‹ Campagnes du premier empire: succès et reversChapitre 13 sur 15 · IS · texte numérisé non relu

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énormes. Murât et Poniatowski s'étaient distingués par leur intrépidité. L'Empereur récompensa le prince polonais en le nommant maréchal. En même temps Ney était attaqué par Blûcher et rejeté sur la Partha, mais Bertrand battait à Lindenau un des lieutenants de Scbwarzenberg, Giulay.

Napoléon se décida à une seconde bataille ; ce fut une faute, car Bernadotte venait d'arriver avec 70 000 hommes et d'opérer sa jonc-

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tioii avec Blùcher. Schwarzenberg de son côté venait de recevoir les troupes de renfort que lui amenait Benningsen. II eût été prudent, puisque les routes étaient encore ouvertes, .de battre en retraite sur le Rhin, de s'y adosser, et d'attendre les alliés sur une frontière béris* sée de citadelles. Exalté par la journée de Wachau, Napoléon se contenta de replier ses postes, et de se concentrer entre Connewitz etSchœnfeld, le centre à Probstheyda, mais il eut la précaution de préparer la retraite en ordonnant de construire des ponts sur TElster. Cet ordre ne fut pas exécuté. Il devait être la cause dSin grand désastre.

Les alliés avaient passé la journée du 1 7 à achever leur mouvement de concentration. Serrés en masse, au nombre de 330000 combattants, avec 50 000 cavaliers et 1 200 canons, appuyés auxdeux extrémités sur la Pleiss et la Partha, ils s'avancèrent, le 18 au matin, de tous les côtés à la fois. Ils voulaient moins emporter Leipzig qu'y enfermer l'armée française et la déborder en lui coupant sa route de retraite. Aussi se lancèrent-ils en colonnes serrées, sacrifiant sans hésiter leurs soldats, car ils étaient certains de toujours conserver la supériorité du nombre. Napoléon leur fit face sur tous les points. Les troupes opposées à Blûcher et à Bernadotte se battirent avec une telle énergie qu'elles se croyaient sûres de la victoire. Tout à coup 12000 Saxons et Wurtembergeois courent au-devant de Bernadotte, entrent dans ses rangs, et déchargent à bout portant leurs canons sur les camarades qu'ils viennent de trahir. Nos régiments, ébranlés par cette infâme trahison, parviennent cependant à se reformer. Napoléon accourt avec la moitié de sa garde, et punit les Saxons en les écrasant. Les colonnes de Schwarzenberg et de Benningsen sont également repoussées. Vers les quatre heures du soir les alliés découragés opèrent un mouvement général de retraite et nous abandonnent les positions si vaillamment défendues. La seconde journée, dite de la Partha, se terminait donc encore à notre avantage:

Le soir de cette seconde bataille, Napoléon prenait ses dispositions pour la journée du lendemain, lorsque les commandants de l'artillerie vinrent lui annoncer que les munitions allaient manquer. Nous n'avions plus que 15 000 coups de canon à tirer. L'Empereur fut obligé de quitter Leipzig. S'il avait pu continuer la résistance pendant vingt-quatre heures, les alliés se seraient séparés. Leurs

KOBT Dl tOMUTawgK:. (Voir p. 30t.)

pertes avaient été effroyables. Les vivres manquaient. De sourdes rivalités, exaspérées par les dernières Refaites, étaient sur le point d'éclater; mais, comme Ta écrit l'Empereur, « tout nous devenait contraire, et l'étoile pâlissait ». La nuit se passa à tout disposer pour la retraite. Le 19 au matin, après avoir présidé au défilé de ses tètes de colonne, l'Empereur se dirigea vers la route de Lindenau, gorge étroite de deux lieues de long, coupée par cinq ou six canaux et traversée par un seul pont. Les alliés, prévenus de notre départ, attaquèrent avec fureur les faubourgs de la ville. Blùcher emporte celui de Halle, et Benningsen celui du Midi. Une nouvelle bataille s'engagea sur les remparts et dans les rues. Cependant le gros de l'armée, Victor, Augereau, Marmont, Ney, toute la garde avaient déjà atteint Lindenau. Il ne restait plus à Leipzig que Lauriston, Oudinot, Macdonald et Poniatowski. Déjà Lauriston et Oudinot s'ébranlaient pour passer l'Elster. Encore deux heures de résistance et toute l'armée était sauvée; mais les sapeurs qui gardaient le pont de l'Elster, entendant la fusillade se rapprocher, crurent que le moment était venu de faire sauter le grand pont de l'Elster. 30000 soldats et 150 canons étaient encore dans la ville. Leipzig, encombré de morts et de mourants, ne tarda pas à présenter un horrible spectacle. Les Français luttent avec le courage du désespoir, mais ils succombent sous le nombre. Quelques-uns essayent de s'échapper en franchissant la Pleiss et l'Elster. La première de ces rivières ne présente que peu d'obstacles. La seconde a ses berges coupées à pic, et elle engloutit les fugitifs. Poniatowski fut une des victimes. Il lança son cheval dans la rivière et fut emporté par le courant. Macdonald, plus heureux, parvint à gagner l'autre rive.

Jamais bataille ne fut plus meurtrière. Les Français perdirent, tant tués que prisonniers, près de 50 000 hommes. La perte des coalisés fut plus considérable. Elle ne fut pas moindre de 83 000 hommes. Ce chiffre s'explique par la profondeur des colonnes que labouraient les boulets de nos artilleurs.

