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CAMPAGNE DE LA PÉNINSULE

Le général Heintzelman, commandant les premières troupes de l'armée du Potomac qui tou-

chèrent la péninsule, arriva à Fort-Monroe le 23 mars, deux semaines après l'évacuation de Manassas. 11 avait Tordre de camper aussi près de la forteresse que possible, pour que l'ennemi restât ignorant de la direction ultérieure que prendrait l'armée, Norfolk ou Yorktown. Le général Heinfzelman dit qu'aussitôt après son débarquement il obtint l'information que l'ennemi n'avait pas plus de 10,000 hommes à Yorktown et dans la péninsule, et qu'il aurait été content d'avancer et d'isoler Yorktown ; dans quel cas, aucun autre obstacle sérieux ne se serait trouvé sur le chemin de Richmond. Le 27 mars , il poussa des reconnaissances à la hauteur de Big- Bethel et de Watt's-Creek, et s'approcha tout près de Half-Way-House , où l'ennemi avait environ 400 hommes et un peu d'artillerie. 11 fit rapport par télégraphe au général Mac Clellan, et il reçut en réplique une dépêche portant que le général Mac Clellan espérait que rien n'avait été fait qui pût donner connaissance à l'ennemi de la ligne d'opérations de l'armée. Sur ce, la reconnaissance fut retirée.

Les troupes continuaient d'arriver à Fort- Monroe, et le 2 avril le général Mac Clellan lui-même débarqua. Le 4 avril, l'armée commença son mouvement dans la direction d'York-

town, et le 5 elle se trouva en présence des lignes ennemies. Le général Mac Glellan a dit qu'il s était mis en marche de Fort-Monroe plus tôt qu'il n'avait d'abord l'intention de le faire, ayant appris que l'ennemi envoyait des renforts.

Tous les témoignages d'enquête tendent à prouver que lorsque nos troupes commencèrent leur débarquement dans la péninsule, la force de l'ennemi se bornait au commandement de Magruder, estimé diversement de 7 à 12,000 hommes, excepté par le général Mac Clellan, qui l'estime de 15 à 20,000 hommes. L'honorable Lemud J. Bowden, sénateur unioniste de la Virginie, vivant alors en dedans des lignes ennemies, près de Williamsburg, assure que les rebelles ne se décidèrent à renforcer Magruder que lorsqu'il fut évident que nos forces s'arrêtaient devant Yorktown et allaient procéder à un siège régulier de la place. Quelle qu'ait pu être à ce moment l'opinion de nos officiers, il est aujourd'hui démontré que lorsque nos forces apparurent devant Yorktown elles auraient pu faire sans grande difficulté une trouée dans la ligne d'ouvrages barrant la péninsule, et ainsi isoler et bloquer la place d'Yorktown, qui n'aurait pas tardé à capituler. Plusieurs de nos généraux attendaient et désiraient que cela fût tenté. Le général Heint-

zelman transmit au général Mac Clellan une demande du divisionnaire Hamilton pour forcer les lignes de l'ennemi. Aucune réponse ne fut reçue à cette ouverture.

Au lieu de cela, en revanche, un siège fut décidé, contrairement au désir du président, qui déjà, le 9 avril, écrivait au général Mac Clellan comme suit :

« 11 y a un curieux mystère à l'endroit des troupes maintenant avec vous. Je vous ai télégraphié le 6, vous supposant 100,000 hommes. Le secrétaire de la guerre vient de me produire un état, pris, dit-il, de vos propres états, portant à 108,000 hommes les troupes avec vous et en route pour vous joindre. Vous me dites, au contraire, que quand tout ce qui est en marche vous aura rejoint vous n'atteindrez pas 85,000 hommes. Comment cette diminution de 25,000 hommes? Quant au commandement du général Wool, j'entends qu'il fasse pour vous précisément ce que vous auriez dû faire avec le même nombre de vos propres troupes si ce commandement n'eût pas existé. »

Observation. — Le général Wool, un des plus anciens officiers de l'armée régulière, commandait à Fort-Monroe et était formellement indépendant du général Mac Clellan, ce qui, malgré toute la bonne volonté du vénérable général, présentait de graves inconvé-

liicnts. Plus tard, seulement, la place fut mise sous les ordres du général Mac Clellan, quand on y envoya le général Dix. (f. l.)

« Je suppose que toutes les forces qui vous ont été envoyées sont avec vous maintenant, et, dans ce cas, je pense que c'est le bon moment pour frapper un coup. Les délais feront gagner l'ennemi plus que vous, c'est-à-dire qu'il gagnera davantage par des fortifications et par des renforts que vous par des renforts seulement.

« Et laissez-moi vous dire une fois de plus qu'il est indispensable dans votre intérêt que vous frappiez un coup. Je suis impuissant à vous y aider. Vous me rendrez la justice de vous rappeler que j'ai toujours désiré que vous ne vous mettiez pas en quête d'un champ de bataille en descendant la baie, et qu'en ne combattant pas à Manassas ou environs, c'était ajourner et non surmonter la difficulté; nous trouverons toujours le même ennemi et à peu près les mêmes retranchements n'importe sur quelle place. Le pays ne manquera pas de noter, et il note actuellement, que l'hésitation à agir contre une position retranchée n'est qu'une répétition de l'histoire de Manassas. »

Et la répétition fut rendue complète environ un mois plus tard, lorsque l'ennemi, en face d'une force supérieure, évacua ses ouvrages sans

perte et à l'insu du général commandant notre armée.

Le général Mac Clellan n'avait pas jugé ses forces suffisantes, et il avait répliqué très- vivement à Tordre du président détachant Mac Dowell pour la défense de Washington, disant que cette mesure « mettait en péril le succès de notre cause ». 11 demandait renforts sur renforts, réclamant les divisions Franklin et Mac Call, du corps Mac Dowell, pour être placées sous le commandement de Franklin ; il insistait pour que la division Franklin au moins lui fût envoyée. Le 1 1 avril, cette division fut embarquée à Alexandrie pour le Fort-Monroe; le 14, le général Franklin se présenta au général Mac Clellan, près d'Yorktown; mais ses troupes restèrent à bord des transports jusqu'à ce que l'ennemi eût évacué la place; alors elles furent dirigées sur West-Point.

Le 6 avril, le général Mac Clellan télégraphiait au président : « Je n'ai aucun des moyens de transport nécessaires pour mouvoir mon armée seulement quelques milles, » et il demandait que tous ses ordres pour des trains de waggons soient aussitôt exécutés. Tout lui fut envoyé selon ses désirs, et même au détriment du général Mac Dowell, qui se trouva tellement dépourvu de moyens de transport que, lorsqu'il dut se diriger

sur Fredericksburg , ce ne fut qu'avec la plus grande difficulté qu'il put charrier ses vivres d'Aquia-Creek à Falmouth, avant la construction du chemin de fer.

Un mois s'écoula devant Yorktown , notre armée, d'après l'opinion de quelques-uns de nos meilleurs officiers, se démoralisant par les travaux d'un long siège plus encore qu'elle ne l'aurait été par un assaut infructueux.

Observation. — Il est souverainement injuste de mettre à la charge du général Mac Clellan le temps qui s'écoula devant Yorktown et la prétendue démoralisation qui s'ensuivit dans l'armée. D'abord cette démoralisation n'exista jamais, comme le prouvèrent les actions qui suivirent bientôt. Jamais troupe ne combattit plus bravement. Si le général Mac Clellan fut retenu un mois devant cette place, c'est qu'il avait compté, pour se dispenser d'en faire le siège ou l'assaut, sur un mouvement très-sagement combiné que devait effectuer le corps de Mac Dowell. Ce corps devait débarquer dans la Severn, et venir par terre prendre à revers le position de Gloucester, faubourg d'Yorktown, sur la rive gauche du York-River. Une fois cette position prise, la ville môme serait bientôt tombée. Le corps de Mac Dowell ayant été retenu , le général Mac Clellan avait trop peu de troupes pour oser faire ce détachement au delà de la rivière ; devant y renoncer, il se décida pour un siège régulier.

On lui a reproché de n'avoir pas fait une trouée dans la ligne ennemie qui traversait la Péninsule, d'Yorktown à Warwick-Creek. Nous avouons avoir aussi partagé un instant le même avis. Mais après avoir eu l'occasion de reconnaître de près la ligne ennemie , qui n'offrait que deux points vulnérables vers de longues et étroites chaussées à travers le marais, battues d'enfilade par de fortes batteries , nous fûmes obligés de revenir à l'opinion plus prudente du général Mac Clellan. Peut-être un assaut eût-il réussi ; mais les chances étaient partagées, et en tout cas les pertes auraient été sensibles. Il a préféré ménager les vies des soldats au prix d'un peu

de temps. Nous ne nous sentons pas le courage de lui en faire un grand crime, (f. l.)

Les états signés du général Mac Clellan, qui se trouvent au bureau de l'adjudant général, portent l'effectif des troupes de la péninsule sous le général Mac Clellan, au 30 avril 1862, au chiffre de 112,392 hommes présents sous les armes.

Le 1 er mai, le président télégraphie au général Mac Clellan : « Votre demande pour recevoir de Washington des canons Parrott m* alarme, surtout parce qu'elle fait prévoir des délais indéfinis. Estce que quelque chose sera fait ? »

Dans la nuit du 3 et le matin du 4 mai, l'ennemi évacua Yorktown sans perte. Un des témoins assure que le général Mac Clellan fut très-chagriné et mortifié de l'évacuation , car il avait fait tous ses préparatifs pour démasquer ses batteries le lundi 5 mai.

L'évacuation fut découverte le 4 à la pointe du jour. Entre 10 et 11 heures du matin, le général Stoneman, avec la cavalerie et quelque artillerie à cheval, entreprit la poursuite. A une heure, la division du général Hooker quitta Yorktown avec l'ordre d'appuyer le général Stoneman. Les généraux Sumner, Heintzelman et Keyes se mobilisèrent aussi dans la journée avec tout ou partie de leurs corps. A environ 5 milles d'Yorktown

la division Hooker fut arrêtée pendant quelque temps par une colonne venant d'autre direction et lui croisant sa route.

