‹ Campagnes de la Révolution française dans les Pyrénées Orientales et description topographique de cette moitié de la chaine pyrénéenneChapitre 21 sur 64 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

EXPÉDITION DE RIPOLL.

Doppet succède à Dagobert en Cerdagne. — Toute la haute Catalogne est sous les armes. — Dugommier, pour soulager la division Augereau, envoie à Doppet l'ordre de descendre dans la vallée du Ter. — Passage remarquable des Pyrénées vers les sources de cette rivière. — Prise de Campredon. — Douze mille Français se trouvent ainsi portés sur la gauche des Espagnols qu'ils peuvent déborder et couper de leur base. — Belle occasion manquée.

— Doppet marche sur Ripoll, où il perd un temps précieux à détruire une manufacture d'armes. — La Union envoie le général Vives sur le Ter couper la retraite à Doppet. — Reprise de Campredon par les Espagnols.

— Situation critique de Doppet. — Sa retraite. — Campredon enlevé une troisième fois et incendié. — Doppet se replie à Pratz de Mollo. — Le général Lemoine, envoyé par Augereau au secours de Doppet, pénètre jusqu'à la Fluvia, et fait une diversion tardive sur Bezalu. — Le chef de brigade Lannes, envoyé au secours de Lemoine, termine l'expédition.

doppet en cerdagne. — A la mort de Dagobert, Doppet, qui relevait d'une longue maladie, s'était offert pour commander en Cerdagne, et sa demande avait été accueillie. Il n'avait pas encore été officiellement révoqué de ses fonctions de général en chef, de sorte que Dugommier n'était toujours, de droit, que commandant par intérim. Aussi, quand, sur le point d'aller prendre possession de son nouveau commandement, Doppet vint demander les ordres de son collègue, celui-ci s'excusa modestement et répondit : « Je suis venu à ton « secours; maintenant tu m'offres le tien. Il est beau de s'ac- « quitter, et je t'assure que j'accepte volontiers ta proposition. « L'amour de la chose publique te dévore ; je suis fier de te « ressembler. Ainsi, concertons-nous pour son plus grand « intérêt. Je te communiquerai surtout mes doutes et le be- « soin que j'aurai d'être éclairé. C'est ainsi que des républi- « cains, par un concert fraternel et vraiment patriotique,

« doivent régénérer une armée où l'intrigue et l'égoïsme ont « trop souvent sacrifié la confiance de la nation. »

Il fut simplement convenu, entre les deux généraux, que la division de Cerdagne manœuvrerait de manière à attirer l'ennemi de son côté.

Dagobert avait remué toute la haute Catalogne. Dans ces montagnes, les mouvements insurrectionnels sont lents à se propager, mais le branle une fois donné , ils deviennent terribles. A la voix de leurs prêtres, les Soumatens se levaient en masse et se concentraient sur le Llobregat d'une part et sur le Ter de l'autre. Berga, Baga, la Pobla de Llillet etCastellard étaient leurs points de rassemblement dans le bassin du Llobregat ; et sur le Ter, c'était de Vich et de Piipoll qu'ils remontaient les vallées de Ribas et de Campredon. Déjà ils débordaient en Cerdagne et insultaient chaque jour les retranchements que nous élevions autour du Belver. L'adjudant général Porte venait de culbuter, sur les hauteurs de Monteilla, un de ces rassemblements composé de 800 à 900 hommes, dont une centaine était restée sur place. Mais Doppet, sous prétexte de remédier à quelques désordres que l'habitude, contractée sous Dagobert, de vivre au jour le jour avait naturellement entraînés, Doppet, au lieu de persévérer dans une voie de réaction devenue malheureusement nécessaire, signala son arrivée en proscrivant toute excursion, et en essayant d'intempestives réformes de discipline, qui n'aboutirent qu'à mécontenter les soldats, sans rassurer les habitants du pays qu'on prétendait ramener. Ce romancier, improvisé général, était, suivant sa coutume, à se noyer dans des projets à perte de vue, dans un plan d'expédition à conduire sur Girone, par les vallées du Ter et du Llobregat, quand arrivèrent du quartier général de las Daines, des ordres précis qui l'arrachèrent à ses stériles élucubrations(l). On se rappelle, en effet, qu'à la suite de l'affaire du 30 floréal,

(1) Doppot projetait une expédition qui était en partie celle que Dagobert avait fait goûter à Carnot, mais dans des circonstances toutes différentes. Ce projet consistait à faire descendre à la fois, par les sources du Llobregat et du Ter, trois colonnes qui, marchant à la même hauteur par Berga, Ribas et Campredon, devaient arriver ensemble a Vich et marcher de là sur Girone.

