ENTREVUE D'ERFURT
bien qu'il eût serré la main de TEmpereur lorsque, dans VŒdipé de Voltaire, Facteur chargé du rôle de Philoctète prononça le vers fameux
L'amitié d'un gnnA homme est an bienfait des dieux,
il ne se laissa éblouir par aucune promesse, et, déterminé à user de ses avantages, en Slave fin et avisé qu'il était, il se garda bien de lâcher la proie pour l'ombre. Avec une bonne grâce dont nul alors ne prévoyait les sous-entendus, il reconnut le nouvel ordre de choses établi en Espagne, c'est-à-dire qu'il nous autorisait à nous enfoncer dans un gouffre qui allait dévorer nos armées, tarir nos ressources, et perpétuer nos embarras. Pour prix de cette concession, il obtenait les provinces turques de Valachie et de Moldavie, et la promesse de ne pas agrandir le grand-duché de Varsovie. En outre les deux souverains devaient continuer la guerre contre l'Angleterre, et, en cas de guerre contre l'Autriche, le Tsar se réservait de se déclarer contre cette puissance, mais le mode et la mesure du concours étaient laissés à sa discrétion. A la demande d'Alexandre, Napoléon accordait au roi de Prusse une remise de vingt millions sur la contribution de guerre qui lui avait été imposée. Enfin des négociations étaient entamées pour un mariage éventuel entre Napoléon et une des sœurs d'Alexandre.
Telles furent les principales dispositions de la convention d'Erfurt: toutes à l'avantage de la Russie, puisqu'elle n'accordait que des promesses et acquérait des provinces. Encore ces promesses étaient-elles si peu sincères qu'au lendemain même de cette entrevue, Alexandre faisait connaître secrètement au roi d'Angleterre « la satisfaction qu'il avait éprouvée de l'habileté déployée par la Grande- Bretagne à prévenir les projets de la France >. Il priait en même temps les ministres anglais de le considérer c comme obligé de céder aux circonstances, mais attaché plus que jamais à la cause de l'indépendance européenne >. Un de ses aides de camp, un Corse connu par son inimitié personnelle contre Napoléon, Pozzo di Borgo, était à la même époque envoyé par lui vers l'empereur d'Autriche pour l'assurer c qu'il était tout disposé à le seconder dans ses efforts pour la délivrance de l'Europe ». Tel était l'allié
auquel Napoiéon venait de sacrifier la Turquie et d'abandonner l'Orient I Telle était la solidité des engagements pris à ErfurtI Certes Napoléon était passé maître dans l'art de la ruse; mais il fut en cette circonstance joué comme un enfant. Il avait tout accordé à un allié qui n'attendait qu'une occasion pour le trahir, et n'avait obtenu que l'autorisation de dissiper les trésors de la France dans une entreprise coupable et insensée. Au moins avait-il le champ libre : il en profita pour détourner contre l'Espagne le torrent d'hommes dont l'Allemagne était encore couverte, et pour disperser ces insurgés, qui lui avaient infligé les premières de ses défaites.
De la Grande Armée Napoléon ne laissa en Allemagne, avec Davout, que 50 000 hommes pour garder les places de l'Oder, les villes hanséatiques et le Hanovre, et 30 000 hommes avec Oudinot à Francfort. Les autres corps furent acheminés sur les Pyrénées. Le sénat, toujours docile, lui avait accordé par anticipation 80 000 hommes de la conscription de 4810 et un chiffre égal sur les quatre conscriptions antérieures. 100 000 vieux soldats étaient déjà campés sur les bords de l'Ebre. Par malheur tous ces hommes entraient en Espagne sans que rien fût prêt pour les recevoir. Les routes étaient défoncées, les approvisionnements nuls. La campagne n'était pas commencée que déjà le gaspillage avait dissipé le peu de ressources qu'on était parvenu à se procurer. Ainsi que l'a écrit un de nos généraux, Foy, t les troupes qui. avaient franchi les Pyrénées n'avaient ni la consistance ni la vigueur nécessaires pour de hautes entreprises; leur matériel était le rebut des grandes armées restées intactes en présence de l'Europe ; les officiers étaient de deux sortes, les uns arrachés des dépôts où ils attendaient la réforme ou la retraite, et mécontents d'être retenus sous les drapeaux malgré leur inaptitude ou leurs infirmités ; les autres très jeunes, sortant des écoles, dont l'inexpérience avait besoin d'être guidée par de bons exemples. Il y avait peu de sous-officiers et peu d'étofie pour en faire; la cavalerie n'avait que jeunes soldats et jeunes chevaux. L'infanterie n'était pas composée d'éléments homogènes. Tel bataillon ne comptait que quatre ou six compagnies, tandis que le bataillon son voisin dans l'ordre de bataille était fort de huit ou de dix. Après les légions de réserve et les corps provisoires, on avait créé des
régiments supplémentaires. Vinrent ensuite les régiments de marche, où furent entassés les détachements négligés ou oubliés, les déserteurs rentrés, les hommes sortis des hôpitaux. Ni l'esprit de corps, ni les souvenirs de la gloire acquise ne vivifiaient ces agrégations formées la veille pour être dissoutes le lendemain.... Leur existence était mobile et précaire comme les corps éphémères dont ils faisaient partie. > Certes ce n'étaient plus là les régiments solides et bien disciplinés de la République et du Consulat. Aucune grande pensée ne les soutenait : d'autant plus que l'Empereur, fidèle à sa maxime de nourrir la guerre par la guerre, ne se préoccupait plus que des besoins strictement militaires de l'armée, et laissait les soldats vivre à peu près à leur guise. Le pillage était devenu comme une ressource régulière et légitime. Ce n'était pas seulement à des troupes avides de vengeance, mais plus encore à des bandes d'affamés que Napoléon livrait ainsi les malheureux Espagnols.
