‹ Campagnes de Virginie et de Maryland en 1862 documents officiels, avec introd. et annotChapitre 16 sur 24 · CAMPAGNE DU MARYLAND · texte numérisé non relu

CAMPAGNE DU MARYLAND

Tout de suite après que le général Pope et son armée se furent repliés sur Washington, l'armée rebelle pénétra en Maryland. Des préparatifs pour l'y suivre furent immédiatement faits par les autorités à Washington.

En ce qui concerne le commandement de l'armée du Maryland, votre comité s'en référera aux dispositions du général Mac Clellan et du général Halleck. Celle du général Mac Clellan, après l'explication donnée ci-dessus de sa situation personnelle à Alexandrie, porte ce qui suit :

« Question. — Combien de temps gardâtes-

vous le commandement des défenses de Washington ? Quels ordres reçûtes-vous, et de qui ?

« Réponse. — Je ne crois pas que l'ordre m' assignant la défense de Washington ait jamais été révoqué ou remplacé par un autre quelconque. J'ai eu seulement des communications verbales avec le général Halleck avant mon départ pour la campagne d' Antietam ; et il ne fut jamais précisément décidé, jusqu'au moment où je partis, si je devais partir ou non. Je posai deux ou trois fois au général Halleck la question de savoir si je devais commander les troupes en campagne ; il répondit que la chose n'avait pas été déterminée, et je ne crois pas qu'elle l'ait jamais été. Je crois, en effet, que c'est une de ces choses qui se décident par les circonstances. Quand le temps vint, je partis. »

Le témoignage du général Halleck sur ce point est le suivant :

« Question. — Par quels ordres le général Mac Clellan fut-il placé au commandement de l'armée qui partit de Washington pour opérer en Maryland? Ces ordres étaient-ils écrits ou verbaux ?

« Réponse. — Comme je l'ai dit l'autre jour, Tordre en fut donné verbalement au général Mac

Clellan par le président, à environ neuf heures du matin, chez le général Mac Clellan, avant que celui-ci partit pour Rockville.

« J'ajouterai que le général Mac Clellan, en vertu de son commandement sur les fortifications et sur les troupes de Washington, commandait en fait toutes les forces ici à ce moment. La question fut discutée deux à trois jours par le président qui commanderait les troupes à mobiliser. Il prit la décision lui-même et l'annonça au général Mac Clellan en ma présence. Je ne la connaissais pas jusqu'alors. »

Quant aux instructions données au général Mac Clellan, la déposition de celui-ci porte :

« Question, — Avez-vous eu quelque entrevue avec le président concernant le commandement des troupes pour la campagne du Maryland, ou pour recevoir de lui des instructions sur ce point?

« Réponse. — Jenecroispasqu'ilme fut donné d'instructions, depuis ce matin où Ton m'annonça que je prendrais le commandement de l'armée de Washington. Je ne crois pas qu'on me donna d'instructions quelconques concernant la campagne du Maryland.

« Question. — Après les mouvements com-

mencés, reçûtes-vous des instructions de quelqu'un ?

« Réponse, — Je reçus quelques télégrammes, pouvant être considérés comme des instructions du général Halleck et du président. La teneur uniforme des dépèches du général Halleck était que je commettais une erreur en allant aussi loin de Washington, que je marchais trop vite. 11 pensait que la principale force de l'ennemi était du côté sud du Potomac, qu'il n'avait qu'un faible corps à m'opposer en front, et qu'il déboucherait sur Washington et sur mes derrières. Encore le 13 septembre, le général Halleck me télégraphiait dans ce sens et me répétait que j'avais tort d'aller aussi loin. »

La déposition du général Halleck sur ce point est la suivante :

« Question. — Quelles instructions, s'il y en eut, furent données au général Mac Clellan pour la campagne du Maryland ?

