l'arête de Biarre. Là, des retranchements en pierre sèche (qui subsistent encore en partie), barraient les trois passages; un parapet continu se développait le long des crêtes ; une grande redoute occupait la pointe vers la mer; et le tout, bien garni d'artillerie, était confié aux meilleures troupes disponibles , à trois bataillons de l'Ariége , du Montblanc et du 70" régiment. Au contraire , la trouée dangereuse , la percée (appelée par extension col de MoUo) entre las Daines et le puig Lagrange, en un mot, le point essentiel à garder était abandonné à deux faibles bataillons de masse déployés en travers du col, derrière un mince retranchement, ou entassés
nos. places maritimes par le col de Banyuls, au lieu de les aborder directement, fut la crainte de se heurter au camp de la Justice.
sur le puig Lagrange, dans une redoute sans consistance.
Toutefois, les Espagnols semblaient disposés à aborder notre ligne directement, par les chemins ordinaires de Banyuls à Port-Vendres ; et peut-être qu'ici, comme en tant d'autres circonstances, le vice de nos malheureuses dispositions leur aurait échappé, sans la pertide clairvoyance des émigrés dont la haine vigilante avait sans cesse les yeux ouverts sur nos fautes. Un de ces cruels ennemis , du nom de Pons, ancien ingénieur attaché à la place de Perpignan, connaissant parfaitement ce pays qui était le sien, signala à Ricardos le point vulnérable de notre ligne de défense et le détermina à porter son principal effort sur le col de Mollo.
COMBAT ET PRISE DE PORT-VENDRES. — Le général La Cuesta fut chargé de l'exécution de ce plan. Il divisa ses forces en quatre colonnes : les trois premières pour aborder la crête , la quatrième pour assaillir le col. Puis il descendit des hauteurs de Banyuls-sur-Mer, et le 20 décembre, à 8 heures du matin, il débouchait en face de nos positions.
La Cuesta trouva les Français rangés en bataille derrière leurs retranchements, avec trois bataillons déployés en dehors, deux en avant de leur gauche, le troisième en avant de leur droite. Son premier mouvernent fut de rejeter ce dernier sur les deux autres, afin de découvrir le col; et il refoula toute cette avant-garde du côté de la mer. L'attaque parut ainsi peser de ce dernier côté. Delattre, qui, loin d'être sur ses gardes, se disposait , en ce moment même, à quitter sa division et à partir pour Perpignan (1), tant il jugeait sa position désespérée, Delattre, arrivant à la hâte sur le champ de bataille, surpris, donna dans le piège: il attira vers sa gauche de nouvelles forces. Ce renfort acheva de décider l'avantage que lui donnait déjà, sur ce point, l'escarpement des revers, ses retranchements, et la bonne position de son artillerie ;
(1) (I La veille du 30 frimaire (20 décembre) je demandai à Fabrc, dit Delat- « tre dans ses Mémoires, de m'accorder enfin une démission que je sollicitais « depuis quelque temps, et il convient que je partirais pour Mout-Louis. Le « lendemain, je devais me rendre à Perpignan, etc.. »
succès d'une heure qui , naturellement , ne fit qu'entretenir ses illusions.
Cependant le général Castrillo, qui commandait la gauche des Espagnols, s'avance au pas de charge sur le col de Mollo, renverse du premier choc les deux bataillons de masse qui le barraient, franchit le défilé et replie notre droite sur notre centre. Celui-ci , qui recevait déjà en face le choc de la colonne Solano, découvert en flanc, pressé de toutes parts, cède à son tour. La gauche seule, malgré les feux d'une petite flottille qui la prend à revers, continue à se maintenir; mais sa résistance , loin de rétablir le combat , compromet par son succès même la retraite devenue déjà inévitable, qui pouvait encore se faire avec ordre, et que quelques minutes perdues allaient changer en déroute. En effet, la réserve espagnole, tombant alors sur cette gauche, s'empare de quelques pièces avancées qui regardaient les anses Paullics, les tourne contre la redoute de la pointe de Biarre dont le représentant Fabre maintenait encore les défenseurs, et fait, d'une première décharge, sauter le magasin de cette redoute et les servants de sa batterie. Ce fut le coup de grâce. La retraite aloi's se fit pêle-mêle dans le bassin de Port-Vendres, et devint bientôt une débandale générale.