Les Espagnols avaient profité des semaines de répit qui avaient suivi la capitulation de Baylen pour achever leur mouvement de concentration sur l'Ebre. Ils avaient alors sous les armes près de 135 000 hommes de troupes régulières, réparties en quatre armées : celle d'Aragon, environ 20 000 hommes, commandée par Palafox, formait la droite ; au centre était celle d'Andalousie, 35 000 hommes, commandés par Castanos ; la gauche était formée par les 45 000 hommes de l'armée de Galice sous les ordres de Blake; en arrière, et comme réserve, s'avançait l'armée d'Estràmadùre , 35 000 hommes, que menait au feu le marquis de Belveder. On attendait aussi d'un jour à l'autre l'entrée en ligne de Famée angloportugaise du général Moore; mais ce dernier avait été arrêté par les obstacles résultant de la saison, de la difficulté de pourvoir à sa subsistance, et aussi de la mauvaise volonté des autorités espagnoles; car, si l'Espagne était unanime dans l'expression de ses sentiments antifrançais, elle était par malheur livrée à une effroyable anarchie. Partout des juntes rivales, des généraux indépendants. Aucune vue d'ensemble. Les soldats eux-mêmes étaient agités par des passions tumultueuses. Mal armés et mal nourris, ils présentaient l'aspect de rassemblements improvisés plutôt que de corps disciplinés, mais l'exaltation durait encore et suppléait à tout.
Dumouriez qui, depuis sa fuite, avait promené à travers toute
l!Eùrope sa faconde militaire et son inépuisable abondance de plans et de projets, venait de composer à l'usage des Espagnols une sorte de manuel stratégique, très bien conçu. Il recommandait d'éviter les actions générales, de se dérober devant les Français, mais en les harcelant par de continuelles escarmouches, et de ne faire face qu'appuyés à des positions inexpugnables. C'était en effet la tactique qui convenait aux circonstances. Elle était indiquée à la fois par la faiblesse des ressources et par la nature du pays. Les deux généraux les plus habiles de l'Espagne, Blake et Castanos, ne pensaient pas autrement, mais ils avaient contre eux le sentiment public et la pré« somption des masses qui, sous l'aiguillon de Baylen, croyaient qu'il suffisait d'attaquer Napoléon pour le détruire. Cette confiance en eux-mêmes venait de s'augmenter par l'arrivée imprévue et presque romanesque de tout un corps d'armée qu'on croyait à jamais perdu. Les Espagnols que Napoléon avait arrachés à la faiblesse de Godoï et transportés soit sur l'Elbe, soit en Danemark, venaient en effet de s'échapper avec l'aide des Anglais, et de rentrer en Espagne avec leur général, La Romana, pour se joindre aux défenseurs de la patrie. Enivrés par ce retour de fortune, s'exaltant eux-mêmes à la pensée d'un triomphe prochain, ils n'écoutèrent pas les conseils de la prudence, et n'hésitèrent pas à entrer directement en ligne contre Napoléon en personne.
L'Empereur était arrivé à Vittoria le 8 novembre 4808. Il avait aussitôt formé son plan, simple et décisif. Il consistait à percer au centre, par une attaque sur Burgos et l'armée d'Estramadure, la ligne démesurée qui s'étendait en face de lui. Il se rabattrait ensuite ou & droite, ou à gauche, pour tourner les deux principales armées espagnoles, celles de Galice et d'Andalousie, et les acculer l'une à la mer, l'autre aux Pyrénées. 11 chargea donc Lefebvre et Victor de contenir les Galiciens de Blake ; Lannes avec Ney et Moncey tiendrait en échec Castanos et Palafox, et pendant ce temps l'Empereur avec Soult enfoncerait le centre et viendrait en aide à l'un ou à l'autre de ses lieutenants.