« Réponse. — Le jour où le président avisa le général Mac Clellan de prendre le commandement des forces en campagne, nous eûmes une longue conversation avec lui concernant la campagne du Maryland. Il fut entendu entre nous

que les troupes se mouvraient en remontant le Potomac, pour séparer, si possible, la portion de l'armée de Lee qui avait passé le Potomac de celle restée en Virginie. Il n'y eut pas d'autres instructions, sauf cette entente entre nous, comme plan général de la campagne.

« En ce qui concerne le général Mac Clellan allant trop loin ou trop près de Washington, il n'y a aucun télégramme de moi à lui dans ce sens. 11 n'a pas compris le sens des télégrammes que je lui ai envoyés. Je lui ai télégraphié qu'il allait trop loin, non de Washington, mais du Potomac, laissant à Lee la faculté de descendre le Potomac et de se placer entre lui Mac Clellan et Washington. Je pensais que le général Mac Clellan devait se tenir plus près du Potomac, et pousser en avant sa gauche plutôt que sa droite, pour se rapprocher le plus promptement possible de Harpers- Ferry, le point le plus immédiatement en danger ; je lui dis que sa droite allait trop vite proportionnellement à sa gauche, mais non que l'armée s'éloignait trop de Washington. »

La lettre du général Halleck, du 13 septembre, au général Mac Clellan, mentionnée ci-dessus, porte :

« Expédiée à 40 h. 45 m. du matin.

« DÉPARTEMENT DE LA GUERRE

« Washington, D. C, 13 septembre 1862.

« Au major général Mac Clellan. Reçu votre dépêche d'hier à 5 h. 30 du matin. Le général Banks ne peut pas tirer huit nouveaux régiments d'ici. Vous devez vous rappeler qu'on a reçu trèspeu de troupes du Nord, presque toutes ayant été retenues pour la garde du chemin de fer. Quatre régiments ont reçu l'ordre d'aller remplacer la division Peck sous le général Dix. Porter a emmené hier plus de 20,000 hommes. Jusqu'à ce que vous connaissiez mieux la force de l'ennemi au sud du Potomac, vous avez tort de ne pas couvrir la capitale. Je suis d'avis que l'ennemi enverra une faible colonne vers la Pensylvanie pour attirer vos forces sur cette direction , puis qu'il s'avancera subitement sur Washington avec les forces déjà au nord du Potomac et celles qui pourront encore traverser.

« Dans votre lettre du 1 1 , vous attachez trop peu d'importance à la capitale, et vous avez tort, je vous assure. La prise de cette place nous ramènerait à six mois en arrière, si même elle ne nous détruisait pas. Préservez-vous des mauvaises

illusions qui vous menacent. Vous voyez le danger depuis ici, mais vous semblez l'oublier à distance. On ne peut envoyer davantage de troupes d'ici jusqu'à ce qu'il en soit arrivé de nouvelles du Nord. »

La lettre du général Mac Clellan du 11, dont parle celle du général Halleck , contient ce qui suit :

« Je crois que notre armée sent toute l'importance d'une victoire à cette heure, et qu'elle combattra bien ; mais le résultat d'une bataille générale peut, vu les avantages que l'ennemi paraît maintenant avoir sur nous , être au moins douteux, et si nous étions défaits les conséquences en seraient extrêmement désastreuses pour le pays. Dans ces circonstances, je recommanderai que un ou deux des trois corps d'armée maintenant sur le Potomac devant Washington soient immédiatement retirés et envoyés en renfort à notre armée. Je demanderais aussi que le corps du colonel Miles à Harpers - Ferry , où il ne peut rendre que peu de services, et se trouve constamment exposé à être coupé par l'ennemi, soit immédiatement dirigé ici. Cela nous augmenterait d'environ 25,000 hommes de vieilles troupes et nous renforcerait beaucoup.

