‹ Campagnes de la Révolution française dans les Pyrénées Orientales et description topographique de cette moitié de la chaine pyrénéenneChapitre 24 sur 64 · BATAILLE DE SAINT-LAURENT DE LA MUGA · texte numérisé non relu

BATAILLE DE SAINT-LAURENT DE LA MUGA

Situations des deux armées. — Plan de la Union. — Attaque de droite. — Description de cette partie du champ de bataille. — Position d'Augereau. — Les Espagnols marchent sur lui en six colonnes. — L'action s'engage. — Les hauteurs de Terradas et le pont de Grau sont emportés. — Saint-Laurent et la chapelle Saint-Georges se soutiennent. — Hésitations de l'attaque. — ■ Mouvement décisif d'Augereau. — Mort du général Mirabel. — Déroute des Espagnols. — Résistance du poste de Darnius. — A ttaque de gauche. — Elle est vigoureusement repoussée. — Tentativede débarquement, qui échoue également. — Eloge du général Mirabel et des généraux de cette époque.

situations des deux armées. — L'armée française était forte de 34,000 combattants, 9,000 à droite, autant à gauche, et 16,000 au centre. La droite, qui venait d'être renforcée, persistait à rester isolée sur la haute Muga ; le centre était absorbé par le blocus de Bellegarde; enfin la gauche, campée, comme nous l'avons dit, sur le penchant des Albères,en avant de Cantallops, était flanquée par la brigade Victor, qui, du col de Banyuls, veillait sur la côte. La pénurie de fourrages, qui commençait à se faire sentir, nous avait forcé de réduire notre cavalerie à 1,800 chevaux.

L'armée espagnole venait de recevoir une excellente brigade irlandaise, plusieurs nouveaux régiments suisses, un grand nombre de recrues, et 6 à 7 mille hommes de vieilles troupes, qu'avaient remplacés dans leurs garnisons les corps que Tunique clause respectée de la capitulation de Collioure éloignait du théâtre de la guerre; en sorte que cette armée ne comptait pas moins de 45,000 soldats disponibles, dont 4,000 cavaliers bien montés. Voici /Tailleurs quelles étaient ses positions.

Sa gauche, qui communiquait avec Campredon par le col

de Bassagoda, courait de l'ouest à l'est, en avant et suivant le cours du Manol, depuis Llorona, aux sources de ce torrent, jusqu'à Vinyonnet sous le canon de Figuères. De cette forteresse, son centre s'avançait en échelons par les plateaux de Llers, jusqu'à la chapelle de Roure. Enfin sa droite longeait la route, de Pont-des-Moulins à Camany, puis se retournait à l'est pour finir à Espolla. Si donc les Espagnols avaient repris sur nous la supériorité du nombre, ils n'avaient point reconquis celle des positions, puisque leur éparpillement dépassait encore de beaucoup le nôtre.

La Union avait le projet d'attaquer à la fois nos deux ailes, et de se rabattre ensuite, de part et d'autre, sur notre centre. Il devait porter son premier et principal effort sur notre droite et sur les passages correspondants de la frontière, puis, cette droite écrasée, marcher par Massanet, La Bajols et les plateaux de Las Illas, sur le col Portell, d'où il comptait se mettre en communication avec Bellegarde pour y jeter un grand convoi qui était tout prêt. Enfin, des troupes de débarquement étaient chargées de nous enlever le col de Banyuls, notre dernière issue pour repasser les Pyrénées.

Ainsi, il ne s'agissait plus seulement de ravitailler Bellegarde : c'était une bataille générale, sur une ligne de sept lieues d'étendue, qui se préparait; ou plutôt c'était, en sens inverse, la grande manœuvre de Dugommier au Boulou, que le vaincu du 12 floréal prétendait répéter. Voyons maintenant comment il allait rendre à son maître la leçon qu'il avait si bien retenue.

ATTAQUE DE DROITE

champ de bataille. — Comme au 30 floréal, le gros de l'orage devait fondre encore sur la haute Muga, que nous connaissons déjà, mais qu'il importe de reparcourir, pour bien comprendre la lutte complexe qui allait ensanglanter de nouveau ces montagnes reculées.