Blake s'offrit le premier à nos coups. Il eut la hardiesse de prendre Toffensive. Il surprit même la division Yillate à Balmaveda et la rejeta sur Bilbao (5 novembre). Aussitôt Lefebvre et Victor réunissent leurs forces, le refoulent à Durango et à GueAès, et le forcent à
battre en retraite sur Ëspinosa. Le 10 novembre une vraie bataille s'engage aux alentours de cette ville. Elle dura deux jours. Les Espagnols ne résistèrent pas à Timpétuosité française. lisse débandèrent, ainsi qu'il arrive aux hommes qu'une longue habitude n'a pas encore serrés autour du même drapeau, et Blake ne put opérer sa retraite sur Reynosa que suivi par quelques milliers de soldats, tristes débris de l'armée de Galice. D'après le plan convenu, Blake aurait dû se heurter à Reynosa contre Tune des divisions de l'armée du centre, jnais le maréchal Soult arriva trop tard, et Blake réussit à s'échapper par les sentiers qui longent les montagnes asturiennes. L'armée de Galice était donc anéantie.
L'armée d'Estramadure ne soutint pas avec plus de fermeté le choc de nos régiments commandés par Napoléon en personne. Le marquis de Belveder qui la commandait s'était courageusement porté au-devant de l'Empereur jusqu'à Gamonal, afin de lui interdire l'entrée de Burgos. Tournés par les cavaliers de Lasalle, enfoncés par les fantassins de Mouton, les Espagnols furent poursuivis l'épée dans les reins presque dans la ville de Burgos, qui fut punie de sa résistance par un affreux pillage (10 novembre). Toujours fidèle à son système de faire des exemples, l'Empereur abandonna à la fureur de ses soldats la cité coupable d'avoir porté les armes contre lui. « Burgos, écrit Ségur, prise de vive force et presque entièrement vide de ses habitants, était en proie au pillage le plus actif: les portes des maisons enfoncées, les rues jonchées de vêtements épars, de débris d'ustensiles de ménage, de meubles brisés. Nos soldats y fourmillaient, courbés les uns sous des amas d'effets précieux, plusieurs sous des sacs de quadruples ; tous étaient si ardents à cette curée, qu'à peine me fut-il possible de rassembler un bataillon pour prendre possession de l'archevêché et y établir le quartier impérial. > — « Presque tous les habitants avaient fui, lisons-nous dans les mémoires du colonel de Gonneville, et, comme on se logea militairement, c'est-à-dire comme on put et sans indication des autorités locales, lesquelles avaient disparu, il en résulta une dévastation abominable qui fit perdre la plus grande partie des ressources qu'aurait pu présenter cette ville, et exaspéra à un haut degré les habitants qui y étaient restés. Les assassinats se multiplièrent et il ne fallait pas s'écarter des points d'agglomération des troupes. > Â
Burgos même, plusieurs soldats tombèrent victimes des vengeances populaires. Le capitaine Coignet raconte dans ses curieux mémoires que, dans le clocher de la cathédrale, s'étaient cachés quelques moines, qui attirèrent deux grenadiers et leur scièrent le cou. 11 fallut pour les déloger un siège en règle, car ils avaient ramassé des vivres et des munitions, c Nous vîmes un officier de dragons cloué contre une porte, raconte encore Gonneville, ayant entre les dents la preuve de la mutilation qu'il avait subie. Â quelques lieues au delà de Burgos nous trouvâmes sur la route un cantinier civil et un enfant égorgés ; on les avait placés avec art pour faire ressortir la barbarie avec laquelle cet acte avait été commis, et les exemples analogues se renouvelèrent à chaque instant. > Dès le premier jour la guerre étalait donc toutes ses horreurs, et si l'Empereur, en pénétrant en Espagne, avait conservé quelques illusions, il avait dû bien vite les perdre. D'ailleurs n'avait-il pas failli, à Burgos même, être assassiné I Ségur, son aide de camp, avait établi le quartier impérial à l'archevêché. Tout y était dans le plus grand désordre. Éclats de bouteilles, flaques de vin, meubles brisés jonchaient le sol. Derrière un rideau, trois Espagnols en armes se tenaient adossés à la muraille, attendant pour se jeter sur l'Empereur qu'il fût seul. « Or ce dernier était là sans défense, tantôt assis, tantôt courbé contre la cheminée et leur tournant le dos. Ils eussent pu dix fois, d'un seul coup, terminer la guerre, mais, par bonheur, ce n'étaient pas des insurgés : c'étaient des soldats de ligne. >
LavictoiredeBurgos coupait en deux la ligneennemieet permettait à Napoléon de se portera son choix contre Blakeou contre Castanos. On sait que Soult fut envoyé trop tard à Reynosa contre Blake et ne parvint à rejoindre que son arrière-garde. Castanos, désormais isolé, allait avoir à supporter le choc de la Grande Armée tout entière. L'Empereur forma le projet de l'envelopper. Il envoya sur ses derrières, à Soria, Ney avec environ 12 000 hommes et ordonna à Lannes de l'attaquer en face. Castanos avait opéré sa jonction avec Palafox et s'était porté à Tudela, mais il avait étendu sur près de quatre lieues son front de bataille. Lannes profita habilement de cette faute. Il tourna toutes ses forces contre le centre, puis contre la droite des Espagnols. Nos cavaliers, surtout les lanciers polonais, emportés par leur ardeur, pénétrèrent comme par une brèche dans