Dugommier avait enjoint à la division de Cerdagne de manœuvrer de manière à attirer à elle les Espagnols qui menaçaient Augereau. Celui-ci, de son côté, devait, par un détachement sur Campredon , donner la main à cette division qui, pour le soulager, allait faire invasion dans la vallée du Ter.

prise de campredon. — Des préparatifs que Dagobert eût expédiés dans une soirée, Doppet les traîna en longueur toute une semaine, et ce ne fut qu'après avoir rassemblé 900 mulets et des vivres pour quinze jours, qu'il se crut en mesure de commencer son expédition. Il divisa sa troupe en trois colonnes, de 1,200, 2,000 et 3,000 hommes, lesquelles devaient converger sur Campredon par trois chemins différents : la première, par Pi en Contiens, Mantet et le col de Madone; la seconde, par Palau, Osseja, le col de Mayens, Doria etRibas; la troisième, par Àlp, la Moline et Tosas. La première, qui partait de Villefranche, sous la direction d'un aide de camp de Doppet, du chef d'escadron Thonin, allajt pousser droit sur Campredon. Les deux autres, qui étaient séparément conduites par Charlet et Doppet, devaient se réunir en route, à une lieue au-dessus de Ribas, à La Roca Rlanca. Charlet traînait à sa suite les 900 mulets porteurs des vivres, et Doppet l'artillerie, qui consistait en quatre obusiers de 4 et de 6, dix canons d'un calibre inférieur au 4, et deux mortiers de 6 pouces.

Il s'agissait de franchir un des chaînons les plus âpres des Pyrénées orientales. Aussi nos colonnes eurent-elles à surmonter mille obstacles; non pas toutefois à la montée, sur le revers septentrional, qui est généralement assez facile; moins encore vers les crêtes, où se rencontrent des plateaux sur lesquels circulerait à l'aise un gros corps d'armée; mais à la descente, sur les revers du sud. Là, il fallut renoncer à l'emploi des chevaux pour la conduite des obusiers qui étaient montés sur des traîneaux, et l'on eut recours à des attelages de bœufs. Les bœufs attelés, aux descentes, retiennent mieux que les chevaux, et ils ont en outre cet avantage précieux dans les montagnes, que, si le sol, ce qui arrive fré-

quemment, vient à manquer sous l'une des roues du véhicule qu'ils traînent, ils l'empêchent de verser en le soutenant sur leurs cornes. Heureusement , le temps était magnifique , et nous ne laissâmes en route ni un traînard ni un seul malade. Néanmoins, comme les torrents étaient gonflés par la fonte des neiges , nous eussions été arrêtés à chaque pas, sans les quelques ponts volants dont on avait eu la bonne précaution de se munir.

De sa première étape, de la Moline, Doppet détacha sur sa droite 600 hommes divisés en trois bataillons , qui allèrent, sous la conduite du commandant Peleuck, avec 4 bouches à feu (2 mortiers de 6 pouces et 2 républicaines), attaquer le bourg de Castellard. C'était un foyer d'insurrections , jadis célèbre dans les guerres de la Catalogne, et qui, dans celle-ci, paraissait jaloux de soutenir son antique réputation.

Charlet , de son côté, sachant que l'ennemi l'attendait au col de Mayens et à Doria, faisait tourner, par Vallsevollera et Vilaloben, ces deux passages, et en rejetait les défenseurs sur Ribas.

Le 17, les deux généraux opérèrent leur jonction au rendez-vous convenu, et marchèrent ensemble sur Ribas, en suivant la gorge du Ripart, et en s'éclairant sur leur droite par un gros détachement. Ces flanqueurs étaient chargés d'enlever un ermitage auquel ils allaient naturellement aboutir, qui dominait Ribas, et qui formait le réduit de sa défense. Des Suisses occupaient ce poste; ils firent assez bonne contenance, et il fallut du canon pour les forcer. Alors seulement la colonne expéditionnaire put entrer à Ribas.

Elle y installa une forte garnison, et, le lendemain, après avoir rallié les trois bataillons qui venaient d'être repoussés de Castellard, elle se remit en marche pour franchir l'énorme arête qui la séparait de Campredon.