« S'il est resté quelques troupes rebelles de l'autre côté du Potomac, elles doivent être en si petit nombre que les garnisons de nos forts, après le retrait des deux corps, seront suffisantes pour les tenir en échec. Avec la grande force de cavalerie maintenant de ce côté, bien disposée en avant du front pour donner avis à distance de l'approche de tout corps un peu considérable, une partie de cette armée peut être envoyée en arrière des retranchements pour aider à repousser une attaque. Même lorsque Washington serait pris pendant que les grandes masses se mesureraient l'une contre l'autre, ce ne serait pas, à mon avis, aussi désastreux qu'une simple défaite de notre armée. Si nous réussissions à battre la gigantesque armée rebelle devant nous, nous n'aurions pas de difficulté à recouvrer Washington. D'autre part, si la force ennemie était suffisante pour nous battre, les troupes maintenant autour de Washington pourraient-elles l'empêcher d'enlever les ouvrages de ce côté-ci du Potomac que notre armée ne couvrirait plus? Je ne le crois pas. »

Votre comité est tellement entré dans les détails de la campagne de la Péninsule qu'il ne lui semble pas nécessaire de donner autant de temps à celle

du Maryland. Le même esprit se montre dans les opérations de ces deux campagnes; les mêmes fautes générales qui ont caractérisé Tune caractérisent l'autre. Dans chacune d'elles on retrouve la même inaptitude à se mouvoir promptement et à agir vigoureusement; le même désir d'avoir davantage de troupes pour pouvoir avancer, et les mêmes rapports sur la grande supériorité de force de l'ennemi. Aussi votre comité se bornera à une brève mention des principales opérations de la campagne.

Sur ce qui concerne la reddition de Harpers- Ferry, votre comité n'a pas jugé nécessaire de recueillir beaucoup de témoignages. La commission militaire qui fut rassemblée dans cette ville en octobre dernier a examiné à fond le sujet, et son rapport a été livré à la publicité. Nous appellerons seulement l'attention sur deux télégrammes du 1 1 septembre, entre le général Mac Clellan et le général Halleck, portant ce qui suit :

« Rockville, Il septembre, 9 h. 45 m. du matin.

« J'apprends que le colonel Miles est à Harpers- Ferry ou environs avec 9,000 hommes. Il ne peut rien faire où il est, mais il pourrait rendre de grands services s'il lui était ordonné de me rejoindre. Je demande s'il ne pourrait pas lui être

ordonné de me rejoindre par la route la plus praticable ?

« (Signé) G. B. Mac Clellan, major général commandant en chef.

« Au major général H. W. Halleck, général en chef. »

La réponse du général Halleck porte :

« DÉPARTEMENT DE LA GUERRE

« Washington, D. C, 11 septembre 1862 (envoyé à 2 h. 20 m. après-midi).

« Le colonel Miles n'a aucune route pour vous rejoindre maintenant. Sa seule affaire est de défendre ses ouvrages jusqu'à ce que vous puissiez ouvrir les communications avec lui. Si vous le faites, il sera placé sous vos ordres.

« (Signé) H. W. Halleck, général en chef.

« Au major général Mac Clellan, à Rockville. »

Le 1 4 septembre fut livrée la bataille de South- Mountain , où le général Burnside commandait les troupes à Furners-Gap, et le général Franklin celles à Crampton-Gap, et d'où résulta la retraite de l'armée rebelle vers Sharpsburg.

Le 17 septembre fut livrée la bataille d'Antietam. Elle fut commencée à l'aurore par le général Hooker, sur la droite, dont les troupes refou-

lèrent l'ennemi et gagnèrent une importante position. Lorsque le général Hooker fut blessé et emporté du champ de bataille, le général Sumner prit le commandement de notre droite. Il lui avait été ordonné de tenir son corps prêt à marcher en avant une heure avant l'aurore; mais il ne reçut l'ordre d'avancer qu'à 7 heures 20 minutes du matin. Le général MansGeld, porté à l'appui du général Hooker, avait été tué. Nos troupes voyant tomber leurs chefs, et étant fortement pressées par l'ennemi, commencèrent à plier et furent rejetées à quelque distance de la position avancée que le général Hooker avait atteinte; mais finalement, avec l'assistance des troupes amenées par le général Sumner, elles arrêtèrent les progrès de l'ennemi et maintinrent leur position.