les rangs ennemis, et les mirent bientôt en pleine déroute. Palafox eut néanmoins le temps de battre en retraite jusqu'à Saragosse, où il s*enferma, et Castanos réussit à s'ouvrir un chemin par Calatayud. Ney n'avait pas compris les ordres reçus. Au lieu de fermer toute issue à l'armée espagnole débandée, il l'attendit inutilement à Soria. Cette inaction lui fut vivement reprochée par l'Empereur, mais il n'eut pas de peine à se justifier. D'ailleurs les résultats de la victoire de Tudela étaient considérables. Les Espagnols avaient perdu près de 4 000 hommes et toute leur artillerie. Ils fuyaient en désordre dans toutes les directions, et, des quatre armées qui, quinze jours auparavant, tenaient la campagne, celle de Blake avait été écrasée à Espinosa, celle de Belveder à Burgos, celle de Castanos à Tudela. Palafox avait seul réussi à se sauver, mais il était enfermé à Saragosse, et ne pouvait plus prendre une part directe aux opérations. Quant aux Anglais de Moore, ils n'étaient même pas entrés en campagne.
Donc, au premier souffle de l'Empereur, les Espagnols avaient été comme balayés. La partie militaire semblait gagnée. Napoléon le croyait. Dans son enivrement il comparait les Espagnols aux Bédouins du désert. Quelle n'était pas son erreur ! Sans doute les soldats réguliers étaient dispersés et les généraux battus, mais le peuple restait debout. Si la guerre de manœuvres était terminée, la guerre de partisans, de guérillas, comme on les nommait en Espagne, allait commencer, et dans un pays difficile, montueux, pauvre. Plus de villages populeux, mais des villes perchées sur des hauteurs et entourées de vieilles murailles romaines ou sarrasines. Plus de routes bien tracées comme en Allemagne ou en Italie, mais des sentiers tortueux, un chaos de montagnes et de défilés où une poignée d'hommes résolus peuvent arrêter une armée ; des plaines arides, des rivières aux eaux rares coupées de sauts ou de gués dangereux. C'est la contrée où Viriathe et Sertorius avaient tenu les légions en échec, et où les guérillas allaient briser l'élan de nos vieilles brigades.
Les Espagnols en eflet, durement instruits par leurs échecs, venaient « d'entrer d'eux-mêmes, et par une sorte d'instinct, dans un autre système plus conforme à leurs habitudes et à leurs sentiments. Une armée invisible s'étendit sur presque toute l'Espagne, comme un réseau duquel ne pouvait s'échapper aucun soldat
français qui s'éloignait un moment de sa colonne ou de sa garnison... » (Mémoires de Miot.) Des guérillas s'organisèrent de toutes parts. Leurs chefs les plus fameux furent en Galice Longa, aux environs de Madrid Jean Martin, dit £1 Empecinado, en Léon Santo Childers, en Aragon le baron d'Ëroies, en Castilie Espos y Mina. Placés en embuscade sur les routes et les passages que suivaient nos courriers ou nos convois, ils n'attaquaient qu'à coup sûr. Bientôt nos soldats ne furent plus les maîtres que du soi qu'ils occupaient, et se trouvèrent assiégés dans leur propre conquête» L'Espagne fut comme une grande Vendée. Sans doute ce ne fut pas du jour au lendemain que nos ennemis adoptèrent ce nouveau genre de combat, mais ils en comprirent vite les avantages, et, dès lors, purent se considérer comme sauvés.
Napoléon, de son côté, n'était pas homme à ne pas profiter de ses avantages. Ses victoires et celles de ses lieutenants lui avaient ouvert le chemin de Madrid. 11 s'y précipita. Le général espagnol San Juan, chargé de garder les gorges de Somo Sierra avec les débris de l'armée d'Estramadure, s'était porté dans ce défilé qui passait pour inexpugnable. Il avait distribué assez habilement les 9 000 soldats et les seize pièces de canon dont il disposait, mais n'avait pris aucune précaution pour empêcher une charge de cavalerie. Napoléon commença par dégager par des tirailleurs les abords de la chaussée, puis, afin d'en finir par un coup d'éclat, ordonna aux chevau-légers polonais d'enlever la batterie. C'était une héroïque folie. Ainsi que l'a écrit un des acteurs de la scène, Ségur, « il y avait là quarante mille coups de fusil et plus de vingt coups de mitraille à recevoir par minute >. Mais l'ordre avait été donné : « Nous chargeâmes ventre à terre. J'étais à dix pas en avant, tête baissée, répondant par notre cri de guerre, dont j'avais besoin de m'étourdir, au bruit des feux ennemis éclatant tous à la fois, et à l'infernal sifflement de leurs balles et de la mitraille. Je comptais sur la rapidité d'une attaque impétueuse. J'espérais que, étonné de notre audace, Tennemi tirerait mal ; qu'enfin nous aurions le temps d'arriver au milieu de ses canons, de ses baïonnettes, et d'y mettre le désordre; mais ils ne tirèrent que trop juste,... l'escadron presque tout entier était abattu. Sur tout le terrain de notre charge, je ne revis debout qu'un seul trompette. Ijnmobile au milieu des feux qui continuaient, le pauvre enfant
pleurait son escadron et un de ses ofiieiers étendu à terre. > L'élan, par bonheur, élait tel, que les rares survivants arrivèrent sur les pièces et s'ouvrirent le passage. Les Espagnols se dispersèrent aussitôt sur les pentes du Guadarrama. Madrid était à découvert.