Pendant ce temps, le général Stoneman avait joint l'arrière-garde de l'ennemi et la serrait de près, jusqu'à ce qu'elle atteignît les ouvrages dans le voisinage de Williamsburg. Là la poursuite dut s'arrêter. Le gouverneur Sprague fut envoyé en arrière pour hâter l'arrivée de l'infanterie du général Hooker. Après un délai considérable, le général Hooker, trouvant impossible de faire poursuivre ses troupes droit devant lui, se détourna pour s'avancer par une autre route sur laquelle il avait obtenu des informations par les habitants ; il marcha jusqu'à 1 1 heures soir, reprit la marche le lendemain à l'aurore et arriva un peu après 7 heures du matin en présence des ouvrages avancés de l'ennemi, qui sont à un demi-mille du fort Magruder. Immédiatement il engagea l'action.

Il paraît y avoir eu une grande confusion dans l'arrangement des troupes àWilliamsburg. Lorsque la poursuite commença, le dimanche, le général Heintzelman avait été chargé des opérations en front. Le lundi matin , ordre fut envoyé au général Sumner de prendre le commandement.

Le général Mac Clellan resta en arrière à Yorktown

pour surveiller rembarquement de deux divisions sur West-Point. Une forte pluie tombée le dimanche rendait les routes presque impraticables. Des troupes de différents commandements s'empâtèrent les unes dans les autres, et il semble qu'il fût difficile de les remettre en bon ordre.

Le lundi après midi, le général Hooker, se trouvant pressé par l'ennemi et sachant que le générai Sumner avait 30,000 hommes avec lui, demanda à plusieurs reprises des renforts. Les généraux Stoneman et Heintzelman firent de même, mais les renforts n'arrivèrent pas. Le général Sumner a dit qu'ayant envoyé le général Hancock sur la droite, il n'avait au centre qu'environ 3,000 hommes d'infanterie, la cavalerie ne pouvant pas être employée contre l'ennemi dans un terrain aussi boisé. En recevant la demande de renfort du général Hooker sur la gauche, il envoya des officiers d'état -major rassembler des troupes plus en arrière, son corps s'étendant sur une profondeur d'une dizaine de milles, et il ordonna à Kearney de renforcer Hooker. Les renforts n'arrivant pas au général Hooker aussi vite qu'il l'aurait fallu ou au moins qu'il l'attendait, le prince de Joinville et le gouverneur Sprague partirent pour Yorktown afin de prier le général Mac Clellan de venir sur le

front veiller par lui-même à tout cela. Le gouverneur Sprague arriva à Yorktown vers 1 heure, ayant été environ une heure en route. Il rapporte que lorsqu'il informa le général Mac Clellan de la situation des choses sur le front, le général observa que « ceux en tête devaient bien s'attendre à ces petites difficultés ». Au bout de quelques instants, le général Mac Clellan partit de Yorktown et atteignit les environs de Williamsburg vers 5 heures d'après-midi.

Observation. — Le général Hooker a fait sur cet incident une déposition devant le comité, qui est peu avantageuse à l'un des chefs de corps imposés au général Mac Clellan. Il s'est exprimé comme suit :

« Vers neuf heures, mes tirailleurs serraient de près le fort Magueder. J'envoyai dire aux généraux en arrière que rien ne s'opposait plus à ce qu'ils avançassent. Ils étaient à un mille et demi de moi. Je croyais que c'était Heintzelman ; mais il se trouva que c'était Sumner, avec 30,000 hommes au moins. Je le sollicitai d'avancer jusqu'à trois heures après midi, et pendant ce temps mes propres troupes furent engagées trois ou quatre fois. Le général Kearney, qui avait été le dernier à quitter Yorktown, excepté Porter, laissé là en garnison, fut le premier à me donner assistance. Si le général Sumner s'était avancé à temps, je crois qu'on en finissait avec la rébellion ; mais il ne s'avança pas du tout.

« Question. Où était le général Mac Clellan pendant tout ce temps ?

« Réponse. A Yorktown. Vers neuf heures du matin, le prince de Joinvillc, voyant que les renforts n'arrivaient pas, partit pour Yorktown et y arriva une heure après. On me rapporta qu'il dit au général Mac Clellan : « Général, vous avez trois vieilles femmes en « avant. Le général Hooker est rudement engagé et on ne lui « envoie point de renforts. Il est nécessaire que vous alliez y mettre « bon ordre. » Le lieutenant-colonel Webb était présent à cette

entrevue , en suite de laquelle le général Mac Clellan partit de Yorktown entre quatre à cinq heures, pour aller en avant. »

11 résulte bien de cette déposition que ce ne fut pas le général Mac Clellan, occupé à embarquer à Yorktown des troupes qui devaient tourner l'ennemi posté à Williamsburg, qui fut cause de l'inaction de Sumner. Plusieurs de ses officiers d'état-major et aides de camp étaient détachés aux corps en avant, (f. l.)

Pendant ce temps, le général Kearney avait rejoint Hookersur le champ de bataille, et, comme plus ancien en rang que Hooker, avait pris le commandement. Le général Hancock avait été engagé sur la droite où, ayant été renforcé, il réussit à repousser l'ennemi en perdant une quarantaine d'hommes. La principale action fut soutenue par les troupes du général Hooker, dont la division subit une perte d'environ 1,700 hommes. Au moment où elles furent renforcées, les troupes de Hooker devaient maintenir leur position à la baïonnette ou à l'aide des cartouches prises sur les corps des hommes tombés; les routes étaient tellement boueuses que les caissons n'avaient pu suivre les bataillons pour les approvisionner à nouveau.

Cette même nuit l'ennemi évacua Williamsburg. Le général Mac Clellan rapporte qu'en arrivant sur le champ de bataille il fut si content de voir l'ennemi battu et forcé ou de devoir évacuer la position dans la nuit ou de courir grand risque

d'être cerné, qu'il contremanda les ordres aux divisions Richardson et Sedgwick, et les renvoya en arrière à Yorktown.

Le jour suivant, la poursuite fut continuée sur une courte distance par le général Stoneman, avec la cavalerie et un petit corps d'infanterie. Plusieurs généraux ont déclaré que si l'ennemi avait été promptement poursuivi après la bataille de Williamsburg, on aurait pu entrer sur ses talons à Richmond; l'un d'eux dit même sans coup férir. Le général Mac Clellan objecte que les pluies avaient rendu les chemins si mauvais qu'une vigoureuse poursuite était impossible.

La bataille de Williamsburg parait avoir été livrée avec de nombreux et sérieux désavantages. Rien ne fut connu de la nature de la contrée ou de la valeur des ouvrages défensifs de l'ennemi jusqu'à ce que nos troupes les eurent devant elles. Aucune volonté supérieure ne contrôlait les mouvements ; on ne savait qui commandait ; chaque général combattit comme il crut le plus convenable, et lorsque le commandant en chef parut sur le champ de bataille, le principal était achevé.

Trois ou quatre jours furent perdus à Williamsburg pour attendre les vivres, etc. ; puis la marche fut reprise vers le Chickahominy. Ce fut aussi à

ce moment que Norfolk fut pris et le Merrïmac détruit. Mais auparavant les mesures avaient été prises pour ravitailler Tannée par le York-River au lieu du James, la ligne adoptée fut conservée. Il en résulta que les canonnières ne servirent pas à grand chose dans les opérations contre Richmond, et furent complètement inactives, à l'exception de la tentative contre le fort Darling, jusqu'à ce qu'elles durent, en juillet, protéger la retraite de l'armée sur le James-River.

La distance entre Williamsburg et la ligne d'opérations du Chickahominy est de 40 à 50 milles ; l'armée mit environ deux semaines à les parcourir. Les premières troupes qui franchirent le Chickahominy furent celles du général Keyes, le 24 mai, suivies le lendemain par le corps du général Heintzelman. Le reste de notre armée resta sur la rive gauche du Chickahominy jusqu'à la bataille de Fair-Oaks, pendant laquelle le général Sumner passa sur la rive droite pour appuyer les généraux Heintzelman et Keyes.

Observation. — Voici le Chickahominy qui se trouve maintenant fournir une ligne d'opération ! ! Comme nous n'avons pas à faire ici un cours de définitions stratégiques, nous renvoyons les auteurs d'une telle bévue aux ouvrages de Jomini, de l'archiduc Charles et autres maîtres en la matière, et nous passons aux lenteurs reprochées à l'armée dans sa marche.

A cet égard, le comité devrait se souvenir qu'un peu plus haut, à propos du combat de la division Hooker à Williamsburg, il est

convenu que les routes « étaient tellement boueuses que les caissons n'avaient pu suivre leurs bataillons ». Après l'affaire, la pluie continua encore, et il devint impossible non pas seulement de poursuivre l'ennemi jusqu'à Richmond, mais même de marcher pendant quelques heures. Les hommes avaient de la boue jusqu'à la ceinture; les cavaliers se tiraient encore d'affaire, mais les chariots n'arrivaient plus. Aussi, après l'action, le général Mac Clellan fit rétrograder quelques corps vers leurs vivres, à Yorktown, et se décida d'embarquer encore deux divisions, Richardson et Sedgwick, pour leur faire faire le trajet en remontant le York-River. Pendant trois jours après le combat, les troupes restées en avant, depuis le simple soldat jusqu'au général, ne vécurent que de ce qu'elles avaient emporté avec elles sur la selle ou dans le sac. Il n'y aurait pas eu moyen de faire marcher seulement 10,000 hommes avec leurs approvisionnements, tandis que l'ennemi, se repliant sur ses dépôts, ne souffrait nullement des longues étapes. Parler, dans de telles conditions, de poursuite jusqu'à Richmond, c'est parler en l'air. Au lieu de faire du roman à l'occasion de ces temps d'arrêt imposés par les éléments, le comité devrait bien nous dire pourquoi l'administration fut si lente à fournir les transports et les bâtiments pour le trajet d'Alexandrie à Fort-Monroe, lenteurs qui firent perdre au moins quinze jours au moment le plus précieux, (f. l.)

