‹ Campagnes du premier empire: succès et reversChapitre 12 sur 15 · IL::^ · texte numérisé non relu

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ciers valaient mieux, car ils avaient fait partie de l'ancienne armée. Au moment d'entrer ça campagne, ils auraient eu besoin, les uns et les autres, de la surveillance continuelle de leurs chefs, mais, pour ménager le pays, les cantonnements furent tellement étendus que le même régiment se trouva souvent très dispersé. Ce fut une première cause de faiblesse. Une seconde fut le manque de cavalerie. Napoléon n'eut \ sa disposition pendant toute la campagne que quelques milliei's de cbevaus. Aussi l'armée s'avançait-elle presque au hasard. Plus d'une fois cite se heurta contre des masses en-

nemies qu'on n'avait pas reconnues, et nos victoires demeurèrent stériles faute de cavalerie pour achever la déroute et ramasser des prisonniers.

L'armi'^e française était partagée en quatre corps, commandés par Ney, Marmont, Bertrand et Oudinot. La garde avait pour chefs Soult, Mortier et Bessières. L'Empereur avait en outre détaché Davout avec 30000 hommes pour débarrasser laWestphalie des Cosaques qui s'y étaient jetés, et reprendre Hambourg. Son plan était de se joindre au prince Eugnne sur la Saale. Ney à l'avant-garde, avec 40000 hommes, formait le centre, ayant derrière lui Marmont et la garde. Bertrand et Oudinot étaient à droite; Eugène était destiné à former la gauche. Les alliés, de leur côté, commandés par Wittgenstein, étaient partis de Dresde avec l'espoir de surprendre l'Empereur à Erfurt, d'empêcher la jonction avec le prince Eugène, et de le déborder en pénétrant derrière lui en Thurînge. A Weissenfels eut lieu la première rencontre (30 avril). Comment allaient se comporter nos jeunes soldats? Ney et ses lieutenants les disposèrent en carrés pour soutenir le choc de la cavalerie ennemie. Au signal donné, un feu de file exécuté à propos rompit la charge. Ney forme aussitôt les carrés en colonnes et les lance en avant. La bataille est gagnée, c Ces enfants sont des héros, écrivait Ney à Napoléon. Je ferai avec eux ce que vous voudrez. »

Le lendemain 1'' mai, au défilé de Rippach, nouvel engagement et nouveau succès, mais il fut chèrement acheté parla mort du maréchal Bessières, qui assistait en curieux à l'escarmouche et fut emporté par un boulet. Ce jour même le prince Eugène opérait sa jonction avec les corps de Lauriston et de Macdonald, et l'armée tout entière débouchait dans les plaines de TElster. On ignorait, à cause du manque de cavalerie, la position exacte de l'ennemi. Ou ne savait pas que Wittgenstein cherchait à tourner la droite française, et ce fut une véritable surprise lorsque 80000 Russes et Prussiens attaquèrent à Kaïa et à Gœrschen, près de Lutzen, les 40000 soldats de Ney. Blûcher, qui commandait la droite des alliés, enleva les deux villages, et déjà l'armée française commençait à plier, lorsque Napoléon , averti par la canonnade, accourut sur le champ de bataille et improvisa le plan qui devait lui assurer la victoire. Pendant que Ney ramènera au feu son corps d'armée, le prince Eugène et

Macdonald s'enfonceront par le flanc droit des alliés, Bertrand et Oudinot, encore en arrière, déboucheront sur le flanc gauche. De là une triple action. A Kaia est le point central de la bataille. Ce village est pris et repris cinq fois. Les conscrits français et les étudiants prussiens rivalisent de bravoure. Le Tsar et le roi de Prusse assistaient au combat, et lançaient enx-mèmes réserves sur réserves. Napoléon, de son côté, restait calme au milieu du feu. « C'est la journée de la France, criait-il à ses jeunes soldats. La patrie vous regarde, sachez mourir pour elle ! » Bientôt on entend à droite et à gauche de sourdes détonations. Ce sont Eugène et Bertrand qui entrent en ligne et culbutent Tennemi. Seize bataillons de la jeune garde, soutenus par la vieille garde en échelons et couverts par quatre-vingts canons, se jettent alors sur Kaïa, l'enlèvent etforcentenfin Blûcher à battre en retraite, laissantsur lechampdebataille près de 20000 victimes. La victoire aurait été plus complète si nous avions eu des cavaliers pour poursuivre l'ennemi, mais nous ne pûmes ramasser que quelques centaines de prisonniers, et Blûcher opéra sa retraite sans être inquiété.

Napoléon fut comme enivré de sa victoire. < Depuis vingt ans que je commande les armées françaises, dit-il, je n'ai jamais vu plus de bravoure et de dévouement. Mes jeunes soldats I l'honneur et le courage leur sortaient par tous les pores. » Maître de la ligne de l'Elbe, que les alliés abandonnèrent pour se retirer sur la Sprée, l'Empereur entre alors à Dresde avec le roi de Saxe, son fidèleallié, auquel cette victoire rendait la couronne. Il incorpore aussitôt dans son armée le contingent saxon, et poursuit les alliés dans la région difficile où ils se sont retirés, dans ce lacis inextricable de bois et de marais où prennent leur source et la Sprée, qui se jette dans l'Elbe, et la Neisse de Gœrlitz, qui va à TOder. Les armées du grand Frédéric y avaient plus d'une fois manœuvré. Les alliés, qui étaient alors près de 170000, s'étaient concentrés dans la formidable position de Bautzen. La droite, sous Blûcher, occupait les mamelons fortifiés de Krekevvitz, qui dominent la Sprée; la gauche, sous Wittgenstein, était appuyée aux montagnes des Géants. A Bautzen même était le eentre, soutenu en arrière par un immense camp retranché, que défendaient trois villages fortifiés et un ruisseau marécageux.

