CONCLUSION
Votre comité a pensé préférable de vous soumettre les dépositions recueillies sur la conduite de la guerre, sans autre critique des plans et mouvements militaires, laissant chaque lecteur se former ses propres conclusions d'après les opinions des militaires compétents exprimées devant le comité.
En jetant un coup d'œil en arrière sur les événements des deux dernières années, on sent que,
quoique nous n'ayons pas obtenu tout ce que nous espérions et attendions dans le temps, nous avons cependant fait assez de progrès pour avoir la pleine assurance d'un succès final.
Lorsque le gouvernement prit ses premières mesures contre la rébellion, celle-ci travaillait ouvertement et activement depuis cinq mois à se mettre en défense. Elle avait usurpé le contrôle administratif d'un État après l'autre, et surpris le peuple loyal de divers Etats. Elle s'était même emparée du gouvernement fédéral de manière à s'en faire un complice. Elle s'était mise en possession des armes et des munitions de guerre du gouvernement. Elle avait dispersé et démoralisé l'armée, et éparpillé la marine à tous les coins du monde. On voyait la trahison dans la résidence exécutive, trahison dans le cabinet, trahison dans le sénat et dans la chambre des représentants, trahison dans l'armée et dans la marine, trahison dans chaque département, dans chaque bureau, dans chaque office dépendant du gouvernement. Lorsque la nouvelle administration arriva au pouvoir, elle fut forcée de prendre toutes ses mesures avec la plus grande prudence, connaissant à peine ses amis de ses ennemis. Elle eut à créer une armée et une marine. 11 y avait à peine un bataillon de troupes nationales pour protéger la capi-
taie, et le premier sentiment de sécurité qu'on éprouva à Washington c'est lorsqu'on y vit arriver les volontaires. En même temps, le peuple loyal ne croyait qu'avec difficulté à la possibilité d'une résistance sérieuse contre le gouvernement. Il ne manquait pas de gens sérieux qui estimaient que cette excitation des rebelles plierait devant un déploiement de forces et la ferme résolution des États loyaux de maintenir l'Union. Au lieu de cette facile conclusion, nons avons déjà eu deux ans de guerre. Nous avons mis en campagne un million d'hommes. Nous avons prodigué nos ressources comme de l'eau, et nous nous trouvons toujours engagés dans un terrible débat.
Mais la cause nationale n'est pas la seule pour laquelle de faux calculs aient été faits, pour laquelle la condition actuelle des choses présente un frappant contraste avec les prévisions de ses partisans. Ceux qui ont entendu dans le congrès et ailleurs les extravagances des conspirateurs sauront quelles étaient leurs espérances et leurs visées.
Une marche rapide sur la capitale , le renversement subit du gouvernement légal, la prompte soumission d'un peuple trop pusillanime pour défendre ses droits, la soumission de tout le pays aux prétentions du Sud : tel était leur programme.
Les conspirateurs cherchaient à faire croire à leurs gens que la guerre, si elle éclatait, ne se ferait pas sur leur territoire. Jusqu'à présent le sol des États libres a été à peine foulé par un pied hostile, tandis que celui des États rebelles a porté presque tout le poids de la lutte.
Les rebelles se trouvèrent presque sans résistance en possession de tous les forts et ports de la côte des États révoltés, excepté le fort Pickens (port de Pensacola) et les fortifications isolées et les ports de Torturas et de Key-West. Ils furent, à ce moment, maîtres du territoire de tous les États révoltés, des dépôts, des arsenaux, des fortifications du gouvernement, et ils avaient grande espérance de voir tous les États frontières à esclaves s'unir bientôt à eux. Le fait qu'un si grand nombre de ces Etats garde aujourd'hui une position fidèle et loyale envers le gouvernement démontre que le patriotisme et la loyauté ne sont pas confinés dans une portion quelconque du pays, et donne pleine assurance que le gouvernement sera maintenu, que sa juridiction sera rétablie sur chaque pied de notre sol, et notre nationalité préservée de ruine.
Les événements des deux dernières années sont trop présents à toutes les mémoires pour avoir besoin de récapitulation.
Votre comité, toutefois, appellera brièvement l'attention sur ce fait que, depuis le commencement des opérations actives sur terre et sur mer dans l'hiver et au printemps de 1862, nous fûmes favorisés d'une suite non interrompue de succès pendant huit mois, d'où résultèrent de vastes conquêtes. Les triomphes de la marine à Hatteras, à Port-Royal et à Fort-Henry furent suivis par les victoires de l'armée à Mill-Spring, à Fort-Donelson et à Roanoke. Le Missouri fut arraché aux rebelles, et ceux-ci, rejetés derrière l'Arkansas, furent battus à Pea-Ridge.
Par la prise du fort Donelson, le Kentucky fut délivré ; la capitale d'un des plus grands États révoltés fut prise, ses grands cours d'eau ouverts à nos bâtiments , et la guerre portée dans les États du golfe. Les positions ennemies du Mississipi, Columbus, l'île n° 10, le fort Pillow, Memphis tombèrent entre nos mains.
L'automne de 1861 nous avait donné l'importante capture de Hatteras et de Port-Royal par la flotte. Ces succès furent poursuivis par l'action combinée de la flotte et de l'armée dans l'hiver et au printemps de 1862, par la capture de Roanoke-Island et de Newbern, de Reaufort et de Fort-Macon ; par la capitulation de l'important fort Pulaski, dominant l'entrée de la rivière
Savannah ; par la prise du fort Clinch à l'entrée du port et dépôt du chemin de fer de Fernandina et du fort Marion à Sainte-Augustine. Par la première de ces opérations nous dominâmes les eaux intérieures de la Caroline du Nord (baies d'Albermale et de Pemlico) et un de ses ports importants, Beaufort. Par la dernière de ces opérations nous nous rendîmes maîtres de l'importante côte s' étendant de Charleston à Saint-John, ne laissant en possession des rebelles sur la côte atlantique que les deux ports de Charleston et Wilmington.