On se rappelle que la Magdelaine est la tête d'un gros il. 40

chaînon qui va en s'allongeant vers Test, entre la Muga d'une part, et un affluent du Manol de l'autre. Cette tête est à demi détachée du corps du chaînon, par une profonde échancrure qu'on appelle col de la Salud. Le chaînon se relève ensuite, et sa ligne faîtière se réduit bientôt à une arête aiguë, le long de laquelle on ne rencontre plus que de périlleux sentiers. Mais cette arête, appelée Roca Blanca, ne tarde pas às'émousser, au point qu'elle finit même par se confondre avec le vaste plateau de Llers.

Le revers méridional de ce chaînon, et les bords escarpés de la Muga qui en ronge le pied, opposent à la circulation les plus grands obstacles. Le revers sud, au contraire, ainsi que l'affluent du Manol qui le côtoie sous le nom de gorge de Terradas, offrent des pentes accessibles et un terrain assez facile. Aussi est-ce par là que s'ouvre, entre Figuères et Saint-Laurent de la Muga, la circulation habituelle, qui peut prendre, soit le fond de la gorge, soit le penchant du chaînon, soit sa crête elle-même. Quoi qu'il en soit, ces trois chemins se réunissent à Terradas, village qui est enterré dans la gorge à laquelle il a donné son nom, et qui correspond à la hauteur de la Salud, dont le col mène à la Fonderie. De Terradas, on n'a plus alors, pour aboutir à Saint- Laurent, qu'à longer le pied de la Magdelaine. On peut aussi se porter de Figuères à Saint-Laurent, sans passer par Terradas, et voici comment : on remonte la rive gauche du Manol jusqu'à Sistella ou jusqu'à Estrella, et à l'une ou à l'autre de ces deux stations, on tourne au nord et l'on gagne le pla de l'Avat qui, de la rive droite de la Muga, commande Saint-Laurent ; ou bien, si l'on veut aborder ce bourg par la rive gauche, sur laquelle il est bâti, on continue à remonter le Manol jusqu'à Llorona, puis l'on se dirige sur Albanya où l'on passe la Muga, qu'il ne s'agit plus que de descendre, pour atteindre le but proposé.

De Saint-Laurent, qui est adossé à la grande chaîne, montent ensuite plusieurs rampes qui vont aboutir à différents cols de la frontière. Toutefois, avant de s'écarter définitivement les uns des autres et de disparaître dans les anfractuo-

sites des montagnes, ces sentiers s'abordent un moment sur un des premiers gradins de la montée, à une petite chapelle, dite de Saint-Georges, qui se présente comme un poste de surveillance pour garder Saint-Laurent du côté où ce bourg estouvert; carilest, cebourg,sur tout le reste de son pourtour, enveloppé par un court lacet que la Muga trace entre deux ponts, le pont de Grau, en amont, et un autre en aval. C'est à partir de ce dernier que recommence, en sens contraire du lacet précédent, un nouvel et grand anneau de la rivière. Celui-ci n'est autre, du reste, que cette courbe de la Muga, dont nous avons déjà parlé, qui contourne la croupe de la Magdelaine sur un développement de trois kilomètres, et dont la Fonderie marque l'extrémité opposée à Saint-Laurent.

On résume parfaitement tout ce champ de bataille en se plaçant sur les cimes delà Magdelaine. Delà, en effet, comme d'un observatoire, si vous parcourez des yeux l'horizon, en tournant du sud au nord, vous découvrez successivement : le couloir d'Albanya, d'où la Muga se précipite en cascades sur Saint-Laurent ; tout contre ce bourg, le plateau de l'Avat, qui couronne la berge droite du torrent; Terradas ensuite, et sa gorge ; dans le prolongement de la Magdelaine, la métairie de Salud, son col, le mas de la Guardia, et les crêtes du Roc Blanc; puis, de l'autre côté de cette sorte de ligne de partage, la Muga qui reparait, l'âpre vallée par où elle s'engouffre pour gagner la plaine, et, en tête de ce tronçon de vallée, la Fonderie ; enfin, comme un immense amphithéâtre où la chapelle Saint-Georges occupe un point presque imperceptible, la grande chaîne pyrénéenne, qui remplit le reste du panorama,