Le 20 mai commença la bataille. Napoléon réussit à enlever

Dautzen et la ligne de la Sprae, et rejeta les ennemis sur le camp retranché. Le lendemain ^i, la bataille continua. Blucher se défendit avec opiniâtreté sur les hauteurs de Krekewitzet repoussa toutes les attaques d'Oudinot. Tout à .coup éclate à gauche, sur ses dernières positions, une canonnade. C est Ney qui, après avoir culbuté h Weissig York et Barclay, qu'on lui avait opposés, débouche avec 00 000 hommes sur son flanc. Au lieu de donner tète baissée sur Wurtschen et llochkirch pour s'emparer des seules routes par lesquelles Taile droite de l'ennemi pouvait opérer sa retraite, Ney se porta sur des hauteurs, où il lui fallut batailler pied à pied et lutter péniblement contre les réserves. Le général Jomini avait indiqué à Ney cette manœuvre décisive qui eût fait tomber entre nos mains près de 30000 soldats et 200 canons. Le maréchal repoussa le conseil avec hauteur. Ce fut une grande faute : non seulement il ne recueillit pas les fruits de ce beau mouvement, mais encore Blùcher ne se décida à battre en retraite que lorsqu'il se vit attaqué de front par Bertrand, à droite par Marmontet Ney, à gauche parla garde, et il se retira fièrement, en bon ordre, brûlant ses bagages, ravageant tout, et s'arrêtant à chaque ruisseau, à chaque ravin, sans perdre un seul prisonnier, sans abandonner une seule voiture. Wittgenstein, qui s'était maintenu dans ses positions, dut suivre la retraite, mais lui non plus ne se laissa pas déborder.

Certes Bautzen était une grande victoire, mais elle ne nous donna qu'un succès militaire de plus, et ne termina pas la campagne. Les ennemis avaient perdu 20000 hommes, mais 12000 des nôtres étaient tombés, et nos maréchaux n'avaient pas réussi, comme ils le faisaient autrefois, à convertir la défaite en désastre. Napoléon fut très affecté de ce succès négatif. < Après une telle boucherie, disaitil, comment, aucun résultat I Pas un prisonnier! Ces-gens là ne me laisseront pas un clou. » Les alliés en eflfet n'étaient pas entamés. Au lendemain de Bautzen il fallut livrer de nouveaux combats à Weissemberg, à Schoppau, à Reichenbach. Ce fut à Reichenbach (22 mai) qu'un boulet perdu, en ricochant contre un arbre, atteignit mortellement le général du génie Kirgener et Duroc, l'ami particulier de l'Empereur. Cette mort affecta singulièrement Napoléon, car Duroc, depuis le siège de Toulon, était resté attaché à sa personne. On raconte qu'il bivouaqua toute la nuit près de la cabane

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OÙ Duroc se débattait contre la mort. Les grenadiers de garde se le montraient, assis devant ia tente, les mains jointes et la tète baissée. « Le pauvre homme ! » disaient-ils entre eux.

Aussi bien le découragement était dans tous les cœurs. « Quelle guerre ! Nous y resterons tous ! » tel était le cri général. L'armée se lassait de ces tueries sanarésultat. « Les vieux officiers dans tous les rangs, lisons-nous dans les Mémoires de Beugnot, étaient las des batailles etse demandaient si c'était chez l'Empereur un parti pris de ne mourir que sous le harnais. Les jeunes soldats qui arrivaient de l'intérieur de la France se tenaient pour perdus quand ils entendaient leurs vétérans désespérer, et le nombre était effrayant de ceux qui avaient sacrifié le doigt index pour se faire réformer. Ils se rendaient l'un à l'autre le triste service de cette mutilation, qui inquiétait et qui indignait l'Empereur. Il fallut rendre un décret pour y porter remède, et, entre autres, condamner ceux qui portaient les marques du délit à entrer dans le service des charrois de l'armée, et y rester un temps plus long que celui qu'ils auraientpassé dans leui-s régiments. >

Est-ce à ce sentiment général de lassitude, dont il se rendait très bien compte, est-ce plutôt à un désir sincère de la paix que céda Napoléon loi'squ'il se décida tout à coup à signer un armistice et cela au moment même où toutesles chances militaires étaient en sa faveur? Napoléon avait poussé les alliés l'épée dans les reins. Nous avions passé la Neiss, la Queiss, la Bober, la Katzbach. Nous n'avions qu'à étendre la main sur Berlin. Au 1*^ juin notre droite avec Macdonald, Marmont et Bertrand était arrivée à Glogau ; notre gauche avec Victor et Sébastiani à Schweidnitz, et notre centre avec Ney, Reynier et Lauriston à Breslau. La Saxe était délivrée, la Silésic à moitié conquise et le Brandebourg entamé. La Westphalie et le Hanovre étaient débarrassés des Cosaques. Davout venait de reprendre Hambourg et Lubeck. Napoléon n'avait pour ainsi dire qu'à acculer les alliés sur les montagnes qui séparent l'Oder de la Vistule pour les écraser. Déjànieme des symptômes de dissolution étaient visibles parmi les alliés. Les généraux prussiens et russes s'accusaient d'incapacité et de trahison. Les populations se plaignaient d'être plus maltraitées par leurs protecteurs qu'elles ne l'avaient été par les Français. Ce fut l'Autriche qui sauva les alliés, et Napoléon, qui

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n*avaitplus qu'à récolter ce qu'il avait semé, commit la louroe faute de céder à ses prières, et d'accorder à la Prusse et à la Russie un armistice qui, pour ces puissances à demi vaincues, était un véritable coup de fortune.