Mais les brillants triomphes de notre armée et de notre marine furent encore surpassés par la capture de la grande ville du golfe, du dépôt de la grande vallée du Mississipi, la Nouvelle-Orléans. Par cette importante conquête nous reprîmes une bonne portion de la Louisiane, et fîmes un grand pas vers la possession du cours entier du Mississipi, tout en amenant la reddition du port de Pensacola avec les forts y attenant.
De cette brève esquisse des opérations navales et militaires ressort que nous avons fait de grandes et réelles conquêtes. Nous avons été par terre , à travers le Missouri , le Tennessee et le Kentucky, jusqu'aux frontières mêmes des États du golfe ; nous avons repris tout le cours du Mis-
sissipi, sauf 200 milles ; occupé les côtes de la Caroline du Nord, de la Caroline du Sud, de la Géorgie et d'une grande portion de la Louisiane, capturé tous les ports fortifiés importants du territoire rebelle sauf trois (Wilmington, Charleston et Mobile), réduisant à cette tâche restreinte le service de l'escadre de blocus ; capturé quatorze forts permanents sur les côtes, parmi lesquels les plus considérables de la côte du Sud, tels que les forts Pulaski, Barrancas, Mac Rae, Jackson et Saint-Philippe. Vinrent ensuite la réduction de Yorktown et l'évacuation de Norfolk, qui ouvrirent à nos bâtiments les eaux des rivières York et James, privèrent les rebelles d'un grand chantier et les forcèrent à détruire leur fameux Merrimac.
Observation. — Depuis lors les progrès du Nord se sont continués, quoique à pas lents et avec des péripéties très-diverses. Les positions de Wicksburg et de Port-Hudson ont été finalement rendues aux fédéraux, avec des garnisons montant à une quarantaine de mille hommes et un nombreux matériel. Tout le cours du Mississipi se trouve ainsi reconquis par l'Union .
Sur les côtes et sur mer, rien de changé; le blocus se continue; Charleston est sérieusement attaqué par terre et par mer, tandis que les corsaires du Sud poursuivent le cours de leurs déprédations.
Sur le Potomac, les choses en sont à peu près au même point. Une seconde bataille de Fredericksburg, dite de Chancellorsville, fut perdue le 5 mai par les fédéraux sous les ordres du général p Hooker. Le général confédéré Lee, poursuivant ses succès, envahit pour la seconde fois le Maryland et la Pensylvanie, invasion qui devait coïncider avec une levée de boucliers dans le Nord des
partisans du Sud. Mais Lee fut battu à Gettysburg et repoussé au commencement de juillet par les fédéraux sous le commandement en chef du général Meade.
Une insurrection éclata bien à New-York, mais trop tard pour servir les plans du Sud, et elle fut d'ailleurs bientôt réprimée.
Encore quelques succès, et la cause de l'Union triomphera de la rébellion d'une manière définitive, (p. l.)
Si les succès de l'armée du Potomac pendant cette période avaient correspondu à ceux-là, il y avait toute raison de croire que la fin de la campagne de 1 862 aurait aussi marqué, ou à peu de chose près, la fin de la rébellion.
Si Norfolk avait été pris et le Merrimac détruit pendant l'hiver de 1861-1862, la route de Richmond par la rivière James aurait été ouverte, et les regrettables retards de la péninsule évités. Ou si l'ennemi, lorsqu'il était à Manassas, en automne et en hiver 1861-1862, avait été forcé de quitter ses retranchements pour nous livrer bataille , comme cela eût été possible en menaçant sa longue et difficile ligne de communications entre Manassas et Richmond, nous aurions pu l'accabler de forces très-supérieures et nous ouvrir le chemin sur sa capitale.
Pour conclure, votre comité dira que tous les hommes qui occupent de hautes positions dans
l'armée et dans la marine, ainsi que tous autres, doivent s'unir dans ce seul sentiment que ce n'est qu'en combattant qu'on en finira avec cette rébellion ; que tout rebelle doit être amené à l'obéissance absolue de la constitution et des lois, et que votre comité croit que ce sentiment est celui de tous dans le pays, sauf des traîtres et des lâches.
6 avril 1863.
(Signé) B. F. Wade, président.
Z. Chandler. D. W. Gooch.
John Covode.
G. W. Jullian.
M. F. Odell.
Observation. — Le rapport qu'on vient de lire est suivi d'un volumineux dossier de documents de toute espèce , comprenant , entre autres, le journal des séances du comité et les procès-verbaux des enquêtes. Ces derniers constatent l'audition et donnent les dépositions détaillées de cinquante-neuf témoins, officiers généraux et de divers grades, fonctionnaires, correspondants de journaux , etc.
Si l'intérêt le plus vif s'attache aux dépositions de quelques témoins en haute charge de responsabilité, des généraux Halleck par exemple, Mac Clellan, Hitchcock, Mac Dowell, Porter, Hooker, Franklin , Heintzelman , Barnard , et de plusieurs encore , en revanche, on comprend moins l'importance attachée à bon nombre d'autres, à des officiers subalternes , à des touristes civils même.
Un témoignage que nous avons vainement cherché, et dont l'absence marque une lacune importante, est celui du général Stone-
man , le brillant commandant en chef de la cavalerie de l'armée du Potomac, qui fut un des officiers les plus actifs pendant toute la campagne, (f. l.)