‹ Campagnes de la Révolution française dans les Pyrénées Orientales et description topographique de cette moitié de la chaine pyrénéenneChapitre 28 sur 64 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

LIGNES DE FIGUÈRES.

Description du terrain embrassé par l'armée espagnole. — Position défensive que cette armée aurait dû prendre. — Etrange projet de la Union pour nous forcer à repasser les Pyrénées. — Lignes de Figuères. — Elles figurent les lignes d'approche d'un assiégeant devant une place forte. — Ridicule extension donnée à ces travaux. — Choix malheureux des points occupés. — Excellente confection des retranchements. — Ce que nous avions de mieux à faire devant ces lignes, pour en avoir raison. — Situation numérique et distribution des deux armées.

La route d'Espagne, entre le col du Pertus et Figuères, divise le terrain quelle traverse ainsi du nord au sud, en deux parties ou pour mieux dire en deux régions qui présentent chacune un aspect bien tranché : à l'ouest, de hautes montagnes et des gorges profondes; à l'est, des accidents secondaires, des enchaînements de collines d'un faible relief et des vallons aux berges adoucies. La région bouleversée de l'ouest a pour charpente d'énormes et longs contre-forts qui, d'abord perpendiculaires à la chaîne pyrénéenne, tournent ensuite à gauche et se terminent par de vastes plateaux dont la grande route borde le pied. La partie du levant, au contraire, est simplement esquissée par quelques nervures peu saillantes qui arc-boutent la bande inférieure du brusque et uniforme versant des Albères.

position générale des espagnols. — C'est sur ce terrain que les Espagnols voulaient arrêter l'invasion française. Or, ce qu'ils avaient pour cela de mieux à faire, c'était évidemment de concentrer leurs forces dans les montagnes du couchant, en s'appuyantàla belle forteresse qui en occupe, en arrière, la croupe orientale. Ils eussent ainsi, il est vrai, laissée ouverte, sur leur droite, une large trouée; mais cette

brèche n'aurait été qu'un piège tendu à leurs adversaires, à supposer ces derniers assez imprudents pour s'aventurer entre une armée soutenue par une grande place forte d'une part, et un port de guerre ouvert à une escadre menaçante de l'autre.

C'est ce que la Union avait d'abord paru comprendre, lorsqu'après sa défaite du Boulou, ayant rallié les débris de son armée sous les murs de Figuères, il commença à s'étendre et à se retrancher sur les plateaux qui dominent, à l'ouest, la cbaussécde France. Il s'était ainsi échelonné jusqu'à la Muga, par une succession d'ouvrages qui, d'un côté, battaient la route, et de l'autre, barraient les chemins ouverts à notre division de droite pour tomber sur sa gauche. Aussi, attaqué par nous dans cette position, le 19 prairial, avait-il fini par rester maître du champ de bataille, quoique alors ses retranchements fussent à peine ébauchés. Cependant, la division Sauret étant venue, le 1er messidor, s'établir autour de Cantallops, en face de cette sorte d'avant-plaine qui raccorde le pied des Albères avec la rase campagne de l'Ampurdan, le général espagnol, craignant que l'occupation d'Espolla, dont il s'était contenté jusque-là dans cette partie, ne suffît plus pour masquer et contenir notre aile gauche, avait fait passer à l'est de la route la moitié de son armée; puis, encouragé par la longue résistance de Bellegarde et l'arrivée de nombreux renforts, il avait peu à peu quitté l'attitude défensive et entrepris franchement l'exécution d'un plan d'attaque qui était encore sans exemple dans les annales de la guerre.

