‹ CampanellaChapitre 108 sur 300 · Op. cit., p. 206, Paragrani Tractatus III · texte numérisé non relu

Op. cit., p. 206, Paragrani Tractatus III

6. Op. cit., p. 209 : Quaecunque natura gradatim prorsum compo- 8uit, ea retrorsum solvere debetis.

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dérobent parfois à nos sens et à notre raison, il soutient que si elles peuvent être décelées, c'est uniquement par l'expérience et par la conjecture ^ Ce n'est pas en tout cas par la dialectique, qui suppose des principes admis d'avance, empruntés soit à Aristote, soit à un autre savant, et qui fonde sur l'autorité toutes ses démonstrations ^.

Ainsi, ce qui caractérise les critiqiîes de Campanella contre la science de son temps est aussi ce qui donnait du prix aux spéculations de la philosophie occulte, et il y avait là, au temps où il écrivait, une tradition si bien établie et si apte à se perpétuer que, postérieurement à sa tentative, nous voyons l'illustre Yan Helmont rééditer encore contre la logique d'Aristote les reproches dont avaient coutume de l'accabler, bien avant Descartes, les défenseurs de la magie. Le rôle du syllogisme, écrit-il dans sa Logica inutilis, n'est pas la découverte des connaissances, mais la démonstration aux autres des vérités que l'on a découvertes. La connaissance de la conclusion préexistait dans celle des prémisses, comme le feu couve sous la cendre, et le syllogisme n'a d'autre effet que de rendre plus distincte une notion que nous possédions déjà plus obscurément en nous '.

II existait donc, entre les tendances permanentes de la philosophie occulte et les plaidoyers de Télésio en faveur de l'expérience et contre la méthode scolastique, une concordance des plus frappantes, et qui indiquait impérieusement à son disciple la voie vers laquelle il devait aiguiller la science. Que cette initiation à la magie par la lecture d'Agrippa et de Paracelse, puis par les expériences faites avec Porta, ait été indispensable à Campanella pour constituer la doctrine du De sensu rerum, c'est ce dont on ne peut douter si on se rappelle la condamnation prononcée par son maître Télésio contre la

1. Agrippa, De occulta philosophia, lib. I, cap. XV, p. 24 du tome I de l'édition suivante : H. C. Agrippae ab Nettesheym Opéra in duos tomos concinne digesta, Lugduni, per Beringos fratres, 1550.

2. Agrippa, De incertitudine et vanitate scientiarum, cap. Vil, De dialectica, op. cit., t. II, p. 27.

3. Logica inutilis, p. 35 de l'ouvrage suivant : Ortus medicinae id est Progressus medicinae novus in morborum ultionem ad vitam longam, Authore Joanne Baptista van Helmont, Edente Authoris Filio, Editio nova, Amsterodami, apud Ludovicum Elzevirium.

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philosophie occulte ^ Que maintenant les idées des « Naturphilosophen n lui aient été familières, on s'en persuade aisément en lisant cet ouvrage, ainsi que les Astrologica, les Medicinalia et la Métaphysique. Dans tous ces livres, et surtout dans le dernier, où il étale une extraordinaire érudition, il cite souvent, pour les adopter ou les réfuter, les opinions de ces auteurs, auxquels il emprunte mainte observation. Dans les Medicinalia, il critique les principes homéopathiques de Paracelse ^ dans la Métaphysique sa théorie des éléments '. En outre le rapprochement des textes va nous montrer que les principes et les méthodes de la magie sont les mêmes pour lui que pour ses prédécesseurs allemands, et surtout pour Agrippa.

La doctrine sur laquelle repose la magie, c'est le panpsychisme. En faveur de cette doctrine, déduite des principes de Télésio, Campanella invoque volontiers des arguments métaphysiques fondés sur la considération de la puissance et de la perfection de Dieu. Or Agrippa également estime absurde d'attribuer la vie aux petits organismes, aux mouches par exemple et aux vers, et de la refuser au grand Tout, au corps du monde, le plus noble et le plus parfait de tous les corps. Pour lui, il existe une vie unique qui remplit, imprègne, relie et embrasse toutes choses, afin de mettre de l'unité dans la machine de l'univers. Une fois admise ainsi l'âme du monde, il y aurait inconséquence à croire que les cieux, les astres, les éléments sont privés de vie et d'âme, eux qui, avec la plus grande sagesse, procurent la vie et l'âme aux êtres singuliers *. Cette preuve d'Agrippa réapparait au début du De sensu rerum : ce qui existe dans les effets et dans le tout doit exister aussi dans les causes et dans les parties ^.

Mais quel est l'agent doué de vie dont les opérations confèrent à toutes choses des propriétés occultes ? Pour Campa-

1. Dans le De Cometis et Circulo lacteo ; — voir Fiorentino, Telesio, t. I, p. 216.

2. Thomae Campanellae Medicinalium juxta propria principia libri teptem, Lugduni, ex officinâ Johannis Pillehotte, 1635 ; — p. 75, 79. —

3. Met. lib. II, cap. V, art. VI et VII, pars I, p. 192, 194.

4. Agrippa, De occulta philosophia, op. cit., t. I, p. 240 et 241 ; — lib. II, cap. LVI et LVII. .

5. De sensu, 1637, lib. I, cap. I, p. 1 : Quidquid est in eflectibus esse et in causis : ideoque elementa ac mundum sentire. —

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nella, c'est surtout l'esprit vital engendré par le soleil, âme du ciel et des éléments, d'où il se communique aux plantes et aux animaux, pour se transmettre ensuite, par la génération, d'individu à individu. Pour Agrippa, c'est ce même esprit, que les êtres de notre monde reçoivent du ciel par les rayons des étoiles ; nous avons une âme faite de la même substance, en sorte que l'esprit vital {spiritus) est comme une existence intermédiaire qui réalise l'union de notre âme intellectuelle avec notre corps ^

Quel est maintenant le ressort de l'activité occulte des êtres ? C'est pour Agrippa comme pour Campanella, en même temps que la répulsion des contraires, l'attraction des semblables. Le principe de la vie, c'est en effet le choix et l'assimilation. Les animaux et les végétaux s'assimilent les corps dont ils font leur nourriture. La flamme s'assimile les substances qui l'entourent ^.

D'autre part le monde est l'œuvre d'une pensée unique: c'est pourquoi il est l'image de Dieu. Seulement la pensée de la divinité s'est réalisée par la création de plusieurs mondes hiérarchisés qui s'enveloppent les uns les autres, et dont les traits respectifs présentent entre eux, de l'un à l'autre, une rigoureuse correspondance. Ces mondes sont: pour Agrippa, le monde des Archétypes et des Intelligences, ou monde supra-céleste, le monde céleste, le monde des éléments, et enfin l'homme' ; — pour Campanella, le monde archétype, c'est-à-dire l'entendement divin (mundus Archetypus), le monde des âmes (mundus mentalis), l'espace ou monde mathématique {mundus mathematicus seu spatiwn), le monde de la matière ou de la masse corporelle (mundus materiaUs), enfin le monde des corps distincts (mundus situalis) *. L'homme, image du monde terrestre ou monde des éléments, n'est pas aux yeux d'Agrippa

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