Sur la gauche, le général Burnside reçut l'ordre, à environ 10 heures, d'attaquer l'ennemi au pont sur son front à travers l'Antietam et de traverser la rivière. L'attaque du général Burnside rencontra la plus obstinée résistance de la part de l'ennemi, et ce ne fut que vers 1 heure et demie que le pont fut enlevé. A 3 heures, toutes les troupes du général Burnside avaient traversé et pris position sur une élévation de terrain au-dessus du pont. Il reçut ensuite l'ordre de s'emparer des hauteurs qui dominent la ville

de Sharpsburg, ce qui fut fait après un combat désespéré. Pendant ce temps l'ennemi s'était renforcé sur notre aile gauche par des troupes appelées de l'aile opposée, où notre attaque avait été arrêtée, et le général Burnside fut obligé de céder une partie du terrain qu'il avait occupé. Il avait envoyé demander des renforts au général Mac Clellan, mais on lui avait répondu qu'il n'y en avait point et qu'il devait à tous risques tenir le pont.

Le corps du général Porter, au centre, ne fut pas engagé du tout. Le général Hooker rapporte qu'il avait été entendu que notre armée attaquerait simultanément par la droite, le centre et la gauche. 11 attaqua à la pointe du jour; mais le général Burnside, à la gauche, ne reçut l'ordre d'attaquer qu'à 10 heures, et au centre le général Porter ne reçut pas d'ordre d'attaque du tout.

Sur la manière de conduire l'attaque d'Antietam, le général Sumner a rapporté comme suit :

« J'ai toujours cru que si le général Mac Clellan m'avait autorisé, au lieu de morceler l'action comme elle le fut, à porter ses 40,000 hommes sur la gauche de l'ennemi nous l'aurions refoulé sur les troupes de Burnside, Franklin et Porter, à notre gauche. Comme cela se passa, nous donnâmes division par division, jusqu'à ce que l'une

même des miennes fût refoulée. Les deux autres repoussèrent alors l'ennemi et maintinrent leurs positions. Mon intention, à ce moment, était d'agir entièrement sur leur gauche pendant que Burnside, Franklin et Porter faisaient front à leur droite.

« Question. — Et il aurait été impossible à l'ennemi de s'échapper ?

« Réponse. — Je le crois. »

La bataille se termina à la nuit, notre armée ayant gagné quelques petits avantages, chèrement payés, mais rien de décisif. L'attaque ne fut pas renouvelée le lendemain; chaque armée resta dans les positions occupées à la fin de la bataille.

Observation. — Il est vrai que la bataille d'Antietam présenta un peu de décousu , surtout au début ; mais ce sont des accidents qui se rencontrent souvent à la guerre; et qui, dans cette circonstance en particulier, furent complètement indépendants de la volonté du général en chef. Les instructions les plus convenables avaient été données par lui , mais toutes ne furent pas aussi ponctuellement suivies qu'elles auraient dû l'être. Néanmoins, et malgré la supériorité de l'ennemi , il remporta l'avantage et força celui-ci à repasser le Potomac deux jours après. Avec quelques troupes de plus à sa disposition , et il y en avait à Washington de parfaitement inactives, il aurait pu facilement s'étendre davantage sur la droite, selon les vues du général Sumner, et obtenir un plus grand succès, (p. L.)

Sur la convenance plus ou moins grande de renouveler l'attaque le lendemain de la bataille, le général Mac Clellan s'exprima comme suit :

« Le matin suivant, le 18, je trouvai que notre perte avait été si grande et qu'il y avait tant de désorganisation dans quelques-uns des corps que je ne jugeai pas convenable de renouveler l'attaque ce jour-là, d'autant plus que j'étais sûr de l'arrivée, dans la journée, de deux divisions fraîches, montant à environ 15,000 hommes.

Gomme exemple de la condition de quelquesuns des corps dans cette matinée, je citerai le premier corps, général Hooker : le 18 au matin ses états portaient 3,500 hommes présents sous les armes; quatre jours après, 13,500.