dispositions des deux partis. — Nous nous rappelons comment, le 30 floréal, Augereau était installé sur ce terrain. Sa position, doublement vicieuse, l'isolait de notre centre, en même temps qu'elle laissait la Magdelaine abandonnée. Or, de ces deux défauts, dont l'un du reste ne pouvait être atténué qu'en aggravant l'autre, le général n'avait corrigé que le moins dangereux : il occupait la Magdelaine et ses abords qui regardent Figuères, mais il n'avait rien fait pour se relier au

blocus deBellegarde. Voici, au surplus, quel était l'arrangement de ses troupes.

Le général Lemoinc, qui avait été définitivement rendu à cette division, occupait, avec six bataillons de chasseurs, Terradas et les crêtes au nord de ce village, lesquelles font suite à la Magdelaine passé le col de la Salud. Une batterie, établie à mi-côte, reliait à ces crêtes le fond de la gorge, tout en éclairant l'avenue de Figuères.

L'adjudant général Bon, qui commandait le reste des chasseurs, déployé en travers du pla de l'Avat, barrait ainsi les chemins venant du Manol, et couvrait à la fois le pont de Grau et Saint-Laurent, postes que défendaient en outre plusieurs batteries de position.

Guieux gardait la Fonderie, dont les retranchements avaient reçu des accroissements considérables. Sur sa gauche, étaient échelonnés trois des six bataillons de la brigade Mirabel. Les trois autres, sous les ordres immédiats de leur chef, occupaient, à droite, la Magdelaine, et formaient la réserve.

Enfin, la brigade Davin, chargée de la frontière du Vallspire, était répandue sur le revers de la grande chaîne, sa gauche à la crête des monts, son centre groupé autour de la chapelle Saint-Georges, et sa droite touchant le pont de Grau. Ces 9,000 hommes, ainsi dispersés, allaient recevoir le choc de 22,000 Espagnols. C'était plus qu'il n'en fallait pour accabler notre imprudente division, et l'ennemi, pour cela, n'avait plus à satisfaire qu'à une seule condition : celle d'opérer en masse. Or, cette condition fut précisément la première dont il eut hâte de se départir, et il ne le fit point à demi, car il forma six colonnes.

La première, forte de 12,000 combattants, la division Curten, qui allait remonter la gorge de Terradas, était destinée à assaillir la brigade Lemoine. Les quatre suivantes avaient ordre de déboucher de la rive gauche du Manol, savoir : le général Cagigal sur Saint-Laurent ; Yzquierdo et le brigadier Perlasca, sur les flancs gauche et droit des deux batteries du pont de Grau, et le maréchal de camp Godoy,

sur la chapelle Saint-Georges. Ce dernier arrivait par la gorge d'Albanya, pour couper nos communications en arrière. Enfin, 2,000 hommes isolés menaçaient Darnius. Ces six colonnes devaient, après avoir atteint chacune son but respectif, mais alors seulement, converger sur la Fonderie.

combat. — Elles se mirent en marche dans la soirée du 25 thermidor (12 août) , et le 26 , vers trois heures du matin, chacune d'elles abordait, avec une précision remarquable, le point qui lui était assigné.

Lemoine, accablé par 12,000 assaillants, perd d'emblée la gorge deTerradas; il essaye de se défendre sous sa batterie du penchant de la montagne ; mais, forcé sur tous les points, il se retire en deux colonnes : l'une qui se glisse le long du revers méridional de la Magdelaine, en se rapprochant de notre réserve ; l'autre qui est rejetée sur le versant opposé, vivement poursuivie, et contrainte de chercher un refuge sous les batteries de Saint-Laurent.

