‹ Campagnes de Virginie et de Maryland en 1862 documents officiels, avec introd. et annotChapitre 21 sur 24 · BATAILLE DE FREDERICKSBURG · texte numérisé non relu

BATAILLE DE FREDERICKSBURG

Le général Burnside commença alors à préparer un autre mouvement, tout en faisant avancer les pontons aussi vite que possible pour permettre à ses troupes de franchir la rivière.

Le plan résolu fut de passer le Rappahanock sur deux points , l'aile droite en face de Fredericksburg, l'aile gauche 3 à 4 milles au-dessous. * L'aile gauche était composée de la grande division de gauche avec un corps de la grande division du centre, faisant une force totale de 50 à 60,000 hommes, sous les ordres du major général Franklin. Le passage s'effectua heureusement sur

les deux points, avec une forte opposition toutefois sur la droite de la part des carabiniers ennemis.

Le général Burnside a déposé comme suit à F égard de son plan d'attaque :

« L'ennemi avait tracé une route tout le long et en arrière de la ligne des hauteurs sur lesquelles nous dirigions notre attaque, et, au moyen de cette route, ses deux ailes étaient en prompte et directe communication. J'obtins d'un nègre des informations sur cette nouvelle route que la suite prouva être correctes. J'avais besoin de prendre possession de cette route, et c'est ce qui me décida à une attaque sur l'extrême gauche. Je n'entendais pas faire d'attaque sur la droite jusqu'à ce que cette position eût été emportée, ce qui eût ébranlé l'ennemi et coupé sa ligne en deux. Alors je me proposais de l'assaillir directement de front et de le rejeter hors de ses ouvrages. »

Voici l'ordre au général Franklin, qui commandait la gauche :

« QUARTIER GÉNÉRAL DE i/ARMÉE DU POTOMAC.

« 13 décembre, 5 h. du matin.

« Le général Hardie vous portera cette dépêche et restera avec vous aujourd'hui. Le commandant

en chef vous ordonne de préparer toutes vos troupes pour un rapide mouvement en descendant la vieille route de Richmond , et vous enverrez immédiatement une division au moins pour passer sous Smithfield, et s'emparer si possible des hauteurs près Captain-Hamiltons, de ce côté du Massaponas , en prenant soin d'être bien appuyée et de garder sa ligne de retraite ouverte. L'ordre a été envoyé au général Sumner de faire avancer aussi une colonne, d'une division au moins, par la route en planches jusqu'à son intersection avec la route du télégraphe, en vue de saisir les hauteurs qui dominent ces deux routes. En les tenant ainsi que celles près de Captain-Hamiltons, on forcerait l'ennemi à évacuer toute la zone de crêtes entre ces points. Sumner marchera en colonnes, à bonne distance, pour éviter toute collision de nos troupes qui pourrait se produire pendant le brouillard dans un mouvement général. Deux divisions du général Hooker sont derrière vous vers les ponts, et y resteront pour vous appuyer. Des copies des instructions aux généraux Sumner et Hooker vous seront bientôt envoyées par une ordonnance. Tenez toutes vos troupes prêtes à marcher aussitôt que le brouillard s'éclaircira. Le mot d'ordre, qui doit être donné, si possible, à toutes les compagnies, sera Scott.

ET DE MARYLAND EN h 862. 191

« J'ai l'honneur d'être, général, très-respectueusement, votre obéissant serviteur.

« (Signé) John G. Parke, chef d'état-major.

« Au major général Franklin, commandant de département et de grande division de l'armée du Polomac, »

Le général Franklin a rapporté, quand dernièrement il fut interrogé, qu'il reçut le susdit ordre à environ 7 h. et demie du matin, et qu'il prît immédiatement ses mesures pour exécuter ce qu'il estimait être l'esprit de l'ordre, c'est-à-dire « une observation armée pour s'assurer où était l'ennemi » . Dans sa déposition, donnée quand votre comité se rendit à Falmouth, il dit : « J'engageai toutes les troupes que je pensai convenable et prudent d'engager. Je fis combattre toutes celles que je pus, tout en tenant mes communications avec la rivière. »

Il ressort des témoignages que l'attaque fut faite en réalité par Tune des plus petites divisions du général Franklin, la division Meade, ne comptant qu'environ 4,500 hommes. Cette division était appuyée sur sa droite par la division Gibbon, d'environ 5,000 hommes. A sa gauche se trouvait la division Doubleday, formant l'extrême

gauche de notre ligne, presque à angle droit avec la division du général Meade, et s' étendant jusqu'à la rivière. Au moment où la division Meade s'avança pour l'attaque, la division Birney, du corps Stoneman, d'environ 7,000 hommes, arriva et prit position immédiatement derrière le général Meade. La division Meade réussit à percer la première ligne de l'ennemi et à gagner la crête des hauteurs. Le général Gibbon, voyant le général Hill se porter en avant, ordonna aussi à sa division d'avancer. Au moment où sa dernière brigade s'avançait en repoussant l'ennemi à la bayonnette, et où il préparait le feu de ses batteries sur un régiment rebelle apparaissant à gauche, le général Gibbon fut blessé et dut être emporté du champ de bataille. La division Meade, une fois sur la crête , se trouva en présence des réserves de l'ennemi, qui ouvrirent sur elle un feu de front pendant qu'on lui tirait aussi dessus en flanc. La supériorité de l'ennemi était si écrasante que les divisions Meade et Gibbon furent forcées à la retraite. L'ennemi les poursuivit jusqu'à ce qu'il fut arrêté par la division Birney. Nos forces continuèrent à tenir leurs positions sans renouveler l'attaque, jusqu'à ce qu'elles reçurent l'ordre de se retirer au delà de la rivière.

