DEUXIÈME PLAN D'ATTAQUE
attitude de l'armée d'observation. — Pendant ces longs et tristes tâtonnements, le général commandant par intérim l'armée espagnole, las Amarillas, après avoir recueilli et recomposé, dans les murs de Girone, les troupes échappées au désastre de Figuères, n'avait pas tardé à les reporter en avant, et il les avait campées à deux lieues au nord de Girone, sur une chaîne de collines dite Costaroja, qui se déploie en travers de la route de France. Mais la cour de Madrid, ne jugeant pas à propos de choisir une seconde fois parmi les généraux de son armée de Catalogne un chef pour commander cette armée, la confia à un divisionnaire des Pyrénées occidentales, au général D. José Urrutia.
Urrutia, pour son début, fit un pas vers nous : il poussa son avant-garde sur le colOriol, détacha quelques troupes sur la côte, à l'Escals, en face de Roses, à l'extrémité opposée du golfe ; puis, ne laissant à Costaroja qu'une mince réserve, il fit avancer le gros de ses troupes jusqu'au bord d'un affluent du Ter, qui, après avoir croisé la route au pied du col, vers San-Estevan, coule au sud-est, et couvrait ainsi la droite des Espagnols. Leur gauche ensuite s'étendit sur une cordillière d'un accès difficile, qui se rattache aux hauteurs d'Oriol et couronne le bassin du Ter jusqu'à Banyolas, d'où cette aile allait, par Castellfullit, donner la main à Campredon. Enfin, le quartier général fut transporté de Girone à Servia, un peu en avant du Ter, c'est-à-dire de la base du triangle dont l'affluent ci-dessus et la route forment les deux autres côtés. Mais après ce premier déplacement Urrutia , sentant bien que ses troupes n'étaient pas encore en état de reprendre la campagne, ne s'occupa plus que de détruire les chemins qui pouvaient nous porter sur lui.
De ces timides apprêts de défense, Pérignon conclut que le siège de Roses ne serait pas inquiété, et il s'empressa de rallier franchement à la division Sauret deux des trois brigades qui gardaient la plaine de l'Ampurdan, les brigades Guillot et
Rougé. La troisième, commandée par le général Banel , se trouvait, par suite, former à elle seule la division du centre : elle fut mise sous les ordres d'Augereau.
Ainsi donc, quand commença l'exécution de notre second plan d'attaque, nos forces étaient nettement partagées en deux corps : l'un de 13,666 hommes autour de Roses, composant la division ou l'armée de siège, l'autre de 9,778 combattants groupés autour de Figuères, et représentant l'armée d'observation.
plan d'une attaque régulièke. — Au plan d'Andréossy, dont il n'acceptait que l'attaque du Bouton , laquelle n'était plus qu'une question de temps, Fournier-Verrière avait fait d'abord les objections suivantes : « Dans ce plan , l'attaque du Bouton ne pouvait se lier à celle de l'ouvrage principal, et cette liaison était une condition de rigueur; le terrain sur lequel nous nous étions placés devant la citadelle, en prise à tous les feux de la mer, n'était point tenable ; la courtine du front d'attaque, la seule de la place qui fût brisée, présentait ainsi, et un double flanc que l'on ne pouvait contre-battre, et une poterne qui aggravait le danger des sorties ; la butte désignée pour l'emplacement delabatteriede brèche ne découvrait pas même la moitié de la hauteur de l'escarpe opposée, d'une escarpe de 12 mètres ; la nature du sol, dans cette partie, rendait le travail de la teirre bien pénible ; enfin, les contre-pentes en avant de la butte eussent singulièrement contrarié les cheminements ultérieurs qui auraient pu devenir nécessaires. » Alors, regardant comme une conséquence forcée de l'attaque du Bouton, l'attaque d'un des deux fronts de la citadelle qui font face aux montagnes, l'auteur du nouveau plan avait donné la préférence au front qui ne touche pas à la mer, parce que le terrain qui précède l'autre , plus resserré encore que son voisin, et exposé aux feux de la rade presque autant que celui qu'on abandonnait, serait en outre vivement incommodé par les éclats des bâtiments, si la ville devenait le théâtre des attaques.