L'Autriche en effet avait continué à négocier avec les belligérants. Elle envoyait en même temps ses compliments à Napoléon pour ses victoires, et ses exhortations à Alexandre et à Frédéric-Guillaume pour leur dévouement aux intérêts européens. Klle n'avait pas encore achevé ses armements, et ne se sentait pas capable ou de vendre sa confiance ou d'imposer ses conditions. Effrayée par les victoires deLutzen etde Bautzen, prévoyant que les hostilités s'étendraient bientôt à son territoire, et qu'elle ne pourrait plus garder la neutralité, elle adressa à Napoléon, mais sans trop compter sur le succès de cette démarche, une demande d'armistice. Si cette demande était accordée, tout était bénéfice pour elle et pour ses alliés. Sans doute Napoléon aurait le temps d'appeler à lui des renforts, et de rompléter sa cavalerie, mais l'Autriche, de son côté, gagnait les (juelques semaines nécessaires à la préparation de son entrée en campagne, et les alliés non seulement se remettaient de l'ébranlement de leurs défaites, mais encore pouvaient être rejoints par les «leux armées de Benningsen et de Bernadotte qui s'organisaient en Pologne et à Stralsund. Aussi le premier mouvement de l'Empereur fut-il de rejeter cette demande qui cachait un piège, mais il ne put résister aux sollicitations de ses lieutenants, qui se déclarèrent nettement en faveur de la paix. « Je vois bien, leur dit-il, que vous ne voulez plus faire la guerre. Berthier voudrait chasser à Grosbois, et Rapp habiter son hôtel à Paris. » Napoléon sentait aussi que la France l'abandonnait. Il lui fallait montrer jusqu'à l'évidence qu'il préférait à la gloire du conquérant celle du pacificateur. La politique l'emporta donc sur la stratégie, et, bien malgré lui, il se résigna. < Quelles n'étaient pas mes tribulations, a-t-il plus tard écrit à Sainte-Hélène, de me trouver tout seul à juger de l'imminence du danger et à y pourvoir; de me voir placé entre les coalisés qui menaçaient notre existence, et l'esprit d'intérieur qui, dans son aveuglement, semblait faire cause commune avec eux; entre mes ennemis qui s'apprêtaient à m'étouffer, et les harassements de tous les miens, de mes ministres même, qui me pressaient à me jeter

dans les bras de ces mêmes ennemis. » Il signa donc 1 armistice dePleswilz, qui devait durer du 4 juin au 28 juillet. « Si les alliés ne sont pas de bonne foi, ne cessait-il de répéter, cet armistice nous sera bien fatal ! »

Les alliés n*étaient pas de bonne foi. Le Tsar, dont Tamourpropre avait cruellement souffert de ses dernières défaites, ne cherahait qu'à se venger. Le roi de Prusse s'excusait en quelque sorte auprès de ses sujets d'avoir accepté l'armistice : « Je n'y ai consenti, écrivait-il dans une proclamation qu'il leur adressa, que pour que la force nationale, que mon peuple a si glorieusement montrée, puisse se développer entièrement. » Aussi bien ces deux souverains étaient si peu disposés à convertir l'armistice en paix définitive que, dix jours seulement après la signature de la convention, le ii juin, ils s'engageaient avec l'Angleterre par un nouveau traité, celui de Reichenbach, à recevoir, pour continuer les hostilités, la Prusse un subside mensuel de dix-sept millions, et la Russie un subside mensuel de trente-trois millions.

Au moins Alexandre et Frédéric-Guillaume avaient-ils le droit de se mettre en mesure de reprendre les hostilités, mais la duplicité de l'Autriche dépassa toutes les bornes. L'Empereur avait certes grande raison de se défier de ses sourdes intrigues. Au moment même ou le cabinet autrichien prolestait de son désir de voir enfin signée la paix après laquelle aspirait l'Europe entière, un envoyé autrichien, le comte de Stadion, arrivait au quartier général des souverains alliés et leur promettait la prochaine accession de l'Autriche à la coalition. Seulement l'Autriche n'était pas encore en mesure de se déclarer. Il lui fallait du temps pour continuer et achever ses préparatifs. Metternich futdonc chargé d'aller demander à Napoléon de prolonger rarmistice, sous prétexte de la convocation d'un congrès dans lequel François II interviendrait comme médiateur. L'entrevue eut lieu à Dresde le 28 juin. L'Empereur laissa comprendre à Metternich qu'il n'était pas dupe de ses protestations et n'ignorait pas qu'une armée considérable était en formation derrière les montagnes de Boh'^me. « La grande question pour l'Autriche, lui dit-il. est desavoir si vous pouvez me rançonner sans combattre, ou s'il faudra décidément vous jeter au rang de mes ennemis » ; et il lui proposa rUlyrie comme prix delà neutralité. Metternich demandait

encore l'abandon de la Hollande, de la Suisse, de TEspagne, de la Confédération du Rhin, de la Pologne, le retour du pape à Rome et la moitié de Tltalie. L^Empereur se récria sur Ténormité de ces prétentions et commit la maladresse de lui dire : « Ah! Mettemich, combien l'Angleterre vous a-t-elle donné pour me faire la guerre? » L'ambassadeur changea de visage; mais, dès lors, la défection de l'Autriche fut résolue. Elle devenait pour lui une sorte de vengeance personnelle. Il dissimula pourtant et resta à Dresde jusqu'au 30 juin, jour de la signature d'une convention en vertu de laquelle un congrès devait se tenir à Prague sous la médiation de l'Autriche, et l'armistice était prolongé jusqu'au 10 août.