Les Madrilènes étaient résolus à se défendre jusqu'à la dernière extrémité. Bien qu'abandonnés par la junte centrale, comme ils redoutaient la vengeance de Napoléon, ils avaient dépavé leurs rues, construit des barricades et creusé des fossés. Thomas de Morla, l'ancien gouverneur de Cadix, dirigeait la défense. Il avait enrôlé tous les hommes valides, et leur avait distribué des armes et des munitions, mais la résistance était impossible. Il suffisait presque, pour réduire la ville, de la faire battre par nos canons. En effet, le 3 décembre, après une sommation qui fut repoussée, le général Sénar m ont ouvrit le feu contre le Retiro, position dominante que les Espagnols avaient àpeinedéfendue,ets'enempara.Aussitôtles portes d'Alcala,d'Atocha, des Récollets et de Fuencarral tombèrent entre nos mains, et les Madrilènes, qui s'étaient défendus avec l'énergie du désespoir, furent obligés de se replier derrière les barricades. Ils auraient continué le combat; mais leschefsmilitairesétaient découragés. Ilsdemandèrent un armistice. Napoléon voulait éviter l'odieux de la destruction d'une grande capitale. Il acceptalespropositions de Thomas de Morla, et entra à Madrid le 4 décembre.
Son premier soin fut d'ordonner une amnistie, et, dans l'espoir d'augmenter le nombre de nos partisans, il inaugura la régénération espagnole en publiant une série de décrets qui abolissaient les droits féodaux, l'inquisition, les douanes provinciales et les deux tiers des couvents. Ces mesures étaient excellentes, mais elles étaient imposées par Tennemi, et le peuple les repoussa avec horreur. Napoléon, propagateur de la civilisation et des idées modernes, ne fut plus aux yeux des Espagnols que l'Antéchrist. Voici le catéchisme qu'apprenaient les Espagnols : « Dis-moi, mon enfant, qui es-tu. — Espagnol par la grâce de Dieu. — Quel est l'ennemi de notre félicité? — L'Empereur des Français. — Combien a-t-il de natures? — Deux : la nature humaine et la nature diabolique. — Combien y a-t-il d'empereurs des Français? — Un véritable en trois personnes. — Comment les nomme-t-on? — Napoléon, Murât et Godoï. — Lequel des trois est le plus méchant? — Ils le sont tous trois également. —
Que sont les Français? — D'anciens chrétiens devenus hérétiques.' — Est-ce un péché de mettre un Français à mort? — Non, mon père, on gagne le ciel en tuant un de ces chiens d'hérétiques. — Quel supplice mérite l'Espagnol qui manque à ses devoirs? — La mort et l'infamie des traîtres. — Qui nous délivrera de nos ennemis? — La confiance entre nous autres et les armes. »
Un témoin de ces grandes scènes, Miot, le confident du roi Joseph, a traduit ainsi l'impression ressentie à ce moment : € La conduite modérée des Français, que la résistance et les opinions hostiles des habitants rendaient plus généreuse, ne leur concilia ni l'afiection ni la reconnaissance de ceux qu'ils épargnaient.... On ne vit point de Madrilènes courir au-devant des Français, s'empresser autour des généraux et des officiers, et chercher à captiver la faveur de leurs nouveaux maîtres. La curiosité même semblait avoir perdu son pouvoir. Aucune femme ne sortit pendant plusieurs jours. Aucune môme ne se fit voir aux fenêtres. Les théâtres furent rouverts par ordre du gouvernement français : aucun Espagnol n'y vint. Dans les logements occupés par les militaires on donna ou laissa prendre tout ce que ceux-ci exigeaient, mais on n'offrit rien, et les maîtres de la maison évitèrent autant que possible tout contact avec leurs hôtes... Frappé d'une contenance aussi extraordinaire, Napoléon dut reconnaître qu'il s'était trompé et que l'effet qu'il croyait produire en s'emparant de Madrid était manqué. Il traversa la ville pour aller visiter le palais des rois d'Espagne; personne ne le suivit ni ne s'arrêta sur son passage. Il passa, dans la plaine qui s'étend entre Chamartin et Madrid, une grande revue de l'armée. Il fut encore déçu dans cette conjecture; la revue eut lieu et n'eut aucun spectateur espagnol. »
Pendant que Napoléon s'efforçait vainement de s'attacher les Espagnols par des bienfaits, l'armée anglaise de Moore poursuivait sa marche en avant, et arrivait à Salamanque. Elle y apprit les défaites d'Espinosa, de Burgos, de Tudela et la dispersion des soldats espagnols. Moore se trouvait isolé. Il ne lui restait plus qu'à battre en retraite jusqu'à Lisbonne; mais, apprenant que le maréchal Soult se trouvait avec environ 1 2 000 hommes très aventuré dans les Asturies, et désireux de venir en aide par une diversion aux insurgés de l'est et du midi, il forma le hardi projet d'attaquer le maréchal et se porta en toute hâte