Ces raisons eussent été excellentes quinze jours plus tôt; mais alors, il fallait prévoir encore que l'on touchait à la sai-
son des pluies, et que le terrain bas et sans dégorgement sur lequel on allait cheminer était le déversoir naturel des eaux de la montagne. On oubliait le siège de 4693.
Fournier proposait d'ouvrir la tranchée à 200 toises de la place, mais Pérignon s'y opposa. Toutefois, il fut décidé que, contrairement aux règles, les batteries à ricochet, au nom bre de six, seraient établies en avant de la première parallèle, attendu que, le terrain baissant vers la place, il était possible que la construction de ces batteries à leur emplacement habituel présentât de graves difficultés. On convint aussi que la batterie de Castillon serait conservée, pour soutenir sur ce point la ligne d'investissement.
Cette nouvelle phase du siège commençait sous de fâcheux auspices : l'hiver, généralement doux dans ces parages, sévissait déjà d'une manière inaccoutumée; les vivres devenaient rares, et la pénurie des fourrages nous forçait d'interner nos chevaux , sauf 200 , qui étaient indispensables au service de l'artillerie.
ouverture ues travaux. — La nouvelle tranchée fut ouverte dans la nuit du 26 au 27 frimaire (du 16 au 17 décembre), à 600 mètres de la place. Cette première parallèle appuyait sa droite au grand ravin qui court à l'ouest et tout près de la place, puis elle se déployait en arc de cercle, comme pour aller plus tard appuyer sa gauche à la redoute du camp retranché,
Il pleuvait h flots. Nos troupes étaient tristes ; elles répugnaient à remuer de la terre, et, singulièrement préoccupées de l'abandon d'une grande partie de leurs travaux antérieurs qu'elles croyaient tous perdus, elles s'élevaient avec amertume contre les hésitations de leurs chefs, contre le plan timide des nouveaux ingénieurs. Aussi, au lieu de cette ardeur qui les surexcitait toujours dans les actions d'éclat, ne témoignèrentelles, dès cette première nuit, qu'indolence et mauvaise volonté ; tellement que, sur 4,000 hommes commandés de tranchée, il ne s'en présenta que 1,300, lesquels encore se trouvèrent réduits à 800, quand, à minuit, on vint les relever. Ils avaient à peine, dans cette première séance, porté à demi-
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épaisseur de parapet la cinquième partie de la parallèle, 470 toises environ; et quand on voulut les remplacer, on ne put réunir que 150 travailleurs, qui, au bout de moins d'une heure, quittèrent la place, déclarant, officiers et soldats, n'en pouvoir plus.
Ce découragement et la pluie continuèrent, en sorte qu'il fallut six nuits et six jours pour exécuter la tâche de 48 heures.
L'artillerie du puig Rom, seule, se soutenait, mais ses progrès étaient lents , parce que le canon de l'assiégé, ripostant avec vigueur, absorbait une partie de nos boulets, et que la maçonnerie du Bouton était aussi épaisse que résistante. Cependant les batteries de la montagne qui tiraient sur la ville avaient désarmé sans peine la redoute à laquelle devait aboutir la gauche de notre parallèle , et comme il ne manquait plus à cette dernière que ce point d'appui qu'on lui réservait, le moment était venu d'enlever de vive force la redoute espagnole.
Pérignon profita, pour cette attaque, d'un moment d'éclaircie dans la soirée du 3 nivôse (23 décembre), pendant que l'escadre était encore aux prises avec la tempête qui durait depuis six jours. Il lança donc contre la redoute la brigade Victor. Il s'agissait de se battre: l'ardeur engourdie se ranima, et la redoute fut prise en un clin d'œil. L'armée tout entière, déployée en amphithéâtre sur les hauteurs ou devant ses quartiers de la plaine, assistait à ce spectacle. Ses applaudissements , ses hourras emportent nos grenadiers : ils franchissent le ravin qu'on avait escarpé comme une coupure en arrière de la redoute, pénètrent dans la ville et en refoulent les défenseurs jusqu'à la porte de la citadelle.
Cette affaire produisit dans l'armée un mouvement d'excitation qui fit faire quelques pas aux travaux.