Tout ceci n'était qu'un jeu. L'ouverture du congrès eut lieu le 5 juillet. Les préliminaires furent longs. Un grand nombre de séances furent perdues à régler la forme et les termes d'inutiles protocoles, et, quand on en arriva à poser les principes généraux, chaque expression devint le prétexte de notes interminables. L'Autriche avait émis la prétention d'empêcher les négociateurs de se voir et voulait décider seule sur leurs notes écrites. Il devenait évident que son parti était pris et qu'elle n'attendait plus qu'une occasion pour se déclarer. Elle demanda en effet, en son nom et au nom des autres puissances, le partage du grand-duché de Varsovie entre la Prusse, la Russie et l'Autriche, l'indépendance des villes hanséatiques, la renonciation de Napoléon à ses titres de protecteur de la Confédération du Rhin et de médiateur de la Suisse, une nouvelle organisation territoriale de la Prusse, la cession à l'Autriche des provinces Illyriennes, le retour de la Hollande et de l'Espagne à leur ancienne indépendance. Ces conditions étaient dures, puisque nous étions encore les maîtres de tous les pays qu'on réclamait, et que nous ne gardions en dehors des frontières naturelles que l'Italie ; aussi Napoléon avait-il le droit de trouver que la médiation autrichienne lui imposait de lourds sacrifices. Habitué jusqu'alors ù dicter ses volontés, il se révoltait à la pensée de subir les conditions d'adversaires tant de fois vaincus ; mais l'Autriche avait achevé ses armements : elle se savait la maîtresse de la situation. Elle resta donc inflexible et finit le 7 août, trois jours avant l'expiration de l'armistice, par signifier un ultimatum à l'Empereur. Si Napoléon le repoussait, le congrès serait rompu et les hostilités reprises.

Napoléon flotta deux jours entre les résolutions les plus opposées. Ce fut le 10 août seulement qu'il chai^ea le général autrichien Bubna, en mission à Dresde, de porter sa réponse à François II. Il consentait à abandonner les provinces lUyriennes et le grand-duché de Varsovie, ainsi que ses litres de protecteur de la Confédération du Rhin et de médiateur de la Suisse, mais ne s'expliquait qu'en termes très vagues sur la reconstitution territoriale de la Prusse, et voulait garder jusqu'à la paix générale les villeshanséatiqueset la Hollande. Le délai fixé pour la rupture du congrès était expiré depuis quelques heures. Certes l'Autriche n'aurait eu qu'à dire un mot, et les négociations auraient été reprises; mais les alliés venaient d'apprendre la défaite de Joseph à Vittoria et l'évacuation de l'Espagne. L'Autriche venait en outre de signer un traité de subsides avec l'Angleterre et un traité d'alliance avec la Prusse et la Russie. Elle déclara donc qu'«elle était décidée à courir toutes les chances que lui promettait la guerre », et publia un manifeste où elle ne cachait pas que « depuis six mois les alliés et elle étaient réunis de principe avant que les traités eussent déclaré leur union ». C'est ainsi qu'après avoir joué successivement le rôle de conciliatrice, de médiatrice et d'arbitre armé, elle sejoignait à nos ennemis; mais sa décision était prise depuis le premier jour, et si elle n'avait pas tout de suite opéré sa jonction avec nos ennemis, c'est qu'elle n'était pas prêle. L'armistice de Pleswitz lui avait permis de réunir ses ressources. C'est le canon qui de nouveau allait régler les destinées de l'Europe.

La coalition que l'Angleterre avait tant de fois rêvée était donc un fait accompli. Sept Etals étaient réunis contre la France et l'étreignaient de toutes parts : Russie, Prusse, Autriche, Angleterre, Suède, Espagne, Portugal. La plupart des princes allemands avaient promis leur adhésion. La Hollande était irrésolue, la Suisse hésitante. Mural lui-même, travaillé par d'habiles émissaires, était sur le point de passer à l'ennemi. Décidée à en finir avec la France, la coalition avait mis sur pied près d'un million d'hommes. Aux 180000 vsoldats de l'armée du Nord, commandés par Bernadolle et campés sur le Ilavel, aux 200000 hommes de l'armée de Silésie commandés par Blûcher et campés sur l'Oder, aux 130000 hommes de l'armée de Bohême, commandés par Schwarzenberg et dont le quartier général

était à Prague, il faut ajouter 140000 Russes et Prussiens qui bloquaient les places de la Vistule et de l'Oder, 80000 Autrichiens destinés à contenir les Bavarois et à descendre en Italie, 30 000 Anglais, Suédois et Russes dans le Mecklembourg, 70 000 Russes commandés par Benningsen, et qui n'étaient pas encore en ligne, et enfin, au delà des Pyrénées, près de 200000 Anglais, Espagnols et Portugais. A ces masses armées contre lui Napoléon pouvait opposer 550 000 combattants. Sous ses ordres directs, et partagés en trois armées, la première de 30 000 hommes sous Davout à Hambourg, la seconde de 70000 hommes sous Oudinot à Wittemberg, et la troisième de 180 000 sous FEmpereur en personne, de Dresde à Leipzig, étaient concentrés 280 000 hommes. En outre, le prince Eugène rassemblait en Italie 40000 hommes, et Augereau à Wurtzbourg 20 000. Sur rinn campaient 25 000 Bavarois. 75 000 excellents soldats étaient enfermés dans les places de l'Oder et de la Vistule, et plus de 100000 occupaient encore la région des Pyrénées et la Catalogne. L'Europe entière était donc sous les armes, et jamais encore, depuis les grandes invasions, de pareils chocs n'avaient eu lieu entre nations ennemies.

