FORCE DE L'ENNEMI
Votre comité s'efforça d'obtenir des informations aussi exactes que possible quant à la force et aux positions de l'ennemi sur le front de
Washington. Les indications des officiers de notre armée étaient cependant loin d'être satisfaisantes sur ce point. Au commencement de décembre, un ordre du quartier général interdit aux commandants sur le front d'examiner les personnes arrivant dans nos lignes de la direction de l'ennemi ; ces personnes durent être envoyées, sans interrogation, au quartier général de l'armée. Des restrictions furent aussi apportées aux mouvements des batteurs d'estrade. Il en résulte que les généraux interrogés paraissent avoir été complètement ignorants de la force de l'ennemi qui leur était opposée, n'ayant à cet égard que les renseignements qu'ils pouvaient obtenir du quartier général. La force de l'ennemi fut variablement estimée de 70 à 210,000 hommes. Ceux qui donnaient le chiffre le plus haut se basaient sur les chiffres du quartier général. Quant à la force des positions de l'ennemi, l'impression générale semblait basée sur les informations obtenues par la même source, et que ces positions étaient formidables. Les événements subséquents ont prouvé que la force de l'ennemi était au-dessous même du chiffre le plus bas, et que la force des fortifications avait été gravement exagérée.
Observation. — Cette assertion est complètement erronée, ainsi que celles des passages précédents sur lesquels elle s'appuie. Les
ouvrages sécessionistes qui couvraient les abords de Manassas, et surtout ceux qui couronnaient les hauteurs de Centreville, étaient formidables, non pas tant par leur développement que par leur emplacement judicieux. Us dominaient, en glacis de pente favorable aux feux, tout le terrain par où l'on pouvait les approcher sur cette zone, et étaient pourvus d'excellents flanquements. A notre humble avis, ces deux lignes d'ouvrages auraient retenu toutes les armées du Nord qui auraient tenté de les assaillir de front, et l'on pouvait considérer les routes qu'elles commandaient comme parfaitement barrées. Quant à la force de l'ennemi, elle varia pendant l'hiver; elle put être considérablement réduite pendant le temps des grandes boues, qui, à elles seules, auraient suffi à empêcher la marche de la plus brave armée du monde et servaient comme d'un immense fossé entre les deux camps opposés. Mais, aussitôt que les terrains furent praticables, l'armée ennemie des environs de Manassas et de Centreville fut portée à une centaine de mille hommes. Chacun ne le savait pas, il est vrai, dans l'armée du Potomac, et cela n'était pas nécessaire. Mais on le savait très-bien à l'état-major général, et l'on en communiqua toujours aux généraux ce qui leur était utile de connaître. Nous croyons même pouvoir dire sans indiscrétion que ce service des renseignements sur la force de l'ennemi était un des mieux faits. Le général Mac Clellan en avait chargé spécialement deux de ses aides de camp en qui il avait toute confiance , les deux jeunes princes d'Orléans. Ces officiers y mettaient toute l'intelligence et le zèle désirables ; ils interrogeaient les déserteurs, les prisonniers, les nègres fugitifs ; ils recevaient les rapports des espions et comparaient soigneusement les divers renseignements qui pouvaient résulter de tout cela. Ils avaient même, à l'aide de ces indications, pu dresser une petite carte donnant les cantonnements de chaque brigade de l'ennemi, ainsi que les retranchements avec leur armement ; l'effectif était noté de 95 à 405,000 hommes à la fin de février. Plus tard, les 1 0 et 1 1 mars, nous visitâmes les cantonnements et les ouvrages de Centreville et Manassas sur les talons de l'ennemi, le comte de Paris ayant sa carte à la main, et cette carte fut trouvée exacte à fort peu de chose près, péchant en tout cas plutôt par omission que par exagération. Il est donc tout à fait faux de dire que nous n'étions pas renseignés de la situation de l'ennemi et de conclure de là à l'incapacité et à l'étourderie du général en chef. Si ces renseignements n'étaient pas communiqués à tous les officiers interrogés par les membres du congrès c'est qu'il n'y avait
pas, nous le répétons, de nécessité à la chose; et si on ne les communiquait pas aux membres mômes du congrès, c'est qu'on avait de bonnes raisons de ne pas se fiera leur discrétion, ainsi qu'on le verra plus loin. (f. l.)