plan d'ensemble. — Ce plan, qu'on attribuait à un ex-ingénieur, émigré roussillonnais du nom de Campanye, et que la Union résumait en disant, et il le répétait sans cesse, qu'il voulait nous chasser du territoire espagnol à coups de canon, nous pouvons, nous, pour en donner d'abord une idée générale, en résumer ainsi l'exécution : le chef ennemi avait commencé par déployer toutes ses forces suivant une ligne qui tendait à embrasser l'armée française arrêtée sous Bellegarde, puis, gagnant sans cesse du terrain et transformant ii. 12

successivement en batteries, en redoutes, tout ce qu'il rencontrait de hauteurs sur son passage, il avait cheminé vers cette armée comme un assiégeant vers une place de guerre. Et c'est en poursuivant cette marche étrange, qu'il prétendait nous resserrer peu à peu, nous acculer au pied des monts, et, finalement, nous forcer à les repasser.

détails. — Entrons maintenant dans les détails de ce projet bizarre, et reportons-nous au lendemain du 19 prairial, journée qui avait été pourlaîUnion un encouragement et la cause déterminante de son changement d'attitude.

A cette date déjà, un grand nombre d'ouvrages avaient été entrepris, de Figuères à Pont-des-Moulins d'une part, et de Vilarnadal à Espolla de l'autre, les premiers pour intercepter la grande route, les seconds pour couvrir le chemin de Figuères à Roses.

Jusque-là, ces travaux défensifs semblaient assez rationnels ; mais c'est quand on voulut les transformer en travaux d'attaque et les étendre, qu'ils prirent une tournure et des proportions irraisonnables, car voici ce qui arriva.

Les ouvrages échelonnés de Figuères à la Muga, savoir : une vaste enceinte retranchée près du village de Vinyonnet, au confluent du Manol et de la gorge de Terradas dont Augereau maîtrisait la tête ; une longue coupure en travers de la Serra Michana, le camp de Llers, et une multitude d'autres pièces de moindre importance qui écharpaient la route; ce premier établissement, auquel il eût été si judicieux de se borner, devint la grande artère du nouveau système, et ne fut plus, dès lors, qu'une sorte de communication en arrière, destinée à relier Figuères, le grand dépôt, à Pont-des-Moulins, qui allait marquer le centre de la première parallèle.

En effet, de Pont-des-Moulins partirent bientôt, à droite et à gauche de ce village, deux lignes d'ouvrages détachés, qui se déployèrent en avant : la branche droite, par Vilarnadal, Massarach, Mollet, Rebos et Espolla ; la branche gauche, parleplateaudeRoure, Escaulas et Boadella, lelongdelaMuga.

Le nœud d'articulation de ces deux branches , Pont-des- Moulins, en était évidemment le point capital, celui, par

conséquent, qui devait présenter la plus grande résistance; mais comme ce village est dominé à l'ouest par des hauteurs qui en rendent la défense à peu près impossible , on transporta celle-ci, pour ainsi dire, sur le beau plateau de Roure. Ce plateau, qui couronne toutes les hauteurs dont nous venons de parler et qui commande au loin les bords de la Muga, fut donc fortifié avec le plus grand soin, et devint le réduit des deux lignes d'ouvrages qui rayonnaient de Pont-des-Moulins.

Considéré dans son ensemble et par rapport à notre position générale autour de Bellegarde, le tracé de ces deux lignes avait la figure de cette première tranchée qu'un assiégeant commence par développer parallèlement aux fronts d'attaque de l'enceinte qu'il menace, tranchée qu'on nomme première parallèle.

Sa première parallèle donc établie et bien consolidée, l'assiégeant s'occupa d'en déboucher et de marcher en avant. Or, il avait en face de Roure un autre point culminant, qui était le centre obligé de sa seconde parallèle : la 3Iontagne Noire. De là, en effet, sa seconde ligne d'enveloppe était en quelque sorte tracée sur le terrain, d'un côté par Darnius, de l'autre parVilaortoli et Espolla. La Montagne Noire alors n'appartenait à personne : c'était donc le moment d'en brusquer l'occupation. Mais, esclave de la règle qu'il s'était imposée, la Union ne voulut avancer que pied à pied ; et comme Sauret, qui venait de déployer sa division sur le revers méridional des Albères, menaçait sa droite et Augereau sa gauche, voici la marche tortueuse que le général espagnol crut devoir suivre pour gagner du terrain sans compromettre ses deux ailes.