sur Valladolid et Sahagun. Napoléon, instruit de ce mouvement, résolut d'attaquer les derrières des Anglais, de les couper des routes de Galice et de Portugal, et de les jeter à la mer. De nombreux renforts l'avaient rejoint. Il ne prit avec lui que le corps de Ney, la garde impériale et de fortes réserves d'artillerie et de cavalerie. La perte des Anglais était assurée s'ils se laissaient prendre entre Soult et Napoléon. L'Empereur se croyait si certain du succès, qu'il l'annonçait à l'avance. « Faites mettre dans les journaux, écrivait-il à Joseph, que trente six mille Anglais sont cernés. Je suis sur leurs derrières, tandis que Soult est devant eux. » Les Anglais furent sauvés par le mauvais temps. Nos soldats furent surpris, en franchissant le Guadarrama, par une affreuse tempête de neige, et ne purent avancer qu'avec de grandes difficultés : « Nous arrivâmes au pied d'une montagne formidable, écrit le capitaine Coignet, avec de la neige comme au mont Saint-Bernard. II fallut la franchir avec des peines inouïes. Avant d'arriver à ce terrible passage, nous fûmes saisis par une tempête de neige qui nous renversait. Personne n'y voyait. Oit était obligé de se tenir les uns aux autres. Il fallait avoir un Empereur à suivre pour y résister. Nous couchâmes au pied de celte montagne, que notre artillerie eut toutes les peines du monde à franchir, et nous redescendîmes dans une plaine, où étaient de mauvais villages dévastés par les Anglais. > Tous nos soldats ne supportèrent pas aussi allègrement que Coignet les fatigues de cette marche. Voici en effet ce que nous lisons dans les mémoires du colonel de Gonneville : « Pendant que nous montions péniblement le Guadarrama, nous nous trouvâmes sur le flanc de la division d'infanterie commandée par le général Lapisse, et à quelques pas en arrière de l'Empereur,. qui marchait à pied comme nous, aucune précaution n'ayant été prise pour le ferrage, et les chevaux tombant à chaque instant. Les soldats de la division Lapisse manifestaient tout haut les plus sinistres dispositions contre la personne de l'Empereur, s'excitant mutuellement à lui tirer un coup de fusil, et s'accusant de lâcheté de ne pas le faire. Lui entendait tout cela aussi bien que nous, et n'avait pas l'air d'en tenir compte; mais, arrivé sur le point culminant où un lion colossal indique la limite des deux Castilles, il s'arrêta, fit appeler le général, et lui dit de prendre à droite ;au pied de la montagne et d'aller loger avec sa division dans des
villages qu'il trouverait là et qui lui offriraient des ressources. » Averti de la marche de Napoléon, Moore, qui avait déjà pris ses dispositions pour attaquer Soult, comprit la nécessité d'une retraite immédiate, non plus dans la direction du Portugal, dont les avenues lui étaient fermées, mais vers la Gorogne, le seul port ouvert sur ses derrières, où il pouvait embarquer et sauver son armée. Il rétrograda vivement sur Benavente et Astorga, dispersa les cavaliers de Lefebvre-Desnouettes qui voulaient lui barrer le passage de TËzIa, et s'engagea dans un affreux pays, à peine sillonné par de mauvais sentiers. Vivement poursuivi par les cavaliers de Bessières, harcelé par Soult qui avait repris l'offensive, Moore, malgré le manque de vivres elle mauvais état des chemins, opéra sa retraite avec un calme admirable. Laissant en route blessés et bagages, coupant le jarret des chevaux qu'il ne pouvait plus nourrir, semant dans les précipices le trésor de Tarmie, mais toujours en bon ordre, il faisait face à l'ennemi; les Anglais arrivèrent à Lugo le 5 janvier 4809 et à la Gorogne le 11 janvier. Les vaisseaux sur lesquels ils comptaient n'étaient pas encore arrivés. Heureusement pour eux, les Français étaient en relard, et Soult n'avait pas assez de forces pour se heurter aux masses anglaises. Ce fut le 16 seulement qu'ayant reçu des renforts il se décida à attaquer Moore. Les Anglais avaient été enfin rejoints par leurs vaisseaux. Us embarquèrent jusqu'à leur dernier homme, et tinrent sur toutes leurs positions avant de s'éloigner de là Gorogne. Leur général paya de sa vie l'honneur d'avoir sauvé l'armée : « J'ai toujours souhaité de mourir ainsi, disait-il en mourant, j'espère que le peuple anglais sera content. »
G'était en effet un véritable succès que d'avoir échappé à des forces supérieures, et dirigées par Napoléon en personne. Il est vrai que l'Empereur avait rapidement compris que la manœuvre était manquée. Dès lors il ne se souciait plus de continuer la poursuite et laissait volontiers à ses lieutenants le stérile honneur de ramasser quelques milliers de prisonniers. D'ailleurs il venait de recevoir de mauvaises nouvelles de l'Autriche, et sentait que sa présence à Paris était indispensable. Dès le 11 janvier, sans même attendre le ré^ sultat de la poursuite de Soult et de Ney, il partit de Valladolid pour Paris. Il ne devait jamais rentrer en Espagne. Aussi bien il n'y avait éprouvé que des mécomptes. Ainsi que le conslate Miot, « soa