Napoléon avait résolu de faire de l'Elbe la base de ses opérations. Aussi augmenta-t-il les garnisons de Hambourg, de Magdebourg, de Dresde et des autres places qui défendaient le fleuve ; puis il divisa en deux armées principales les 250 000 hommes qui lui restaient. 90 000 soldats furent donnés à Oudinot pour combattre Bernadotte et s'emparer encore une fois de Berlin. 1 20 000 soldats sous le commandement direct de Napoléon devaient agir contre Blûcher et l'armée de Silésîe. Les 20000 hommes restants furent confiés à Saint-Gyr pour garder Dresde, centre de toutes les opérations. La marche contre Bliicher eut le succès qu'en attendait l'Empereur. Les alliés furent battus sur la Bober et rejetés au delà de la Katzbach (24 août), battus une seconde fois à Goldberg et rejetés sur la Jauer; mais, pendant ce temps, l'armée de Silésie, commandée par Schwarzenberg, descendait vers Dresde par la rive gauche de l'Elbe, et semblait vouloir opérer sa jonction avec l'armée de Bernadotte. Cette manœuvre plaçait la masse des coalisés entre l'Elbe et le Rhin et conpromettait toutes les communications de l'Empereur, non seule** j&eatavec les Etats allemands restés fidèles à notre alliancei mais

encore avec la France elle-même. C'était un traître qui l'avait conseillée. Rompant avec un passé glorieux, et emporté par sa haine, le vainqueur de Ilohenlinden, le général Moreau, avait en effet accepté les propositions des souverains alliés. II avait quitté les Etats-Unis et s'était joint à l'état-major de la coalition. Combien eût-il été mieux inspiré si, comprenant mieux sa position et ses devoirs, il s'était présenté à Napoléon et lui eût demandé à combattre aux premiers rangs!

Schwarzenberg n'avait devant lui que les 20000 soldats de Saint-Cyr qui formaient la garnison de Dresde. Maître des routes qui, des Monts Métalliques, conduisent vers la Saxe, il aurait pu, par une marche rapide, enlever cette ville et tourner Napoléon, mais il ne procédait qu'avec lenteur et ne voulait combattre qu'à coup sûr. Refoulant devant lui les avant-postes français, il arriva néanmoins jusque sous l'enceinte palissadée de Dresde, et développa ses 150000 soldats depuis Pilnitz jusqu'à la vallée de Tharandt. Il avait besoin, pour compléter l'investissement depuis Tharandt jusqu'à l'Elbe, de tout un corps d'armée qui était en retard, celui de Klenau. Au lieu de donner tout de suite l'assaut et de profiter de l'énorme supériorité de ses forces pour écraser Saint-Cyr, il perdit trente heures à attendre Klenau, et ce fut seulement le 26 août qu'il se décida à ordonner l'attaque. Il était déjà trop tard. Napoléon accourait au secours de la ville menacée.

Instruit de la marche des alliés, l'Empereur avait laissé devant Blùcher le maréchal Macdonald avec 15 000 hommes, en lui ordonnant de garder la défensive, et, avec le reste de son armée, était revenu sur Dresde à marches forcées (20 août)- Arrivé à Stolpen, il se dirigeait vers les défilés de Kœnigstein pour prendre l'ennemi à revers, lorsqu'il apprit que Dresde allait être enlevée (25 août). Alors il détache Vandamme avec 25 000 hommes pour s'emparer des défilés de Peterwald, couper la principale route de retraite des alliés, et ramasser les prisonniers qu'il allait lui envoyer de Dresde; puis, laissant les autres troupes en arrière, il entre dans la ville avec sa garde, au moment où les soldats de Saint-Cyr, écrasés par Schwarzenberg, commençaient à abandonner leurs positions. Six colonnes ennemies, précédées de trois cents pièces de canon, s'étaient déjà emparées du faubourg de Pirna. Les alliés croyaient

avoir ville gagnée. Ils criaient déjà : Paris! Paris! et couvraient d'obus la malheureuse cité. Tout u coup s'ouvrent les portes de Dresde et elles donnent passage à de nombreux bataillons qui culbutent les assaillants, reprennent le faubourg, et refoulent l'ennemi sur ses positions du matin. « L'Empereur est à Dresde! s'écrie aussitôt Schwarzenberg : le moment pour enlever la ville est perdu », et il donne ses ordres pour la grande bataille du lendemain.

Napoléon avait été rejoint par le gros de l'armée. Comme il comptait sur Vandamme qui devait être arrivé à Petervvald, et qui, par conséquent, coupait la ligne de retraite des alliés, il avait hâte de les attaquer, afin de les rejeter sur son lieutenant. Il voulait en outre prévenir la concentration menaçante des trois grandes armées alliées. Schwarzenberg en effet comptait sur la grande armée de Bernadotte, qui communiquait déjà avec lui par des détachements volants. 11 avait aussi tout lieu d'espérer que Blûcher, poussant devant lui Macdonald, arriverait à son aide. Le généralissime autrichien avait donc tout intérêt à rester sur la défensive et à attendre la concentration; mais il était trop près de l'Empereur pour éviter ce terrible adversaire, et il ne put empêcher la grande bataille du 27 août.