Les pertes subies dans cette attaque, en tués, blessés et manquants, furent les suivantes : division Meade, 1,760 hommes; division Gibbon, 1,249; division Birney, 961.

Le général Burnside, lorsqu'il eut appris avec quel faible effectif l'attaque avait été ordonnée, envoya Tordre au général Franklin de faire une nouvelle et vigoureuse reprise avec toute sa troupe. Plusieurs témoins déclarent que si cette attaque avait été renouvelée avec toutes les forces disponibles de Franklin elle aurait été couronnée de succès. Le général Franklin déclare que ce ne fut pas un ordre, mais une invitation, que lorsqu'il la reçut c'était trop tard pour renouveler l'action, et que par conséquent il ne le fit pas.

Le général Franklin déposa comme suit :

« L'ordre en vertu duquel j'agissais portait que je devais garder ma communication ouverte. 11 me prescrivait aussi de tenir mes troupes en position pour une rapide marche par la route de Richmond. Je n'ai jamais songé que j'eusse à faire une attaque sérieuse jusqu'à ce que la bataille fût finie. Pendant l'affaire, je n'avais aucune idée que ce fût l'attaque principale, mais je supposais que c'était une observation armée pour

reconnaître où était l'ennemi Je fus renia

forcé dans cette supposition par l'officier <T étatmajor qui m'apporta Tordre

« Question. — Ne comprîtes-vous pas, d'après cet ordre, que vous deviez employer toutes les troupes nécessaires pour saisir et occuper les hauteurs près de Captain-Hamiltons, et que le commandant en chef considérait cela comme indispensable pour assurer le succès ?

« Réponse. — Non, je ne le pensai pas. Je n'aurais pas supposé alors que l'ordre eût été limité à « une division au moins » si telle eût été son intention; et en outre il m'ordonnait de tenir toute ma troupe en position de se mouvoir par la vieille route de Richmond. S'il avait entendu employer toute ma force, en cas de besoin, à tenir la colline, il ne m'aurait pas dit de l'avoir prête en même temps pour l'autre mouvement.

« Question. — L'autre mouvement n'était-il faisable qu'après la possession des hauteurs par nos troupes?

« Réponse. — Je pense que ce mouvement, s'il avait été ordonné avec toutes mes forces, eût nécessairement compris la possession des hauteurs. Si j'avais reçu Tordre de me porter en masse sur la route de Richmond, j'aurais dû en-

lever tout ce qui se trouvait sur la route, par conséquent les hauteurs en question.

« Question. — Puisqu'il était indispensable que vous prissiez possession de ces hauteurs pour vous avancer par la vieille route de Richmond, et puisqu'il vous avait été prescrit d'envoyer au moins une division pour passer sous Smithfield, et se saisir si c'était possible des hauteurs, ne deviezvous pas penser que cet ordre exigeait de vous une seconde attaque en cas d'insuccès de la première ?

« Réponse. — Oui. Mais lorsque les rebelles étaient refoulés dans les bois par les divisions Birney et Sickel, il était passé trois heures. Vers cinq heures, il faisait déjà nuit, et il était trop tard pour tenter une nouvelle attaque avec quelque succès. »

Toutes les dépositions devant votre comité prouvent d'une manière concluante que si l'attaque de gauche avait été faite avec toute la force dont le général Franklin pouvait disposer à cet effet, le plan du général Burnside aurait complètement réussi, et notre armée aurait remporté une brillante victoire.

Après l'attaque du samedi, notre armée resta

en position jusqu'au lundi soir; elle se retira alors au delà de la rivière sans autre perte.

Votre comité n'a pas envisagé comme un devoir essentiel de faire rapport sur les opérations de l'aile droite de notre armée dans cette bataille, par la raison que le succès du mouvement dépendait évidemment en majeure part de l'opération de la gauche. Quoique nos troupes combattissent très-courageusement à la droite, faisant des attaques répétées, la force de la position ennemie était telle que nous dûmes nous retirer.

Observation.— Par tout cela, on peut voir que les lenteurs dans l'exécution des ordres, les retards dans les marches, les hésitations dans l'action , les conflits et les croisements dans les instructions et les dépèches, et finalement les déceptions dans les opérations décisives, ne firent qu'augmenter et atteignirent leur apogée après la révocation du général Mac Clellan.

Dans le chapitre qui va suivre, on verra que cet état de choses s'aggrava encore d'insubordination jusque dans les rangs supérieurs de l'armée et d'indiscrétions inqualifiables dans les plus hauts parages ^c l'administration. Par ce triste spectacle seulement, les amis du général Mac Clellan se seraient sentis bien vengés s'ils n'avaient dû en même temps souffrir dans leurs sentiments les plus patriotiques d'une réhabilitation qui se produisait par des événements aussi douloureux pour tout le pays, et aussi fâcheux pour l'avancement de la cause nationale, (p. l.)

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