« J'avais toutefois pris mes dispositions pour recommencer l'attaque au point du jour, le 19, mais j'appris pendant la nuit ou près du matin que l'ennemi évacuait la position. Il fut prouvé ensuite qu'il marcha très-rapidement, et, n'étant pas encombré de waggons, il put passer la rivière avant que nous ayons pu l'entamer sérieusement. Si l'on considère ce que les troupes ont effectué , je pense qu'on reconnaîtra que nous avons tiré d'elles tout ce qu'il était humainement possible d'en tirer. »

Sur le sujet du renouvellement de l'attaque le lendemain de la bataille, le témoignage du général Burnside est le suivant :

« Question. — Avez- vous exprimé quelque opinion au général Mac Clellan ou à quelqu'un du quartier général concernant le renouvellement de l'attaque le jour suivant, et, dans ce cas, quelle opinion avez-vous émise?

« Réponse. — Je donnai mon opinion sur ce sujet au général Mac Clellan. Lorsque mes troupes furent toutes en position, c'est-à-dire à 8 h. et demie du soir, je me rendis au quartier du général Mac Clellan, à Keedysville, et exprimai l'avis au général Marcy, son chef d'état-major, que l'attaque devait être reprise le lendemain matin à 5 heures. Je dis la même chose aux autres officiers de l' état-major du général Mac Clellan. Le général Marcy me dit que je devais voir le général Mac Clellan, et lui dire ce que je pensais à cet égard. J'entrai dans la tente du général Mac Clellan , et , dans le cours de la conversation, je lui exprimai mon opinion, lui disant que si j'avais 5,000 hommes de troupes fraîches à mettre en tête des miennes je recommencerais volontiers l'attaque le lendemain matin. Il me dit qu'il avait déjà pensé à la chose, qu'il y réfléchirait pendant la nuit, qu'il me fallait envoyer un officier d'état-major au quartier général pour y rester pendant la nuit et me porter

les ordres de grand matin, et que s'il se décidait à renouveler l'attaque il m'enverrait les hommes nécessaires. J'envoyai bien l'officier d'état-major, mais le général Mac Clellan décida de ne pas recommencer l'attaque le lendemain.

« Question, — Y aurait-il eu quelque difficulté à vous fournir les 5,000 hommes de troupes fraîches que vous désiriez, le corps de Porter, de 15 à 20,000 hommes, n'ayant pas donné?

« Réponse. — 11 n'y aurait eu aucune difficulté à me fournir les 5,000 hommes. En fait, le général Mac Clellan m'envoya la division Morell, à peu près de cet effectif, mais sans l'ordre de reprendre l'attaque. »

Le général Franklin dépose comme suit :

« Question. — Fûtes -vous consulté sur la question de renouveler l'attaque le lendemain ?

« Réponse. — Quand le général visita la droite, dans l'après-midi, je lui montrai une position sur la droite de ce bois, que j'ai déjà mentionnée, et d'où, si elle pouvait être prise, nous forcerions l'ennemi à se retirer du bois. J'exprimai l'avis que le lendemain matin nous devions diriger l'attaque sur ce point, en partant de la position du général Sumner. Je croyais

notre succès à peu près assuré. Nous avions beaucoup d'artillerie battant à point. Nous chasserions l'ennemi de là cette après-midi ; nous occuperions la position le lendemain matin, et ainsi toute la gauche ennemie serait à découvert.

« Question» — Si cela eût été fait et que ce point eût été enlevé, quel effet cela aurait-il eu sur l'ennemi?

« Réponse, — Un effet vraiment désastreux.

« Question. — Quelles raisons furent données pour renoncer à l'attaque du lendemain matin?

« Réponse. — Je n'ai pas entendu les raisons données directement par le commandant en chef ; mais j'ai compris que la raison était qu'il attendait une quinzaine de mille hommes de troupes fraîches — ce qui nous aurait complètement garanti le succès — et qu'il préféra attendre l'arrivée de ces troupes avant de recommencer l'attaque.

« Question. — Et ce délai donna le temps à l'ennemi d'échapper?