Napoléon, en observant le demi-cercle de collines et de plateaux qui entourent la ville de Dresde, avait remarqué la gorge de Plauen, traversée par la Wesseritz. Les Autrichiens étaient campés au delà de cette gorge, et séparés du reste de l'armée coalisée par une sorte de précipice. En outre cette partie du champ de bataille était propice aux manœuvres de la cavalerie. L'Empereur résolut de lancer contre eux, par un grand détour à droite. Murât, renforcé de tout le corps du maréchal Victor, qui les acculerait au précipice de Plauen, pendant qu'à gauche Ney et Mortier les refouleraient sur les hauteurs. De la sorte, on leur enlèverait à droite la grande route de Freyberg, et on les pousserait à gauche sur la route du défilé de Peterwald, où Vandamme les attendait avec 40000 hommes. La bataille eut lieu comme l'Empereur l'avait décidé. Pendant que Ney et Mortier rejetaient la droite ennemie sur la route de Freyberg, "Murât les tournait à gauche, les enfonçait et leur faisait 15 000 prisonniers. Schwarzenberg, qui venait d'apprendre la

marche de Vandamme, battait aussitôt en retraite sur la Bohême. Il laissait sur le champ de bataille près de 200 canons et environ 10000 morts ou blessés. Parmi les blessés était le général Moreau, auquel un boulet français fracassa la cuisse. Transporté à Lahn, il mourut dans cette petite ville, le 2 septembre.

L'Empereur commença aussitôt la poursuite. Murât et Marmont reçurent Tordre de suivre les alliés dans toutes les directions qu'ils avaient prises. Gouvion Saint-Cyr fut envoyé vers Vandamme, et ce dernier reçut Tordre d'entrer en Bohême par Peterwald, d'arriver avant l'ennemi sur la communication de Tetschen, Aussig et Tœplilz, de s'emparer de ses équipages, de ses bagages, et de ramener des prisonniers. Pour activer ce mouvement général de poursuite, Napoléon se porta de sa personne à Pirna. Il y fut saisi d'une lièvre violente, causée par la pluie battante à laquelle il était resté la veille exposé pendant quinze heures, et fut obligé de rentrer précipitamment à Dresde ; mais tous ses ordres étaient donnés, et il avait le droit d'espérer que ses lieutenants achèveraient la victoire. Jamais opérations militaires n'avaient été mieux combinées : elles devaient pourtant échouer, soit par Timpéritie, soit par la lassitude des généraux chargés de les exécuter.

Napoléon en effet était à peu près le seul qui croyait à la nécessité de continuer la guerre. Ses généraux étaient fatigués, et les soldats se dégoûtaient de ces massacres inutiles. Certes la victoire de Dresde était une grande victoire. Jadis elle aurait terminé la guerre, de même que les batailles d'Austerlitz, de Friedland ou de Wagram avaient été suivies des paix de Presbourg, de Tilsitt et de Vienne, mais les alliés paraissaient résolus à ne pas déposer les armes, et les vainqueurs étaient presque navrés de leur succès. « Cette victoire fut mémorable, lisons-nous dans les cahiers du capitaine Coignet, mais nos généraux n'en voulaient plus. J'avais mon couvert ou grand état-major, et j'entendais des propos de toutes les manières. On blasphémait contre l'Empereur, c c'est un..., disaient-ils, qui nous « fera tous périr ». J'en fus pétrifié. Je me dis : t Nous sommes € perdus! » Le lendemainde cette conversation je me hasardai dédire à mon général : « Je crois que notre place n'est plus ici : que c'est « sur le Rhin qu'il faudrait nous porter à marches forcées. — € J'approuve votre idée, mais l'Empereur est têtu; personne ne peut

< lui faire entendre raison. » De nombreuses défaites allaient, hélas ! faire entendre raison à TEmpereur, et précipiter ce mouvement de retraite vers le Rhin, auquel, dans son gros bon sens, pensait le capitaine Coignet au lendemain de la victoire de Dresde. Yandamme commença lasériedeces déplorables défaitesqui allaient amener l'Europe confédérée jusque sous les murs de Paris. Chargé par TErapereur de la grande manœuvre qui devait donner à la victoire de Dresde toute son importance, et regrettant de ne pas avoir pris part aux dernières affaires, Vandamme avait rejeté dans les montagnes de Bohême le corps d'armée qui les gardait, s'était emparé du défdé de Peterwald, et avait couru à Tœplitz, rendez-vous probable de tous les corps d'armée qui battaient en retraite. Comme il se croyait suivi par Gouvion Saint-Cyr et par Napoléon, il n'avait avec lui que des tètes de colonne, avec lesquelles, poussant devant lui le général russe Ostermann, il descendit dans la plaine de Kulm et arriva devant Tœplitz (â9 août). « S'il s'en fût rendu maître, écrit un historien russe, Boutourline, les colonnes qu'il coupait auraient jeté un tel désordre dans l'armée des alliés que les Français auraient pu les poursuivre jusqu'à Vienne. » Mais la garde impériale russe fit une résistance désespérée. Vainement Vandamme multiplie ses charges. La nuit arrive sans qu'il ait pu fixer la position. Le 30 au matin, repoussant les sages conseils du général Ilaxo qui lui conseille d'attendre Gouvion Saint-Cyr et de réoccuper le défilé de Peterwald, Vandamme recommence la bataille. Les alliés avaient, pendant la nuit, reçu d'imposants renforts. Au moment où l'aventureux général se décide enfin à se replier dans la direction de Kulm, des décharges retentissent sur ses derrières. « C'est l'Empereur ! » s'écrient tout joyeux ses soldats. Leur joie fut de courte durée. C'était le corps prussien de Kleist qui, errant depuis la veille dans les montagnes, s'efforçait de gagner Tœplitz, et que les hasards de la fuite amenaient sur la ligne de retraite de Vandamme. Il y eut un choc effroyable entre ces deux armées qui cherchaient à passer en sens contraire. Nos soldats paninrent à atteindre la crête du Petenvald, et leur élan était tel qu'ils s'emparèrent de tous les canons prussiens et parvinrent à passer au nombre de 12000 hommes. Le reste du corps de Van-^ damme, environ 15 000 hommes, les divisions Dumonceaux, Philippon et Mouton-Duvernet, rejeté en désordre à Kulm et entouré

2d6 CAMPAGNES DU PREMIER EMPIRE.

par des forces quintuples, fut obligé de capituler (30 août). Vandamme était au nombre des prisonniers. Il fut indignement traité par les vainqueurs, qui lui reprochaient la dureté de son commandement dans les provinces allemandes. Exposé publiquement sur une charrette, il fut abandonné aux insultes des paysans et des soldats.

