CHAPITRE XXVIII
RETRAITE M iVOTRE CE:\TRE SOIS PERPlGî^AÎV.
Le commandant de notre division du centre, d'Aoust est nommé, pour la quatrième fois, général en chef par intérim. — Evacuation de l'artillerie et diversion, — La retraite sous Perpignan commence. — Dernier combat. — Nos troupes se retirent au camp de l'Union.
Au départ de Doppet, le 19, d'Aoust avait repris officiellement et pour la quatrième fois le titre de général en chef. C'était bien, au reste, à lui que revenait de droit la tâche désespérante de clore une campagne aux malheurs de laquelle il avait, par ses faiblesses et ses fautes, si largement participé. Il allait bientôt fermer aussi la marche funèbre de cette longue suite de généraux, ses infortunés compagnons d'armes, qui déjà se pressaient sur la route de l'échafaud.
Le 20, à la pointe du jour, il fit commencer l'évacuation sous Perpignan de la grosse artillerie.
Dans le cours de la matinée, pendant que la Cuesta refoulait la division Delattre dans le bassin de Port-Vendres, il essaya, du côté de Saint-Genis, une sorte de diversion qui n'eut aucun résultat.
Il fut un peu plus heureux dans la soirée, quand, les fuyards de Collioure commençant à s'écouler le long de la mer sur Perpignan , il lança les hussards de Berchini sur quelques escadrons espagnols qui hasardaient une pointe vers le gué d'Ortaffa et qui furent ainsi vigoureusement ramenés.
Le 21 , à une heure après minuit, la division prit subitement les armes et se déploya en bataille dans ses lignes: elle venait d'apprendre le dénouement des désastres de la côte. Il n'y avait plus un moment à perdre : le Boulou s'ébranlait, les vainqueurs de Collioure se montraient du côté d'Argelès;
en un mot, tout annonçait que Tennemi allait nous pousser la baïonnette dans les reins, nous déborder. Immédiatement donc, les derniers ordres furent donnés pour commencer la retraite. Mais nous rfavions pas encore fait un mouvement, que nous étions assaillis de toutes parts : au centre, par 6,000 hommes aux ordres de las Amarillas; à droite, par la division portugaise; à gauche, par la cavalerie espagnole qui traversait le Tech à Brouilla et courait barrer la route au passage du Rear.
Peu s'en fallut que cette brusque attaque n'achevât d'anéantir les débris de notre malheureuse armée. Bientôt, en effet, Sauret devant le pla del Rey, Laterradc vers la grande route, perdaient deux batteries d'avant-garde ; notre gauche, vivement pressée, était dans la plus grande confusion; et la terreur s'emparant de nos jeunes soldats, des bataillons entiers allaient, à la débandade, donner tète baissée au milieu des escadrons espagnols qui avaient tourné sur nos derrières par Saint-Jean-de-la-Seille et interceptaient la grande route. 3Iais la vigoureuse résistance de Pérignon autour de Saint-Luc ayant tout à coup paralysé l'élan des Por tugais, Ricardos, toujours prompt à s'alarmer, envoya à las Amarillas l'ordre de faire halte.
Ce temps d'arrêt, brusquement communiqué à toute la ligne ennemie, nous sauva, car il permit à nos généraux de reprendre l'offensive : à Pérignon d'abord vers Saint-Luc, puis à Sauret au centre , et bientôt à Laterrade qui formait notre aile gauche. L'Espagnol, d'ailleurs, rétablissait lui-même nos affaires, en laissant ses escadrons, massés sur la grande route vers les hauteurs du Rear, refouler et nous renvoyer nos bataillons en fuite par cette ligne. Ce fut ainsi, eh effet, que Sauret et Laterrade se trouvèrent bientôt assez forts pour ressaisir leurs positions perdues. Le général Bethencourt tit le reste avec les hussards de Berchini : par des prodiges d'^ valeur, il parvint à dégager la route de Perpignan et à ba layer les abords du Rear , en sorte que, vers 4 heures du soir, nous pûmes commencer notre retraite. Elle continua en bon ordre, sous la protection du général Pérignon qui
formait rarrière-garde, Entin, à 1 heures, toute la division d'Aoust, moins 500 hommes tués ou hors de combat, 200 prisonniers et 23 pièces de canon qu'elle laissait sur le champ de bataille, s'entassait pêle-mêle dans le camp de l'Union, avec les débris que Delattre y jetait d'un autre côté.
En effet, Delattre, après s'être retiré, dans la nuit précédente, avec 300 hommes environ, sur Argelès, puis sur Elne, avait fini par recueillir 3,000 fuyards, lesquels il était ensuite parvenu, non sans peine ni péril, en réglant sa retraite sur celle de notre centre, à ramener au camp de l'Union.
Le lendemain, on attendait, sous les murs que ce camp rempli de fuyards ne pouvait plus défendre, les Espagnols victorieux. Il était si naturel, en effet, de penser qu'ils allaient couronner la campagne par le siège de notre dernier point de refuge, d'une place consternée, aux abois ! Mais une nouvelle qui arriva sur ces entrefaites, la reprise de Toulon, sauva Perpignan.