Le désastre de Leipzig portait un coup mortel à la puissance de l'Empereur. C'était, en moins de quatorze mois, la troisième armée qui fondait entre ses mains; aussi tous les alliés qui nous restaient firent-ils alors défection, et l'Europe entière s'arma contre nous.

Napoléon récoltait alors cette « moisson de vengeance » dont,

quatre années auparavant, l'avait menacé le prince Eugène à l'occasion des humiliations infligées aux princes allemands. Partout sur son passage se soulevaient les populations, et les vainqueurs s'acharnaient à sa poursuite. Pendant que Bernadotte, Benningsen et Klenau se détachaient contre Hambourg, contre la Westphalie et contre Dresde, Blùcher et Schwarzenberg refoulaient dans la direction du Rhin nos régiments décimés. L'Empereur fut un instant tenté de faire face en arrière et de s'arrêter à Erfurt, mais il apprit que les 50000 Austro-Bavarois de Wrede venaient de s'établir à Hanau et coupaient sa ligne de retraite. A cette nouvelle un cri s'échappe de toutes les bouches : < Tout est perdu ! Nous sommes coupés. » Et de fait, dans cette armée désorganisée, dont les soldats ne marchaient plus que pêle-mêle, où toutes les armes, tous les corps étaient confondus, la moindre lutte semblait impossible. Si on ne parvenait à forcer le défilé à l'entrée duquel était campé Wrede, comme Blùcher filait a gauche par les sources de la Nidda, et Schwarzenberg <^ droite par les montagnes de la Franconie, l'armée française était obligée de capituler, et l'Empereur restait le prisonnier de la coalition. Les bataillons de la garde avaient seuls conservé une apparence d'organisation. Napoléon pria Drouot de lui ouvrir un passage avec ses canons. Drouot, avec une froide intrépidité, porte en avant de l'armée ennemie une batterie de cinquante canons, mais sans montrer la moindre force pour les appuyer. La cavalerie bavaroise s'ébranle pour les enlever. Drouot fait charger ses canons à mitraille et ordonne de ne tirer qu'à quarante pas. Cette effroyable déchargearrêté l'ennemi. Napoléon lance aussitôt ses escadrons contre cette masse épouvantée. Nos soldats reprennent courage et s'enfoncent à leur tour dans. la trouée sanglante qui vient de leur être ouverte (30 octobre).

Drouot venait de sauver l'armée. Le lendemain de cette victoire, la dynière que nous ayons remportée au delà du Rhin, les débris de nos troupes arrivaient à Francfort. Wrede, furieux de son insuccès, essaya d'écraser notre arrière-garde, mais Bertrand soutint le choc. Nos soldats ne devaient plus être inquiétés. Le 2 novembre ils entraient à Mayence, mais la cavalerie restait au delà du fleuve pour recueillir les fuyards. Le 5 décembre elle apercevait l'avantgarde des alliés, et, à son tour, se retirait.

Des 300000 Français qui, depuis le mois de mars, avaient passé le Rhin, 40 000 à peine se trouvaient réunis à Mayence, et encore la plupart d'entre eux devaient-ils y rester, car le typhus s'abattit sur eux et les moissonna, c On les trouvait morts pèle-mèle, a écrit le capitaine Coignet. Dans leurs transports effrayants ils nommaient leurs parents, leurs bestiaux, et j'eus encore cette pénible corvée à faire, car je fus désigné pour faire enlever tous les cadavres des hommes morts dans la nuit. Il fallut prendre des forçats pour les charger sur de grandes charrettes, et les corder comme des voitures de foin. Ils voulurent s'y refuser, mais ils furent menacés d'être mitraillés. »

130 ou 140000 soldats avaient donc été tués ou faits prisonniers. Tous les autres formaient les garnisons des places que l'Empereur s'était obstiné à garder sur l'Elbe, sur TOder et jusque sur la Vistule. Il ett vrai qu'il s'était trouvé si vite débordé, et que le sentiment des populations se produisit d'une façon si soudaine, qu^il n*eut pas le temps de les rappeler, ou que les ordres qu'il leur expédia n'arrivèrent pas à destination ; ce n'en était pas moins toute une armée, environ 180000 hommes, qui devait manquer à la France pour repousser l'invasion.

Parmi les garnisons abandonnées, une des plus considérables était celle de Dresde. Elle se composait d'environ 30000 hommes. Saint- Cyr les commandait. Ils auraient dû prendre part à la bataille de Leipzig. Ils étaient même déjà sortis de leurs lignes, mais à la nouvelle de la défaite ils rentrèrent à Dresde. A quelques jours de là, Narbonne, commandant la place de Torgau, fit proposer au maréchal de prendre l'initiative d'une grande manœuvre. 11 s'agissait de sortir de Dresde, de descendre l'Elbe en ralliant les garnisons de Torgau, de Wittemberg, de Magdebourg et de Hambourg, puis de rentrer en France par la Hollande à la tôte de plus de 1 00000 hommes. Il est incontestable que cette opération, si elle avait été exécutée, aurait modifié la campagne de 1814. Saint-Gyr ne se refusa pas à l'exécuter, mais il perdit son temps à de fausses manœuvres. Le comte Lobau, détaché par lui avec 15000 hommes seulement, dut rentrer à Dresde. Enfermé dans une ville mal fortifiée, au milieu d'une population hostile, dépourvu de vivres, sans munitions, Saint-Gyr se trouva bientôt acculé à la nécessité d'une capitulation. Il consentit

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