Il hérissa de redoutes et de batteries tout l'espace triangulaire dont deux points de sa première parallèle, Roure et Boadella, déterminaient la base, et le pont de Camany le sommet ; puis comme, de ce saillant, qui touche bien le pied de la Montagne Noire, mais qui n'en voit que le revers sud, c'est-àdire le seul revers inaccessible, comme il n'était pas possible d'aborder directement ce massif, le trop prudent général , pensant que c'était là un motif pour différer l'occupation qu'il projetait, appuya légèrement à droite, traversa la route,

et -se redressant au nord pour longer celle-ci, s'avança dans oçtte direction jusqu'au village même de Camany, éloigné de sdn.^pont de plus de trois kilomètres; enfin, pour soutenir ladite de cette longue pointe qu'il venait de pousser de Roure àèamany, il se rabattit à droite par un quart de conversion, et sema de redoutes la ligne qui, de Camany, court par Vilaortoli jusqu'à Espolla.

Cette dernière ligne, nous l'avons dit tout à l'heure, c'était la branche droite de la seconde parallèle à établir. Quant à îa branche gauche, il fallait, avant de l'entreprendre, se débarrasser d'Augereau. Or, tel avait été le but de la bataille de Saint-Laurent de la Muga, qui se rattachait ainsi au plan général d'attaque. Mais, on se le rappelle, il avait été manqué si complètement, ce but, que c'était précisément cette bataille du 26 thermidor qui avait amené Augereau sur la ligne même dont son adversaire voulait préparer l'occupation, sur la ligne de Darniusà la Montagne Noire.

La Union alors dut bien amèrement regretter de ne nous avoir point prévenus sur cette montagne qu'il dépassait depuis longtemps, dont il découvrait ainsi les deux revers abordables, ceux du nord et de l'est, et qu'il avait pu envahir par un simple à-gauche. Toutefois, il ne se laissa pas déconcerter. Et d'abord, pour suppléer provisoirement cette branche de seconde parallèle qu'il ne pouvait plus développer avant d'en avoir déblayé l'emplacement qu'occupait Augereau, il se hâta de remplacer celui-ci sur les rives tant disputées de la haute Muga, qu'on lui abandonnait sans combat; en sorte qu'il eut bientôt, en compensation de ce qui manquait à sa seconde parallèle, sa première prolongée à gauche jusqu'à la Magdelaine; même on pourrait dire jusqu'au Ter, car le chemin de la Magdelaine à Campredon, par le col de Bassagoda, ne tarda pas à se couvrir de postes nombreux, bien choisis et solidement retranchés. Cela fait, le général espagnol tourna tous ses efforts contre la Montagne Noire qui, dès lors, se présentait à lui comme une sorte d'ouvrage avancé, lequel non-seulement arrêtait tous ses cheminements ultérieurs, I mais tournait et menaçait tout ce qu'il avait entassé de bat-

teries et de redoutes depuis Camany jusqu'à Espolla. De là les trois tentatives du malheureux comte sur la Montagne Noire : l'essai timide du 12 fructidor, la singulière manœuvre qu'était venue si brusquement interrompre la capitulation de Bellegarde, enfin l'attaque du 21 septembre, qui avait abouti à une si honteuse déroute.