« Réponse. — Je le crois. »

Dans la nuit du 18 septembre, l'ennemi évacua ses positions et se retira au delà du Potomac, en Virginie, sans être molesté. Notre armée le

suivit lentement et prit position le long du Potomac, sur la rive marylandaise , occupant les Maryland-Heigths le 20 septembre, et Harpers- Ferry le 23.

Le 29 septembre, le général Mac Clellan fit rapport sur les pertes de la bataille de South- Mountain, montant à 2,325 hommes, et d'Antietam, à 12,469 hommes : total 14,794 dans les deux affaires. Quant aux pertes de l'ennemi à ces deux journées, en tués, blessés, prisonniers et déserteurs, le général Mac Clellan dit :

« On peut donc conclure avec certitude que l'armée rebelle perdit au moins 30,Q00 hommes de ses meilleures troupes dans la courte campagne du Maryland. »

Après la bataille d'Antietam, le général Mac Clellan demanda des renforts et annonça son intention de fortifier les Maryland-Heigths, et de requérir du général Wadsworth, alors à Washington, 2,000 nègres à cet effet. Le 27 septembre, il écrivit au général Halleck :

« Mon projet actuel est de tenir l'ennemi à peu près où il se trouve maintenant, mettre Harpers- Ferry en sécurité et garder de près la rivière pour attaquer l'ennemi au moment où il tenterait de la traverser. Notre possession de Harpers-

Ferry nous donne le grand avantage d'un débouché sûr, mais nous ne pourrons nous en servir que quand le pont du chemin de fer sera fini , car sans cela nous ne pouvons pas approvisionner un plus grand nombre de troupes que nous en avons maintenant en Virginie sur ce point. Si la rivière enfle de manière à ce que l'ennemi ne puisse passer en force, je compte concentrer l'armée aux environs de Harpers- Ferry, pour de là agir selon les circonstances, par exemple marcher sur Winchester , si, par la position et l'attitude de l'ennemi, nous pouvons en tirer un grand avantage, ou, en consacrant un temps raisonnable à l'organisation de l'armée et à l'instruction des nouvelles troupes, préparer un mouvement en avant sur une ligne quelconque à déterminer. En tout cas, il est absolument nécessaire d'envoyer aussitôt les nouveaux régiments aux anciens pour les faire instruire, et de combler

aussitôt les vides des anciens régiments

Le plus convenable est de laisser à Washington seulement les troupes nécessaires à y former garnison, et d'envoyer tout ce qui reste disponible ensuite en renfort à notre armée. Les chemins de fer nous fournissent le moyen de renforcer promptement Washington si c'est nécessaire. Si je suis renforcé comme je le demande et que je

puisse agir à ma guise, je me rends responsable pour la sécurité de Washington. »

Le 7 octobre, le général Halleck répliqua. Après avoir parlé de la levée attendue dans quelques États du Nord, il dit :

« Mais vous ne pouvez pas ajourner les opérations jusqu'à ces levées. 11 faut agir, et les anciens régiments resteront tels quels. Les convalescents les referont déjà un peu. Le pays devient impatient du manque d'activité de votre armée, et nous devons la mettre en mouvement.

Observation. — Nous ne savons pas voir ce qui forçait d'agir avant les levées, sinon cette fièvre d'une foule ignorante et passionnée à laquelle des hommes d'État et des généraux dignes de ce nom devraient savoir résister dans l'occasion. Puisqu'on allait recevoir des renforts considérables et dont on avait urgcmment besoin , ce n'était pas retarder les progrès de la campagne que d'attendre ces renforts ainsi que le réarmement et le rééquipement des troupes, mais au contraire prévenir de nouveaux retards causés par de nouvelles déceptions, (f. l.)

« Je suis content que l'ennemi se soit replié vers Richmond. Nous devons le suivre et chercher à le punir. Les jambes manquent décidément dans notre armée. Il y a trop d'immobilité, et nous devons nous efforcer de remédier à ce défaut. Une réduction des bagages et des trains de bagage fera quelque chose ; mais la difficulté réelle est que nos gens ne sont pas assez exercés

à la marche ; ils restent trop longtemps dans les camps.