Le général Mac Clellan continua à demander des renforts, représentant que la force de l'ennemi en front était supérieure à la sienne propre , et que le corps du général Mac Dowell ferait plus pour la protection réelle de Washington dans la péninsule que partout ailleurs. Dans une lettre du 21 mai, il demande que le corps du général Mac Dowell lui soit envoyé par eau plutôt que parterre, comme le mode le plus expéditif, et que lui et ses troupes soient explicitement placés sous son commandement dans les termes ordinaires. Il termine sa lettre en disant :

« Je crois que notre armée a de grosses affaires en perspective, mais je ne suis ni intimidé ni découragé. Je désire accroître sa force autant que je puis; mais à tout événement je la ferai combattre avec toute l'habileté, toute la prudence et toute la résolution en mon pouvoir. Et j'ai confiance que le résultat sera ou de me maintenir dans la confiance permanente du gouvernement, ou de finir là ma carrière. »

En réponse à la demande du général Mac Çlellan que le général Mac Dowell le rejoigne par eau, le président écrivit le 21 mai :

« Mac Dowell peut vous rejoindre par terre plus promptement qu'à bord des bâtiments, même si ceux-ci étaient déjà prêts à Fredericksburg, à moins que sa marche par terre ne soit retardée par l'ennemi, auquel cas vous seriez débarassé d'autant sur le front de Richmond. Par terre, il vous rallierait cinq jours après le départ; tandis que par eau vous ne l'auriez pas avant deux semaines, à en juger par les récentes expériences. La seule division Franklin mit plus de dix jours à vous atteindre depuis que je lui en eus donné l'ordre. »

Les préparatifs furent donc faits par le général Mac Dowell pour quitter Fredericksburg le 25 mai

et rejoindre le général Mac Clellan. Mais, juste au même moment, Jackson commençait son expédition dans la vallée de Shenandoah. Alors Mac Dowell, ainsi que le général Frémont, de la Virginie occidentale , furent envoyés au secours du général Banks, avec la tâche de couper la retraite à Jackson. Étant informé de ces faits, le général Mac Clellan observa que le mouvement de Jackson avait probablement pour but de prévenir l'envoi de renforts dans la péninsule. Le président répliqua par des renseignements détaillés sur les affaires de la Shenandoah, et terminait en disant :

« Si le corps de Mac Dowell était maintenant avec vous, nous serions réellement sans appui. Ce sont les appréhensions de quelque chose semblable à ce qui arrive et non le mauvais vouloir à vous soutenir qui m'ont toujours fait retenir le corps de Mac Dowell. Veuillez comprendre cela, et faire de votre mieux avec les forces que vous avez maintenant. »

Observation. — Nous croyons tout à fait à la sincérité du langage franc et honnête du président, mais un peu plus haut le rapport défigure complètement les faits relatifs à la campagne de Jackson et à la folle terreur qu'elle inspira à Washington, qui fut la véritable cause des revers de la péninsule. En quittant Washington , avant d'avoir été privé d'une partie de son commandement, le général Mac Clellan avait donné les instructions les plus sages et les plus précises pour la défense de la capitale. Il avait indiqué Manassas- Junction et Front-Royal comme des points constituant une bonne

première ligne, et avait ordonné à Banks de s'y établir en s'y retranchant. Il lui avait formellement défendu de s'avancer plus loin en Virginie. Mais aussitôt que le général Mac Clellan eut le dos tourné, on voulut lui créer un rival dans Bapks, et, calculant que l'armée du Potomac attirerait toutes les forces de l'ennemi, on crut assurer à Banks de faciles lauriers en l'envoyant faire une pointe dans la haute vallée de la Shenandoah. Le conseil aulique de Washington croyait faire ainsi un coup de maître, et faire tomber Richmond avant que Mac Clellan eût le temps de paraître devant cette ville. Si les confédérés ne s'étaient pas tant pressés et s'ils eussent laissé Banks s'avancer plus profondément, le brave général aurait sans doute couru grand risque d'être capturé avec tout son corps. Banks ayant miraculeusement échappé, il suffisait de tenir fortement Harpers'- Ferry d'un côté et Centreville de l'autre pour couvrir Washington. Jackson aurait pu se promener entre Warrenton-Junction et Winchester ; il aurait pu pousser des partis de cavalerie dans le Maryland occidental, mais il n'aurait rien pu tenter de sérieux.

Au lieu de cela, on voulut jouer à Jackson ce qu'on croyait être un bon tour, et, pour employer l'expression américaine, le « mettre dans le sac » . Pour se faire une idée de ce plan de campagne, sorti de l'officine de Washington , et de la confusion qui présida à son exécution, il faut lire la série des télégrammes par lesquels le président informe le général Mac Clellan du progrès de cette savante manœuvre. Les généraux Mac Dowell, Banks, Sigel et Fremont, venant chacun de leur côté, et conservant tous leur commandement indépendant, arrivèrent les uns après les autres pour se faire battre en détail ou pour laisser passer Jackson sous leur nez sans combat. Mais le résultat le plus fâcheux fut que le corps de Mac Dowell, divisé, affaibli par des marches forcées, et transporté sur un autre théâtre de guerre, ne put plus prendre le rôle qui lui était réservé. Pour la seconde fois, et définitivement, il fut retenu loin de l'armée du général Mac Clellan à laquelle, pour la seconde fois aussi, il causa par là un grand préjudice, comme on va le comprendre par quelques brèves explications.

Après la destruction du Merrimac et la prise de Norfolk par les fédéraux, qui ouvrait à ceux-ci le James-Rivcr, le commodorc Goldsborough avait proposé au général Mac Clellan de faire appuyer son armée à gauche et d'aller prendre pour base d'opérations le James-River. Le changement de base, effectué alors, eût rendu bien

bien plus facile l'attaque de Richmond, par le concours des canonnières. Le général Mac Clellan renonça à ces avantages évidents parce qu'il avait l'ordre de donner la main par sa droite au général Mac Dowell, qui, de Frcdcricksburg, devait venir rallier par terre l'armée de la péninsule aussitôt que celle-ci serait à hauteur de Richmond. Le général Mac Clellan attendait le général Mac Dowell par la route du chemin de fer Richmond-Fredericksburg et avait déjà envoyé des troupes dans cette direction à sa rencontre, lorsqu'il reçut, au lieu de ce renfort, l'ordre télégraphique de brûler les ponts de ce chemin de fer sur les branches du Paraunkcy, et de rendre ainsi impossible toute communication avec Mac Dowell, dont les avant-postes n'étaient alors qu'à sept lieues de distance des avant-postes de Mac Clellan. Mais c'était au moment de la défaite de Banks, et telle était la frayeur de Washington qu'on croyait toute l'armée confédérée en marche vers le Nord , et qu'en coupant les ponts on sauverait la capitale. La frayeur alla même jusqu'à proposer au général Mac Clellan de rembarquer son armée pour la ramener dans les lignes d'Alexandrie ! (f. l. )

Le 31 mai et le I e ' juin furent livrées les batailles des Sept-Pùis et de Fair-Oaks. Comme on a beaucop controversé sur la conduite des troupes à cette occasion, votre comité s'en référera plus particulièrement au témoignage du général Casey, qui commandait la division en tète, sur laquelle fut faite la première attaque. Le général Casey rapporte que lorsque la campagne de la péninsule s'ouvrit, sa division était surtout composée de recrues inexpérimentées.

Elles avaient beaucoup souffert des marches, ainsi que des travaux et des incidents du siège d'Yorktown. Quelques corps étaient depuis plusieurs semaines sans tentes, ayant été obligés de laisser

leurs équipages de campement en arrière lorsqu'on commença la poursuite de l'ennemi après l'évacuation d'Yorktown. Cette division franchit le Chickahominy, prit position aux Sept-Pins, où elle s'établit en construisant des retranchements et des abatis.

Quelques jours avant la bataille des Sept-Pins, contrairement aux opinions et aux avis des généraux Keyes et Casey, la division reçut l'ordre de se porter plus en avant sur le front à trois quarts de mille, se trouvant ainsi à six milles, les avantpostes à cinq milles, de Richmond. Elle n'était appuyée ni de droite ni de gauche, le reste du corps dont elle faisait partie (Keyes) étant en arrière. Elle se renforça immédiatement de fossés et d'abatis; à la nuit, les avant-postes furent attaqués par l'ennemi et le repoussèrent. Vers onze heures du matin, le 31, les éclaireurs annoncèrent l'approche de l'ennemi, et un aide de camp du général Johnson fut capturé avec d'importants papiers sur lui. Le général Casey, avec un aide de camp et l'officier supérieur de jour, se rendit vers le général Keyes pour lui faire rapport. Le général Keyes a témoigné que quelques jours avant l'attaque il avait fait rapport sur sa situation au général Mac Clellan, sur le voisinage immédiat de l'ennemi et son attitude menaçante,

et avait demandé que le général Sumner franchît le Chickahominy pour l'appuyer. Mais cela ne fut fait qu'au moment où l'attaque eut lieu. Les rapports continuèrent à annoncer l'approche de l'ennemi. La division fut rassemblée, les hommes de corvée rappelés, et tout fut préparé pour recevoir l'attaque. Deux lignes de bataille furent formées; une dans les fossés et retranchements, et l'autre, soit cinq à six régiments, avec quatre bouches à feu , à environ un tiers de mille plus en avant. Auparavant un régiment avait envoyé un renfort aux avant-postes. A environ une heure et vingt minutes, l'ennemi commença l'attaque en force, on croit qu'il se montait à environ 35,000 hommes; ils attaquèrent par le front et sur les deux flancs. Après quelques moments d'action, l'ennemi continuant à arriver en force, notre front se retira sur la position de la seconde ligne et combattit là jusqu'à ce qu'il fut complément entouré. Des renforts avaient été promis, et le général Casey avait choisi la position qui lui avait été assignée; mais les renforts tardèrent jusqu'au moment où il fut forcé d'évacuer sa seconde ligne ; alors arriva un seul régiment. Après environ trois heures de combat, la division dut abandonner l'emplacement de la seconde ligne avec une perte de 1,433 hommes, tant tués, blessés que man-

quants. Une heure après que la division Casey eut été refoulée, le reste de nos troupes se replia d'un mille et demi à deux milles en arrière de la première ligne de Casey, où l'ennemi fut tenu en échec et où le combat cessa pour la journée. * Pendant la bataille, le général Sumner, dont le corps était sur la rive gauche du Chickahominy, reçut l'ordre du général Mac Clellan de se tenir prêt à franchir la rivière. Non-seulement le général Sumner fit cela, mais il concentra aussitôt tout son corps et le porta en avant jusqu'à ce que les têtes de colonne fussent vers les ponts, prêles à traverser, gagnant ainsi une ou deux heures. Quand l'ordre de passer lui arriva, il put l'exécuter immédiatement; il dirigea ses troupes tout droit sur le champ de bataille, s'engagea avec l'ennemi en se plaçant à la droite des troupes déjà fortement pressées.

