‹ Campagnes de la Révolution française dans les Pyrénées Orientales et description topographique de cette moitié de la chaine pyrénéenneChapitre 50 sur 64 · REPRISE DE BELVER · texte numérisé non relu

REPRISE DE BELVER

situation de belver. — Le combat du 8 messidor 1794 nous a fait connaître Belver et son camp retranché. (Voir ci-dessus p. 126.) Le général Martin, qui en avait toujours le commandement, ne disposait plus que d'environ l.oOO

hommes. Il avait achevé de replier tous les détachements que nous avions répandus en aval de Belver, et n'avait conservé en amont que deux petits postes destinés à assurer, de part et d'autre du défilé d'Isvol, sa communication avec Puigcerda : Torrellas et Olopta. Le poste de Torrellas se composait de 200 hommes établis dans une redoute à double enceinte, au sommet de la montagne de Torrellas, laquelle est séparée de la Sègre par le vallon et la serre de Yaltarga, bande de rochers dont le revers septentrional , qui tombe presque à pic sur la rivière, forme la paroi de gauche du défilé d'Isvol. Du côté opposé, cet étranglement de la Sègre était gardé par 178 fusiliers campés au-dessous d'Olopta, et chargés en même temps d'observer le village de Maranges d'où l'on gagne assez facilement le val de Carol et l'Ariége. Enfin, un autre chemin de Maranges était intercepté, à hauteur de Belver, par 150 hommes qui occupaient le réduit retranché de Tailletendre, dont on se rappelle peut-être la belle défense dans le combat cité tout à l'heure.

investissement. — Béglant ses mouvements sur ceux de la Cuesta, le maréchal de camp Oquendo sortit de la Seu d'Urgel le 7 (25 juillet) dans la soirée, et le lendemain avant le jour, il débouchait dans le bassin de Belver, à la tête de 4 à 5,000 combattants partagés en deux colonnes qui remontaient les deux rives de la Sègre. La colonne de gauche, qui suivait la rive droite , était composée de 300 Suisses du régiment de Savoie et de 12 compagnies de miquelets. Elle marchait sur Tailletendre qu'elle atteignit et attaqua vers 4 heures. La colonne de droite , qui s'était rassemblée à Monteilla , comprenait 16 pelotons de miquelets , 250 Rouges de Girone, 54 chevaux et 6 bouches à feu. Elle longeait à mi-côte la berge de la vallée, et quand elle eut dépassé Belver, elle se répandit, un peu au delà de Taillo , sur la crête de séparation de deux ravins perpendiculaires à la Sègre, s'y forma en bataille, y déploya ses tentes, en un mot, y installa un véritable camp dont elle allait faire sa base d'opération, et qui fut immédiatement baptisé du nom de Saint-Augustin.

Ce camp, où Oquendo commandait en personne, haïrait

ainsi le chemin direct de Belver à la montagne de Torrellas qui fut bientôt attaquée par cinq compagnies de miquelets. L'engagement commença à 5 heures , et à 8, nos 200 défenseurs résistaient encore; mais, à l'immobilité du camp de Montarros, à la force de la ligne ennemie qui les en séparait, jugeant qu'ils n'avaient rien à attendre que d'eux-mêmes, ils résolurent de se faire jour et de regagner Belver.

C'était une résolution à peu près désespérée; car, pour rentrer à Belver en évitant les Espagnols qu'évidemment ils ne pouvaient affronter, les défenseurs de Torrellas devaient se laisser glisser à corps perdus le long de l'escarpement septentrional de la montagne qu'ils occupaient, escarpement tel, que l'ennemi avait cru inutile d'exercer sur ce point la moindre surveillance ; traverser à découvert le vallon de Valtarga, pour remonter sur le massif de rochers qui les séparait encore de la Sègre; puis, de la crête de cette sorte de falaise, se précipiter dans le torrent, le franchir, et en descendre la rive droite sous le feu de la rive gauche, jusqu'au pont de Belver : ce qui constituait un trajet de 1,550 toises environ.