Dans la nuit du 3 au 4, on prolongea la parallèle jusqu'à la redoute, que l'on disposa pour servir de batterie contre la citadelle. L'assiégé tenta un retour offensif, mais il fut vigoureusement repoussé.
Dans la journée du 4, la pluie redoublant de violence, les travaux furent suspendus, et l'on s'occupa de rétablir le»
communications entre les divers quartiers , en construisant sur les ravins , avec des barriques dont le pays abonde , quelques ponts flottants.
La nuit ramena le calme et permit d'amener dans la redoute deux pièces de 24, un obusier de 8 pouces et un mortier de 18.f A la pointe du jour , une nouvelle sortie essuya le sort de la première.
Les travaux commençaient à marcher, bien que les jours ne rendissent encore que les deux tiers de la tâche ordinaire, et les nuits un huitième seulement. Néanmoins, on était parvenu à établir, en avant de la première parallèle, quelques batteries à ricochet qui avaient à peu près éteint le feu des remparts. L'intérieur du fort, surtout, était bouleversé par nos bombes; aucun bâtiment ne résistait, et un magasin à poudre venait de faire explosion. Enfin on entrevoyait une solution prochaine, quand, le 12 (1er janvier), l'ouragan se releva avec une impétuosité sans exemple. Les travaux furent entièrement submergés, et la plaine de l'Ampurdan se changea en une vaste nappe d'eau. La division de secours dut se réfugier à Figuères ; le poste d'Alfa resta bloqué , et celui de Vinyonnet s'échappait à peine, que la crue faisait aussi une île du village. Qu'on se figure ce qu'était alors le fond de cette plaine submergée, les environs de Roses! Il y avait trois pieds d'eau dans un de nos camps. Il fallut que l'armée de siège, tout entière, se retirât à la hâte sur les hauteurs, sans vivres, ni abri; car les distributions n'arrivaient plus, et les bourrasques emportaient les tentes et les feux des bivouacs. Mais les crises irritent les courages chez nos soldats : enfoncés dans l'eau, dans la boue, ils faisaient retentir l'air des chants patriotiques. Spectacle touchant, mais bien douloureux, quand on songe que tant de misères, un peu de prévoyance de la part de quelques hommes eût pu nous les épargner!
Les quatre représentants qui suivaient le siège, Vidal, Projean , Goupilleau de Fontenay et Delbrel , voulaient qu'on tentât une escalade. Il fallut qu'Andréossy , leur homme de confiance , l'ingénieur des procédés révolu-
tionn aires , leur expliquât en détail : a qu'on ne peut es- « calader une place que par surprise; que Roses ne pouce vait être surpris, attendu que sa garnison, renouvelée « en quelque sorte toutes les vingt- quatre heures , était « toujours sur le qui-vive ; qu'il faudrait des échelles pour « monter sur le couvre-face qui avait jusqu'à 7 mètres de hau- « leur, des échelles pour descendre dans un fossé plein « d'eau qu'on ne pouvait passer sans pont, puis encore des « échelles, et des échelles de plus de 12 mètres pour esca- « lader le corps de place. » A de telles raisons il n'y avait rien à répliquer, et les représentants se résignèrent.
Dans la soirée du 45, il y eut une apparence de calme dont l'assiégeant voulut profiter pour reprendre ses travaux. Mais la nuit fut affreuse. Les Espagnols, au reste, en souffrirent plus que nous; car, au jour, nous vîmes la plage jonchée des débris de leur escadre , plusieurs bombardes brisées sur les récifs, deux vaisseaux démâtés et un troisième en perdition, le Triomphant, qui alla bientôt échouer et se consumer au fond du golfe, car , pour qu'il ne tombât pas dans nos mains, son équipage y avait mis le feu.
prise du bouton. — Cependant nos batteries de la montagne, en position de mieux supporter les dérèglements de l'atmosphère, ne s'étaient point ralenties. Aussi, depuis le 12, le fort de la Trinité avait cessé son feu, et sa brèche prenait une forme. Déjà môme, grâce à l'adresse de nos grenadiers qu'on avait armés de fusils de rempart et convenablement embusqués, les défenseurs ne communiquaient plus avec la citadelle que la nuit et par eau. Leur détresse se révélait d'ailleurs par la multiplication des signaux qu'ils échangeaient avec la terre et la mer. Nos canon niers redoublèrent donc d'efforts, si bien que, dans la seule journée du 17, ils parvinrent à tirer 1,700 coups (1). Ce feu roulant conti-
(1) Nous tirâmes sur le Bouton : 2,22o boulets, 43 bombes et 23 obus; total, 2,293 projectiles.