Le désastre de Kulm ramenait en arrière les vainqueurs de Dresde, et permettait à Schwarzenberg de réunir ses soldats dispersés et de reprendre Toffensive. Trois nouvelles défaites allaient permettre à Bernadotte et à Blûcher, c'est-à-dire aux armées du Nord et de Silésie, de marcher en avant, et cette fois de combiner leurs mouvements de façon à opérer en temps utile leur concentration.

On se rappelle que Macdonald avait été laissé sur la Katzbach par Napoléon, afin de tenir tête à Blûcher et de l'empêcher de rejoindre Schwarzenberg sous les murs de Dresde. Blûcher, se sentant mollement poursuivi, avait tout de suite compris qu'il n'avait plus en face de lui la grande armée et son redoutable général. Il avait repris l'offensive, et avait voulu passer la Katzbach entre Liegnitz et Goldberg. Macdonald, au lieu de concentrer ses forces, les avait disséminées sur un front de dix lieues, afin de mieux garder les passages de la rivière. Le centre, exposé seul à toutes les forces ennemies, fut enfoncé à VVallstatt; la gauche arriva trop tard et se retira en désordre; la droite ne panint à regagner les débris du centre qu'après troisjours de combat (26 août). Cette défaite de la Katzbach nous coûtait 10 000 tués ou blessés, autant de prisonniers et 60 canons : « La division Puthod n'existe plus, écrivait le maréchal dans son rapport daté du 27 août, jour de la victoire de Dresde. Je me replierai successivement sur la Neiss, sur la Sprée et sur l'Elbe. Il ne m'a pas encore été possible de connaître l'état de nos pertes et le nombre des combattants qui nous restent. » Les pluies et les inondations rendirent la retraite désastreuse. Les Français abandonnèrent successivement la Bober, la Queiss, la Neiss, et, sans bagages, rétrogradèrent jusqu'à Bautzen.

Bernadotte au même moment frappait contre ses anciens collègues Oudinot et Ney deux coup^ retentissants. Oudinot avait été chargé par l'Empereur à la fois de contenir l'armée du Nord et de marcher contre Berlin, mais il trouva Bernadotte à Grossbeeren, couvrant lés

approches de la capitale prussienne. Oudinot était surtout un général d'avant-garde. II s'engagea très inconsidérément, et dut se retirer après un violent combat, laissant entre les mains de son adversaire près de 2 000 prisonniers {%S août). Cet échec entraîna la ruine d'une division qui était sortie de .Magdebourg pour coopérer au mouvement d'Oudinot et qui fut écrasée par la droite de Bernadotte. Il entraîna aussi la retraite de Davout, qui, après avoir prisSchwerin et Wismar, fut obligé de rentrer dans son camp de la Stekenitz. La défaite de Grossbeeren amenait la droite des alliés sur le flanc

gauche de la grande armée, et Bernadotte pouvait facilement donner la main soit à Blûeher, soit à Schwarzenberg. Aussi Napoléon ordonna-t-il A Ney, qu'il avait désigné pour remplacer Oudinot, de résistera outrance, et lui annonça sa prochaine arrivée avec d'imposants renforts. Ney crut qu'il était assez fort pour déposter l'ennemi de la route de Wiltemberg, et il l'attaqua à Dennewitz. Ses divisions ne s'engagèrent que les unes après les autres. Les Saxons lâchèrent pied. Il fut battu, perdit 10000 hommes tués ou pris, et ne rallia son armée que derrière l'Elbe et sous le canon de Torgau. Cette nouvelle défaite nous coûtait la moitié de la Saxe, et amenait déciiiément Bernadotte et l'armée du Nord presque jusqu'à

Dresde, et tout à fait sur le flanc gauche de la grande année.

Les alliés, à la suite des quatre batailles de Kulm, la Katzbachi Grossbeeren et Dennewitz, étaient ramenés sous les murs de Dresde. Bernadotte se trouvait à Wittemberg, Blùcher sur les hauteurs qui dominent Dresde, et Schwarzenberg s'apprêtait à déboucher des défilés bohémiens pour entrer en Saxe. L'Empereur ne se laissa ni décourager ni émouvoir. Décidé à se maintenir sur l'Elbe, il s'efforça de ne pas se laisser déborder. Courant surBlûcher, dont les progrès sont les plus rapides et le voisinage le plus menaçant, il le refoule en Silésie. Schwarzenberg profite de son éloignemeni pour lenler un nouvel effort sur Dresde : l'Empereur accourt et le rejette en Bohème. Blùcher reparaît sur la Sprée. Il est mis en fuite pour la troisième fois; mais l'armée s'usait dans ces marches continuelles. D:'jà sur nos derrières se formaient des bandes de partisans, déjà la Weslphalie et la liesse étaient en pleine insurrection. Les Bavarois préparaient leur défection, et leur souverain avertissait l'Empereur qu'il était forcé de renoncer à l'alliance françai.se. Les Saxons el les Wurtembergeois, travaillés par les sociétés secrètes, ne servaient plus dans nos rangs qu'à contre-cœur. Les Français eux-mêmes, lassés par cette lutte inexpiable, avaient perdu tout espoir. L'Empereur l'a reconnu plus tard à Sainte-Hélène : « Les mauvaises intentions, a-t-il écrit, commençaient à se glisser parmi nous; lafatigiie, le découragement gagnaient le plus grand nombre; mes lieutenants devenaient mous, gauches, maladroits, et conséquemment malheureux : ce n'étaient plus les hommes du début de notre révolution, ni ceux de mes beaux moments,... le feu sacré s'éteignait. >