Mais nos intrépides soldats sont depuis longtemps familiarisés avec les précipices. S'abandonnant donc à l'escarpement de la montagne qu'ils ne peuvent plus défendre, ils tombent meurtris à ses pieds, et cherchent à gagner au pas de course les hauteurs de Valtarga. Les miquelets aussitôt s'élancent à leur poursuite et vont les atteindre. Par surcroît , la cavalerie du camp de Saint-Augustin accourt pour les sabrer. Mais, par un bonheur singulier, c'est cette charge même qui les sauve, car elle met en déroute les miquelets qui prennent les cavaliers espagnols pour des Français. Cette étrange panique cesse bientôt, il est vrai, à l'apparition de deux pelotons du régiment de Savoie et de l'uniforme rouge des grenadiers de Girone; mais nos soldats ont profité de ce répit pour gravir la crête du second escarpement, et là, favorisés par le feu d'une pièce que le camp de Montarros détache sur sa gauche pour les soutenir, ils se laissent rouler clans la Sègre qu'ils traversent pour remonter sur le chemin de Belver. Enfin ils atteignent les murs de la

ville, mais non sans laisser derrière eux une longue traînée de morts et de mourants.

Les 150 défenseurs de Tailletendre n'eurent pas la ressource de ceux de Torellas, parce que la roche isolée qu'on leur disputait avait été tout d'abord entièrement cernée; en sorte qu'après cinq heures de la résistance la plus opiniâtre, blessés la plupart, affaiblis d'une vingtaine de morts et sans espoir d'être secourus, ils venaient de mettre bas les armes.

Le tour du camp de Montarros était donc venu, et il s'agissait de le refouler dans la place qu'il couvrait. En conséquence , les troupes du camp de Saint-Augustin viennent occuper Taillo, élèvent rapidement, à droite et à gauche de ce village, des murs en pierres sèches; puis, derrière cette espèce de parallèle , elles déploient quatre pelotons de miquelets, qui, relevés d'heure en heure, font jusqu'au soir un feu tellement nourri, que nos soldats, accablés, finissent par chercher un abri dans l'enceinte de Belver.

capitulation. — Sur-le-champ, le général Oquendo nous envoie une sommation; mais apprenant que son parlementaire est reçu à coups de fusil, il fait aussitôt descendre sur la Sègre , en amont de la place , 14 compagnies de miquelets et une trentaine de chevaux, qui achèvent de nous ôter toute chance d'évasion.

Le lendemain matin 9 (27 juillet), l'arrivée du régiment de la Couronne et de 4 bouches à feu qui entrent immédiatement en action, annonce aux assiégés le sort de Puigcerda et le leur. Le général Martin essaya néanmoins d'obtenir la liberté de sa garnison , mais comme il n'avait plus même pour un jour de vivres, il dut en passer par toutes les exigences des vainqueurs, et, à cinq heures du soir, il signa la capitulation de Belver qui le constituait, lui et les siens, prisonniers de guerre.

notre frontière menacée. — La fortune souriait aux Espagnols. Mont- Louis, dont la triste garnison n'était plus approvisionnée que pour une décade, depuis quelle avait recueilli les postes échappés au désastre de Puygcerda, Mont- Louis était déjà à moitié investi ; car, tandis que la Guesta

déployait son armée de Livia à Sainte- Léocadie et envoyait ses miquelels occuper le Puig-Moren et l'Hospitalet, une tête de colonne qui paraissait au-dessus de Mantet, allait fermer les gorges du Conflans. Un peu plus loin , la brigade destinée à envahir le Tech gagnait Saint-Laurent de Cerda, et l'escadre qui portait une division de débarquement se montrait en vue des côtes du Roussillon. Enfin, pour tenir tête à toutes ces forces, pour garder Mont-Louis, Villefranche, Perpignan, Collioure, Bellegarde , Fort-les-Bains et Pratz de Mollo, en un mot, pour défendre notre frontière menacée sur quatre points à la fois, c'est à peine si nous pouvions disposer de 4,300 hommes !

Les choses en étaient donc arrivées au point que jamais, depuis le 17 avril 1793, premier jour de cette guerre, notre situation n'avait semblé plus alarmante , quand on annonça la paix.

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