Cette nouvelle traversée fut plus rude encore que celle de la grande chaîne. Charlet dut même rester en arrière avec tous les bagages. Quant à Doppet, il parvint à remonter le torrent de Segalell, et alla bivouaquer près de Perdinyas, sur un vaste plateau qui s'étend au pied de l'arête de séparation

des deux vallées. Il en repartit le 19, non sans débuter par un engagement assez vif. Enfin , au bout de huit heures des plus rudes fatigues, il atteignit Campredon.

Cette ville était à nous depuis la veille. Le 18, en effet, vers deux heures de l'après-midi, au moment où le commandant Thonin abordait la place d'un côté, arrivait de l'autre l'adjudant général Bon, qu'Augereau venait de détacher de Saint-Laurent de la Muga, pour donner la main à la division de Cerdagne. Bon s'était mis en route le 17 au matin, et comme les Espagnols barraient le chemin direct de la Muga au Ter, il était d'abord rentré par Coustouge dans le Vallspire , et avait ensuite repassé la chaîne par le col des Aires, d'où il était descendu sur Campredon. Ces deux colonnes, réunies, avaient arraché sans peine la ville aux 1,200 miquelets qui l'occupaient, et elles achevaient de les débusquer des hauteurs de Saint-Antoine où ils s'étaient retirés, quand parut Doppet.

Charlet arriva le lendemain, en sorte que Doppet avait à sa disposition, dans une vallée qui tournait les derrières de l'ennemi, 7,400 combattants. Augereau en commandait encore 5,000, à moins de deux journées de marche de Campredon. C'était donc, pour ces deux divisions, le moment de s'entendre et de frapper ensemble, sur la gauche débordée des Espagnols ou sur leur ligne d'opération découverte, un coup décisif. Mais Doppet, qui seul était en position de prendre l'initiative, n'entendait rien à la guerre ; et Augereau, qui n'avait aucun ordre précis, restait paralysé entre la plaine, à laquelle son éloignement l'empêchait de porter secours, et les montagnes , où il lui répugnait de s'enfoncer davantage; enfin Dugommier laissait faire. Aussi, comme tout ce qui allait suivre allait être pitoyablement 'conduit!

Embarrassé d'une avance de la fortune, de ce précieux renfort que son collègue lui avait si opportunément dépêché, Doppet se hâta de renvoyer à Saint-Laurent , par où il était venu, le général Bon ; seulement, il profita du retour du lieutenant d' Augereau, pour faire escorter jusqu'à Mollo un déta-

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colonnes qui devaient, en suivant les crêtes, aboutir, celle de droite à la Sefiora del Callar, celle de gauche à San-Bartolomeo, ermitages qui, avec un troisième, celui de San-Antonio, enserrent et dominent Ripoll.

Sous la protection de ces flanqueurs, qui eurent bientôt à dissiper des nuées de Soumatens, la colonne expéditionnaire descendit tranquillement la vallée, mit garnison à San-Juan de las Abadessas qu'elle traversa , et à Vallfogona qu'elle laissa sur sa gauche ; puis elle aborda Ripoll.

Les habitants, après une courte fusillade, abandonnèrent la ville et se réfugièrent, les uns sur l'éminence de Callar où nos éclaireurs de la rive droite , arrêtés par le camp de Vanol, n'avaient pu les prévenir, les autres à l'ermitage de Saint-Antoine, qui formait le réduit de la position. Ces deux postes ne tardèrent pas à être emportés, et nos troupes , ayant alors pénétré dans la ville, s'acheminèrent aussitôt sur la route de Vich , jusqu'à la hauteur de Gaffa-Llups.

Mais, nous n'avions plus ni le temps, ni les forces nécessaires pour rien entreprendre sur la ligne d'opération de l'ennemi ; et tout le temps passé à Ripoll , au delà de quelques heures pour en bouleverser la manufacture d'armes, ne pouvait qu'aggraver notre situation. Néanmoins, Doppet devait perdre encore, dans sa nouvelle conquête, six grandes journées; Aussi allait-il payer à la fin tant de lenteurs et de fautes. -

retour offensif des espagnols. — En effet, le comte de la Union, qui d'abord s'était pris d'une vive alarme pour sa gauche et ses derrières , avait bientôt jugé , au peu de mouvement que se donnait Augereau pour seconder la marche tournante de Doppet , qu'il n'était pas sérieusement menacé par la vallée du Ter. Alors il avait chargé un de ses plus habiles lieutenants, le général Vives, d'aller couper la retraite à cette division française qui s'était aventurée sans but sérieux jusqu'à Ripoll. Il avait en même temps expédié à la Cuesta, qui commandait la Seud'Urgel, l'ordre défaire irruption en Cerdagne.