espoir de couper la retraite aux Anglais et delesanûantipélaitdéçu, et tout ce qu'il fit dire et publier pour amplifier les pertes que les Anglais avaient essuyées, pour représenter leur retraite comme une fuite honteuse, leur inaction au début de la campagne comme un crime odieux et une tiahison envers les Espagnols, enfin toutes ces récriminations par lesquelles 1 orgueil blessé cherche à se consoler ne changèrent rien au véritable résultat. Les Anglais lui avaient échappé
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pour reparaître bientôt, plus forts et instruits par l'expérience, et pour opposer à ses projets contre l'indépendance et l'intégrité de la péninsule une résistance opiniâtre et finalement couronnée de succès. »
Les Espagnols eux-mêmes n'étaient pas tellement abattus qu'on aurait pu le supposer après leurs défaites répétées. Sur tous les points se reformaient les armées nationales. La Romana, successeur de Blake, s'était replié sur le Portugal. Palafox  Saragossc tenait en
échec les corps de Moncey et de Mortier. Castanos, remplacé par Tlnfantado, s'était rabattu sur Cuenca dans de fortes positions. L'armée d'Estramadure se réorganisait sur leTage. L'Andalousie était intacte. YalenceetBarcelone tenaient encore. Enfin les guérillas couvraient la campagne. A vrai dire, nous n'avions fait que traverser le pays en vainqueurs, et la révolte, écrasée sur un point, se relevait sur vingt autres. Rien ne pouvait moins convenir au génie de Napoléon que cette guerre de chicanes. Habitué à étreindre son ennemi et à frapper sur lui des coups retentissants, il n'était pas le général qui convenait à une œuvre de patience et de tempéraments. Il le comprit si bien qu'il résolut de laisser à ses lieutenants la conduite ultérieure des opérations. Sans doute il ne s'en désintéressa pas, mais l'Espagne ne fut pour lui qu'une préoccupation secondaire. Ce fut une faute et un malheur, car là était le vrai danger, et c'est de là que fondirent sur nous tant de désastres.
Aussi bien n'est-ce pas à partir de cette époque que s'opère un profond changement dans l'esprit des lieutenants de l'Empereur et dans le moral des soldats français? Les premiers s'habituent à subordonner les opérations militaires à leurs intérêts particuliers, car ils ne sont plus soutenus et dirigés par la puissante main de Napoléon ; les autres, qui ne combattent plus sous les yeux d'un chef aimé, ne font plus la guerre qu'à contre-cœur, et prennent de déplorables habitudes de maraude et d'indiscipline. Aussi, d'un côté, s'accumulent les fautes stratégiques, et de l'autre l'armée française retourne à la bai*barie. Ce changement déplorable est surtout facile à constater chez les soldats, car pour les généraux le souci de leur réputation et la crainte de l'Empereur les retinrent plus longtemps dans leur devoir; comme le remarque Miot, « le soldat, livré à lui-même pour se procurer des moyens de vivre, cessa d'être retenu par aucun frein. 11 ne sut plus que se battre et piller. Toute discipline disparut. » Plus la guerre se prolongea, plus les Français s'habituèrent à vivre en Espagne comme en pays conquis. Dès 1808, alors que l'Empereur se trouvait encore à Madrid, Joseph, qui avait pris au sérieux son titre de roi, et prétendait défendre ses nouveaux sujets, était obligé de dénoncer à son frère les honteuses déprédations de quelques officiers qui avaient arraché pour se les approprier les garnitures en argent des harnais de la cour. Il le suppliait d'interdire le
brocantage des vases sacrés volés dans les églises, et « de rappeler les voleurs ». Dans les années suivantes, alors que les Français, exaspérés par la résistance nationale, se crurent autorisés à rendre le mal pour le mal, le pillage devînt une sorte d'institution légale. Sans parler des généraux ou des officiers subalternes qui mirent en coupe réglée les trésors des couvents et des églises, les soldats, par des vols domestiques, d'autant plus odieux qu'ils étaient commis aux dépens de gens pauvres ou malaisés, portèrent jusqu'à l'exaspération les haines nationales. Les lettres échangées entre l'Empereur et le roi Joseph sont tristement significatives. Ce ne sont que plaintes sur la conduite de tel ou tel général, avec preuves à l'appui. D'ordinaire l'Empereur reste impassible et ne répond même pas. 11 semble que le pillage ait sa raison d'être en Espagne et soit autorisé par lui.