Ce dernier affront dégoûta le chef de l'armée espagnole des attaques de vive force ; mais toujours plein de confiance dans son artillerie, il continua et travaillait encore, le 26 brumaire, à resserrer par de nouvelles batteries les abords de la position rebelle. Cependant, malgré les provocations de son adversaire qui faisait établir avec une certaine ostentation, sur la Montagne Noire, desépaulements pour deux batteries et une route à canon pour les armer, la Union, à partir du 21 septembre, sembla ne plus attacher à ce poste si envié la même importance, et il reporta son attention sur sa droite, principalement sur la ligne d'Espolla à Camany, qu'il renforçait de jour en jour, comme si, désormais, il eût voulu concentrer son attaque de ce dernier côté. Il était même en train de pousser d'Espolla, où allaient se rencontrer et finir ses deux parallèles, une nouvelle série d'ouvrages qui était comme l'amorce d'un nouveau cheminement, quand il fut arrêté enfin par la bataille du 27. Au surplus , jusqu'à ce dernier jour, l'armée espagnole tout entière ne cessa de remuer de la terre sur tous les points.

confection des retranchements. — Quatre-vingt-dix-sept ouvrages complets, redoutes, batteries ou coupures, sans compter une foule de petites pièces accessoires de flanquement, tel fut le résultat de ces immenses et incessants travaux de six mois. Cette pléiade de postes fortifiés embrassait une zone qui n'avait pas moins de cinq lieues de développement, sur une largeur de sept kilomètres en quelques points. Encore faisons-nous abstraction des postes épars qui gardaient les passages des montagnes entre la Muga et le Ter. On n'avait jamais fait un plus gigantesque ni un plus ridicule abus de la fortification de campagne.

L'intelligence des détails était loin d'ailleurs de racheter

les vices de l'ensemble Sans choix, sans préférence, partout où un point culminant s'était offert, on s'y était précipité. Le hasard avait fait qu'on était tombé parfois sur quelques bonnes positions, là où le choix était commandé par des saillies puissantes, à l'ouest de la route par exemple. Mais à l'est, le désordre des ouvrages le disputait à celui du terrain : c'était un entassement confus de batteries qui planaient au lieu de raser et qui ne se flanquaient entre elles qu'à des portées énormes, grâce encore à l'exagération du calibre des pièces dont ces batteries étaient surchargées.

En revanche, la confection des retranchements et le luxe des défenses accessoires ne laissaient rien à désirer : hautes escarpes revêtues de murs soigneusement construits en pierres sèches, ou bien taillées dans le roc, comme cette fameuse redoute qu'on appelait la citadelle de Roure, où l'on se vantait de ne craindre que Dieu; fossés larges et profonds, bordés de palissades et d'abatis ; glacis parsemés de chaussetrapes , de trous de loups ; des mines même, préparées dans l'intérieur de la plupart des ouvrages, pour les faire sauter au besoin; enfin, 250 pièces en batterie. C'était, il est vrai, aux dépens des ouvrages en arrière qu'on avait armé ceux qui formaient les têtes d'attaque ; mais aucun , en définitif, n'avait été abandonné, en sorte que tous étaient, sinon surchargés d'artillerie, du moins hérissés de baïonnettes, car ils ne renfermaient pas moins de 46,000 défenseurs.

Aussi, tout vicieux qu'il était, cet appareil étrange, qui n'avait plus de nom dans le langage militaire, ne laissait-il pas que de nous présenter, à nous qui voulions le détruire, des difficultés très-sérieuses.

comment attaquer ces lignes. — Dans les pays de montagnes, si l'art d'une bonne défense consiste à aheurter l'agresseur aux obstacles du terrain, l'art d'une attaque intelligente est d'éviter, autant que possible, ces chocs meurtriers. II semble donc que c'était pour nous le cas de recourir à une manœuvre tournante. Mais cette manœuvre était-elle exécutable?

D'abord, on ne pouvait raisonnablement songer à tourner

ces lignes par leur extrême droite, en s'appuyant à la côte. En effet, l'énorme et compact massif qui constitue , qui encombre le promontoire de Créu et qui, passé lecoldeBanyuls, interdit tout passage à une armée; Roses ensuite et son golfe couvert de vaisseaux, puis les marécages de la côte du bas Ampurdan ; toute cette accumulation d'obstacles élevait, de ce côté, une barrière vraiment infranchissable. C'est ce qui explique pourquoi les Espagnols, malgré leur prodigalité de précautions superflues, ne s'étaient point donné la peine de prolonger leurs lignes jusqu'à la côte.