« Après une forte marche, un jour de repos est assez. Rester plus longtemps ne repose pas les hommes. Si nous comparons les distances moyennes parcourues en un mois par nos troupes avec celles parcourues par les troupes rebelles ou par les armées européennes en campagne, nous verrons pourquoi nos troupes ne marchent pas mieux. On ne les exerce pas suffisamment à devenir de bons et utiles soldats. »

Le 1 er octobre, le général Mac Clellan demanda l'autorisation de faire construire un pont suspendu à double voie et un pont de chevalet à travers le Potomac, à Harpers-Ferry, autorisation que le général Halleck refusa. A peu près à ce moment, le président visita l'armée. A son retour à Washington, Tordre suivant fut expédié au général Mac Clellan par le général Halleck :

« DÉPARTEMENT DE LA GUERRE

c Washington, D. C, 6 octobre 1862.

« Je suis chargé de vous télégraphier ce qui suit : le président vous donne Tordre de franchir le Potomac pour livrer bataille à Tennemi ou le refouler au sud. Votre armée doit marcher en

avant maintenant, pendant que les routes sont bonnes.

« Si vous passez la rivière entre l'ennemi et Washington, et couvrez celle-ci par votre ligne d'opération , vous pourrez être renforcé par 30,000 hommes. Si vous remontez la vallée de la Shenandoah, on ne peut vous donner que 1 2 à 15,000 hommes. Le président conseille la ligne intérieure, entre Washington et l'ennemi, mais il ne l'ordonne pas. Il désire beaucoup que votre armée se mette en mouvement aussitôt que possible. Vous ferez immédiatement savoir la ligne que vous adoptez et où vous entendez passer la rivière; indiquez aussi sur quel point vous voulez qu'on vous envoie vos renforts. Il est nécessaire que votre plan d'opérations soit positivement déterminé avant qu'on ne donne les ordres pour la construction des ponts et la réparation des chemins de fer.

« Je dois ajouter que le secrétaire de la guerre et le général en chef sont complètement d'accord avec le président sur les présentes instructions.

« (Signé) H. W. Halleck, général en chef.

« Au major général Mac Clellan. »

A cela, le général Mac Clellan réplique le même jour :

« Il est important, pour me décider sur la route à prendre, que je connaisse en premier lieu la nature des troupes qui me renforceront, soit dans la Shenandoah, soit sur la ligne entre Washington et l'ennemi ; seront-elles des anciennes ou des nouvelles troupes, ou quelles proportions de chaque? Si possible, je désirerais la division Peck, si elle peut être rendue ici dans un laps de temps raisonnable.

« Secondement. Voulez-vous bien m'informer de la condition actuelle du chemin de fer Alexandrie-Leesburg, ainsi que du chemin de fer Manassas-Gap, et combien de temps il faudrait pour les mettre en bon état? On croit que le chemin de fer Harpers-Ferry-Winchester n'est pas matériellement endommagé. »

A cela, le général Halleck répond le 7 : « Le chemin Manassas-Gap peut être réparé en peu de jours. Celui de Leesburg est beaucoup plus endommagé. Vous pouvez atteindre le premier en moins de temps qu'il n'en faudra pour réparer le second. Les troupes qui vous seront envoyées seront en partie des anciennes, en partie des nouvelles, la plupart des nouvelles. »

Le même jour, le général Mac Clellan télégraphie : « Après mûre consultation avec les commandants de corps de mon voisinage, j'ai décidé d'adopter la ligne de la Shenandoah pour opérer immédiatement contre l'ennemi, près de Winchester en ce moment. Sur aucune autre ligne, au nord de Washington, l'armée ne peut être ravitaillée, de même qu'aucune autre ne peut couvrir le Maryland et la Pensylvanie. Si nous passions la rivière en dessous du confluent de la Shenandoah, nous laisserions à l'ennemi la faculté de repasser en Maryland et d'arrêter ainsi nos mouvements. Dans le même cas nous lui abandonnerions volontairement l'avantage de la forte ligne de la Shenandoah, sur aucun point de laquelle nous ne pourrions prévenir l'ennemi. Je ne vois aucun point objectif de quelque valeur stratégique à gagner ou à chercher par un mouvement entre la Shenandoah et Washington.