Le jour suivant, 1 er juin, l'ennemi attaqua le général Sumner à Fair-Oaks. Le général Hooker, qui avait reçu, la veille, l'ordre du général Heintzelman de marcher en avant avec la moitié de sa division, entendant le feu du général Sumner, se porta aussitôt dans cette direction et attaqua l'ennemi. En peu de temps celui-ci fut refoulé et battit en retraite en désordre. Il n'y avait pas liaison entre les forces du général Sumner et

celles du général Heintzelman (Hooker), mais chacune d'elles combattit de son mieux suivant les circonstances. Le général Mac Clellan était avec le gros de l'armée sur la rive gauche du Chickahominy. Lorsque le combat fut fini, il passa sur la rive droite de la rivière.

Le lundi matin, le général Heintzelman ordonna au général Hooker de pousser une reconnaissance forcée vers Richmond, ce que le général Hooker fit en s avançant jusqu'à quatre milles de la capitale ennemie, sans autre résistance que quelques escarmouches d'avant-postes. Informé de cela par le général Heintzelman, le général Mac Clellan ordonna que les troupes fussent rappelées et occupassent la position qui avait été tenue par la division Casey.

Les officiers engagés dans cette bataille, qui ont été interrogés, déclarent que l'armée aurait pu pousser par la droite sur Richmond avec peu de résistance; que l'ennemi était tout à fait débandé et démoralisé, jetant armes, équipement, etc., pour mieux s'enfuir. Le général Mac Clellan paraît avoir eu aussi l'idée d'un mouvement immédiat sur Richmond , car le lendemain de la bataille (2 juin), il écrivait au secrétaire de la guerre :

« Hier matin, l'ennemi nous a attaqués, en

force et avec grande vigueur, mais il a été repoussé sur toute la ligne avec grande perte. Nos troupes ont chargé fréquemment dans les deux jours, et ont régulièrement rompu l'ennemi. Il s'ensuit que notre gauche n'est qu'à quatre milles de Richmond. Je n'attends plus que de voir la rivière baisser pour la franchir avec le reste de nos troupes, et faire une attaque générale. S'il tient dans une très-forte position, je pourrai attendre les renforts qui m' arriveront de Fort-Monroe. Mais le moral de mon armée est maintenant tel que je puis tenter beaucoup. Je ne crains pas de revers. La victoire est complète, et toute gloire est due à la bravoure de nos officiers et de nos soldats. »

Toutefois le mouvement ne fut pas fait, par suite, a dit le général Mac Clellan, de la hauteur des eaux du Chickahominy et du mauvais état des routes.

Observation. — Nous reconnaîtrons que le rapport du comité, à propos des journées de Fair-Oaks et des Sept-Pins, renferme des remarques vraies; mais pour un récit qui prétend être complet dans ses appréciations et distribuer de haut l'éloge et le blâme, il a des omissions d'une flagrante injustice. Il n'y est pas question de la belle charge de feu le général Kearney , qui rétablit le combat sur la gauche. A droite, la division Sedgwick, du corps Sumner, livra un combat sanglant le premier jour, qui empêcha l'ennemi de couper entièrement le corps du général Keyes des ponts sur le Chickahominy. Enfin l'assertion que, le second jour, le général Mac

Clellan ne parut sur le champ de bataille qu'après la fin du combat a été démentie par de nombreux témoins oculaires et par un de ses aides de camp, entre autres, qui l'accompagna toute la journée. « Le général Mac Clellan , quoique gravement malade de la dyssenterie, dit cet officier, avait cependant passé la plus grande partie de la nuit à chercher ses généraux et à s'entendre avec eux. Vers sept heures et demie du matin, le général Mac Clellan quitta l'ancien quartier du général Sumner, et arriva entre huit et neuf heures à l'endroit où celui-ci était engagé. Le combat était alors des plus vifs ; nous étions dans une clairière, et l'on se battait sur la lisière du bois, à 200 mètres de l'endroit d'où le général dirigeait lui-même le combat. »

Le général Sumner a déposé que le général Mac Clellan ne vint vers lui à Fair-Oaks qu'à midi ; mais cette déposition montre trop d'ignorance sur d'autres faits assez importants de la journée pour qu'on puisse baser sur elle un récit complet et authentique des événements. Le général Mac Clellan peut bien être arrivé à huit heures sur ce champ de bataille boisé et accidenté , et n'avoir été vu qu'à midi parle général Sumner, qui ne vil pas non plus l'appui que lui prêtèrent les généraux Kcarney et Hookcr. Quant au général Heintzelman, tout à fait sur la gauche, à Sevcn-Pines, il put encore moins savoir ce qui se passa vers Fair-Oaks, et son témoignage sur ce point est de nulle valeur. Mais le fait est que pendant la nuit, entre les deux actions, il fut mandé par le général Mac Clellan, et qu'il reçut du commandant en chef lui-même, à la station du chemin de fer du Chickahominy, des instructions détaillées pour les dispositions du dimanche. Il est indubitable que si ce jour-là, après l'avantage de Sumner, secondé par Kearney et Hooker, on eût fait avancer le reste de l'armée pour pousser l'ennemi, on aurait obtenu un grand succès. Mais si les difficultés de cette opération n'étaient peut-être pas insurmontables, elles étaient très-grandes. Le pont de Bottom avait seul résisté à l'inondation, et pour l'atteindre il fallait aller dans l'eau jusqu'au-dessus de la ceinture. C'est le viaduc du chemin de fer, que les confédérés croyaient encore coupé et qui n'avait été ouvert que la veille, de Fair-Oaks, qui empêcha l'aile gauche de mourir de faim. Par là on évacuait les blessés et on approvisionnait les six divisions de la gauche. Qu'on joigne à cela la fatigue de ces divisions, leurs pertes et la complète désorganisation de l'une d'entre elles, et l'on comprendra le temps d'arrêt qui suivit la bataille de Fair-Oaks. (p. l.)

Le 6 juin, le division Mac Call du corps Mac Dowell reçut Tordre de rejoindre l'armée de la péninsule. Le 8 juin, le général Mac Clellan télégraphiait : « Je serai parfaitement prêt à aller de l'avant et à prendre Richmond quand Mac Call sera arrivé ici et que le terrain permettra le passage à l'artillerie. » Le 10 ou 11 juin, les troupes de Mac Call commençaient à arriver à White-House.

Les préparatifs continuèrent à Washington pour envoyer par terre, de Fredericksburg, le reste des troupes du général Mac Dowell, lui-même ayant des instructions pour agir complètement de concert avec le général Mac Clellan, mais en gardant un commandement indépendant. Cela ne paraît pas avoir été du goût du général Mac Clellan, car, le 16 juin, il télégraphia au secrétaire de la guerre :

« Il doit être clairement entendu que Mac Dowell et ses troupes seront complètement sous mon contrôle. J'ai reçu un télégramme de lui demandant que la division de Mac Call soit placée de manière à le rejoindre immédiatement après son arrivée. Cette demande ne respire pas l'esprit convenable. Les troupes qui .n'arrivent, quelles qu'elles soient, doivent être disposées le mieux possible. Je ne comprendrais pas que dans

les circonstances actuelles le général Mac Dowell pût désirer que l'intérêt général fût sacrifié à l'avantage d'accroître soncommandementparticulier. Si je ne puis pas contrôler toutes ses troupes, je n'en ai pas besoin, et je préfère combattre avec ce que j'ai, laissant à d'autres la responsabilité des conséquences. »

Le 18 juin, le général Mac Clellan télégraphie au secrétaire de la guerre qu'il a reçu l'avis de déserteurs que des troupes ont quitté Richraond pour renforcer Jackson, que le mouvement a commencé le 8, et que si des renforts arrivent à Jackson, ce ne sera pas moins sans doute d'une dizaine de mille hommes; qu'il ne veut pas garantir la vérité de ce rapport, mais qu'il lui paraît assez certain qu'on le croit à Richmond et dans les troupes rebelles. A cela le président répliqua, le même jour, que l'information était corroborée par une dépêche du général Hing à Fredericksburg, et il remarque : « Si c'est vrai, c'est aussi bon pour vous qu'un renfort de même effectif. »

Le même jour le général Mac Clellan télégaphie au président :

« Un engagement général peut avoir lieu à toute heure. Une avance de notre part engagera une bataille plus ou moins décisive. Sur chaque

point l'ennemi paraît prêt à nous recevoir. Il est certainement en grand nombre et a des ouvrages considérables. Si 10 ou 15,000 hommes ont quitté Richmond pour renforcer Jackson, cela prouve leur force et leur confiance. Après demain nous combattrons l'armée rebelle si la Providence le permet. Nous n'attendons qu'une condition favorable du sol et du ciel, et l'achèvement de quelques préliminaires nécessaires. »

Les états du général Mac Clellan au bureau de l'adjudant général donnent l'effectif suivant de l'armée de la péninsule au 20 juin : présents sous les armes, 115,102 hommes; corvées, malades et aux arrêts, 12,255 hommes; manquants, 29,511. Total, 156,868 hommes.

A peu près à ce moment, le général rebelle Stuart fit, avec sa cavalerie, sa célèbre pointe tout autour de notre armée, sans aucune perte, et en découvrant la nature de nos communications avec le York-River.

Le 24 et le 25 juin, le général Mac Clellan télégraphie au secrétaire de la guerre qu'il est informé par des déserteurs et des nègres fugitifs que Jackson prépare une attaque sur sa droite et ses derrières. Comme cette dépêche du général Mac Clellan et une du président en réponse

précèdent immédiatement la bataille des Sept- Jours, nous les donnons ici dans toute leur teneur:

« Reçue à 8 h. 50 m. après midi.

« 25 juin, 6 h. 15 m. après midi.

