Q ORDRE GÉNÉRAL N
« Par ordre du président des États-Unis, il est ordonné que le major général Mac Clellan soit relevé du commandement de l'armée du Potomac, et que le major général Burnside prenne ce commandement à sa place.
« Par ordre du secrétaire de la guerre ,
« (Signé) E. D. Townsend, aide-adjudant général. »
Observation. — De nouveau l'on n'attendit, semblerait-il, que le moment où le général Mac Clellan aurait mis le fleuve entre lui et Washington pour le frapper et lui ôter, sans indication de motifs, son commandement. Avait-il déjà en Maryland le pressentiment de cette disgrâce imméritée ? Son armée souffrait-elle réellement du manque d'approvisionnements au point de ne pouvoir marcher î Estimait-il qu'on commettait une faute si grave en reprenant la campagne avant le renfort des nouvelles levées qu'il devait tout faire pour l'éviter ? Et tout cela fut-il un peu cause de la désobéissance qu'on lui a reprochée ? C'est ce que nous ne saurions dire. Mais ce qui parait certain, c'est que depuis longtemps à Washington on désirait se débarrasser de ce général, qui, par ses allures essentiellement militaires, par son indépendance d'opinions et par sa popularité toujours croissante, avait déplu à quelques personnages haut placés dont il ne satisfaisait pas suffisamment la curiosité. Nous avouons que, dans nos traditions militaires européennes, et au point de vue purement hiérarchique, nous ne pouvons que nous incliner devant l'ordre de révocation qui le frappa. Peut-être même, dans maintes armées de notre continent, une discussion des ordres du gouver-
nement telle que s'en permit le général Mac Clellan, au lieu d'une simple et prompte exécution, serait-elle passible de mesures plus sévères. Mais dans les habitudes de l'Amérique, et avec les antécédents de cette guerre , il nous semble qu'en cette occasion on manqua de générosité et de justice envers le général Mac Clellan. Ou bien l'on n'aurait pas dû lui donner le haut commandement et les pleins pouvoirs qu'on lui confia dans l'hiver 4 861 -1862, et qu'on lui rendit en partie après la leçon des revers de Pope ; ou, après l'avoir chargé d'une telle mission et d'une telle responsabilité , on devait, pour le moment de l'action, avoir plus de confiance dans ses mesures et lui laisser plus de latitude. Notre conviction profonde est que, si le général Mac Clellan avait été secondé dans l'exécution autant qu'il fut contrecarré, il aurait mené à bien la campagne de la péninsule, et serait entré à Richmond au commencement de l'été. (F. L.)