« Je désire faire bien comprendre que je ne considère pas la ligne de la vallée de la Shenandoah comme importante pour des opérations ultérieures. Elle n'est importante qu'aussi longtemps que l'ennemi reste près de Winchester. Nous ne pourrions pas suivre cette ligne plus loin que Winchester, vu que la contrée est dénuée de ressources, et que nous n'avons des moyens de

transport que pour avancer de 30 à 35 milles au delà d'un rayon de chemin de fer ou de canal. Si l'ennemi abandonne Winchester pour se replier sur Staunton, il nous sera impossible de le poursuivre par cette route, et nous devrons prendre une nouvelle ligne d'opérations basée sur des communications par eau ou chemin de fer.

« La seule chose à gagner par un mouvement en avant dans ce voisinage est de combattre l'ennemi près de Winchester. S'il se retire, nous n'avons rien à gagner à le poursuivre, et nous ne le pourrions pas, en fait, sur un bien long parcours. Le but que je me propose, c'est de combattre l'ennemi s'il reste près de Winchester ; ou, à ce défaut, de le forcer d'abandonner la vallée de la Shenandoah, et de là adopter une nouvelle et décisive ligne d'opérations qui aille frapper au cœur de la rébellion.

« J'ai fait tout ce qui était possible pour assurer le plus prompt équipement des troupes. Mais de tout ce que j'apprends, il faudra au moins trois jours avant que les 1 er , 5 e et 6 e corps soient prêts à pouvoir sortir de leurs camps actuels. Ils ont besoin de souliers et d'autres articles d'équipement indispensables, aussi bien que de tentesabris, etc. Soyez certain que je ne perdrai pas une heure à mettre à exécution vos instructions.

« Veuillez m'envoyer les renforts à Harpers- Ferry. Il sera préférable que les nouveaux régiments me soient envoyés non embrigadés, à moins qu'ils ne le soient déjà avec d'anciennes troupes. Je demanderai de nouveau la division Peck et, si possible, le corps de Heintzelman. Si l'ennemi livre bataille près de Winchester, ce sera une affaire désespérée requérant toutes nos ressources. J'espère qu'on ne perdra pas de temps pour nous envoyer ces renforts , afin que je les aie à disposition aussitôt que possible. »

Le 10 octobre, le général rebelle Stuart fit sa pointe en Pensylvanie et rentra en Virginie, après avoir fait tout le tour de notre armée. Le général Mac Clellan en fit rapport, le 1 3, au général Halleck, attribuant ce succès de l'ennemi au manque de cavalerie de notre part , et insistant sur « la nécessité impérieuse de fournir immédiatement à l'armée, y compris le corps de Banks, un nombre suffisant de chevaux pour remonter dans le plus bref délai les cavaliers démontés; sans cela, dit-il, nous serons sans cesse exposés aux courses de la cavalerie rebelle. »

A cela le général Halleck répliqua : « Je viens de recevoir votre télégramme d'hier matin à 7 h. Comme je vous en ai déjà informé, le gouverne-

ment a fait et fait encore tous les efforts possibles pour augmenter l'effectif de la cavalerie. Les remontes vous sont envoyées aussi promptement qu'on se les procure. Le président a lu votre télégramme, et me charge de vous dire que si l'ennemi avait plus d'occupation au sud de la rivière, sa cavalerie ne pourrait pas si facilement faire des pointes au nord. »

Le \ 3 octobre, le président écrivit au général Mac Clellan au sujet des opérations. Le 1 7 octobre, le général Mac Clellan transmit sa réponse. La lettre du président et la réponse du général sont de la teneur suivante :

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