ORGANISATION DES CORPS
En ce qui concerne l'organisation même d'une armée aussi considérable que celle rassemblée autour de Washington, de manière à pouvoir agir pour le mieux en campagne, les dépositions des témoins entendus sont d'une remarquable unanimité sur ce point. Les généraux les plus familiers avec le sujet semblent considérer comme étant de la plus haute importance la répartition en corps d'armée, et disent même qu'une telle organisation doit être effectuée dans le temps d'instruction des troupes. Votre comité considéra la chose comme tellement nécessaire qu'il appela sur elle à plusieurs reprises l'attention des autorités, et demanda l'adoption de cette répartition , en appuyant sa demande de tous les arguments en son pouvoir. Le président et le secrétaire de la
guerre reconnurent aussi la nécessité d'une telle mesure ; mais elle ne semblait pas être en grande faveur auprès du général Mac Clellan. A la vérité, le général Mac Clellan établit devant votre comité, à Tépoque des conférences avec lui, que, quoiqu'il puisse être quelquefois convenable de diviser l'armée en corps d'armée, la matière était . d'une grande difficulté. Il dit qu'il était délicat de nommer des majors généraux avant qu'ils aient été qualifiés par un service actif en campagne et qu'ils aient montré leur aptitude à être choisis pour un commandement de 30 à 40,000 hommes. Un major général ne peut pas être mis de côté, s'il se montre inepte, aussi facilement qu'un brigadier général. Il se propose, en conséquence, de mener lui-même toute son armée à quelque bataille ou campagne, et de choisir parmi les brigadiers généraux ceux qui se montreraient aptes à de plus hauts commandements. En conséquence, la répartition en corps d'armée ne fut faite qu'en mars, lors de la mobilisation de l'armée, et seulement en suite d'ordres directs et réitérés du président.
Néanmoins, le général Mac Clellan continua à s'opposer à cette répartition en corps, comme le montre la dépêche suivante, à lui adressée par le secrétaire de la guerre, en date du 8 mai 1862:
« Le président ne verrait pas de bon œil la suspension de l'organisation en corps d'armée, pas plus que des embarras au commandant en chef dans les présentes escarmouches et à la veille d'une grande bataille attendue. Vous pouvez donc suspendre temporairement cette répartition dans l'armée immédiatement sous vos ordres, et adopter celle qu'il vous plaira jusqu'à nouvel ordre. Il vous écrit aussi particulièrement. »
Sur cela, les corps provisoires des généraux Fitz-John, Porter et Franklin furent formés en réduisant les autres corps de trois à deux divisions.
Observation. — Ici le comité a raison en principe, et aurait raison d'une manière absolue si toute la vérité était dans les lignes ci-dessus. Il eût été certainement utile de répartir, dès l'abord, l'armée en quelques grands corps, car les divisions furent bientôt trop nombreuses (il y en avait seize le 4 5 janvier * 862) pour qu'on se passât d'une unité supérieure servant de rouage intermédiaire entre la division et le commandement en chef ; mais si le général s'y refusa, c'est qu'on voulait lui imposer pour chefs de corps, comme on finit par le faire, des officiers en qui il n'avait pas confiance. En outre, on voulait lui imposer des conseils de guerre avec ces mêmes chefs de corps, qui prendraient, à la majorité des voix, des décisions quasi-souveraines, ainsi qu'on le verra plus loin à propos du débat sur les défenses de Washington, (f. l.)