La Cuesta , avec une vivacité peu ordinaire aux généraux espagnols, confie à sa gauche la garde des positions qu'il vient d'enlever; puis il pousse son centre, le général Solano, sur Saint-Elme, et sa droite sur les rochers qui plongent Port- Vendres. Ces deux places avaient été prises par les fuyards pour point de ralliement; mais Saint-Elme fermait sa porte, et Port-Vendres, enveloppé de toutes parts, écrasé des hauteurs, et directement abordé par un détachement qui avait contourné la falaise pour assaillir les batteries de la côte, Port-Vendres succombait , malgré les efforts désespérés de quelques braves qui , réfugiés avec Fabre dans le chétif réduit de la presqu'île, essayaient en vain de retarder de quelques minutes les progrès des assaillants.
La foule alors se précipite à travers les rochers et reflue vers Collioure dont elle encombre bientôt les abords. Les
moins démoralisés s'arrêtent sous ses murs et s'entassent dans son faubourg; les autres s'enfuient jusqu'au camp de lu Justice.
TRAHISON DE SAINT-ËLME. — Cependant Saint-Elme paraissant faire bonne contenance, on veut s'en faire un dernier point d'appui. La municipalité de Collioure d'un côté, Delattre et Ramel de l'autre, ramènent les fuyards dans le faubourg. On reprend courage, on se rallie, la charge bat et l'on escalade le rocher de Saint-Elme. Quelques boulets partis des remparts viennent effleurer les rangs, mais on croit à une méprise et l'on continuait à avancer, quand tout à coup la mitraille dénonce une infâme trahison : les Espagnols étaient maîtres du fort. En un clin-d'œil nos soldats se dispersent dans le plus affreux désordre. Alors tout Saint-Elme tonne sur Collioure.
PRISE DE COLLIOURE. — A ccttc dernière épreuve, la ville, la garnison, sont saisies d'effroi : on enfonce les portes, on s'enfuit vers le camp ; en sorte que cette malheureuse place, dont une partie de la population arbore déjà le drapeau blanc, n'a plus bientôt pour défenseurs qu'une poignée de soldats consternés, quelques officiers inconnus, et cinq intrépides conseillers municipaux dont les noms méritent d'être conservés : Comes, maire de la commune, le procureur Bernède, Py, Colom et Nomdedeu.
Ardemment secondé par ces braves citoyens, le gouverneur Manneville essaye de sauver le château. Mais c'est en vain qu'il épuise près de ceux qui l'entourent, prières, menaces, supplications ; ses efforts désespérés n'aboutissent qu'à retenir dans les chemins couverts une soixantaine d'hommes; encore, quelques instants après, les palissades sont forcées et tout a disparu. Il restait une lueur d'espoir': des commissaires de la commune étaient partis pour le camp, chercher du secours. Mais ils reviennent bientôt, rapportant « qu'ils « ont trouvé sur les hauteurs de la Justice, à une demi-lieue « du champ de bataille, Delattre immobile, muet, comnir « glacé de stupeur, contemplant, appuyé sur son sabre, le « désastre de ses troupes ; qu'il est resté sourd à Uuirs eNlror- I. Ui
« tations ; qu'au surplus, c'est à peine s'il a conservé 600 hom- « mes (1). » Tout était donc perdu, et il ne pouvait plus être question que de capituler.
A quatre heures et demie du soir, arrive une première sommation; Manneville la repousse. La nuit survient. Groupés
(1) Voici quelques fragments du Mémoire justificatif (imprimé) que Delattre écrivit à la Conciergerie, quelques jours avant son jugement et son supplice. Nous en avons extrait tout ce qui tend à justifier personnellement rinfortun,é général, qui fut plus à plaindre encore qu'à blâmer.
« Je disposais tout pour mon départ, lorsque le citoyen Siméon Py, officier municipal, vint m'annoncer qu'il avait entendu tirer le canon du fort Biarre. La même chose me fut confirmée par mon domestique... Je partis quelques instants après... et après des ordres donnés... j'arrivai sur le plateau de Port- Vendres vers 8 h. 3/4. Je m'aperçois bientôt du désordre qui commençait à régner... Pour arrêter les fuyards, je fis fermer les grilles du passage, mais elles furent bientôt forcées. Je me portai alors en dehors, je fis barrer le chemin, je forçai tous les volontaires armés à monter vers St-Elme; je m'y portai moi-même; j'y trouvai le général Ramel accablé de fatigues.