« Rentrant à ce moment au quartier général, je trouve votre dépêche concernant Jackson. Quelques nègres viennent précisément de me donner des renseignements confirmant la prévision de l'avance de Jackson, qui serait maintenant à Hanover-Court-House ou environs, ainsi que de Beauregard, qui serait entré hier à Richmond avec d'importants renforts. La force rebelle est estimée à 200,000 hommes avec Jackson et Beauregard. Si ces rapports sont vrais, j'aurais donc à combattre en grand désavantage; mais l'armée fera tout ce qui est en pouvoir humain pour maintenir sa position et repousser toute attaque. Je regrette ma grande infériorité de nombre, mais je sens que je ne suis en aucune façon responsable à cet égard, vu que je n'ai pas manqué de représenter souvent la nécessité de m' envoyer des renforts, qu'ici était le point décisif, et que toutes les ressources efficaces du gouvernement auraient dû y être concentrées. Je ferai tout ce qu'un général peut faire avec la belle armée que j'ai l'honneur de commander, et si elle succombe sous

le nombre, je partagerai son sort et mourrai aussi avec elle. Mais, si de l'action qui se livrera aprèsdemain ou dans un temps très- rapproché sort un désastre, on ne pourra pas m'en faire porter la responsabilité ; elle doit rester à qui de droit.

« Depuis que j'ai commencé ces lignes j'ai reçu d'autres renseignements confirmant les suppositions sur les mouvements de Jackson et de Beauregard. Je serai probablement attaqué demain, et je vais de l'autre côté du Chickahominy pour y préparer la défense. Mes demandes de renfort sont maintenant hors de saison.

« (Signé) G. B. Mac Clellan, major général.

« A l'honorable E. M. Stanton, secrétaire de la guerre. »

La réponse du président porte :

« Washington, 26 juin 1862.

« Vos trois dépêches d'hier se terminant par le rapport que vous avez complètement réussi dans votre pointe sont très-satisfaisantes.

« La dernière, de 6 h. 15 m. du soir, présumant que vous vous trouvez en face d'une force de 200,000 hommes, et en rejetant sur qui de droit la responsabilité, me peine beaucoup. Je vous ai donné ce que j'ai pu et j'agis dans la prévision que vous ferez de votre mieux avec ce que vous

avez, tandis que vous continuez, peu généreusement j'estime, à prétendre que j'aurais pu faire davantage. Je n'ai négligé et ne négligerai aucune occasion de vous envoyer tous les renforts possibles.

« (Signé) A. Lincoln.

« Au major général Mac Clellan. »

Dans l'après-midi du 26 juin, entre deux et trois heures, l'ennemi, en force considérable, fit une attaque vigoureuse sur les troupes du général Mac Call stationnées à Mechanicsville et composées de deux brigades, Seymour et Reynolds.

L'action dura jusqu'à la nuit, et l'ennemi fut repoussé. Des troupes furent lancées en avant par le général Porter à l'appui de celles engagées, mais elles ne prirent pas part à l'action, quoique quelques-unes d'elles eussent bien pu appuyer la droite de la ligne.

Vers minuit, les troupes reçurent l'ordre de se replier vers Gaines-Mill, ce qui fut exécuté sans perte.

Le 27, fut livrée la bataille de Gaines-Mill, principalement par le corps du général Porter. Nos forces engagées étaient de 27 à 30,000 hommes, celles de l'ennemi étant de deux à trois fois ce nombre. Celui-ci était en telle supériorité d'effectifs que nos troupes, malgré l'extrême bravoure

avec laquelle elles combattirent, furent refoulées en subissant une perte d'environ 9,000 hommes tués, blessés et manquants.

Le général Mac Clellan fut interrogé sur les motifs qui l'avaient porté à laisser ainsi son aile droite, comptant seulement une trentaine de mille hommes, exposée à recevoir l'attaque d'un ennemi supérieur en nombre, au lieu de l'avoir retirée sur la rive droite du Chickahominy avant la bataille de Gaines-Mill. Sur ce point son témoignage fut le suivant :

« Question. — Quelle qu'ait pu être l'intention de l'ennemi dans son attaque, n'aurait-il pas été meilleur pour nous de placer les deux ailes de notre armée du même côté du Chickahominy, avant la bataille de Gaines-Mill ?

« Réponse. — Je ne pense pas qu'on ait dû les porter sur le même côté de la rivière avant le moment où on le fit.

« Question. — Quel avantage y avait-il à laisser l'aile droite de notre armée exposée à l'attaque d'une force ennemie très-supérieure?

« Réponse. — Elle empêchait que l'ennemi ne se jetât sur notre flanc et nos derrières, et elle facilita, à mon avis, la retraite de l'armée et de son matériel.

« Question. — Voulez-vous expliquer ce qui fut fait par notre aile droite au moment ou à peu près où la gauche était engagée, pour préserver notre flanc contre une attaque, et pour permettre à l'armée et à son matériel de se retirer?

« Réponse. — Par un combat désespéré, elle infligea de si rudes pertes à l'ennemi qu'elle l'arrêta sur la rive gauche de la rivière et nous donna le temps d'évacuer le matériel. »

Observation. — Lorsque le rapport fait un grave reproche au général Mac Clellan de n'avoir engagé que 30,000 hommes à Gaines-Mi 11, il se montre un peu sévère, car le général n'avait en tout que 80,000 combattants formant 4 4 divisions, et sa tâche était des plus complexes. 11 fallait d'abord prévoir la retraite vers le James-River, ouvrir par conséquent la route inconnue dans cette direction , et protéger la marche de l'immense convoi qui se dirigeait déjà de ce côté; et s'il fallait empêcher l'ennemi de passer le Chickahominy, il fallait avant tout se couvrir contre Richmond, où le flanc droit de l'armée fédérale allait être fort exposé pendant la marche en retraite et par le flanc. Pour cela il fallait occuper l'immense ligne des ouvrages et y faire bonne contenance. Sur les 44 divisions, deux, moins une brigade, envoyées par Gaines-Mill, formaient l'extrême gauche, prêtes à ouvrir la marche vers le James-River; i divisions furent engagées toute la journée à Gaines-Mill, renforcées par deux brigades de Sumner arrivées à la fin. La division Smith eut un combat très-chaud sur la gauche du Chickahominy ; il resta trois divisions et une brigade pour garnir la longue ligne des ouvrages. Cette disposition n'était peut-être pas la meilleure ni celle que le général Mac Clellan eût prise s'il eût eu tout le temps nécessaire pour ses préparatifs ; mais aucun de ces corps ne fut inutile sur l'emplacement qui lui avait été assigné. Toutes les troupes furent agissantes dans cette journée ; elles eurent toutes des combats partiels, et le soir il n'y avait plus un régiment en réserve, tant la supériorité de l'ennemi était grande. Quelques brigades de plus à Gaines-Mill n'auraient pas suffi à procurer une

victoire féconde, et eussent laissé sur d'autres points une lacune qui aurait pu gravement compromettre la retraite en perspective.

Dans la nuit qui suivit la bataille de Gaines- Mill, toutes nos forces furent concentrées sur la rive droite du Chickahominy, et le jour suivant le mouvement sur le James-River fut résolu. Le général Heintzelman rapporte que la nuit après la bataille, arrivé vers le général Mac Clellan , il trouva tout paqueté et prêt à partir ; le général Mac Clellan lui dit qu'il n'y avait que deux choses à faire, ou concentrer toutes les forces et tout risquer dans une bataille, ou se replier sur le James-River; que s'il livrait bataille ici et qu'il fût battu, l'armée entière serait perdue. Le général Heintzelman fut d'avis de ne pas risquer la bataille dans de telles conditions, car si l'armée était perdue la cause le serait aussi; qu'il était préférable de se retirer vers le James-River, où l'on attendrait des renforts. Le général Mac Clellan dit qu'il était aussi lui-même de cette opinion, et l'exécution en fut arrêtée. Cette nuit, à minuit et 20 minutes, le général Mac Clellan télégraphia au secrétaire de la guerre que lui (général Mac Clellan) n'était pas responsable du résultat, mais que le gouvernement n'avait pas soutenu son armée.

A cela le président répliqua, le 28 : « Si vous avez une bataille indécise ou un échec, c'est le prix que nous payons pour que l'ennemi n'entre pas à Washington. Nous protégeons Washington, et l'ennemi se concentre sur vous. Si nous avions dégarni Washington l'ennemi aurait été sur nous avant que les troupes qu'on vous aurait envoyées vous eussent rejoint. En tout cas, sauvez votre armée. Je vous enverrai du renfort aussitôt que possible; mais ne l'attendez ni aujourd'hui, ni demain, ni après-demain. »

Le 28 juin se passa sans combat sérieux.

Observation.— Ce qui procura ce répit avantageux aux fédéraux, ce fut précisément la disposition de la veille que le comité blâme dans son rapport. Étendues sur les deux rives du Chickahominy, les troupes de Mac Clellan donnèrent si bien le change au général sécessionniste Lee que celui-ci crut à la retraite de l'armée fédérale sur Williamsburg, et que pendant tout un jour il poussa Jackson dans cette direction , tandis que l'armée fédérale marchait vers le Jaraes-River. Rien ne fut plus caractéristiqne que cette journée du 28 qui, après une sanglante bataille, se passa sans un coup de fusil, les deux armées étant en marche au milieu des forêts, s' ignorant l'une et l'autre et semblant jouer à cache-cache, (f. l.)

^ Le colonel B. S. Alexander déclare que, dans l'après-midi du 28, il fut mandé par le général Mac Clellan, qu'il arriva au quartier général à Savage-Station à peu près à la nuit tombante. Il reçut l'instruction de se rendre avec une escorte au James-River, puis de renvoyer en arrière un

nombre suffisant d'hommes pour servir de guides aux diverses colonnes de l'armée; il communiquerait ensuite avec les canonnières et leur donnerait Tordre d'amener des provisions en haut de la rivière ; il reconnaîtrait les deux rives du James- River jusqu'à l'embouchure du Chickahominy, ainsi que les places propres au débarquement; puis il remonterait le Chickahominy pour déterminer les points où l'armée pourrait le traverser en cas de nécessité, et reviendrait au quartier général pour rapport. Le colonel Alexander quitta Savage-Station la nuit même, et atteignit le James- River dans l'après-midi suivant. Pendant qu'il complétait sa reconnaissance, l'armée arrivait sur le James-River, à Malvern.