Ce retour offensif était , de la part de l'ennemi , une heu-

reuse inspiration, qui pouvait changer l'aspect de la campagne.

Vives remplit sa tâche avec intelligence. A la tête de 1,200 hommes d'élite et de 300 chevaux, il alla prendre à Olot 6 à 7,000 paysans qui s'y étaient rassemblés et qu'il porta vers les sources de la Fluvia, face à l'intervalle entre Campredon et San-Juan ; puis il se dirigea, avec sa troupe d'élite, par Bajet, sur le village de Mollo, d'où nous gardions, avons-nous dit, le col des Aires.

Le 27, une première bourrasque sur notre poste de San- Pau , qu'au reste la garnison du château de la Marinière para sans peine, nous annonça l'approche de l'orage. Il éclata le 28, et assaillit à la fois San-Juan, le pont de Fourcara et Campredon. Charlet se défendit à outrance pendant 36 heures, dans le fond de la vallée d'abord, puis sur les hauteurs. Forcé enfin sur tous les points, affaibli de 150 hommes tués et d'un grand nombre de blessés , il profita de la nuit du 29 au 30 pour se jeter dans les montagnes, abandonnant son artillerie et ses bagages. Le chemin du col des Aires venait d'être intercepté à Mollo parle général Vives, qui avait eu facilement raison du faible détachement que nous y avions envoyé. Charlet donc se dirigea sur le pic de Costabone, franchit le col de Prégund, et gagna ainsi directement, à travers un dédale de rochers et de précipices, notre petite place de Villefranche, où il fut recueilli le 1er messidor, à 7 heures du soir.

retraite de doppet. — Doppet, immobile à Ripoll, ignorait tout, Cependant, inquiet des rassemblements qui s'amassaient autour de lui et menaçaient ses communications, il prit enfin la résolution de se retirer. C'était le 30 prairial (18 juin). Il se fit précéder par une forte avant-garde, chargea 1,500 chasseurs de tenir les crêtes qui longeaient sa droite, détacha quelques pelotons de flanqueurs sur sa gauche; puis, avec le gros de sa colonne, il suivit le fond de la vallée. Il remonta ainsi, sans rencontrer la moindre résistance, jusqu'à San-Juan. Là, surpris du calme qui régnait autour de lui et soupçonnant quelque piège, il se mit à la tête de son

avant-garde, et continua. Les rencontres alors commencèrent. A l'extrémité des coteaux de San-Pau, au-dessus du château de la Marinière, nos éclaireurs de droite eurent à dissiper un rassemblement de plusieurs milliers de paysans. Le général lui-même se heurta bientôt, à La Real, contre un parti assez considérable qui lui barrait le chemin, et qu'il fit enfoncer à la baïonnette. Enfin, comme il débouchait en vue de Campredon , il reconnut d'un clin d'œil qu'il était coupé : car, depuis le pont de La Roca jusqu'à l'ermitage Saint- Antoine, tout le bassin de Campredon venait de lui apparaître encombré d'Espagnols. Alors il» arrêta sa colonne sur place : son centre à une demi-lieue en deçà de la ville, dans un élargissement de la vallée, ses chasseurs de droite au pied du mont Saint-Antoine, et sa gauche, à la hauteur de son centre, sur un morne dont l'occupation avait été arrêtée d'avance.

Campredon, petite ville de 6,000 âmes, est bâti dans le fond d'une conque assez ample , sur la rive gauche du Riutort qui vient là confluer avec le Ter. Dans la fourche des deux torrents, s'élevait jadis, sur un rocher de 40 mètres de hauteur, un château-fort qui avait été pris et rasé en 1689, par le duc de Noailles, après un siège remarquable. Une autre éminence, moins rapprochée que celle du château, mais d'un relief supérieur, commande aussi la ville : c'est la montagne Saint-Antoine. Assise sur le roc, cultivée à mi-côte, et terminée par un bois de sapins qui entourait l'ermitage dont elle a pris le nom, cette montagne, véritable clef de la position, était, de la base au sommet, hérissée de retranchements.