«Nous fîmes, Ramel et moi, de longs et pénibles efi"orts pour rallier les volontaires. Nous ralliâmes quelques détachements, nous les rangeâmes en bataille le long des retranchements naturels qui se prolongent jusqu'au fort St-Elme. Je recommandai au général Ramel, qui avait repris ses forces, de se porter vers le fort, d'y faire entrer des troupes pour occuper les palissades. Je laissai le commandement des auti'es détachements aux chefs de brigade Léra et Rampon, et je me portai sur le chemin de Collioure pour arrêter les fuyards. Ils étaient déjà, en grande partie, au delà de cette ville. Je fis barrer la route par quelques gendarmes et un détachement de piquiers, mais ils fuyaient par les hauteurs. Je revins avec une centaine d'hommes armés ; nous nous avançâmes près des barrières de Port-Vendres ; mais une grêle de balles partant des hauteurs nous obligea à nous replier sur celles du Moulin qui défendent l'approche de Collioure. Je vins prendre un nouveau renfort que je conduisis de la même manière. C'est dans cette marche que j'eus mon cheval blessé. Obligé de courir à pied, j'engageai tous ceux que je rencontrai avec des armes, à se porter sur les hauteurs, mais la déroute fut complète. Je me portai alors sur le plateau du camp retranché où j 'apercevais beaucoup de volontaires ; j'y fis conduire les autres. Je les disposais par détachements qui se débandaient presque aussitôt, lorsque le maire de Collioure, accompagné de trois ofliciers municipaux, me joignit en médisant : « Général, ralliez-vous les troupes? — Que fais-je donc? lui répondis-je »... Ils m'aidèrent à rallier les plus éloignés et je m'avançai avec une centaine d'hommes vers le plateau dominant Collioure, où je les fis mettre on bataille en face de l'ennemi, et j'ordonnai un feu de file qui mit l'épouvante parmi l'Espagnol qui était déjà en grand nombre dans le faubourg... Je conduisis la colonne jusqu'au delà du Moulin; je la remis sous les ordres du général Ramel; je vins prendre une nouvelle colonne et je la conduisis vers le fort St-Elme... » Après le récit de la trahison de St-Elme, Delattre reprend : « Je me portai vers le plateau du camp retranché où je fis placer, le long des palissades, les cinq ou six cents volontaires qui s'y trouvaient. Il était 5 heures du soir. J'appris que trois officiers espagnols demandaient une entre-
autour deSaint-Elme, les Espagnols envoient deux nouveaux parlementaires annoncer que la ville va être réduite en cendres, si elle ne capitule sur-le-champ. Et, pour appuyer ces menaces incendiaires, trois bataillons, précédés de torches enflammées, descendent la montagne et s'approchent des remparts. Ce lugubre appareil redouble l'épouvante. Les bruits de trahison remplissent Tair : les défenseurs des forts ont trahi, dit-on, et encloué leurs pièces! Delattre est en fuite ! dix bâtiments de guerre, qui croisent devant le port, vont foudroyer la ville ! Les parlementaires se succèdent toute la nuit. Enfin Manneville, débordé, fait répondre à Solano qu'il peut venir, que la garnison a déserté, mais qu'il trouvera les officiers à leur poste. Douze officiers, en effet, étaient restés au château, avec pareil nombre de piquiers et cinq artilleurs.
La commune, dont l'admirable fermeté ne s'était pas un instant démentie (1), courut au rempart de la rade, tirer, en signe de protestation , sur les Espagnols entassés dans le faubourg, les derniers coups de fusil; puis elle se jeta dans une barque avec son drapeau, et gagna Perpignan où s'était déjà réfugiée, en longeant la côte, une partie des fuyards. Le reste courait vers Elne qui allait devenir son centre de ralliement.
vue... J'ordonne de les faire conduire près de moi (au Fort-Carré.) Aussitôt que la municipalité et le conseil de la commune furent entrés, je demandai à un officier de s'expliquer. »
Suit le récit d3 l'entrevue qui n'eut aucun résultat. Delattre continue :
« Vers dix heures du soir, Léra et Borelly me rapportent que nous n'avions plus au camp qu'environ 200 hommes, etc., et je vis avec douleur qu'il fallait faire une retraite précipitée. »
«Sur les 11 heures, nous nous mîmes en route pour Argelès. Je fis rassembler la garnison qui était d'environ loO hommes. Nous arrivâmes, non sans peine, à Elne, sur les 3 heures du matin. Nous entendîmes, pendant la marche, un coup de canon que nous apprîmes être le signal de l'entrée des Espagnols à CoUioure. »
(1) En tête de ces braves, il faut citer le maire Vincent Comes et François Py de Cosprons. Ce dernier, qui, quelques jours auparavant, malade, avait quitté son lit pour aller, avec soixante habitants de son hameau, ses parents ou ses serviteurs, se poster au col Formigou où. il fit bientôt reculer 1,300 Espagnols, Py n'ayant pas voulu fuir après la chute de CoUioure, alla s'enterrer dans les cavernes de ses terres. Dénoncé par une de ses parentes, il fut découvert, et mourut en captivité, victime d'odieux traitements et martyr de son patriotisme.