Un mouvement tournant à l'autre extrémité n'offrait guère plus de chances de succès. Car, pour tourner Figuères par l'ouest, il fallait, ou gagner à Llorona les sources du Manol, ou aller prendre , beaucoup plus haut, la vallée du Ter. Or, dans les scabreuses montagnes d'où descend le Manol , les Espagnols, parfaitement sur leurs gardes, occupaient des positions inexpugnables, sans compter que, de la Magdelaine autour de laquelle nous eussions dû alors pivoter, ils auraient pu, sans danger et sans peine, s'opposer à une marche de flanc. Quant à tourner sur leurs derrières par la vallée du Ter, comme, dans la situation des choses, cette vallée n'était abordable que par son origine, par les montagnes duVallspire, il aurait fallu que l'armée française se partageât en deux: une partie pour repasser la frontière et gagner, par Pratz de Mollo, le col des Aires; l'autre pour continuera couvrir notre frontière que Bellegarde, réduit à un approvisionnement de trois jours, ne pouvait que compromettre. En supposant d'ailleurs les Espagnols coupés de leur base par une pointeque nous aurions hasardée en dehors de leur flanc gauche, qui les eût empêchés de rétablir leurs communications par mer, et de couper ainsi à leur tour, et d'une manière définitive, notre ligne d'opération?

Le seul moyen de réparer la faute que nous avions commise en laissant, pendant ^six mois, l'ennemi nous barrera loisir l'entrée de la haute Catalogne, le seul moyen était donc d'aborder directement ses lignes. Cela posé, le point d'attaque n'était pas contestable, c'était la Magdelaine.

En effet, le tracé du plan d'attaque de la Union, loin d'avoir la régularité à laquelle son auteur avait prétendu l'assujettir, ne figurait à la fin, est-il besoin de le faire remarquer? qu'un assemblage confus de lignes d'approche, de rayons divergents, de branches qui, jaillissant d'un tronc enraciné à Figuères, avaient pour point de départ, pour nœud commun, Pont-des-Moulins ou plutôt la redoute de Roure. C'était donc évidemmentce nœud qu'il fallait saper ; or, pour l'atteindre, ce qu'il y avait de mieux à faire, c'était de suivie une des branches extérieures du système, la branche qui, par sa position et son développement, était le moins protégée, celle qui, en un mot, avait sa pointe à la Magdelaine.

Une autre et excellente raison pour nous d'attaquer par l'ouest, c'était la répartition même des forces des deux armées. La Union, qui en voulait à notre gauche, avait dégarni la sienne, comptant, pour faire compensation de ce côté, sur les obstacles du terrain; tandis que, comptant, nous, et sur la position rentrante de cette aile menacée et sur la Montagne Noire qui appuyait notre centre, nous avions successivement renforcé notre division de droite, laquelle, par sa valeur et sa parfaite connaissance des lieux , constituait déjà, avant ce renfort, notre principal moyen d'action. Voici au reste quelle était la force et la position de l'une et l'autre armée. situations des deux armées. — La force des Espagnols était de 46,065 hommes : 10,290 à gauche, 22,850 au centre, 12,925 à droite.

L'aile gauche était commandée par le lieutenant général Curten , qui avait sous ses ordres le général portugais Noronna, et le maréchal de camp Correo de Sea. Le colonel Albarca gardait, avec 1,710 hommes, les communications entre Saint-Laurent de la Muga et Campredon. Restaient donc, sous la main de Curten, 8,580 combattants répandus de Saint-Laurent à Escaulas.

Le centre avait pour chef las Amarillas, qui disposait de 22, 850hommes ainsi répartis, à gauche et à droite de la grande route : à gauche, 9,546 (dont 4,241 en seconde ligne), sous le commandement du général Arias; à droite, 13,304, sous

les maréchaux de camp Cornet, Yzquierdo, Belvis, et le comte de Saint-Hilaire. Ces deux derniers occupaient les redoutes qui s'étendaient de Camany à Vilarnadal.