Les assiégés nous répondirent par:9i2 boulets, 8o bombes et 76 obus de 4; total, 1 ,097 projectiles.
Total général des projectiles échangés : 3,390.
nua toute la nuit et une partie de la matinée du lendemain. La brèche enfin paraissait praticable, et tout était déjà disposé pour l'assaut, quand, vers 11 heures et demie, nos tirailleurs, s'apercevant que, depuis la cessation de notre feu, rien ne bougeait plus sur la brèche , l'assaillirent brusquement , sans attendre aucun ordre. Le fortin était abandonné. Des échelles de cordes, qui pendaient le long de la falaise, nous apprirent comment s'était échappée la garnison. C'était par là, en effet, qu'elle était descendue, pendant la nuit, dans des chaloupes qui l'avaient transportée à la citadelle. Nous trouvâmes sur place neuf grosses bouches à feu, enclouées, et six canons en fonte, précipités au pied de l'escarpement.
Cinq de ces six canons furent relevés et placés dans une batterie toute voisine, qui était assise au bord de la mer sous la protection du fortin, mais que lesEspagnols n'avaient pasjugé à propos d'armer. Cette nouvelle batterie nous fut bientôt de la plus grande utilité, car elle avait, sur celles qui la dominaient, l'avantage de raser les tlots. Les trois batteries de la Trinité ne furent point négligées toutefois, et l'artillerie du puig Rom compléta l'armement qu'y avaient laissé les Espagnols et que nous nous empressâmes de réparer.
Ainsi organisé pour sa nouvelle destination, le Bouton de Roses allait ôter à la rade une partie de son action sur nos travaux de la plaine ; mais la part qu'il devait prendre à ce résultat, pour nous si important, était bien peu de chose à côté de ce qu'avait déjà fait la tempête; car l'escadre espagnole avait tellement souffert de l'ouragan du 15 au 16 , qu'elle n'était plus en état de tenir la mer, et qu'il fallut la relever. Deux jours après la prise du fortin , en effet , le 20 nivôse (9 janvier), l'amiral Gravina vint prendre la place de Langara, et, 24 heures après, il ne restait plus en rade que 8 vaisseaux de haut-bord et quelques chaloupes ou bombardes. Ces dernières , dont les feux rapprochés et mobiles nous avaient tant tourmentés , disparurent presque toutes avec Langara. Nous en avions coulé trois , et plusieurs autres, brisées parla tempête, étalaient leurs débris sur le rivage.
La rencontre momentanée de 21 vaisseaux sous 4es murs de Roses ne fut signalée par aucune entreprise remarquable; car les deux amiraux se contentèrent de débarquer devant la citadelle quelques approvisionnements , et de mettre à terre 200 hommes qui avaient ordre de parcourir la côte pour incendier les carcasses des bâtiments échoués, et qui furent sur-le-champ refoulés dans leurs canots par nos patrouilles.
L'apparition d'une escadre française dans ces parages eut alors très-probablement déterminé la reddition immédiate de la place avec toute sa garnison ; mais Jean Bon- Saint-André, qui tenait en ce moment sous sa main le port de Toulon , contrarié par le Comité de salut public, n'osa tenter les chances de la mer.
tentatives de diversion. — Du reste, l'armée espagnole, qui cependant n'était guère qu'à une journée de marche de Roses, ne profita pas mieux des embarras et de l'état de crise où la rigueur des éléments avait jeté aussi notre armée de siège. Et en effet, ce fut en vain que, pour rendre un peu de vigueur aux faibles débris qu'il avait mission de recomposer, Urrutia fit établir, en avant de sa ligne, deux camps, l'un en face de Roses, sur la rive opposée de ce golfe que remplissait le bruit des armes, l'autre à Banyolas, dans le voisinage des montagnes qui s'étaient soulevées : ni l'ardent contact d'une insurrection patriotique, ni les reproches du canon de Roses, ne purent relever de leur impuissance les vaincus de Figuères. Ils hasardèrent bien une diversion lointaine, quand ils apprirent la chute de leur fort de la Trinité : ils descendirent du col Oriol sur Bascara, au nombre de 5,000, pendant que 2,000 autres, traversant la Fluvia, s'avançaient de Bezalu sur Crespia et cherchaient à surprendre nos cantonnements; mais ils ne surprirent qu'un avant-poste, et, refoulés avec perte, ils ne donnèrent plus signe de vie jusqu'au lendemain de la prise de Roses.