Lorsqu'il était au quartier général, recevant ses instructions, il lui fut montré, a-t-il déclaré, un ordre du jour imprimé, mais pas encore distribué, ordonnant la destruction des bagages d'officiers et de soldats, tentes, équipages, etc., etc., et appelant l'armée à se soumettre à cette privation, qui ne serait que temporaire, « seulement pour quelques jours ». Il fit des observations au général Mac Clellan contre la distribution d'un tel ordre, qui serait d'un très-fâcheux effet, qui démoraliserait les troupes et leur ferait comprendre plus clairement que par tout autre moyen qu'elles

sont défaites et n'ont plus qu'à sauver leur peau. L'ordre ne fut pas distribué, et le général Mac Clellan déclare qu'il n'a aucun souvenir d'un tel ordre.

La retraite sur le James-River ayant été décidée, l'armée s'y achemina, toujours serrée par l'ennemi pendant le jour, mais réussissant à repousser ses attaques et évacuant ses positions pendant la nuit. Les actions de Savage-Station, Glendale et Malvern furent livrées pendant ce mouvement; l'ennemi fut repoussé dans chacune de ces journées, et notre armée se replia par ordre pendant la nuit.

11 paraîtrait, d'après les renseignements que votre comité a obtenus, que les batailles furent livrées, les troupes maniées, les dispositions prises puis changées entièrement par les commandants de corps, et sans direction du commandant en chef. Il plaçait les troupes le matin, puis partait pour chercher la position du jour suivant ; pendant ce temps les troupes combattaient sans directions de sa part jusqu'à la fin de la journée où il leur ordonnait de se replier pendant la nuit sur la nouvelle position qu'il avait choisie.

Observation. — Il nous semble qu'en tout cela le général Mac Clellan avait réellement pris sur lui la tâche la plus importante et la plus utile, sinon la plus brillante. Pour une armée qui, vu le

terrain, ne pouvait pas se développer sur un front étendu, les chefs de corps, une fois les troupes placées, étaient bien aptes à diriger l'action. A quoi serviraient donc les généraux de division et de corps d'armée si, à chaque escarmouche ou à chaque action de quelques brigades, le commandant en chef devait être nécessairement là pour tout diriger ? Quand il n'a rien de mieux à faire nous comprenons que , dans une sage mesure , il s'accorde cette satisfaction, qui plaît à la troupe et lui donne un bon exemple. Hais le chef d'une armée dans les circonstances de celle dont nous parlons avait bien d'autres soucis, et il aurait bien mal entendu sa mission s'il avait négligé les soins de la marche, qui était l'essentiel, pour aller faire le preux chevalier en arrière-garde, (f. l.)

C'est de cette façon que l'armée atteignit le James -River.

La bataille de Malvern-Hill, le 1 er juillet, fut la plus vivement disputée de celles de la péninsule. Les troupes furent placées le matin sous la direction du général Mac Clellan, qui, après, quitta le terrain, pour y revenir dans l'après-midi. La première affaire de la journée commença à environ 10 heures du matin, mais ne dura pas longtemps. La principale affaire, lorsque l'ennemi attaqua très-vigoureusement et obstinément, commença tard dans l'après-midi, et continua jusqu'après la nuit tombante ; l'ennemi fut repoussé et battu sur tous les points. Plusieurs des officiers interrogés par votre comité sont d'avis que l'ennemi avait tellement souffert dans cette journée que si notre armée avait pu le poursuivre vigoureusement elle serait entrée avec lui dans Richmond. (!!!)

Il est vrai aussi que notre armée avait été sévèrement éprouvée pendant la semaine écoulée, ayant dû combattre presque chaque jour et marcher en retraite presque chaque nuit. Les commandants de corps et leurs soldats combattirent de la manière la plus courageuse. On ne trouverait pas de meilleures troupes. Quoique affectées de cette retraite nocturne précipitée , elles combattirent constamment avec une persistante bravoure quand, le jour, elles étaient attaquées par un ennemi joyeux et victorieux.

Le commandant en chef décida de se replier de Malvern sur Harrison-Bar, malgré la victoire remportée par notre armée à Malvern. Il semble avoir considéré son armée comme complètement incapable de se mesurer avec l'ennemi, car le jour même de la bataille de Malvern, évidemment avant la bataille, il écrivait de Haxall-Plantation à T adjudant général de l'armée :

« Mes hommes sont complètement épuisés, et je crains le résultat si nous sommes attaqués aujourd'hui par des troupes fraîches. Si c'est possible, je me replierai cette nuit sur Harrison- Bar, où les canonnières peuvent nous aider à couvrir notre position. Permettez-moi d'insister pour qu'on ne perde pas une heure à m' envoyer

des troupes fraîches. II me faudrait aussi davantage de canonnières. »

Le 2 juillet, le président télégraphia au général Mac Clellan :

« Votre dépêche d'hier matin m'induit à penser que votre armée a quelque répit. Dans cette espérance , permettez -moi de raisonner avec vous un moment. Lorsque vous demandez qu'on vous envoie promptement 50,000 hommes, vous êtes sous l'influence de quelque grosse erreur de fait. Vous avez envoyé récemment des papiers montrant vos dispositions faites au printemps dernier pour la défense de Washington, et demandant qu'on revienne à ce plan. J'y trouve mentionné, à Washington et alentours, 75,000 hommes. Maintenant veuillez croire que je n'ai pas même assez de monde pour effectuer ce même plan par 15,000 hommes. Tout le général Fremont dans la vallée, tout le corps de Banks, tout Mac Dowell , qui n'est pas avec vous, et tout ce qui est à Washington monte au plus à 60,000 hommes. En y ajoutant les généraux Wool et Dix, je n'ai pas, votre armée non comprise, 75,000 hommes de ce côté-ci des montagnes.

Observation. — Et Burnside qu'on fit venir plus tard, trop tard ! et tant d'autres détachements et petites expéditions de droite et de

gauche , qu'on aurait pu faire rentrer depuis deux ou trois mois, Hunter, et Butler même en partie? (p. l.)

Donc l'idée de vous envoyer promptement 50,000 hommes ou quelque autre force considérable est tout simplement absurde. Dans vos fréquentes mentions de responsabilité vous paraissez croire que je vous blâme de ce que vous ne faites pas davantage ; veuillez vous dégager de cette impression. Je vous prie seulement de ne pas demander des impossibilités de moi.

« Si vous pensez n'être pas assez fort pour prendre Richmond à présent, je ne vous demande pas de le tenter. Sauvez l'armée, matériel et personnel, et je vous renforcerai pour une nouvelle offensive aussitôt que possible. »

Le 3 juillet, après que l'armée eut atteint Harrison-Bar, le général Mac Clellan écrivit au secrétaire de la guerre :

« J'espère que l'ennemi est aussi complètement épuisé que nous; il fut certainement très-mal mené dans la dernière bataille. . . C'est naturellement impossible d'estimer maintenant nos pertes, mais je doute qu'il y ait aujourd'hui plus de 50,000 hommes sous les drapeaux.

« Pour accomplir la grande tâche de prendre Richmond et mettre fin à la rébellion, les renforts

à m' envoyer devraient monter au moins à une centaine de mille hommes. »

La retraite de l'armée de Malvern à Harrison- Bar fut très-précipitée. En arrivant, les troupes furent entassées en grande confusion, l'armée entière étant concentrée dans un espace d'environ trois milles le long de la rivière. Aucun ordre ne fut donné le premier jour pour occuper les hauteurs qui commandent la position, et les troupes ne furent point placées de manière à pouvoir résister à une attaque en force de l'ennemi; ce ne fut que grâce à la forte pluie qui empêcha les rebelles de faire avancer leur artillerie que notre armée échappa à la destruction. L'ennemi réussit à mettre en batterie quelques pièces et à jeter quelques projectiles dans le camp avant qu'aucun préparatif eût été fait pour la défense. Le 3 juillet, les hauteurs furent occupées par nos troupes et des retranchements commencés, et alors seulement, mais pas avant, notre armée se trouva assurée dans sa position.

En s'en référant à la déposition de M. Fucker, attaché au secrétaire de la guerre , on verra que, avant le 5 avril 1862, 121,500 hommes avaient été débarqués sur la péninsule. Peu après, la division Franklin d'environ 12,000 hommes, du corps Mac Dowell, y fut envoyée. Au commen-

cernent de juin, la division Mac Call du même corps, environ 10,000 hommes, la suivit; puis environ 1 1 ,000 hommes de Baltimore et du Fort- Monroe, et à la fin de juin, environ 5,000 hommes de la division Shields. En tout 159,500 hommes.

Le 20 juillet 1862, suivant les états envoyés au bureau de l'adjudant général par le général Mac Clellan, Tannée du Potomac sous son commandement comptait : présents sous les armes, 101,691 hommes; corvées, malades, aux arrêts, 17,828 hommes; manquants, 38,795 hommes; total, 158,314 hommes. Cela en y comprenant le corps du général Dix, montant à 1 1,778 hommes, dont 9,997 présents sous les armes.

L'armée resta à Harrison-Bar pendant le mois de juillet et une partie du mois d'août. Elle ne fut engagée dans aucune opération active, et ne fut presque pas molestée par l'ennemi. La question des futures opérations était mûrement examinée par le gouvernement. Le général Mac Clellan estimait que la rivière James était la meilleure ligne d'approche sur Richmond, et demandait à être renforcé pour rouvrir la campagne contre cette place. Le président visita l'armée le 8 juillet, mais rien ne fut encore décidé.

Le 25 juillet, le général Halleck visita l'armée

à Harrison-Bar , accompagné par le général Burnside, qui arrivait de la Caroline du Nord à Fort-Monroe avec la plus grande portion de son corps. Les officiers .généraux furent réunis, et la question de la retraite de Farinée fut soumise à leur examen. Ce conseil de guerre était surtout d'un caractère consultatif. La majorité des officiers se prononça en faveur d'une retraite de l'armée. Le général Burnside a rapporté que des officiers lui avaient dit que l'armée n'était pas dans une bonne condition à Harrison-Bar ; les malades y augmentaient, plusieurs régiments étaient sans tentes, sans ustensiles de cuisine, et plusieurs hommes sans armes. L'opinion générale exprimée par les chefs de corps indiquait de l'abattement parmi la troupe. Un d'eux disait que ses hommes ne pourraient pas, à son avis, marcher trois milles et livrer bataille. Cette condition des troupes fut une des raisons qui motivèrent finalement la retraite de la péninsule.