Là déjà, les chances s'étaient partagées. Perlasca et Yzquierdo avaient emporté le pont de Grau; mais ils attendaient, pour déboucher sur la rive gauche de la Muga, la chute de la chapelle Saint-Georges, et Godoy était arrêté devant ce poste. D'autre part, Cagigal avait été culbuté devant Saint-Laurent par les chasseurs Bon, et ceux-ci, appuyés à ce bourg et à une butte voisine qu'une partie de la brigade Lemoine avait prise pour point de ralliement, ces intrépides chasseurs faisaient la meilleure contenance.

Cependant Curten, qui avait laissé en réserve, dans la gorge de Terradas, pour garder le chemin de Figuères, la moitié de sa colonne, venait avec l'autre de balayer les crêtes que Lemoine avait abandonnées, et il descendait surlaSalud. C'était le chemin de la Fonderie et le moment de s'y précipiter. Mais il avait été convenu que, pour cette attaque périlleuse (on se rappelait le 30 floréal), les colonnes s'attendraient. Or, Curten voyait Cagigal fort maltraité par le général Bon, les deux colonnes suivantes attendant pour franchir la Muga le succès de Godoy, enfin ce dernier tou-

jours arrêté devant la chapelle Saint-Georges. A son tour, il s'arrêta.

Ce temps d'arrêt sauva tout. Augereau, qui s'était transporté avec une partie de la brigade Guieux à Saint-Laurent, dès qu'il avait reconnu que c'était là le point menacé, Augereau, avec un coup d'œil qui annonçait déjà le héros de Castiglione, s'empare de cette hésitation. Ses adversaires, Curten d'une part, les colonnes de Saint-Laurent de l'autre, forment une ligne rentrante qui a son coude à Terradas , leur point de retraite, et qui est interrompue au sud du village : il va, par cette trouée, saisir la clef du champ de bataille. Augereau donc ordonne à Mirabel et à Lemoine de se jeter sur Terradas, c'est-à-dire sur le flanc gauche et les derrières de Curten, tandis que lui-même, à la tête de la brigade Guieux, il marchera par le penchant de la Magdelaine, et abordera de front, à la Salud, ce redoutable ennemi. Bon et Davin auront raison du reste.

Augereau arrive sur Curten vers midi. Soudain une lutte furieuse s'engage ; l'ardeur est grande de part et d'autre , elle l'emporte du côté des Français , mais le nombre est du côté des Espagnols : la victoire flotte indécise.

L'audace de Mirabel la fixa. Il fond sur Terradas comme un trait. Son impétuosité lui est fatale, car il tombe pour ne plus se relever; mais il a donné l'impulsion; Lemoine, d'ailleurs, qui marche à gauche, dirigera les deux colonnes. Epuisé par les souffrances d'une longue maladie, Lemoine ne peut se faire entendre, mais son chapeau de commandant, qu'il élève au bout de son épée, montre le chemin, et la charge reprend avec une nouvelle furie. Alors la Union, voyant sa retraite compromise, ordonne à Curten de se replier sur Figuères. Les trois colonnes qui ont attaqué Saint- Laurent par le pla de l'Avat, se hâtent de suivre ce mouvement en arrière; elles sont, du reste, serrées de près par le général Bon, qui a bientôt rejoint Augereau. Tous les Espagnols de la rive droite de la Muga battent donc en retraite, et sont poursuivis jusqu'à Palau. Quant à ceux de la rive gauche, Davin, qui venait de descendre de la chapelle Saint-

Georges, les refoulait dans la gorge d'Albanya et leur faisait essuyer de nouvelles pertes.

Les vainqueurs ne firent que 140 prisonniers. Mort aux violateurs de la capitulation de Collioure ! L'impatience d'un combat si longtemps, si ardemment attendu, débordait dans ces cœurs aigris par la souffrance : ils furent sans pitié, et la nuit seule arrêta le carnage. On porta la perte des Espagnols, qui d'ailleurs ne s'étaient jamais mieux battus, à 1,500 morts et 800 blessés. Nous eûmes, nous, 200 hommes tués et 600 gravement atteints.