Les alliés au contraire redoublaient d'ardeur et réparaient leurs pertes. Ils rapprochaient leurs armées de Dresde et resserraient dé jour en jour autour de cette ville leur cercle d'investissement. Ils n'attendaient plus que les 60000 hommes de renfort que leur amenait Benningsen pour franchir l'Elbe et fermer la route de France à Napoléon. En effet, quand Benningsen fut arrivé, toutes les armées se mirent en mouvement. Leur plan consistait à opérer leur concentration à Leipzig, sur la ligne de retraite des Français, et à y livrer une bataille décisive. Bernadotte passe l'Elbe, opère sa jonction avec Blùcher, et les deux généraux rejettent Ney sur la Mulda (23 septembre). En même temps Schwarzenberg débouche par Commotau

et Ghemnitz sur l'Elsler (30 octobre); c'est-à-dire que le cercle ennemi devenait de plus en plus étroit, que nos communications étaient sérieusement menacées, et que Napoléon ne pouvait plus faire de Dresde le centre et la base de ses opérations.

Ce fut alors que l'Empereur imagina un plan stratégique dont l'exécution était relativement facile, et dont le succès aurait ruiné les espérances des coalisés. Calculant que cent lieues au moins séparent encore les alliés de la frontière française, tandis qu'il lui suffit de

quatre â cinq jours de marche pour aller de Dresde à Berlin, il se détermine â attaquer Berlin, que le mouvement de Bernadette sur l'Elbe a laissé à découvert. Une fois maître de celte capitale, il en fera la base "des nouvelles opérations qui reporteront le théâtre de la guerre entre l'Elbe et l'Oder. Or, comme il domine le cours et les principaux passages de ces deux fleuves par une double ligne de places fortes, Hambourg, Magdebourg, Wiltemberg, Torgau et Dresde sur l'Elbe, Glogau, Stettin et Custrin sur l'Oder; comme il peut en outre s'appuyer sur les places de la Vistule, il espère entrai-

ner à sa suite les alliés, dégager par conséquent les avenues de la France, et, une fois qu'il les aura attirés dans ce labyrinthe de citadelles dont il tient les clefs, il espère leur infliger quelque terrible défaite. Réunissant aussitôt ses troupes et laissant de nouveau à Saint-Cyr le soin de défendre Dresde, il se dirige sur Wittemberg pour passer TElbeet marcher directement sur Berlin. Déjà plusieurs divisions de Tarmée avaient atteint Wittemberg, et détruit les ponts de Fennemi à Dessau, lorsqu'il reçoit une lettre du duc de Wurtemberg qui lavertit que la Bavière vient de faire défection, qu'il est forcé lui-même, ainsi que le grand-duc de Bade, d'abandonner l'alliance française, que 80 000 Austro-Bavarois, commandés par Wrede, marchent sur le Rhin, et que bientôt Mayence sera cernée. Ces nouvelles se répandent et jettent la consternation dans l'armée. Ne voyant plus autour de lui qu'abattement et inquiétude, TEmpe-

reur renonce alors à sa marche sur Berlin, et ne songe plus qu'à profiter de l'éloignement momentané de Bernadotte qui s'était porté au secours de la capitale prussienne, pour se concentrer à Leipzig, s'y assurer la route de France et battre isolément Schwarzenberg. En deux jours 140 000 fantassins et 20000 cavaliers étaient en eflet réunis à Leipzig, et s'y adossaient à toutes les portes pour fermer les routes de l'Elbe; Ney avec 45 000 soldats se portait sur la Partha pour contenir Blùcher et Bernadotte qui arrivaient par Halle et par Zerbig; Bertrand s'établissait avec 15 000 hommes sur Lindenau pour couvrir la route de Lutzen, et Napoléon, avec le grosde l'armée, environ 100 000 hommes, s'apprêtait à attaquer Schwarzenberg. Les alliés disposaient alors d'environ 360 000 soldats. C'était donc plus d'un demi-million d'hommes qui allaient s'entrechoquer dans cette plaine, déjà illustrée lors de la guerre de Trente Ans par d'affreux carnages. Tous les peuples de l'Europe, à l'exception des Anglais et des Espagnols, s'y trouvaient représentés. Aussi donnera- 1 l-on à cette terrible rencontre le nom de Bataille des Nations.

11 y a pour ainsi dire trois actes dans cette gigantesque tragédie. Ce sont les trois jours de la bataille, le 16, le 18 et le 19 octobre

Le 16 vers les neuf heures du matin, Schwarzenberg ouvrit le feu en dirigeant contre le plateau de W^achau, occupé par le centre de nos troupes, une batterie de 200 canons. Nos soldats furentd'abord

CAHPAGNB DE 1813. 301

repousses ; mais Napoléon accourt, rétablit le combat, et reprend les positions perdues. Comme les alliés, grâce à leur supériorité numérique, peuvent remplacer par des troupes fraicbes les troupes fatiguées, ils essayentà six reprises de réoccuper Wachau, mais ils sont sis fois repoussés et se décident à battre en retraite avec des pertes

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