Le puig Oriol fut le dernier point évacué, et les derniers coups de canon y furent tirés, chargés de cailloux, par le capitaine Maraudel. Les braves auxquels était confié ce poste, fidèles au glorieux souvenir qu'il rappelait, passèrent la nuit cernés de toutes parts par l'armée espagnole ; et ce ne fut qu'à cinq heures du matin, quand le jour allait trahir leur petit nombre, qu'ils profitèrent des dernières ombres du crépuscule pour se retirer.
Quelques heures après, les Espagnols prenaient possession de Collioure et de ses forts. Ils y trouvèrent 88 bouches à feu, des magasins qui abondaient en approvisionnements de toutes sortes, un hôpital complet et quelques bâtiments mouillés dans le port et chargés de farine.
Le faible Delattre fut envoyé à Paris acquitter le fatal tribut des généraux malheureux (1). Son chef d'état-major, l'adjudant-général Ramel (2), eut aussi la tête tranchée, avec cette différence pourtant, qu'il fallut reconstituer trois fois le conseil de guerre chargé de le condamner à mort, et que son supplice dut être dérobé à l'indignation de ses soldats et consommé à l'écart. Ces infortunés payèrent pour l'infâme Dufaux, cet aventurier, ce maître de danse, ce gendarme ignominieusement chassé de son corps, à qui l'on avait confié Saint-Elme et qui l'avait vendu (3). Il échappa au supplice
(1) Le 2 nivôse (22 décembre), je réclamai auprès du général espagnol mes papiers qu'on avait laissés à Collioure et dont on ne me rapporta que quelques feuilles. Le 3, je fus mis en état d'arrestation par le comité de surveillance départemental, séant à Perpignan ; les scellés furent mis sur mes papiers ; le 8, on m'annonçait une prompte liberté, lorsqu'on vint me signifier l'arrêté qui me traduisait au tribunal révolutionnaire. Mes papiers furent inventoriés dans la journée et je demandai à partir dès le lendemain. J'arrivai enfin à Paris, le 25, et je fus conduit à la Conciergerie où je suis détenu. {Delattre à ses concitoyens : titre de son mémoire justificatif.)
(2) Ramel, frère aîné du général qui fut assassiné à Toulouse, était un jeune homme de 32 ans, ex-constituant modéré. Il était poursuivi par lu haine de Jean-Bon St-Andrédont il avait été le concurrent aux élections. Cette haine causa, dit-on, sa perte.
(3) Ce marché fut nié par les Espagnols, mais personne, en France, ne le révoqua en doute. L'émigré Pons paraît en avoir été l'entremetteur. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il reste de ce dernier (archives du dépôt de la guerre) une lettre écr te d'Argelès, en date du 4 juin et adressée au gouverneur de Collioure Valette, lettre qui offrait à celui-ci oO à GO mille francs pour le fort St-Elme. Il paraît qu'il fut vendu beaucoup plus cher, et l'on parla de trois millions.
des traîtres en passant à Tennemi, mais un décret national voua sa mémoire à l'exécration publique.
Parmi les 150 morts que nous laissions sur le terrain, on retrouva, non loin de Port-Vendres et quelques jours après la bataille, un cadavre dont la tête était percée d'une balle et le tronc haché de coups de sabre : c'était le corps du représentant Fabre qui avait noblement expié ses fautes par une mort glorieuse au milieu de la mêlée (1). Sa mémoire fut traitée par les siens comme ses restes mortels par l'ennemi. En effet, ainsi qu'on pouvait le prévoir, les autres coupables, ceux qui, par leurs basses adulations, avaient tant contribué à exalter la tète volcanique du fougueux proconsul, rejetèrent à l'envi sur ce muet cadavre toutes les causes de nos malheurs. Nous ne voulons point réhabiliter les actes de cette fiévreuse dictature à laquelle. Dieu merci, nous n'avons point épargné notre blâme. Mais, en présence de l'acharnement honteux de ces posthumes accusateurs, l'histoire n'a-telle pas le droit d'émettre quelques doutes sur l'équité de la part faite à cette mémoire si lâchement surchargée d'outrages? Il y a de grands coupables, se hâtait d'écrire au comité, sous la première impression de ce désastre, un représentant qui cependant n'avait rien à reprocher à son collègue : on ne sait ce qu'est devenu Fabre ! Ce fut la seule calomnie que le mort put démentir.
(1) Fabre fut le premier conventionnel qui eut l'honneur de mourir les armes à la main pour la république. Le 23 nivôse suivant, Robespierre, au nom du comité de salut pui)lic, prononça son éloge funèbre à la Conveotion qui décerna les honneurs du Panthéon à ce représentant fidèle à la cause du peuple et mort en combattant pour la patrie.