Cependant Augereau, qui n'avait plus de nouvelles de l'ennemi et qui avait besoin de donner carrière à son activité, parcourait sans cesse les bords de la Fluvia ; mais ces excur-
sions sans but n'aboutissaient qu'à d'insignifiantes surprises, ou bien à des rencontres de bergers « après lesquels, dit naïve- « ment un rapport, on avait grand soin de faire courir, afin « de leur enseigner les principes de la nation française. » On finit cependant par s'attirer les représailles des paysans catalans, les seuls qui semblassent jaloux de l'honneur des armes espagnoles. Bientôt même, il n'y eut plus de saillie d'audace qui ne tentât l'ardeur inquiète de ces infatigables montagnards, dont l'exaltation allait jusqu'à copier à leur manière les grands épisodes des dévouements antiques.
Augereau avait, sous Notre-Dame de Roure, à portée de la Muga et de la grande route, au pla del Coto, un parc d'artillerie qui n'était gardé que par 250 canonniers. Un jour, à Lladô, un capitaine de volontaires, du nom de Pineda, convia 300 jeunes miquelets à un repas funèbre, à l'issue duquel ces nouveaux Spartiates, ayant pris congé de la vie, s'en furent, par une nuit cruelle de janvier (celle du 12 au 13), à Saint-Laurent, d'où, se glissant le long de la Muga, de cette âpre gorge dont on ne peut suivre le fond qu'en empruntant sans cesse le lit même du torrent, ils gagnèrent le pla del Coto. Là, trompant la vigilance de nos avant-postes, ils surprennent le parc, massacrent sans bruit, dans leurs tentes, une douzaine de canonniers, et enclouent 14 pièces. Ils allaient mettre le feu aux poudres, lorsque la générale donna l'alarme au camp. L'héroïque Pineda et un grand nombre des siens se firent tuer surplace ; les autres s'échappèrent dans les montagnes, emmenant avec eux une vingtaine de prisonniers.
Augereau était furieux. « Ces Catalans, écrivait-il, ne « cherchent qu'à nous ruiner. Humbles, rampants, serviles « en présence des vainqueurs, ils n'attendent, sous ces de- « hors perfides, que l'occasion défaire éclater leur rage et leur « férocité, détestant la main qui leur prodigue les bienfaits. « Lladô est leur repaire, il faut le détruire. » En effet, la nuit suivante, le général républicain surprenait à son tour et faisait égorger à Lladô 400 Catalans, sans distinction d'âge ni de sexe. Il n'y eut, dit-on, qu'un vieillard et un enfant d'é»
pargnés. Cette cruelle revanche exaspéra les Rouges de Girone et amena d'autres scènes de carnage.
Mais c'est à peine si le bruit de ces vaines démonstrations arrivait jusque sous les murs de Roses, où, de tout ce qui s'agitait autour de cette place pour la secourir, on ne s'inquiétait guère que de l'escadre espagnole; encore, le principal souci que nous causait cette escadre, était-ce qu'elle ne ne nous enlevât la garnison assiégée. Du reste, l'amiral Gravina semblait avouer lui-même qu'il ne lui restait plus qu'un rôle de surveillance à remplir; car, au lieu de commencer par se concerter avec les défenseurs de la citadelle, il avait débuté, dit- on, par les menacer de se joindre à nous pour les accabler, s'ils songeaient à se rendre. Mais cette cruelle injure était au moins inutile : les valeureux soldats d'Yzquierdo ne faiblissaient point, et, eussent-ils, depuis quarante jours, perdu quelque chose de leur assurance, qu'ils l'auraient reprise en nous voyant abandonner encore notre second plan d'attaque pour en essayer un troisième.