Le général Mac Clellan demandait 50,000 hommes de renfort pour pouvoir recommencer les opérations actives. Le général Halleck, lorsqu'il visita l'armée, informa le général Mac Clellan que le gouvernement ne pourrait lui fournir que 20,000 hommes. Le général Mac Clellan consentit à rouvrir les opérations avec ce renfort , et le

général Halleck partit sur cette entente. Mais le même jour le général Mac Clellan lui écrivit pour demander 15 à 20,000 hommes de l'armée de l'Ouest en addition à ceux qui lui avaient été promis, insistant très-vivement pour qu'ils soient envoyés temporairement; ils seraient renvoyés dans l'Ouest après la prise de Richmond. Comme cela ne se pouvait pas, l'ordre fut donné de retirer l'armée aussitôt que possible, de manière à coopérer avec les troupes du . général Pope, en présence à ce moment de forces supérieures de l'ennemi.

Observation. — Ce non possumus est fort commode pour clore une discussion désavantageuse. Nous croyons toutefois qu'il était possible et profitable de concentrer soit à l'armée du général Mac Clellan soit à Washington la foule des petits corps éparpillés sur des points relativement peu importants du théâtre de la guerre. En voulant tout faire à la fois et être fort partout en même temps, on risque souvent d'échouer sur les points les plus décisifs. Cet axiome reconnu a reçu une nouvelle sanction des procédés du conseil aulique de Washington dans ses opérations de 486î. (p. l.)

A l'égard du renforcement de l'armée à Harrison-Bar, le témoignage du général Mac Clellan fut comme suit :

« Question. — Combien de combattants estimiez-vous avoir à Harrison-Bar et combien vous en aurait-il fallu encore pour entreprendre avec succès un mouvement contre Richmond?

« Réponse. — Je pense que j'avais de 85 à

90,000 hommes à Harrison-Bar, et je me serais de nouveau avancé avec environ 20,000 hommes de renfort. Mon idée était que le gouvernement concentrât sur le James-River à peu près tout ce qu'il avait à sa disposition. Je ne pense pas que l'ennemi eût inquiété Washington aussi longtemps qu'il aurait eu une puissante armée fédérale dans le voisinage de Richmond, et je ne partageais pas les appréhensions sur la sécurité de la capitale que beaucoup d'autres avaient.

« Je demandai d'abord 50.000 hommes dans la pensée où j'étais que l'armée devait être aussi forte que possible, et qu'il fallait laisser le moins possible aux chances. Lorsque le général Halleck vint à Harrison-Bar, mon souvenir est qu'il me dit que 20,000 hommes, ou à peu près, étaient tout ce qu'il pouvait me donner, et je lui répondis que j'essaierais avec ce nombre. Je n'ai pas souvenir d'avoir demandé plus tard un plus grand nombre de troupes que 20,000 hommes, comme étant nécessaires pour commencer le mouvement.

« Question. — Combien d'hommes environ avez-vous perdu depuis le 25 juin jusqu'à ce que vous atteigniez Harrison-Bar, en tués, blessés et manquants ?

« Réponse. — Je crois que la perte fut d'en-

viron 14,000 hommes, mais je ne pourrais le dire positivement sans consulter les états.

« Question. — Veuillez dire en quoi vous estimez que vos chances de succès auraient été plus grandes par l'addition de 20,000 hommes à Harrison-Bar , que lorsque vous étiez en vue de Richmond, çt avant que Jackson eût formé sa jonction avec l'ennemi?

« Réponse. — Je comptais sur l'effet des batailles qui venaient d'être livrées. J'avais alors de fortes raisons de croire que les pertes de l'ennemi étaient beaucoup plus considérables que les nôtres, et que ses corps étaient trèsdémoralisés, surtout depuis la bataille de Malvern-Hill. »

En terminant son rapport sur la campagne de la péninsule, votre comité s'en référera au rapport du général John A. Barnard au général Mac Clellan. Le général Barnard était commandant du génie de l'armée du Potomac pendant cette campagne. La conclusion de son rapport, qu'il appelle : « Coup d'œil rétrospectif sur les fautes qui ont été faites et sur leurs véritables causes, » est la suivante :

« Une des principales causes des derniers échecs fut l'inaction de huit mois, d'août 1861

à avril 1862. Plus que toute autre, une guerre contre une rébellion demande de promptes mesures. En novembre 1861, l'armée du Potomac, quoique non encore munie de tout le matériel, était déjà aussi complète en nombre et aussi bien organisée et disciplinée qu'elle ne fut jamais. Pendant quatre mois, le grand débouché maritime de la capitale fut bloqué , et Washington resta comme assiégée par un ennemi très-inférieur, en face d'une armée de campagne de 150,000 hommes.

« Dans l'hiver de 1861-1862, Norfolk aurait pu et dû être pris. La marine le demandait, le pays le demandait, et les moyens à cet effet étaient nombreux. Par sa capture, la carrière du Merrimac, qui fut si fatale à nos opérations subséquentes, aurait été prévenue. La construction de ce bâtiment était connue, et le département de la marine n'avait pas été sans avertissements sur les craintes qu'il devait inspirer.

« Quoique les délais puissent servir à bien mûrir les plans et promettent de grands résultats, ce n'est pas la première fois qu'il a été prouvé qu'une guerre victorieuse demande quelque chose de plus que des principes militaires abstraits. Le problème réel était de savoir saisir le premier moment opportun de satisfaire un peu l'im-

patience de l'opinion publique, de justifier l'immense confiance de la nation, et de profiter des avantages d'un grand commandement et d'une liberté d'action illimitée pendant qu'on les possédait.

Observation. — Tout cela est très-sage, mais M. le général Barnard devrait bien en même temps donner une recette pour faire mouvoir une armée de cent et quelques mille hommes dans deux pieds de boue. Pendant presque tout l'hiver les routes de la Virginie furent complètement impraticables, (f. l.)

« Lorsque l'armée se mit en mouvement, le plan adopté était bien fait pour amener des contrariétés. Et lorsque l'armée était sur le point de partir pour Anapolis et la Chesapeake j'étais certain qu'une moitié serait à peine embarquée que l'autre recevrait l'ordre de retourner à Washington. L'ennemi était à Manassas, et de là une attaque feinte ou réelle sur Washington était si facile, si sûre d'y créer une panique à laquelle aucun gouvernement n'aurait pu résister, qu'un contreordre au reste de l'armée aurait été inévitable.

Observation. — Le critique oublie ici que tant que les ennemis étaient à Manassas et sur le Potomac il ne devait être porté, par ordre formel du président, que 50,000 hommes sur leurs derrières par Anapolis et la Chesapeake. Par conséquent il serait resté assez de monde à Washington pour mettre la capitale à l'abri de la panique prédite et de ses conséquences. Le fait que cette ridicule panique eût pu se produire ne suffirait d'ailleurs pas à justifier le gouvernement de jeter la perturbation dans de sérieux plans en voie d'exécution, (f. l.

« Lorsque l'ennemi se relira derrière le Rappahanock et détruisit les ponts des chemins de fer, les circonstances avaient grandement changé , et il y avait de forts arguments pour la ligne adoptée. Maintenant le résultat a prouvé qu'il y a de nombreuses raisons, à côté de celles purement militaires, qui devaient aussi être pesées, et qui s'opposaient à l'adoption de cette ligne.

« Les faits se rapportant au retrait du corps Mac Dowell ont été si complètement exposés devant la cour d'enquête sur Mac Dowell, que tous ceux qui le désirent peuvent former leur jugement en connaissance de cause. Que ce retrait ait été sage ou pas, c'était une des conséquences du choix d'une ligne d'opération ne couvrant plus Washington.

« Au moment où l'armée du Potomac débarquait sur la péninsule, la cause de la rébellion était au plus mal dans ses affaires. Ses armées étaient démoralisées par les défaites de Port- Royal, Mill-Spring, Fort-Henry, Fort-Donelson, Roanoke-Island et Pea-Ridge, et réduites par les maladies, les pertes, les expirations de service, etc., tandis que la loi de conscription n'avait pas encore passé. On pouvait croire qu'il ne suffirait plus que d'un vigoureux coup de collier pour en finir à tout jamais avec cette rébellion

si près déjà d'être étouffée. Comment se fît-il que le jour de l'entrée en campagne de la magnifique armée du Potomac fut aussi le jour de résurrection de la cause rebelle, et que celle-ci grandit en raison des lents progrès de nos opérations ?

« Quelque opinion contraire que j'aie pu émettre, je suis aujourd'hui d'avis qu'on aurait dû tenter l'assaut contre les lignes d'Yorktown. Il y a tout lieu de croire qu'elles n'étaient pas occupées en force lorsque notre armée apparut devant elles,* et nous savons qu'elles étaient loin d'être complètes. Le prestige du pouvoir et du moral était de notre côté. Nous nous devions à nous-mêmes de le maintenir. Nous aurions probablement réussi. Mais, si nous avions échoué, il est douteux que l'échec d'un assaut infructueux eut été plus démoralisant que les lents travaux d'un siège. r

Observation. — Nous sommes d'autant plus étonné de cette confiance rétrospective de M. le général Barnard que, sur les lieux , MM. les officiers du génie qui l'entouraient, ainsi que lui-même, croyons - nous , exprimèrent des avis tout différents à plusieurs reprises, (p. l.)

« Nos troupes travaillèrent un mois aux tranchées, ou grouillèrent dans les marais de Warwick. Nous perdîmes peu d'hommes par le siège,

mais les maladies s'accrurent, et les fatigues des travaux, sans l'excitation du combat, influèrent fâcheusement sur le moral de l'armée. Nous n'emmenâmes pas d'Yorktown une aussi bonne troupe que nous y avions amenée. Nous n'avons que trop senti les fruits amers de ce mois gagné par l'ennemi. Ils ne sont pas encore épuisés.