La conséquence fatale de ce laisser-aller fut de pousser les Espagnolsaudésespoir. Résister à outrance devintcomme leur motd'ordrc. Les lieutenants de l'Empereur poursuivirent d'abord leurs succès. Lcfebvre battit les débrisde l'armée d'Estramadurei\Almaraz,etVictor ceux de l'armée d'Andalousie à Uclès. Gouvion Saint-Cyr s'empara de Rosas, défit à LHnas (4 décembre) 40 000 Catalans commandés par Valdès, débloqua Barcelone où le général Duhesme se débattait à grand'peine,etachevala conquête de la Catalogne pjîr les deux victoires de Molin del Rey et de Wals ; mais les armées espagnoles ne se dispersaient que pour se reformer de nouveau. Toujours battus, nos ennemis ne se décourageaient jamais. D'ailleurs nos victoires étaient parfois chèrement achetées, comme le fut, par exemple, celle de Saragosse.
On sait que les habitants de cette ville avaient une première fois repoussé l'attaque des Français (fin juillet 1808). Palafox, après la défaite de Tudela, s'y était jeté avec les débris de ses régiments, et avait aussitôt organisé la résistance. Elle fut héroïque. Soldats et bourgeois montrèrent une exaltation et un dévouement dont il est peu d'exemples daus l'histoire. Malgré la famine, l'épidémie et hî bombardement, toutes les sommations furent repoussées. Le mur d'enceinte qui entourait la ville fut emporté d'assaut le 27 janvier 1809, mais les vainqueurs trouvèrent les rues barricadées et les maisons crénelées. 11 fallut les emporter les unes après les autres, et se disputer chaque étage et chaque chambre. Les femmes prenaient
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part au combat. Les moines et les prêtres se faisaient bravement tuer. Les assaillants ne possédaient qu'un quart de la ville, mais 30 000 cadavres encombraientles rues, et aux horreurs de la guerre se joignaient celles de la famine. Palafox fut obligé de se rendre à discrétion. Le maréchal Lannes qui avait dirigé l'attaque aurait dû comprendre que les défenseurs de Saragosse méritaient les respects du vainqueur. 11 les traita comme des brigands. Il fit exécuter deux des chefs et abandonna la ville au pillage. Palafox fut enfermé à Vincennes, et tenu au cachot comfne un malfaiteur. Le roi Joseph lui-même, ayant commis rinprudence, dans le compte rendu officiel qu'il fit publier du siège, de rendre hommage à la valeur des vaincus, s'attira une verte réprimande. Ces représailles sont d'autant plus odieuses qu'elles étaient voulues. Napoléon était décidé à ne rien ménager en Espagne. Il espérait d'ailleurs qu'en multipliant ce qu'il appelait les exemples, les Espagnols ne prolongeraient pas leur résistance. Il avait besoin d'en finir avec ces misérables insurgés, et il s'imaginait pouvoir les réduire par la terreur. Quelle n'était pas son erreur! Il exaspérait au contraire les haines nationales et perpétuait la guerre.
En résumé, malgré la présence de l'Empereur en Espagne, malgré la concentration de nombreux soldats et les victoires qu'ils remportèrent, l'Espagne était encore debout. L'armée anglaise avait échappé à la destruction, et « les aigles victorieuses n'avaient pas été plantées sur les tours de Lisbonne ». Et pendant que la péninsule offre un insurmontable obstacle aux projets de Napoléon, voici qu'un orage se forme sur le Danube, et que, poussée à bout, une grande nation, l'Autriche, va de nouveau tenter la fortune des armes. Combien Napoléon dut-il alors regretter de s'être privé de ses meilleurs soldats, et d'être oblige de veiller sur ses derrières, alors qu'il aurait eu besoin de toutes ses forces pour repousser l'atlaque désespérée de l'Autriche! Il était trop tard. L'Espagne était encore en feu et déjà le canon avait retenti dans la vallée du Danube!