C'était pendant ce terrible combat de seize heures, que le Moniteur du jour promenait dans toute la France le tableau enflammé de nos griefs contre l'Espagne, et le fameux décret de guerre à mort, rendu le 23 par la Convention, décret que nos soldats semblaient avoir deviné.

Le bataillon de Darnius s'était encore couvert de gloire en résistant, toute la journée, à 2,000 assaillants qui devaient ensuite attaquer la Fonderie.

ATTAQUE DE GAUCHE

A quatre heures du matin, 15,000 Espagnols avaient débouche à la fois sur notre gauche et sur notre centre. Ils formaient trois colonnes échelonnées par la droite: la première, sans canon ni cavalerie, remontait le torrent de Yilaortoli, et cherchait à gagner le hameau de Récasens, qui est situé un peu au-dessous du col Fourcade ; la seconde, flanquée d'artillerie et de 1,300 chevaux, se dirigeait par le ruisseau de Camany, sur Cantallops ; la troisième, également composée de troupes de toutes armes, s'avançait de Pont-des-Moulins par la grande route, et semblait former la réserve. Cette dernière était accompagnée de cent voitures chargées d'approvisionnements qu'on destinait à Bellogarde.

A l'exemple de ses adversaires, le général Sauret forme aussi trois colonnes. Récasens étant le point le plus menacé, il commence par y dépêcher l'adjudant général Destaing,

avec trois bataillons; puis, il en dirige trois autres, commandés par le général Causse, sur la gauche du deuxième échelon d'attaque; enfin, à la réserve qui débouche parla route, il oppose neuf compagnies de grenadiers aux ordres du général Micas.

Destaing, après s'être débarrassé des tirailleurs qui cernaient déjà les abords de Récasens, se jette sur le premier échelon espagnol, le repousse jusqu'à Vilaortoli, et déborde à droite le second, qui, déjà menacé à gauche par Causse, n'a que le temps de se replier sur la réserve. Celle-ci, à la vue de trois colonnes françaises qui vont se réunir contre elle, suit le mouvement de retraite jusqu'au pont de Camany. Là, profitant de quelques ouvrages ébauchés, les Espagnols font halte et mine de résister; mais, à l'approche de nos soldats qui continuaient à avancer comme en rase campagne, ils se replient sur Notre-Dame de Roure. Ce poste passait déjà pour le réduit de leurs lignes; aussi le général Sauret ne crut-il pas prudent de les poursuivre jusque dans ce dernier retranchement, et il se retira de son côté. Cependant, vers midi, au bruit lointain de la canonnade qui reprenait du côté de Saint- Laurent, nos trois brigades se reportèrent en avant, puis, s'étant déployées de Camany à Vilaortoli, elles tinrent de cette façon l'ennemi en échec jusqu'au lendemain matin. Elles avaient tué une cinquantaine d'hommes, c'est-à-dire tout ce qu'elles avaient pu atteindre, sauf pourtant un prisonnier, un seul, qui avait été épargné parce qu'il était Hollandais.

Cette lutte à mort, qui avait commencé dans les hautes montagnes, à sept lieues du rivage, devait jj'étendre jusqu'à la côte et rougir les flots de la Méditerranée.

La brigade Victor, qui gardait le col de Banyuls, était en même temps chargée de surveiller la côte catalane. Or, elle avait, le long de celle-ci, trois postes échelonnés par le col de los Frares et les villages de Colera et de Llança. L'anse de Colera, dont le village est assez éloigné, était le point de débarquement qu'avait choisi la marine espagnole. En conséquence, deux vaisseaux de ligne, une frégate et quatre cha-

loupes vinrent s'embosser devant cette station et jeter sur sa plage déserte 4,800 hommes, qui, à peine à terre, parurent se disposer à marcher sur le col de los Frares, dont la chute devait entraîner inévitablement celles de nos deux autres postes. Mais le bataillon qui occupait le passage menacé , le 1er du Tarn, sans donner aux assaillants le temps même de se former en colonne d'attaque, se précipite sur eux, les aborde, les enfonce, en passe 23 par les armes, et, en dépit des bordées de l'escadre , poursuit les fuyards jusque dans leurs canots.

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