Là, des troupes ordinaires, bien commandées, eussent été inexpugnables. Malheureusement pour les Espagnols, celles qui composaient, autour de Campredon, la majeure partie ée leurs forces, étaient des bandes irrégulières de Soumatens, que l'absence de Vives (il était blessé) laissait à toutes leurs habitudes d'indiscipline. Or, voici ce qui en résulta. Vers la chute du jour, ces hordes confuses, voulant passer la nuit à leur aise, descendirent dans la plaine pour y bivouaquer. Doppet profita de cette faute. Par ses ordres, 600 chas-

seurs d'élite, se glissant dans les ténèbres le long des ravins, rampèrent, sans être aperçus, jusqu'au deux tiers delà montée, et atteignirent un palier désert où ils vinrent se reformer en silence; puis de là, vers deux heures du matin, ils s'élancèrent sur l'ermitage qui fut immédiatement emporté. La chute de ce point capital nous rendit maîtres de Campredon, où nous pénétrâmes à la pointe du jour (1er messidor).

À peine y avions- nous passé quelques heures, que, dans la ville, dans toute la campagne environnante , éclata soudain un violent incendie (1). Il fallut vider la place sans différer. Or, comme Vives, persuadé que nous allions suivre les traces de Charlet, venait de faire évacuer Mollo pour en porter les troupes du côté du pic de Costabone, Doppet se hâta de gagner le col des Aires et arriva le lendemain à Pratz de Mollo.

La nouvelle de la reprise de Campredon précéda, au quartier-général de Lu Jonquère, celle de l'évacuation de Ripoll ; en sorte que , dans la supposition si naturelle que Doppet courait les plus grands dangers, on expédia à Augereau l'ordre de tenter immédiatement tout ce qu'il pourrait, tout ce qu'il jugerait convenable, pour sauver, s'il en était temps encore, le malheureux général que l'on croyait perdu. Or, voici le parti qu'Augereau crut devoir prendre.

Une grosse bourgade des bords de la Fluvia, point de départ d'un assez bon chemin de traverse qui conduit à Girone, Bezalû, se trouvait ainsi à la fois et sur le principal chemin de retraite de Vives, et à portée de la ligne d'opération de l'armée de la Union. Une diversion sur ce point, si essentiel à la sûreté des deux généraux ennemis, ne pouvait donc manquer de produire un bon effet; déplus, elle nous rapprochait du Ter. En conséquence , Augereau chargea le général Lemoine d'enlever Bezalû.

Lemoine donc, à la tête d'un millier de chasseurs, partit,

(1) Doppet, dans ses mémoires, décline la responsabilité de cet incendie, et la rejette sur Charlet, qui la renvoya aux Espagnols. Ceux-ci du moins furent les seuls qui profitèrent de ce triste événement, car il souleva contre nous toute la haute Catalogne.

le 1er messidor (19 juin), de Saint-Laurent de la Muga. Il se dirigea d'abord sur le camp espagnol de l'Estrella (de l'Etoile), qu'il atteignit le lendemain et qu'il enleva; puis, prenant par Kadô et franchissant le col de Sacreu, il arriva le soir au village de Maya, où les torrents débordés le contraignirent de passer la nuit. Le 3, il parut devant Bezalû qu'il força, après un combat d'une heure. Le bourg fut livré au pillage. Nous y trouvâmes quatre drapeaux, un magasin d'effets militaires, 40 barils de poudre, 22 tonneaux de cartouches, et une célèbre abbaye dont nos soldats et les caisses de l'armée se partagèrent les riches dépouilles.

Cependant Augereau, apprenant que Doppet avait repassé la frontière , expédia à Lemoine l'ordre d'évacuer un poste qui nous devenait inutile; et comme des rassemblements considérables s'étaient formés sur la ligne qui devait lui ramener son lieutenant, il envoya à sa rencontre 1,200 hommes commandés par le chef de brigade Lannes, détaché tout exprès de la division du centre. Lannes eut bientôt percé le rideau d'émigrés et de Soumatens qui interceptaient les communications entre la Muga et la Fluvia, en sorte que Lemoine put effectuer sa retraite sans obstacle et rentrer dans ses lignes de Saint-Laurent.

Ainsi se termina cette triste expédition de Ripoll. Habilement conduite, elle eût été une des combinaisons les plus brillantes de la campagne; mais, telle que Doppet l'avait faite, elle rappelait presque nos mauvais jours de 1793, et eût remis en question la sûreté même de notre propre frontière, dans les montagnes du moins, sans la revanche signalée que nous allions prendre en Cerdagne.

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