« Le siège ayant été entrepris , nous aurions dû ouvrir nos batteries aussitôt qu'elles étaient placées. L'effet sur la troupe eût été salutaire. On aurait facilité le siège et abrégé les travaux ; à côté de cela, nous aurions eu le renom d'avoir repoussé l'ennemi d'Yorktown par la force des armes, tandis que, comme les choses se sont passées, il parut n'évacuer que par mesure de prudence.

Obsebvation. — Cela n'est pas prouvé ! Rien, au contraire, ne décourage une troupe et n'exalte ses adversaires comme un feu d'artillerie qui débute mesquinement, sans compter qu'on dévoile ainsi son calibre. Quant au renom d'avoir enlevé Yqrktown de force, ce mince avantage pouvait aussi être douteux, puisque à moins de faire à l'ennemi de forts dégâts et de nombreux prisonniers au moment même de l'évacuation, ce qu'on pouvait difficilement espérer, il aurait toujours pu prétendre nous avoir repoussés, et n'avoir évacué que plus tard par prudence, (f. l.)

« Yorktown étant toutefois tombée, il était convenable de poursuivre l'ennemi avec toutes nos forces. Mais la bataille de Williamsburg, livrée comme elle le fut, sans reconnaître

la position, sans concert d'action entre les divers commandants de divisions et de corps et presque sans ordre, fut une faute qui n'aurait pas dû se produire. Nous connaissions cette position précédemment, et nous savions qu'elle était fortifiée. Nous pouvions être sûrs que si l'ennemi s'y arrêtait il y serait en force et y combattrait jusqu'à ce que ses trains eussent eu le temps de se mettre hors de notre atteinte. Nous combattîmes , nous perdîmes quelques milliers d'hommes, et nous ne gagnâmes rien. Si nous n'avions pas engagé le combat, une bataille n'aurait probablement pas été nécessaire le lendemain. Mais si elle avait été nécessaire nous aurions eu le temps de concentrer nos forces, de reconnaître la position et de disposer notre attaque de manière à ce qu'il en sorte quelque profit.

Observation. — On y gagna au moins ce renom d'avoir enlevé la position par les armes que M. le général Barnard regrette tant qu'on ait négligée devant Yorktown. Mais ce n'est pas la seule contradiction dans laquelle tombe l'honorable général. Il n'aurait pas craint, par exemple, des assauts même infructueux devant les lignes si fortes d' Yorktown -Warwick et à Williarasburg il est inconsolable des pertes causées par le succès, (p. l.)

« Nous avions tout avantage. La division Franklin débarquait à West-Point le jour suivant, et la division Sedgwick un jour après. Ces deux

divisions auraient coupé la retraite de l'ennemi s'il était resté un jour de plus à Williamsburg, et dans ce cas nous aurions eu en front des forces supérieures et deux divisions sur ses derrières. Une retraite précipitée de l'ennemi et peut-être sa capture en seraient résultées, sans compter qu'on aurait ainsi justifié le long embarquement de Franklin et son envoi final à West-Point.

« En quittant Williamsburg, nous aurions dû traverser le Chickahominy , et nous relier à la flottille du James-River. Nous aurions eu l'avantage d'avoir une armée réunie et la coopération de la marine, et en deux semaines nous aurions probablement été à Richmond. Le fait que nous ne connaissions pas le caractère du Chickahominy comme obstacle (à travers notre route directe sur Richmond), que nos transports se trouvaient sur le York-River, que là le chemin de fer nous fournissait une bonne ligne de ravitaillement, puis encore qu'on désirait se relier à Mac Dowell venant de Fredericksburg, etc., décida de notre route. En la prenant nous perdions l'essentiel, à savoir l'approche par le James-River et la coopération de la flotte.

Observation. — Nous avons montré précédemment à qui en revenait la faute, très-bien sentie par le général Barnard. Quant au fait de l'ignorance du pays, et du Chickahominy entre autres comme

obstacle , il retombe en premier lieu sur le critique lui-même, qui, comme commandant en chef du génie, aurait dû se procurer d'avance tous les renseignements possibles sur la topographie et l'hydrographie de la contrée, (f. l.)

« Une fois la route choisie, on n'aurait pas dû employer deux semaines à parcourir les quarante milles deWilliamsburg à Bottombridge et à New- Bridge ; et le passage du Chickahominy n'étant pas gardé à Bottombridge , on aurait dû aussitôt en profiter pour tourner et saisir le passage de New- Bridge, ce qui aurait pu avoir lieu le 28 mai, et même plus tôt si les mesures avaient été bien préparées pour cela.

« L'échec des rébelles à Fair-Oaks aurait pu procurer des avantages. Ce fut une de ces occasions qu'il faut saisir au vol et qui ne se répètent pas. Nous connaissons aujourd'hui l'état de découragement et de désorganisation dans lequel l'armée rebelle opéra sa retraite. Nous savons qu'on aurait pu la suivre jusque dans Richmond. Si nous avions poursuivi, nous n'aurions pas rencontré de résistance à porter en avant notre aile droite. Quoique nous ne connussions pas alors tout ce que nous savons maintenant, il était évident que lorsque les rebelles frappèrent le coup à notre gauche, il ne négligèrent aucun moyen en leur pouvoir pour s' as-

surer le succès. Il était évident qu'ils agissaient avec toutes leurs forces, et nous les repoussâmes en désordre avec les trois cinquièmes des nôtres. Nous aurions dû les suivre en faisant avancer nos deux cinquièmes restant.

« Lorsqu'il fut connu que Mac Dowell était appelé à un autre champ d'opérations, il n'y avait plus d'espoir d'augmentation de force par la jonction de son corps. H n'y avait d'autres renforts à attendre que ceux que nous reçûmes vers le milieu de juin. On savait ou l'on supposait que les forces rebelles s'augmentaient par la conscription, par l'appel de troupes d'autres localités, et par la dissolution de l'armée de Beauregard.

« Enfin, le moment vint où l'action était inévitable. L'ennemi prit l'initiative, et nous en étions avisés. Si Porter avait été retiré la nuit du 26 juin, notre armée aurait été concentrée sur la rive droite du Chickahominy, trandis que deux corps au moins de l'ennemi étaient sur la rive gauche. Quelque résolution que nous eussions alors prise, soit d'avancer contre Richmond et contre la fraction de l'ennemi sur la rive droite du Chickahominy, ou de nous diriger immédiatement vers le James-River, nous aurions eu une armée concentrée, et les chances d'un brillant succès dans la

première alternative ; et dans la seconde alternative, si nous n'accomplissions rien, nous aurions été, le matin du 27, dans la même situation où nous étions le matin du 28, moins une bataille perdue et une retraite forcée. Ou nous aurions pu occuper les retranchements construits à cet effet par 20,000 hommes et combattre de l'autre côté avec 80,000 au lieu de 27,000, ou bien finalement abandonner les lignes avec notre position de la rive droite du Chickahominy, et combattre et refouler l'ennemi sur la rive gauche, rouvrir nos communications et nous rabattre ensuite sur Richmond.

Observation. — Tous ces beaux projets tiennent si peu compte des réalités qu'ils tombent dans le domaine des rêveries. Contre une armée que M. le général Barnard reconnaît avoir été supérieure en nombre, et qui aurait été appuyée aux ouvrages de Richmond, il y a haute présomption à prétendre que le général Mac Clellan aurait pu emporter la place de la façon indiquée, (p. l.)

« Mais comme les choses se passèrent, l'ennemi combattit avec toute sa force, moins un léger rideau devant nos lignes, et nous avec 27,000 hommes seulement. Ainsi nous perdîmes la bataille et 9,000 hommes. Cette défaite nous t refoula de notre position ; notre marche en avant pour l'offensive et la conquête se changea en retraite pour notre sécurité, et cela devant une

force qui n'était probablement pas de beaucoup supérieure à la nôtre.

« Vu le temps prolongé que prirent nos opérations devant Richmond, il est maintenant hors de doute que le dépôt de White-House aurait dû et pu être fortifié, de même qu'un ou deux points du chemin de fer en deçà du Chickahominy ; que la tête de pont de Bottombridge aurait dû être complétée, et que de même des têtes de ponts ou

de forts retranchements auraient dû être construits pour couvrir les débouchés de nos ponts sur la rive gauche du Chickahominy. Avec cela l'armée aurait eu toute faculté de se concentrer d'un côté de la rivière, et la désastreuse bataille du 27 aurait probablement été évitée.

Observation.— L'honorable général ne dit pas combien de temps ces travaux auraient pris, ni de combien d'hommes leurs garnisons nécessaires auraient diminué les effectifs à mobiliser, déjà si minimes en comparaison de ceux de l'ennemi. Si le dépôt de White-House avait été converti en place forte, ainsi que les points indiqués du voisinage, on n'en aurait pas moins dû les abandonner finalement, en perdant le matériel et les garnisons, (p. l.)

« Lorsque l'armée atteignit le James-River, il n'y avait pas besoin d'être prophète pour prédire les désastres qui, depuis lors, assaillirent notre cause nationale. Si l'armée s'était à la vérité noblement soutenue elle-même, on ne pouvait

pourtant nier que tant de fatigues infructueuses et tant de désastres ne l'eussent privée de cet élan que donne le succès. On la vit de plus en plus diminuer tristement de nombre ; la même chose se produisit dans nos autres troupes, tandis que l'armée rebelle, si chétive au début, était devenue une armée vraiment formidable en nombre, excellente d'organisation, et animée par la victoire. Si son effectif toutefois eût approché de celui qu'on lui attribuait, 200,000 hommes, elle aurait sans doute, après notre retraite sur le James-River, aussitôt marché sur Washington.

« Par ces considérations, aussi bien que par celles résultant des opérations passées, je conseille le retrait immédiat de la position du Jame&-River, pour réunir l'armée aux forces couvrant Washington. »

Le rapport du général Barnard est le seul rapport des officiers engagés dans la campagne de la péninsule que votre comité ait pu obtenir. Le rapport du commandant en chef n'a pas encore été remis, et les rapports de ses subordonnés n'ont pas été envoyés par lui au département.

Observation. — Depuis ce moment le rapport du général Mac Clellan doit avoir été remis avec de nombreuses annexes ; mais il ne parait pas que le gouvernement soit pressé de le publier, (f. l.)

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