L'aile droite, commandée par le général Santa-Clara, auquel obéissaient le vicomte deGand, cet ancien colonel delà légion de la Reine, et les brigadiers Tarranco et Montes , la droite était composée de 12,925 hommes, dont 8,444 en première ligne, de Yilaortoli à Llança, et 4,481 en réserve, entre Massarach et la citadelle de Roses.

Total : 35,633 hommes en première ligne et 10,432 en deuxième; en somme, par conséquent, 46,065.

L'armée française était forte de 36,393 combattants partagés en dix brigades, dont une détachée et les neuf autres également réparties entre nos trois divisions.

La division de droite comprenait 8.971 hommes, savoir : 2,509, brigade Davin, renforcée tout nouvellement et repliée, vers Coustouge, sur la frontière qu'elle gardait ; 2,581 , brigade Duphot; 3,881, brigade Beaufort, à gauche de Duphot.

La division du centre était formée des trois brigades : Rougé (2,620 hommes), en avant de la redoute l'Invincible; Banel (2,174), au penchant de la croupe orientale de la Montagne Noire ; Martin (1,667), en équerre sur Banel et longeant la route à l'ouest. A ces 6,461 fantassins, il faut ajouter la troupe que commandait en sous-ordre le général Dugua, composée de 414 canonniers servant 16 pièces d'artillerie volante, et de 1,812 chevaux qui, faute de fourrages, avaient dû attendre la nuit de la veille de la bataille pour repasser la frontière. C'était donc 8,687 hommes dont Pérignon disposait, force à peu près égale à celle d'Augereau.

Lagauche, division Sauret, était réduite à 4,244 combattants embrigadés sous les généraux Guillot, Causse et Motte. Ces généraux commandaient :1e premier 1,211 chasseurs, le second 1,378 fusiliers, et le troisième 1,655. Toutefois, cette division était soutenue à gauche par la brigade Victor Perrin, qui ne comptait pas moins de 2,316 baïonnettes, et surveillait à la fois le col de Banyuls et la côte espagnole. Etaient en outre immobilisés à la garde de nos camps

7,752 hommes ainsi répartis : 2,387 à Darnius , 4,449 à La Jonquère, et 915 à Campcéret. Enfin, 3,411 recrues gardaient le Vallspire et 1,012 la côte française.

Ainsi : en première ligne, 24,218 combattants ; en deuxième, 7,752; en troisième, 4,423; et en tout, 36,393.

Cette distribution de nos forces prouvait que notre attaque ne devait pas seulement peser sur la gauche des Espagnols. Et en effet, Dugommier avait annoncé le projet d'attaquer ceux-ci par leurs ailes, et d'enlever, dans une première affaire, ce qu'il appelait leur première ligne, c'est-à-dire leurs ouvrages les plus avancés. Notre gauche était, sans contredit, beaucoup trop faible pour lutter contre les forces qu'elle avait en tête, contre 26,000 hommes couverts par 42 redoutes. Aussi le général en chef se réservait-il de la soutenir lui-même avec sa division du centre. Mais comment devait-il engager cette division? C'est ce que l'on ignore, car les détails de son plan , qui avait été mûri dans le plus profond mystère, ne furent jamais bien connus. On sait seulement, outre ce qui vient d'être expliqué, que, dans le cas d'un succès complet remporté par nos deux ailes, Pérignon devait marcher sur Roure et Pont-des-Moulins. Quoi qu'il en soit, en admettant même que, suivant les apparences, il manquât quelque chose aux dispositions de Dugommier pour bien assurer la victoire au point décisif, c'est-à-dire à sa droite, celui de ses lieutenants qui commandait sur ce point capital allait, à force d'habileté et d'audace, suppléer à l'insuffisance des moyens mis à sa disposition, et justifier ainsi la confiance sans borne qu'avait en lui son vénérable chef.

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